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De l'impossibilité de faire mentir son reflet - VI


Le choix de Pop9, dont le nom m’avait été opportunément soufflé par ArD, comme ultime destinataire, s’imposait. Intervenant ponctuel sur le blog, il n’avait guère participé au Mystère de l’Abeille et n’avait pas pris parti jusqu’ici aux récents rebondissements. Mais, lors du lancement du « jeu des petits colis », il s’était inscrit comme participant et, donc, destinataire volontaire. Tous les autres (ArD, George, Le Tenancier, Otto), ayant reçu le leur, il me paraissait judicieux d’adresser ma dernière offrande à celui qui ne pouvait leur être concrètement attaché que par ce lien du « jeu des petits colis ». Je soignais donc particulièrement cet envoi. Le livre d’André Hardellet, Le Seuil du Jardin, est un grand livre et cette seule qualité justifiait que j’en fisse cadeau. Un passage, toutefois, devait être retenu, participant du fil rouge et miroitant de cette narcissique affaire ; la Tour Saint-Jacques, servant de marque-page, servait d’indicateur. La carte se trouvait entre la fin du chapitre XII et le début du chapitre XIII, moment crucial où le peintre Masson expérimente la machine de Swaine (« Regardez le reflet des disques dans le miroir, le plus loin possible… ») et revit un souvenir d’enfance, éprouvant un dédoublement psychique et corporel :

« Le temps, ainsi que Swaine l’avait dit, subissait une mystérieuse réfraction qui faisait coïncider au même point deux époques distinctes, celle de l’enfant et celle de l’adulte. Le peintre éprouvait en lui une confuse dualité : un moi abandonné, quelque part sur les rives du sommeil et l’être qui regardait maintenant les choses de ses yeux émerveillés. »
Faut-il relever combien le texte d’Hardellet s’inscrit dans les préoccupations surréalistes ? Breton admirait le roman. La Tour Saint-Jacques, bien sûr, se dressait ici comme haut lieu du surréalisme et de la mythologie personnelle de son fondateur. Mais, le texte d’Hardellet valait aussi comme une mise en abyme de mon entreprise postale : chaque envoi composant un reflet mien dans le miroir, et dévoilant une part d’intime, une part d’enfance. Pop9, le seul peut-être, ne s’y trompa pas, écrivant : « une ultime découverte nous rend tout chose : cette photo de Champollion, elle comporte un petit trou en haut, au milieu. On parierait qu’elle fut un temps punaisée sur un des murs de l’antre du ME avant de nous être transmise. » Rimbaud, Prévert, la Tour Saint-Jacques m’avaient en effet suivi longtemps. A tant les regarder, les images ne s’imprègnent-elles pas de l’esprit du regardeur ?
J’en viens, à présent, à la carte Plonk & Replonk, qui me retint initialement pour sa légende : « Suisse mystérieuse », l’adjectif venant à point dans notre affaire. La phrase collée (« il s’appliquait sur les cuisses de grandes claques »), signalant un amusement passé, avait quelque chose d’ironique : on ne riait plus, ni le Tenancier, ni moi. Je dois avouer que les interventions un peu sèches et bougonnes du premier, qui ne cachait plus son agacement, m’avaient un peu refroidi : il avait depuis longtemps identifié un Mystérieux Expéditeur qui n’avait rien de Mystérieux – tous ou presque, d’ailleurs, l’avaient rejoint –, trouvait les envois trop rapprochés. La farce qu’il avait contribué à faire naître, et qu’il m’avait – involontairement – incité à poursuivre, n’avait, pour lui, que trop durer. Je sais qu’il traversait alors une période pas drôle et ne lui en veux pas. Je l’aime trop pour cela. Le petit « roman » composé de découpages empruntés à Non ! de Victor Margueritte et de Cavalier 6 [petit clin d’œil à Grégory qui, dans la carte précédente, est le n° 6, bien cavalièrement assis sur sa chaise], suivi de L’oublié de Pierre Benoît, devait servir de coup de théâtre, jouer la grande scène de révélation finale. Il s’agissait d’un « roman » en deux parties, la première rappelant le Mystère de l’Abeille :
« dans le pays d’Otto Le véritable château / Elle frappa sur un timbre Bizarre ! Bizarre ! / autour de leur chef « Une personnalité ! / – Ah, oui… Et un fichu caractère. – Dites un piqué ! » / entrée des Zaporogues / la Marseillaise / Wilhelm / Compagnons de la / mystérieuse équipée / Et tout le monde de rire à cette excellente / plaisanterie de prendre dans la bibliothèque, à gau- / che, sur le troisième rayon, ce petit volume / – Ils sont de mèche, vous voyez ! / Le rideau se leva »
Les références sont transparentes : Otto, première et longtemps seule victime d’ArD, experte ès-timbres, qui gratifia sa proie de « petits volumes » issus du « troisième rayon » de la petite édition, avec la complicité de notre chef à tous, le Tenancier ; les Zaporogues : la Marseillaise, ArD (le « petit colis » de Pop9 fut posté de Marseille par ArD), Wilhelm, George, et tous les commentateurs fidèles du Mystère de l’Abeille qui s’amusèrent de cette « excellente plaisanterie ». La dernière réplique : « Ils sont de mèche, vous voyez ! » renvoyant à sa résolution et à la révélation de la complicité du Tenancier. Le pronom personnel sujet peut toutefois aussi bien renvoyer aux deux protagonistes augmentés de leur victime et des limiers zaporogues : le Mystère de l’Abeille fut une création collective. Le Mystère(bis) ne le fut pas moins. Sauf que l’expéditeur, cette fois-ci, ne l’avait pas voulu. Si Mystère il y eut, ce fut, malgré moi, et par le seul désir des destinataires et commentateurs. Ainsi, doit-on comprendre la deuxième partie du petit « roman-collage » :
« Ivan Ivanovitch (le prénom de notre Tenancier n’est-il pas suffisamment répété dans ce patronyme russe ?) / – C’est étrange, murmura-t-il / Quelle bonne surprise ! Il était de retour (rappel de la réaction dudit Tenancier à la réception de son « petit colis », soupçonnant le retour du Mystère) / NON ! (peut-on être plus clair ?) / – Alors c’est moi (Qui parle ? Le Tenancier, revendiquant après-coup sa responsabilité dans la création du nouveau Mystère ? Ou l’expéditeur, se souvenant d’une phrase récurrente du Mystère de l’Abeille : « Ce n’est pas moi ! » écrite, plusieurs fois, me semble-t-il par ArD et le Tenancier, en commentaire, et lançant un aveu sous forme d’antiphrase : Alors ce n’est pas moi ?) / quel piège que ce mot !... (« moi », mot-piège, nécessairement, puisque « je est un autre) / « Taisez-vous, Lovelace !... » (je m’amusais ici à faire apparaître un nom qui désigne tout à la fois le séducteur libertin de Clarisse Harlowe, un poète anglais du XVIIe siècle, et une star du porno – le mélange des genres étant de circonstance) / Je dois ouvrir ici une parenthèse / tu as entre les mains le secret (le Je désigne naturellement l’expéditeur, le tu, le destinataire, Pop9, qui, en se souvenant qu’ il avait communiqué son adresse après son adhésion au « jeu des petits colis », pouvait comprendre pourquoi il entrait subitement dans la danse) / Tout cela c’est du rafistolage (le Mystère n’existe pas : toute cette affaire est un bricolage de fortune) / FIN / – Fous le camp, maintenant. Je t’ai assez vue. (Là encore, c’est aussi bien le Tenancier que moi qui prenons la parole pour congédier cette « plaisanterie » dont plus personne ne rit).
Évidemment, comme l’identité du coupable ne faisait plus aucun doute, on ne chercha pas à creuser plus profond, et ce dernier « petit colis » – contrairement à ce que j’espérais – ne révéla rien de nouveau. Une explication s’imposait donc. Pour bien faire, il aurait fallu reprendre tous les billets, mes échanges avec ArD, et gloser certains commentaires qui sont de petites merveilles de drôlerie et d’intelligence, mais la longueur de ce texte s’en serait trouvée triplée… Il ressort de cette comédie, poussée un peu trop loin, comme un sentiment d’inachevé et d’échec, et cet aveu définitif : j’ai joué livres sur table et ne suis pas un Mystérieux Expéditeur.

