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Vendeur en librairie, c'est un métier, mon p'tit gars...

… et puis, vous voulez que je vous dise ? Eh bien, la librairie on s’en moque. Je veux parler de ces espèces de pratiques où l'on vend la même chose d’un bouclard à l’autre et où le vendeur regarde dans son ordi avant de vous dire « j’ai » ou « j’ai pas ». Purée, quand j’ai appris le boulot, je bougeais mes fesses devant le rayon, je ne laissais pas partir le client comme ça. Tenez il y a pas mal de temps déjà, j’ai accompagné Otto à une grande librairie à Paris qui fait désormais partie d’un groupe. Je ne dirai pas le nom, je ne suis pas un cafard. Le grand dadais avait bien une idée de ce qu’il cherchait en entrant là-dedans, mais, comme pas mal de client, c’est un garçon facile. On peut lui dire « j’ai pas », c’est presque normal de ne pas trouver ce que l’on cherche à coup sûr. Ça avait beau être grand, aucune librairie ne peut tout contenir (ça va, vous êtes pas déçus ?). Seulement, les deux vendeuses après avoir dit « j’ai pas » ont oublié de dire « mais… ». On l’a seulement renvoyé devant le rayon qui correspondait aux récits de voyage (maintenant vous savez ce que vous pouvez lui offrir à son p’tit Noël). Et qui a dû faire le boulot à la place des deux avachies qui avaient uniquement pianoté sur leur clavier au lieu de déplacer leur derche devant l’endroit qui correspondait, mmmhhh ? Parce que vendeur en librairie, c’est un truc, voyez-vous. Vous cueillez le client et vous l’emmenez au pied des étagères et vous cherchez, même si vous savez que c’est pas la peine. Vous ne le faites pas trop lanterner, oh non, mais vous lui laissez le temps d’envisager son dépit, le temps de se dire que bof, après tout, un autre bouquin pourrait tout aussi bien convenir, et peut être l’occasion d’une heureuse rencontre Si si, ça arrive, comme les mariages qui se font après un faux numéro ! Pour le coup, heureusement que j’étais présent, j’ai pris notre Otto par le bras — je métaphorise un peu, je galèje un tantinet pour ma lectrice marseillaise — et on a été voir ensemble le rayon comme un beau voyage à Venise et je l’ai incité à exercer son goût douteux pour ce type de littérature en farfouillant un peu. Mais qu’importe son goût pourvu qu’il fût pourvu d’une perspective d’ivresse à base de caravansérails et de pépies du côté d’Oulan Bator, hein ? Mais voilà, les deux sibylles du clavier azerty tapotaient sur la base Electre pour :
— Connaître le titre du livre, des fois qu’Otto serait gâteux (je vous rassure…)
— Vérifier l’éditeur pour envisager qu’il ait pu arriver à l’office (commander un livre pour le garder en rayon délibérément ? Ça va pas non ?)
— Décréter que non, enfin, ce livre là a deux ans, deux ans, vous vous rendez compte ? Il a été mis dans les retours il y a un bail…
Et zou d’expédier ce type-là à dache, non mais.
Bref, il paraît que les libraires de neufs ont tardé à se mettre à l’informatique. C’est vrai qu’avant, la consultation du Minitel coûtait bonbon et que cela décourageait. P'têt même que certains ont dû apprendre à chercher dans les répertoires en papier, dites donc. On n'ose envisager le recours à la mémoire.
Mais je me dis que la déqualification a du bon : on peut passer du bouclard à la FNAC facilement. Au fond, je comprend les vendeurs. Pourquoi donc se casser le tronc à faire des voyages devant les rayons ? Ils sont pareils partout. Aucune surprise, aucun bonheur. Toujours les mêmes conneries assommantes, les rayons étiques et sans imagination ni originalité.
Pour paraphraser Darien, c'est devenu un sale métier, pas étonnant que, désormais, on le fasse salement.
Oui, au fait, Otto est reparti avec un ou deux livres, ce jour-là. J'ai bien l'impression qu'il était content.