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk

Comme on avait prévenu
l'histoire des envois mystérieux
s'arrête avec ce dernier billet. On espère
ne pas avoir ennuyé le lecteur de
passage avec ces drôles
d'histoires. Ici
 s'achèvent
les
mystères
...

De l'impossibilité de faire mentir son reflet - V


Puis ce fut le tour de Mouton à Lunettes. Je lui destinai Le Cercle des Pataphysiciens. Mouton à Lunettes et ArD étant proches, il fallait que l’envoi que j’adressai à la première rappelât l’envoi que j’avais adressé à la seconde. Je choisis donc un livre paru chez le même éditeur : Mille et une Nuits. J’y collai une planche de Got, éroticomique, avec une allusion à Mirbeau faisant le lien avec le petit colis du Tenancier. J’y joignis une carte postale ancienne à l’allusion un tantinet grivoise, au dos de laquelle j’écrivis un nouvel alexandrin : « Narcisse embrassant sa sœur : mais c’est un fantôme ! » Là encore, il s’agissait de redire la dualité et de s’amuser avec les faux-semblants. Ce qu’on croit ou veut croire, n’est pas nécessairement la réalité. Alors que dans le précédent envoi, je feignais d’indiquer une piste féminine, celle d’ArD par exemple, dans celui-ci, j’en désignais une autre, munie d’une « belle jambe ». Ce marque-page, dont Mouton à Lunettes ne put nous dire où il se trouvait dans le livre, marquait le chapitre consacré à Brisset. Au dos, cette inscription : « Le lit veut le rêve, l’y vêt heureux hère : le livre ère… » J’avais espéré que la référence à l’auteur de La Grammaire Logique aiderait les commentateurs à retrouver dans cette phrase sibylline les mots « Yves » et « libraire », mais Brisset vint trop tard dans les commentaires. Robert Pesquet, quant à lui, égara la réflexion. Lorsque je découpai son nom et son adresse dans La Vie Mystérieuse, hebdomadaire qui paraissait avant la première guerre mondiale, ce n’était alors qu’un libraire, dont l’histoire n’a retenu qu’un sinistre homonyme. Je ne gloserai pas davantage sur l’ouvrage lui-même, nombre de pataphysiciens historiques figurant dans ma bibliothèque. J’ajouterai simplement qu’il y avait, pour moi, dans ce jeu des « petits colis » comme une réminiscence des « livres pairs » du Docteur Faustroll.
Grégory méritait lui aussi son envoi. Pas plus que les précédents destinataires, il ne s’abusa sur l’identité de l’expéditeur. Tout m’accusait. Moi le premier. Mais peu importe, tant qu’on se tromperait sur mes intentions, je devais poursuivre mon plan. Détaillons un peu son petit colis. Le livre : Lettre historique & politique adressée à un magistrat sur le commerce de la librairie de Diderot, chez Allia. En quelque sorte annoncé par l’inscription de « la belle jambe », son thème le rattache à l’envoi reçu par Adria. Dans mon esprit, il désigne un libraire comme inventeur du Mystère(bis). Le marque-page phallique continue la référence érotique qu’on a déjà rencontrée, il pointe une proposition : « ce que nous désirons tous les deux ». Réapparition de la dualité. L’idée est peut-être de développer le soupçon d’une complicité, ce que suggère la carte postale Plonk & Replonk quelque peu arrangée : légendée par une nouvelle coupure issue de La Vie Mystérieuse (« Traité de Magnétisme, Hypnotisme et Suggestion »), on y lit aussi : « Société des hypnotiseurs » qui semble désigner le groupe, « J’ai de nouveau un secret » et « Mystérieuse ». La carte fait écho à la « société secrète de ceux qui tirent les ficelles » du Mystère de l’Abeille. Les protagonistes, d’ailleurs, sont à peu près tous là, numérotés et identifiés au dos. Je réserve une place particulière à Grégory en prévision de l’envoi suivant. Je m’identifie comme le seul membre du groupe tenant l’objet du délit : un livre. Une fois n’est pas coutume, l’inscription manuscrite semble ne pas être en vers. En réalité, il s’agit bien là encore de dodécasyllabes : « Pour qu’au terme de la quête, l’image en creux / réfléchie dans les beaux grimoires, se révèle, / les élus, empourprés de mystère, en conclave / assemblés, arderont le reflet du plus saint. » Je passerai sur le verbe « arderont » mis là pour attirer l’attention sur ArD, sur le « plus saint » dans lequel on a voulu voir Saint-Pol-Roux. En vérité, deux livres se cachent dans ce quatrain sans rime. Par sa connotation religieuse (« les élus empourprés de mystère » = les cardinaux ; « en conclave » ; le « plus saint » = le pape ; « arderont le reflet du plus saint » désignant les votes brûlés après chaque tour d’élection du pape), il annonce d’abord Le Concile d’Amour de Panizza que je destine à ArD et qui, le recevant, sera dispensée d’en parler. Il recèle surtout, un autre volume de la coll. « Libertés » de chez Pauvert. Pour le trouver, il suffisait de prendre les dernières syllabes de chaque vers et de les associer : Creux / vèle / Clave / saint, soit Crevel, Clavecin. Là encore, selon le principe qu’un livre peut en cacher un autre, fallait-il voir derrière La lettre sur le commerce de la librairie, le Clavecin de Diderot de René Crevel. Celui-ci, je me le destinais, mais je n’aurais pas le temps de me l’envoyer.
Le Tenancier, en effet, rapidement, s’était lassé. Cela ne l’amusait plus. Il fallait en finir. Un dernier « petit colis » se devait de tout révéler. Aurait dû tout révéler.

(A suivre...)

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk

De l'impossibilité de faire mentir son reflet - IV


Otto reçut son « petit colis » plusieurs jours après le Tenancier et Adria. André Breton – que le premier destinataire avait superbement évoqué dans son billet – et Arcane 17 : le lien avec l’envoi 0 reçu par ArD était particulièrement serré. Il était trop tentant de réunir – ne serait-ce que dans mon esprit et dans celui d’ArD – la victime et l’instigatrice du Mystère de l’Abeille. C’était là aussi livrer une part de ma bibliothèque intime. « Oh désuet soupir que Narcisse enveloppe ! » N’était-ce pas me désigner dans le reflet que tenait Otto désormais dans ses mains ? Le livre de Breton figurait dans une de mes sélections de 10/18 publiées par le Tenancier. Et la carte éditée par les Âmes d’Atala ne pouvait guère brouiller les pistes. Otto m’identifia si vite qu’il douta (un peu) de ma culpabilité.

Ces trois envois-là n’eurent donc pas l’ambition de créer le Mystère. Mais, puisqu’il s’agissait de le relancer, puisque, me semblait-il, on le souhaitait, je fis en sorte, sans me détourner véritablement de mon projet initial, de compliquer les suivants.
George fut le premier destinataire de cette nouvelle série d’envois. Pourquoi le cacher ? J’étais assez content de moi. Le « petit colis » se voulait riche et complexe. Pour les fausses pistes, je me contentai de poster l’enveloppe d’Ariège et de coller un visage de femme découpé dans quelque gravure de mode fin XIXe sur celui du « bateleur », ficelle bien trop grossière pour que ce fin limier de George s’y laisse prendre. Je n’étais pas dupe de ma ruse : c’était là surtout l’occasion de rejouer sur la dualité, manière de signifier : « sous l’apparence du Mystère(bis), il y a le jeu des petits colis ». Y joindre un volume de l’Atelier in-8, l’éditeur de Séraphine la kimboiseuse, qui fut à l’origine du Mystère de l’Abeille, participait de cette dialectique du masque révélateur. L’action de la nouvelle, d’abord, se passant à Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, ne pouvait que me désigner géographiquement. La carte de Prévert voisina longtemps avec celle de Rimbaud sur mes murs : Prévert fut le premier poète que je lus véritablement, celui qui me fit entrer en poésie. J’y ajoutai, pour faire gamberger l’ami George, un peu de texte, une coupure du journal La Vie Mystérieuse (« D’une hypnotisée »), et une image extraite de l’Album de Documents Artistiques d’après nature, de parution plus ou moins régulière qui, sous prétexte d’art, donnait à voir des photos de nus parfois assez suggestives. Ces deux publications m’avaient servi il y a quelques années pour une série de collages. Bien évidemment, l’hypnotisme, l’hystérie, un certain érotisme ne sont pas sans rapport avec le surréalisme et mes goûts littéraires. Je gratifiai George non pas d’un mais de deux alexandrins : « IAN VS au Scrabble pose un ressemblant ‘goyave’ / – derrière une glace sans tain – combien rigide ! » L’analyse de George fut délicieuse : ses déductions qui le firent aboutir à Ian Geay sont formidables et dignes de cette paranoïa-critique que je n’ai cessé de vanter tout au long du Mystère de l’Abeille. Pourtant, je ne pensais plus alors au vaillant directeur des Âmes d’Atala lorsque je composai l’énigmatique distique. En séparant les deux premiers mots, j’avais surtout voulu masquer un trop évident IANVS latin, ou JANUS français, le dieu aux deux visages, nouvelle référence à cette dialectique dont je parlais plus haut. « Goyave » n’était autre que l’anagramme de « Voyage ». La « glace sans tain » jouait encore sur l’ambiguïté : celui qui s’y mire étant aussi celui qui est vu, en plus de rappeler le poème d’ouverture des Champs magnétiques. Le « Combien rigide ! », enfin, devait s’entendre en trois mots : « Combien rit Gide ! ». Mais que vient donc faire Dédé dans cette histoire, me direz-vous ? Qu’on se souvienne que l’auteure de la Venus Atlantica reçue par George se nomme Emmanuelle Urien et qu’on considère, dans cette affaire où un faux Mystère cache un vrai jeu, où un mot (goyave) doit se lire autrement (voyage), qu’un livre peut en cacher un autre, Venus Atlantica par exemple, Le Voyage d’Urien d’André Gide.


(A suivre...)

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk




Ce que reçut ArD

Deviser pour Reignier

Ne vous inquiétez pas, nous allons sous peu revenir avec les histoires du Mystérieux Expéditeur. Je vous confie toutefois que ça commence un peu à tartir le Tenancier. Donc, après la dernière volée de billets sur le sujet on fermera la rubrique...