Notre premier colloque

Vous savez ce que c’est. Sous tous les cieux bien établis, après le plaisir, le labeur vous attend au tournant. Me voici donc à vous faire un rapport sur le premier colloque de notre blogue. J’insiste fort là-dessus, il s’agit bien et de plus en plus de notre chose et plus exclusivement – mais cela fait déjà un certain temps ! – le moyen d’expression de votre Tenancier. Ce colloque nous le rappelait avec évidence. Mais à quoi donc a servi cette rencontre ? Fallait-il de nouveau revenir sur le contenu de Feuilles d’automne ou bien l’enjeu n’était-il pas plutôt de passer un bon moment ensemble ? Certes, certes, nous avons tout de même abordé quelques sujets qui nous préoccupent comme, par exemple la résolution du mystère qui a rebondi il y a quelque temps dans nos colonnes.


(SPiRitus interpellant ArD sur le Mystère dont elle était l'instigatrice)

Mais le véritable plaisir s’est situé dans la rencontre de personnes qui ne s’étaient jamais vues auparavant. Ainsi, si le Tenancier avait croisé tout le monde au moins une fois dans ce colloque, il n’en n’était pas de même pour nombre de participants, dont voici le nom ci-après :
ArD
Ramona Mirador (compagne du Tenancier)
SPiRitus
Otto Naumme
et votre serviteur.
Qu’en dire de plus ? Le plaisir et les souvenirs appartiennent à ceux qui ont vécu ces moments chaleureux et pleins d’humour et dont la table était toujours copieusement alimentée par la logistique généreuse de notre ami Otto.


(Otto énonçant le menu du jour aux membres du colloque)

En somme, la véritable question, la plus importante, la plus cruciale, indépassable, était la suivante :
Quand est-ce qu’on recommence ?
Le reste n'est que littérature.

Au tour d'Otto !

J'ai donc également reçu un Mystérieux Envoi, dans la lignée de ceux reçus par ce cher Tenancier et cette chère Adria. L'enveloppe est de la même "fournée" que celles des deux autres impétrants, simplement arrangée différemment, le Pape et le Bateleur se retrouvant mis en avant alors que les autres lames sont recouvertes par des timbres : sur la gauche, deux crabes chinois comme sur l'Envoi du Tenancier, sur la droite un timbre "Pacific 231 K8" comme pour cette chère Adria ainsi qu'un plus inédit "Château des comtes de Foix".

Côté cachet de la Poste, les timbres de droite n'ont pas été oblitérés, seuls les deux "crabes" l'ayant été. Et, noir sur fond noir, difficile d'y voir clair (hum…) si ce n'est pour décrypter le "Atlantique" qui doit s'accoler, il semblerait à "Pyrénées" (plus qu'au Loire que j'avais évoqué préalablement). Ce qui nous ramène dans les parages de Pau ou de Bayonne…
Et à l'intérieur du paquet ? Un livre. Et, comme l'Expediteur ne manque surtout pas d'humour, un 10-18 ! Pour les puristes, le n° 250, "Arcane 17" d'André Breton (achevé d'imprimer du 20 mai 1965). Ouvrage dont le titre laisse bien évidemment présager de sa couverture, à savoir trois lames, les XVI, XVII et XVIII, respectivement la Maison, l'Etoile et la Lune. Un examen minutieux de la page de garde (est-ce bien le bon terme, j'ai un doute ?) montre qu'un prix (1,50 €, il semble) a été gommé : cet ouvrage sortirait donc bien de l'étal d'un(e) bouquiniste ? On peut le penser.
Dans ce livre, que trouvons-nous ? Une carte postale figurant une "sainte" aussi accorte que peu vêtue, issue d'une colletion de 50 photos nommée Sang froid réalisée par un artiste nommé LNOR et éditée par les biens connues de ces lieux "Ames d'Atala". Ames d'Atala qui ne se privent pas, faut-il le rappeler, de publier des articles de certains commentateurs de ces lieux…
Mais, au fait, que peut-on lire sur cette carte ? Eh bien, voici le texte manuscrit : "Oh désuet soupir que Narcisse enveloppe !". Troublant, n'est-il pas ?