De l'impossibilité de faire mentir son reflet - III


Autant dire que je fis tout pour que les envois fussent liés les uns aux autres. Certes, il y avait une certaine unité d’emballage : l’enveloppe-aux-tarots ; mais cette enveloppe elle-même ne se voulait qu’un rappel du premier envoi, celui que reçut ArD, dont personne n’eut vraiment connaissance. Si ma mémoire ne me trompe pas, j’avais confectionné une enveloppe à partir d’une présentation de l’exposition surréaliste du Centre Georges Pompidou ; affranchie avec un timbre « Saint-Pol-Roux » (qui servait de signature à l’envoi), j’y avais glissé un exemplaire du Manuel de civilité… de Louÿs et la carte « L’Étoile » du tarot marseillais, soit l’arcane 17. Le « petit colis » du Tenancier fut posté en même temps que ceux adressés à Adria et Otto. Les hasards de la poste voulurent que leur réception se fît en décalé.
Le Tenancier fut un peu déçu de son envoi ; je le comprends. C’est que l’essentiel ne résidait pas dans les tracts anti-électoralistes, qui valaient comme clin d’œil et comme signature, mais dans le portrait de Rimbaud. Cette carte, en effet, comme celles reçues par George et par Pop9 – qui l’aura compris – m’accompagna durant mon adolescence jusque dans mes piaules d’étudiant. L’inscription « Et tourne la PSYCHÉ que JE se joue de l’AUTRE » cherchait à attirer l’attention sur l’importance du poète d’Une Saison en Enfer dans mon parcours : l’ayant beaucoup lu avant de lui tourner résolument le dos.
Manque de bol, Adria possédait déjà le livre que je lui destinai : La Fin des Livres d’Octave Uzanne. En plus d’appartenir à une époque littéraire que je chéris entre toutes, cet envoi faisait écho à un billet que je publiai en ces lieux sur le livre numérique et qu’Adria, je crois me souvenir, apprécia. Là encore, c’était signé. Adria ne s’y trompa pas, et fit vœu de silence. L’alexandrin scindé en deux marque-page « Bris de l’ancien miroir / où vit un souvenir », le deuxième hémistiche figurant au dos de celui où se reconnaissent les arcanes du pendu et de la mort, renvoyait évidemment à l’idée uzanienne de la disparition du livre, à laquelle tous ici ne croyons pas une seconde.

(A suivre...)

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk

De l'impossibilité de faire mentir son reflet - II


Un an plus tard, presque jour pour jour, le Tenancier recevait une enveloppe contenant un peu de littérature anti-électoraliste – nous avions eu, deux mois auparavant, présidentielle oblige, quelques rapides échanges sur cette question du vote – et une rimbaldienne carte postale. Aucune signature ne venant orner l’envoi, le Tenancier conclut au retour du Mystérieux Expéditeur. Je m’en étonnai, car il faut bien avouer que, malgré l’absence de nom, je n’avais rien fait pour masquer mon identité. J’en déduisis que, d’une certaine manière, notre hôte souhaitait la résurrection du ME, et m’en ouvris à ArD qui fut, comme on s’en doute, la première soupçonnée, et qui, comme on s’en doute également, se prêta volontiers au jeu de la complicité.
Il ne fut jamais question pour moi de nier les envois. Simplement niais-je, à plusieurs reprises, être un Mystérieux Expéditeur. Ainsi, le 15 juillet, répondant à la conclusion accusatrice du Tenancier qui ponctuait son magnifique billet : « Ou le Mystérieux Expéditeur est très fort, ou, si je devais être à l’origine de cet envoi, je ne suis pas le Mystérieux Expéditeur. » Pure vérité. Faut-il le redire ? Mon but n’avait été que de relancer l’idée des « petits colis ». Dans mon esprit, il s’agissait, en quelques offrandes postales, de livrer des bris d’un miroir où mon reflet bibliophilique se serait imprimé avant qu’il ne se rompe. Les alexandrins jouant de ce thème au dos des cartes devaient insister – lourdement – sur ce point. D’un envoi à l’autre, se dessinait une sorte d’autoportrait. Narcisse est ma fleur.

(A suivre...)

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk) 

De l’impossibilité de faire mentir son reflet - I


Pourquoi revenir sur un mystère qui fut si peu mystérieux ? Sans doute, parce que n’ayant pas de temps à perdre je veux m’offrir le luxe d’en consacrer à quelque futilité. Je suis le Mystérieux Expéditeur bis. Ah, la jolie révélation que celle qui ne surprend personne ! Y eut-il un seul destinataire des sept envois qui ne me soupçonnât pas le pli à peine ouvert ? Il faut croire que je fus bien maladroit dans mes déguisements : mon nom n’a cessé de surgir et je n’ai cessé, presque par réflexe, de procéder à des raccords maquillage. Je suis le Mystérieux Expéditeur bis ! A bien y regarder, la révélation fut pour moi. Je suis probablement, de tous les acteurs de cette histoire, le plus surpris. Car ai-je souhaité être le Mystérieux Expéditeur bis ? Absolutely not. Nous l’allons montrer tout à l’heure. Mais remontons d’abord le fil du temps…
C’était en juillet 2011. Le Mystère de l’Abeille venait de s’achever. La nostalgie, déjà, guettait les membres de la confrérie de ceux qui tirent les ficelles. J’émis alors une idée, dans un commentaire :
« […] Partant du constat que nous avons tous, du point de vue des autres, d'impardonnables lacunes littéraires ou poétiques, pourquoi n'offririons-nous pas à un habitué choisi, un bouquin que nous jugeons essentiel à la/notre vie. Le destinataire serait alors tenu d'y consacrer un billet (pas nécessairement d'ailleurs un compte rendu de lecture). »
Idée qui fut relayée par le Tenancier ici même. Il s’agissait donc d’un jeu. Il lui fallait un nom ; on l’intitula : « Au plaisir des petits colis ». Mais le jeu fit long feu. ArD en reçut un, le signala au hasard d’un commentaire, n’en dit pas plus. On oublia.

(A suivre...)

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk

Nostalgies d'un Mystère

Il ne fallait tout de même pas en rester là à propos de notre colloque, celui-là même dont je vous parlais à quelques billets de .
Voici donc un souvenir pour les uns, peut être des motifs de regrets pour les autres et sans doute quelque incompréhension pour celui qui tomberait sur ce billet par inadvertance. Que celui-là clique sur le libellé ci-dessous, marqué « Envois mystérieux », qu’il s’arme de patience et de ténacité, il sera récompensé.
Pour les autres, notre colloque s’est agrémenté d’une séquence de nostalgie autour du Mystère perpétré par ArD, en voici l’illustration sous forme d’un cours diaporama, avec des images fidèles, pour le coup.