Voici donc, dans leur graphie et avec les fins de ligne respectées, les "énigmes" laissées dans ces trois Envois :

Et
tourne la
PSYCHé
que
JE se
joue de
L'AUTRE


Bris de l'ancien miroir où
vit un souvenir…

Oh désuet soupir que
Narcisse enveloppe !

On notera bien évidemment que ces trois citations se réfèrent les unes aux autres, jouent sur "l'effet miroir", le narcissisme, voire la schizophrénie. De quoi pousser à la réflexion.
En revanche, difficile de trouver un point commun entre les divers objets contenus dans ces Envois, entre les papillons anarchisants et la carte postale rimbaldienne reçus par le Tenancier, le "La fin des livres" d'Octave Uzanne et les marque-pages "tarotesques" reçus par Adria, et l'Arcanes 17 que j'ai moi-même reçu. Si ce ne sont les relations d'Uzanne avec Rémy de Gourmont et celles de Breton avec Saint-Pol Roux, qui tendraient à nous faire penser que tout ce Mystère trouverait sa source du côté de Pau…
Mais cette solution ne vous semble-t-elle pas trop simple ? A moi, en tout cas, si.
Il faudra y repenser plus avant… Dès que le Tenancier sera de retour et apte à gérer les images que j'ai faites de cet Envoi.


Otto Naumme

Nos 10/18 (38e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site.
Allez donc vous en rendre compte ici.

On n’osait plus y croire, et pourtant cela arriva le 19 février 2012 à 16h57 dans la messagerie électronique du Tenancier. Enfin, Otto envoyait sa liste de 10/18, accompagnée du message suivant :

« Cédant à l'insistance du Tenancier, je me suis également soumis, avec mes modestes moyens, au listage des 10/18 présents dans ma bibliothèque. Où l'on s'aperçoit que l'impétrant ne joue pas forcément dans la même catégorie que nombre des habitués de céans. Cela étant, votre serviteur n'en fait aucun complexe, et même il s'en fout. Il a ses lectures, en voici quelques exemples.
Je reste toutefois très intrigué par l'exemplaire du Démons et merveilles de Lovecraft présenté ici : j'avais une édition bien plus ancienne que je ne retrouve pas mais, en revanche, je ne sais absolument pas d'où sort celle-ci, je n'ai pas le souvenir de l'avoir achetée. Une facétie de Cthulhu ? »

Ce à quoi il ajoutait en aparté au Tenancier :

« J'aurai l'honneur que ça passe dans pas trop longtemps (un peu de favoritisme, quoi...) ? »

Il n’y eut pas de réponse à cette injonction. Mieux le Tenancier se dit in petto qu’Otto attendrait son tour, ce qui serait une leçon à celui qui nous fit attendre. Avec Otto, ce ne serait pas trop tôt de toute façon. Et la raison fut de notre côté puisque nous diffusons ce billet lors du déplacement de l’impétrant — comme il dit — a proximité des nauséabond canaux vénitiens et sûrement vers les plombs qui eux n’ont rien de typographiques. Bien fait. Avouons-le, nous aimons maltraiter Otto. Et nous n’avons d’autre excuse à cette malfaisance que la jouissance que cela nous procure. Et que ceux qui déjugent le Tenancier peuvent demander aux habitués du blog et notamment à ArD ce qu’elle en pense — et ce qu'elle en éprouve.
Place donc, à la liste Otto :

5
Karl Marx
Le manifeste du Parti communiste
(suivi de : La lutte des classes)
Tirage d'octobre 1993
(couverture : Portrait de Karl Marx paru dans la première édition du Capital à la librairie du Progrès, Paris, 1875.