Où Pop9 adresse un codicille au Tenancier.
Où le Tenancier montre cet appendice.
Ce qui s'ensuit...

Bonsoir Tenancier.

Comme promis, les quatre compléments :

— le recto de l'enveloppe,
— le verso de l'enveloppe,
— les timbres,
— les mentions figurant au bas du verso du marque-page.

Mon scanner est fort ancien et passablement fatigué, comme le montrent les images. Il me semble donc utile de préciser (avant que tout le monde n'ait les yeux qui piquent) que les timbres célèbrent des artistes : André Lhote (Rugby, 1917), Juan Gris (Le Livre, 1911), Louis Marcoussis (Les Trois Poètes, 1929) et Auguste Herbin (Nature morte à la boule rouge, 1919). Grégory appréciera.

Que la Lumière soit.

Mes amitiés,

Pop9





On pardonnera la nonchalance apparente du Tenancier, sachant qu'il est fort occupé à essayer de redresser sa librairie. Qu'on s'arme de patience à son égard !

Où Monsieur Pop9 écrit au Tenancier

Bonsoir Tenancier.

Voici donc les éléments graphiques correspondant à l'envoi mystérieux :
— la (délicieuse) carte, recto et verso,
— la couvrante et la quatrième du roman d'André Hardellet, dont je parie sans risque qu'il me plaira,
— le marque-page (sans aucun doute l'élément qui me fait le plus cogiter, à tort ou à raison),
— la reproduction des deux pages entre lesquelles je crois que ledit marque-page était glissé (sur ce dernier point, je ne suis pas catégorique : m'étant jeté sur l'image assez goulûment - ça ne vous surprendra pas -, je n'ai pas forcément prêté suffisamment d'attention à l'endroit précis où on l'avait glissée ; ce n'est sans doute pas ma seule gaffe dans cette histoire, je le crains).

J'espère que vous voudrez bien placer tout ceci bien en vue, à la disposition des limiers mobilisés de longue date, pour qu'ils progressent vers la Lumière.

Ah, un dernier point : la carte visible le plus largement sur le recto du paquet était le pape - mais ça ne vous surprendra pas non plus.

Amitiés,

Pop9










 


Pour rappel, ces illustrations ont été commentées par son récipiendaire sur son propre blog. Allez donc jeter un coup d’œil ici
Il semble bien que cet envoi soit le dernier du Mystère en cours. Puissent les subtils enquêteurs trouver son auteur. Ou peut être pas. Car, rappelez-vous de l'un des titres préférés du Tenancier : "Qui livre son mystère meurt sans joie". Le même Tenancier profite de la présente pour faire son mea culpa : sans doute par lassitude, par fatigue (personnelle et professionnelle, cette fatigue, rien à voir avec le blog), il s'était laissé entraîner à déclarer qu'il passait la main volontiers pour la suite. C'était sans compter sur la contrariété des lecteurs et la malice de l'expéditeur encore mystérieux, celui-ci décidant de parachever son opus avec Pop9.
Le Tenancier avait l'air fin...
Il n'empêche, on aurait vu d'un œil comblé ce Mystère se balader de blog en blog, essaimer, est-ce aimer, et s'aimer, comme pourrait dire George, l'un de nos permanents.
Puisque Pop9 nous envoie ses amitiés, il est en somme tout à fait normal que le Tenancier vous expédie les siennes, comme par un coup de ricochet bien senti.
C'est bien fait pour vous
Amitiés, donc.

Le Tenancier

Une pièce de plus au dossier


Merci à Adria !

(Que ceux que ces histoires d'envois mystérieux barbent se rassurent, le prochain billet parlera d'autre chose...)

Et puis Grégory reçut, à son tour, une enveloppe...

Ce matin-là, je descends au garage qui fait office de galerie pour la CAPUT, de fumoir, etc.
J'ouvre la porte coulissante donnant sur la rue, je mets de la musique, je suis prêt à m'installer dans mon fauteuil.
Et je vois, sur le trottoir d'en face, la postière à vélo sortir de son sac une enveloppe que je reconnais immédiatement.
J'avoue que j'espérais secrètement recevoir à mon tour un pli mystérieux.
La postière me tend la lettre avec un grand sourire.
J'admire les timbres : Kupka, Braque, Metzinger. Musique, compotier et cartes, oiseau bleu.
Issus d'un carnet sur les peintres cubistes émis le 16 juillet.
M'auraient bien plu également : Rugby d'André Lhote – ce qui aurait permis de faire un lien avec Pacific 231 –, Le Livre de Juan Gris, Les Trois Poètes de Louis Marcoussis et la Nature morte d'Auguste Herbin.
Le code ROC est encore celui de Castelnau-d'Estrétefonds...

 
Dans l’adresse, le S de « Saint » semble s'envoler...

  
Le livre : Denis Diderot, Lettre historique & politique adressée à un magistrat sur le commerce de la librairie. Allia, 2012.
Livre très intéressant où Diderot défend les privilèges de la librairie (l'éditeur).
Le MEbis s'étant déjà révélé poète, on ne s'étonnera pas que Diderot rime avec Tarot.

 
Le marque-page se trouve page 101 (palindrome). Il s'agit de la reproduction récente d'une ancienne gravure représentant un champignon phallique. Est-ce le phallus impudicus, dit aussi satyre (les ficelles) puant ? Les mycologues fréquentant Feuilles d'automne sauront nous dire. Le phalle est délicatement découpé et collé mais pas entièrement, afin qu'on puisse le soulever pour lire ce qu'il recouvre. Pointé vers « ce que nous désirons tous les deux », il m'a bien ému...

 
La carte postale. Encore du Plonk & Replonk. Série « Au-dessous du réel » – du sous-réalisme ?
Traité de Magnétisme, Hypnotisme et Suggestion est un livre, son tout premier (il n'avait que 21 ans), de Paul-Clément Jagot publié en 1910 chez A. Eichler. Avec une préface d'Alexandre Lapôtre (!), président de la « Société des Hypnotiseurs » (il était également prestidigitateur). Le livre était vendu 0 fr 25 et non 1 fr. Est-ce à dire que l'hippopodame – « avec un d comme dans marshmallow » – mystérieuse (avec son masque, on pourrait dire aussi éléphantomette) fait des prix de gros ?
Je suppose que les mots collés sur la carte sont issus d'une publication de 1910-1911.
Les numéros et le masque ont été tracés au feutre.

 
Au dos de la carte, une légende attribue aux numéros les noms des membres de la confrérie. Je ne saurais dire si les places ont été adressées au hasard mais, pour ce qui est du Tenancier et d'Otto, je les imagine bien ainsi.
Et la phrase sibylline présente les obsessions auxquelles nous sommes habitués :« Pour qu'au terme de la quête, l'image en creux, réfléchie dans les beaux grimoires, se révèle, les élus, empourprés de mystère, en conclave assemblés, arderont le reflet du plus saint. »
Arder (latin ardere, brûler), « vieux mot qui n'est plus en usage que dans cette phrase : Le feu saint Antoine vous arde. » dit Dupinay de Vorepierre en 1860. Un mot pour symboliste, quoi.

 
Je sais, tout le monde sait, n'est-ce pas ?, qui est le MEbis.

Grégory Haleux
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Vantons l'intelligent et subtil blog de Grégory Haleux : Soli Loci

La clé du Mystère ?

La clé du mystère serait-elle ici ?


« En fait, la tâche de déchiffrer les histoires une à une m’a fait jusqu’à présent négliger la particularité la plus saillante de notre mode de narration, à savoir que chaque récit court à la rencontre d’un autre, et tandis qu’un des convives progresse sur sa lancée, un autre parti de l’autre bout avance en sens opposé [...] »

« Plus les histoires deviennent embrouillées et tirées par les cheveux plus les cartes ainsi éparpillées trouvent leur place dans une mosaïque bien rangée. Est-ce seulement le fait du hasard, ce dessin, ou bien l’un d’entre nous n’en construit-il pas avec patience l’assemblage ? »
Mouton à Lunettes

Mon facteur a bien du mérite

Mon facteur a bien du mérite !
Et l’expéditeur est très bien renseigné… car la seule identité figurant sur l'enveloppe est "Mouton à lunettes". Suit un nom de lieu-dit qui aurait pu être celui d'une résidence d'immeubles, mais non, ici il y avait 3 maisons où cet envoi pouvait être distribué.
Il fallait le savoir pour oser ce libellé ; comme pour écrire George Weaver sans "s"….


Enfin, ni mon petit rôle dans le Mystère précédent, ni mes rares commentaires n'expliquent que je sois mêlée à ce jeu de tarot…

En passant et parce que cela me plait bien, ce serait dans Rabelais que l'on trouve la première occurrence de tarau, dérivé de tara : « perte de valeur que subit une marchandise; déduction, action de défalquer », évocation directe de l'activité de nos libraires d'occasion.

George a reçu du rose, alors que mon enveloppe est à fond jaune, exactement assortie à son contenu.


J'ai bien essayé de trouver ces enveloppes, mais en vain… L'éditeur Grimaud était installé à Marseille, mais oublions, trop simple.
Le code Roc est illisible, par contre le cachet Ariège fait écho au château des comtes de Foix reçu par Otto.


Les timbres : la plus célèbre des bergères de moutons, je suis gâtée !
Les Jeanne sont sur la carte du Pape, logique puisque notre Poste ou ce qu'il en reste, s'associe au Vatican pour éditer ce timbre, mais gardons à l'esprit que Jeanne d'Arc est le nom d'un porte-hélicoptère, si, si !
En restant dans la thématique guerrière imagée par les châteaux forts des envois précédents, nous voici avec 2 épées de plus dans le registre du Tarot, ce qui me fait une belle jambe, dont acte.

Apparaît ensuite Le Cercle des pataphysiciens aux éditions Mille et une nuits, 2008, n° 544, avec non pas un cercle mais une spirale en couverture.


Là, je remercie le ME bis, de combler l'une de mes innombrables lacunes !
Et retiens qu'il s'agit de la science des solutions imaginaires, ce qu'ici nous mettons en pratique avec exemplarité, voire acharnement, dans ces énigmes.

Pataphysique, tarot… je me souviens de conférences au parfum de clandestinité bien que librement ouvertes, menées brillamment par Arrabal dans un sous-sol parisien. En abusant de l'assonance, voilà qui introduirait Bohumil Hrabal...

Mon exemplaire a été personnalisé : une petite planche coquine de Got collée au contreplat.
Mirbeau et son Jardin des supplices me tendent une perche que je ne prendrai pas : la piste Jarry-Ubu-Vollard-Rodin ; il faudrait trop bien me connaître !
Notons que Got passe son temps à persécuter les moutons via son Baron noir; Jeanne, au secours !

piqué ici sans autorisation :
http://lambiek.net/artists/g/got_y.htm


Le fascicule servant à son tour de contenant, comme si cela ne suffisait pas, me voici gratifiée d'un exquise carte postale, légendée au recto : "Elle — Tu n'iras pas trop fort !".
Bon. On dirait des enfants déguisés en adultes.
Le décor est celui du studio du photographe.


Au verso, cela se complique sérieusement !
"Narcisse embrassant sa sœur : mais c'est un fantôme !"
Écriture manuscrite, au bic noir. Les 2 graphies différentes du "a" dénotent une certaine application à masquer une écriture naturelle.
On dirait un adulte contrefaisant un enfant. Bon.
De l'importance du nombril, pataphysiquement parlant, à Narcisse il n'y a qu'un pas !


Analyse matérielle : la carte date vraisemblablement des années 1903-1906, en raison de la division au dos (dès 1903) et de la mention "à utiliser seulement dans le régime intérieur", caduque au 1er janvier 1907; éléments corroborés par le corset donnant une silhouette en "S" à la femme, de ses manches bouffantes et de sa coiffure. Ah mais !

Passons au destinataire et à son adresse — exacte, j'ai vérifié ! — , le tout imprimé, découpé, collé.
Sinistre personnage que ce Pesquet… l'Histoire est en train d'effacer son souvenir.
Les étiquettes sont jaunies, datent d'avant les imprimantes personnelles.
Auriez-vous fait imprimer les coordonnées de vos correspondants ? Non, bien sûr; au mieux, on avait son propre papier à en-tête.
Alors, s'envoyer une carte à soi-même ? Elle n'est pas affranchie.
Voilà qui révèle un bri-colleur susceptible d'avoir récupéré des vieux papiers.