n° 72
Howard Phillips Lovecraft
Démons et merveilles
Tirage de janvier 2007
(couverture : Matthias Grünewald, Démons armés de bâtons du Retable d'Issenheim (détail)

n° 506
Georges Darien
Bas les cœurs !
Tirage du 3e trimestre 1970
(couverture de Pierre Bernard)

n° 583
Howard Phillips Lovecraft
Épouvante et surnaturel en littérature
Tirage du 3e trimestre 1971
(couverture de Pierre Bernard)

n° 675
Maurice Lévy
Lovecraft
Tirage du 1er trimestre 1972
(couverture de Pierre Bernard, doc. Éd. de l'Herne)

n° 1164
André Hardellet
Lourdes, lentes…
Tirage du 3e trimestre 1977
(couverture de Pierre Bernard ; Maillol : "La Côte d'Azur" ; Photo Bulloz)

n° 2019
Fredric Brown
Tuer n'est pas jouer
Tirage de mai 1989
(couverture : Slocombe)

n° 2048
Fredric Brown
Maboul de cristal
Tirage d'octobre 1989
(couverture : Slocombe)

n° 3452
Rupert Morgan
Poulet farci
Tirage de septembre 2002
(couverture : Suzan Werner)

n° 3550
Sarah Waters
Caresser le velours
Tirage d'avril 2005
(couverture : Joseph Granie, The Kiss (détail)

Bien sûr, quand nous écrivons « Liste Otto », c'est par pur esprit facétieux... et aussi parce que nous sentons que la mode est en train de revenir.

La Pieuvre par neuf
troisième tentacule, deuxième tronçon


Du Grand Hôtel des valises, un rebondissement d’expériences indivises.
Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'abeille, épisode 3

Le 7 novembre, Otto capitalise le m de « mystère ». Dorénavant, ce sera le Mystère : presque m’en trouverais-je flattée s’il n’était que quelques heures plus tard le Tenancier ternît mon image et parle de canular. George le valeureux me tire d’affaire en ripostant qu’il ne s’agit pas de « canular », mais d’une « énigme ludique ».
Otto, malgré lui, nous confie que si l’on venait à trouver l’auteur de ce Mystère, on en aura fini de rigoler. Il n’empêche, la tentation le ronge et dans les jours qui s’ensuivront, le Mystère connaîtra son premier péril, puisque Otto contactera les deux éditeurs que j’avais chargés de lui expédier un livre de façon anonyme. C’était ignorer qu’un bon mystérieux expéditeur travaille en amont. Pis, il va même jusqu’à téléphoner à son ami Roland Wagner dont le Tenancier a emprunté les initiales pour signer un commentaire ! Heureusement que Roland Wagner et moi… ne nous connaissions pas. Notons que cet homme n’avait encore jamais signé un seul commentaire sur Feuilles d’automne, mais c’est vrai qu’un bon ami du bon vieux temps, ma foi, ça peut débarquer de façon mystérieuse. On apprend au passage des détails succulents qui pourraient laisser penser qu’il s’agit de digressions. Ainsi sait-on que Otto, lorsqu’il a rencontré Roland Wagner pour la première fois, portait un costume vert et un chapeau pas vert. J’avais eu quelques détails par le Tenancier sur les goûts vestimentaires d’Otto ; il m’a donc suffit de commenter dans ce sens, et Otto m’a confirmé qu’il aimait le vert. Il fallait bien que je vérifie un peu si le Tenancier ne me contait pas des sornettes. Mettez-vous à ma place : s’il en trompait un, il pouvait bien en tromper deux, hein !

Enfin, SPiRitus me laisse souffler, admettant que je me suis fort habilement dégagée de sa liste de suspects dans laquelle il me versait «sans autre procès» et tente de recentrer Otto sur un suspect de son environnement proche.
Pourtant, SPiRitus, si vous saviez comme vous disiez vrai lorsque vous écriviez ceci : « À l'évidence, nous devons attendre le fin mot de l'histoire de son auteur lui-même, qui s’ingénie à brouiller les pistes en les multipliant, et à faire porter le chapeau, trop visible, à d'autres, fort nombreux. »

Les commentateurs franchissent une belle étape : au soixantième commentaire, ils conviennent d’un commun accord que le Mystérieux Expéditeur est un lecteur régulier de Feuilles d’automne. Enfin!