En prime, un point d'interrogation rouge, toujours au bic.

N'oublions pas le marque-page : voici la belle jambe !


Ou plus exactement, la jambe gauche d'un écorché, en gravure, dans le style du visage féminin de l'enveloppe adressée à George.
Alors, après l'hypnotisée, l'écorchée ?
Au dos : Le lit veut le rêve, l'y vît (ou l'y vêt ?) heureux hère : le livre ère.
Le livre hère : le libraire ?
L'écriture est comparable à celle de la carte, avec ses grands espaces autour des ponctuations, mais toute autre que celles des cartes d'Adria et d'Otto.


Séchant totalement, je demande un coup de pouce, non sans arrière-pensée, sur cette seule phrase livrée toute nue, hors contexte d'image, à une compétence familière du blog.

Réponse tout à trac : "On sait que l'expéditeur écrit comme un pied".
Hum, troublant, non ? Bien sûr, c'est signé ArD !
On sait qu'elle est bien informée, et dans mon cas, elle remplit la condition énoncée au début de ce billet…

Comme notre Tenancier, je soupçonne un lecteur fidèle mais silencieux, accompagné de quelques complicités.

Et après tout, qui a dit que le jeu consistait à dévoiler l'identité de l'expéditeur ?

Mouton à Lunettes

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Il manquait deux pièces au dossier, l'auteur du billet a bien voulu nous les communiquer :


Seconde brève

Ce blog est fréquenté par des intellectuels, cela ne facilite guère la vie du Tenancier mais il fait avec. N’empêche que ça rend pas mal service, ces bestioles, ainsi, voyez-vous, l’esprit de synthèse, c’est fort utile.
On vous recommande, — histoire d’illustrer notre propos — de vous rendre sur le blog de George WF.Weaver pour voir le maître à l’œuvre. En deux coups (trois, ce serait gâcher) de cuillerée à pot il nous y résume toute cette histoire d’envois mystérieux.
Beau et utile !

Fine lame, le ME taraude George…

Ou bien :
— « Tarot, tarot, tarot…
— Ferme ta g… », répondit l’écho [de Narcisse, évidemment…]


Adonc, en arrivant ce vendredi 27 juillet devant ma boutique, je comprends aussitôt que mon tour est venu, après le Tenancier, Adria et Otto, de bénéficier des faveurs de la réincarnation du Mystérieux Expéditeur : une belle enveloppe aux motifs tarotesques désormais bien connus m'attendait, sagement posée entre la grille et la porte d'entrée.
Otto a reçu tellement d'envois mystérieux qu'il ne s'en étonne plus guère, mais pour ma part j'ai été fort émoustillé de découvrir cette nouvelle énigme adossée à mon huis, quasiment un an pile-poil après la précédente !
L'enveloppe est constituée d'un pliage (et non d'un réassemblage) de la persistante feuille aux motifs de lames de tarots entremêlées, et son verso met cette fois (comme dans le château des Comtes) en valeur l'arcane XI, La Force (ce qui ne me sied guère, mais après tout ce ME-là ne me connaît peut-être pas plus que la précédente…) :


Incidemment, il m’est venu à l’esprit que cette deuxième série d’envois insiste fortement sur un aspect somme toute marginal du Mystère de l’Abeille : le thème du tarot n’y apparaissait alors que de manière adventice, via les faux timbres que la téméraire ArD s’ingéniait à confectionner, tandis que désormais ce motif semble prédominer puisqu’il enveloppe tous les envois, qu’il sert de marque-pages dans celui reçu par Adria, et même d’objet principal dans celui reçu par Otto
Comme je l'ai annoncé lors d'un commentaire vendredi dernier, le cachet de la Poste fait foi (toujours comme dans le château des Comtes) que cet envoi a été expédié le 25 juillet à Castelnau-d'Estrétefonds, à 20 km au nord-ouest de Toulouse :


Les deux timbres qui oblitèrent l'enveloppe sont tout à fait officiels, issus de la même série d'où provient « Le château d’If » (et si…, se demanderont les anglophones…) qui affranchit l’envoi reçu par le Tenancier ainsi que « Le château des Comtes de Foix » apposé sur celui d’Otto.
À gauche, le château Guillaume-le-Conquérant, sans doute en référence à mon deuxième prénom, Wilhelm (même si je ne me sens pas plus l'âme d'un conquérant que d'un détenteur de Force…) et à droite, hé, hé, un « Château du Taureau » (dans la baie de Morlaix, bien évidemment, puisque nous avons été nombreux à mordre à l'hameçon) qui évoque immédiatement certain bovidé plonk&replonkesque, symbole du précédent Mystère, qu'il fallait prendre par les cornes et que SPiRitus terrassa peu après… :


Le verso de l'enveloppe présente l'entrelacs habituel des différentes lames, la partie supérieure de l'une d'elles étant masquée par le rabat cachetant l'ensemble…


Mais surprise, lorsque l'on décachette celui-ci (scellé au moyen d'un adhésif de type Scotch Magic)…


on découvre que sur cette arcane — la première, celle du Bateleur — le visage est remplacé par un collage : une tête féminine, soigneusement découpée sur une reproduction de gravure du XVIIIe ou du XIXe siècle, et qui à moi ne m'évoque rien de particulier. Tout ce que je comprends par là, c'est que puisque le bateleur est un joueur, un jongleur, un prestidigitateur, le Mystérieux Expéditeur bis, qui ne l'est pas moins, semble par ce collage se désigner comme une personne du sexe — ce que le contenu de l'enveloppe incite d'ailleurs également à penser, comme on va le voir.


À l'intérieur de l'envoi, un objet qui ne surprendra personne dans ces contrées-ci, savoir… un livre !
Un petit in-8° d'une trentaine de pages, plutôt une plaquette, donc, mais joliment manufacturée puisque constituée de quatre cahiers cousus et collés. Un texte assez coquin d'Emmanuelle Urien, Vénus Atlantica, titre directement inspiré d’Anaïs Nin et publié, hé, hé… dans la collection « La porte à côté » des éditions de l'Atelier in-8, qui héberge également le texte fondateur de notre premier Mystère, Séraphine la kimboiseuse, colporté par l’ami Otto voici près de trois ans !


Concernant le texte lui-même, je n'y décèle quasiment rien qui puisse fournir un indice à propos de la résolution de ce mystère-ci. Il y a bien une vague évocation bibliomane dans l’allusion mallarméenne à la fin du prière d’insérer au quatrième plat, mais à quoi cela nous mène-t-il ?
C'est l'histoire d'une obsession nabokovienne étalée entre 1990 et 2016, celle d'un agent de police d'abord mal marié, pour les naïades qui pullulent sur les plages de Biarritz durant ses congés estivaux. Cela dit, il y a entre le début et la fin du récit une sorte de circularité (une dialectique, plutôt — serait-ce une référence aux initiales hégéliennes de mon triple prénom ?) qui n'est pas sans faire songer au redoublement du Mystère qui nous occupe présentement…
En outre, le ME bis a choisi cette fois comme auteur une femme, ce qui n'est peut-être pas anodin…


Mais venons-en à ce qui constitue sans doute le must (la clé ?) de cet envoi.
En ouvrant le livre, j'ai découvert, serrée entre le contreplat et la page de garde, une carte postale déjà étonnante en elle-même, mais de surcroît considérablement modifiée.
Le recto représente une photo de Doisneau, un amusant cliché (que j'avoue n'avoir jamais vu auparavant) où la tête de Jacques Prévert, saisi en légère contre-plongée, vient masquer le « O » de l'enseigne qui se trouve derrière lui, de sorte qu'on ne peut s'empêcher de lire, en énormes lettres publicitaires, MERDE. Belle critique, en 1955, de la société de consommation qui ne faisait alors que poindre, en même temps qu'un tout aussi bel hommage au poète que Michaux refusait de voir publié chez Gallimard, consterné par sa « vulgarité »…
Sur cette carte, deux collages : en haut, découpé je ne sais où (peut-être dans la reproduction d'une publication surréaliste, ou bien une sur celle d’une métagraphie de Guy Debord ?), un bandeau où s'inscrit en capitales « D'UNE HYPNOTISÉE » ; et en bas à droite, masquant sans doute le chien que Prévert tenait en laisse au moment du cliché, la photo découpée d'une jeune femme nue (l'hypnotisée en question ?) dont on n'aperçoit que le torse (mais le collage respecte fort bien les lois de la perspective) — photo dont on comprendra l'origine en lisant le verso de cette carte postale…

Et voici justement, il était temps, le verso de la carte :


Cet Album de Documents Artistiques d'après nature est proche du sous-titre d'un ouvrage de photographies coquines (pour l'époque !) intitulé Le Nu Esthétique, publié en 1902 par Émile Bayard et préfacé par le peintre-pompier Jean-Léon Gérôme : voir ici. Je n'ai pas cet album sous les yeux ni ne l'ai d'ailleurs jamais eu entre les mains, mais je mettrais ma main au feu que la photographie collée au recto provient précisément de ce livre-là (en tout cas ce n'est certes pas l'image de notre Mystérieuse Expéditrice hypnotisée)…

Et voici, me semble-t-il, qui nous fournit le lien avec tous les précédents envois récents du ME bis (hormis celui reçu par Adria, sauf à considérer que les timbres locomoteurs visaient effectivement à évoquer Mirbeau, comme j’avais osé le suggérer), savoir : Les Âmes d'Atala.

Cette fort estimable et presque bénévole maison d'édition, qui s'intéresse à parts à peu près égales à la littérature fin-de-siècle (« finiséculaire », voire « finissante », selon certaines acceptions récemment attestées) et au mouvement punk (mais pas que…) a récemment publié un magnifique album de photographies intitulé SANG FROID, à tendance furieusement féministe et d'où provient la carte postale reçue dernièrement par Otto.
Mais Les Âmes d'Atala viennent également de sortir un cinquième et ultime numéro de la splendide revue AMER, entièrement consacré à la photographie, au ton duquel s'apparente fort bien (quoique sans doute en beaucoup plus mièvre) l'ouvrage susdit, Le Nu Esthétique.
Il se trouve qu'un certain Ian Geay collabore de façon très active à la revue AMER, et ce depuis le début. Le dernier numéro s'ouvre d'ailleurs, après un hommage à Bruno Leclercq, sur un bel article de sa main consacré aux photographies de Pierre Louÿs, Arpège se réalise.

Au verso de la carte postale que j'ai reçue, la première phrase manuscrite, au feutre-bille vert, dit ceci:
« IAN VS AU SCRABBLE POSE UN RESSEMBLANT " GOYAVE "», ce qui forme presque un alexandrin (sauf que je ne sais pas trop comment prononcer ce "Vs" que j'interprète comme versus, « contre » — mais contre qui ?), et en mélangeant comme au Scrabble les lettres du mot « GOYAVE », plutôt que se soumettre à un impossible et stupide « Go, Yahvé ! », on obtient « VOYAGE » mais surtout : « GEAY VO », qui contient le patronyme du contributeur en question (lequel n'aime pas trop qu'on étale son nom sur la place publique, crois-je savoir…)
« VO » peut fort bien signifier « version originale », ledit Ian ayant des ascendances autres que françaises, mais le rapport avec « Vs » ?

Plus bas, un quatrième alexandrin (plutôt tridécasyllabique, faut-il préciser), après ceux reçus par le Tenancier, Adria et Otto, et toujours dans le thème du reflet possible (celui du premier ME ?) :
— DERRIÈRE UNE GLACE SANS TAIN — COMBIEN RIGIDE !
Ce « rigide » m'évoque, allez savoir pourquoi, une métaphore sexuelle, mais l'on sait aussi que les miroirs sont inflexibles…

Adoncques, si l'on reconstitue — comme Otto a commencé à le faire dans son propre compte rendu — la suite des alexandrins qui parsèment les quatre premiers envois (dans l’attente de ce que « Mouton à Lunettes » voudra bien nous dévoiler), cela donne ceci :

Et
tourne la
PSYCHÉ
que
Je se
joue de
L’AUTRE


Bris de l'ancien miroir où
vit un souvenir…

Oh désuet soupir que
Narcisse enveloppe !

IAN VS AU SCRABBLE POSE UN RESSEMBLANT ” GOYAVE ”
— DERRIÈRE UNE GLACE SANS TAIN — COMBIEN RIGIDE !

À vous de jouer, les amis : ça commence à trop faire pour moi, et j’attends les échos de ce Narcisse-là…

George Weaver