Je profite de l’allusion du Tenancier à Molyneux pour risquer le dévoilement d’un détail qui me concerne. Ce détail, ce sera Lurs. Car au fond, tout ce Mystère n’est-il pas serti de perles destinées à mettre les commentateurs sur la piste du coupable ?
Dans ce sens, une commentatrice nouvelle (Oulipo Terre) procède à une analyse graphologique de mes quelques mots manuscrits : en quatre points. Si le premier point est erroné (mon écriture ne serait pas naturelle, ah mais non, pas du tout !), les autres, ma foi, recèlent de la vérité, aussi ténue soit-elle : l’écriture serait féminine, l’outil employé laisse penser plutôt à une artiste qu’à une plasticienne (« connais-toi toi-même! », ce vieil adage qui m’avait échappé), et, et… les expériences indivises seraient une piste importante. Eh bien, oui, sans le voir, elle voyait juste, sauf qu’elle ne voyait pas la piste. Otto confirme : l’écriture, puisqu’elle présente des tracés un peu arrondis, de par sa finesse et sa rigueur, il la déclare comme provenant d’une femme. Rappelons que je suis alors à peu près le seul commentateur féminin régulier de ce blog, notamment sur le Mystère et qu'avec ce diagnostic graphologique, je vois l'étau se resserrer sur moi. Je n'en mène pas large.

Je livre un autre détail en volant au secours de Mademoiselle Naumme qui, bien qu’apprenant le russe, ne distingue pas Petrograd : j’envisage quelques caractères cyrilliques d’imprimerie lui sont plus familiers que l’écriture cursive. Otto est intrigué, constate que ArD aurait des caractères cyrilliques sur son clavier, pourtant, mais ne va pas au-delà. Il tenait une piste pourtant, aussi minime fût-elle. Si ArD écrivait en cyrillique sur son clavier, éclaircissait des horizons obscurs à sa fille sur l’écriture russe, il aurait pu pousser un peu plus avant…

« L’épair du Mystère est censé s'affiner par élimination des suspects numéros 1, plutôt que par ciblage ? », signé Rouletabille. George, je vous confesse que ce commentaire qui éveilla vos soupçons, était de moi. Et vous frôlâtes la reine de la ruche, lorsque vous écriviez : « Si cette phrase recèle vraiment des indices (en admettant que Rouletabille soit cet Expéditeur qui nous roule dans la farine et nous prend pour des billes) (…) Il faudrait alors procéder par illumination, plutôt que par ciblage (et d’ailleurs, que peut signifier ce dernier terme ? Comment cibler ?)… ». Oui, comment cibler ? Eh bien en se renseignant un peu plus à fond sur les idiosyncrasies des commentateurs réguliers de ce blog, pardi ! Auprès du Tenancier, par exemple : il m’en a bien confié à moi des détails sur les chapeaux d’Otto. Quand le Tenancier a commenté que IrwIn Molyneux avait un passe-temps, il vous livrait un détail. Que ne l’avez-vous exploité, hein ?

Laguiole enfariné et Laguiole affûté commentent. Je ne saurai jamais de qui il s’agit. Qu’ils se dévoilent, ah mais !
ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par neuf
- Troisième tentacule, premier tronçon


Du Grand Hôtel des valises,un rebondissement d’expériences indivises.

Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'Abeille, épisode 3

En Bourgogne, après le musée d’art brut où la carte de Ramon m’avait inspirée, je visitais l’atelier d’art graphique de La Métairie.
À la librairie, j’achète pour mon plaisir une reproduction en offset d’une illustration d’Alechinsky : « L’Image entre les lignes », j’aime beaucoup cet artiste. Mon investissement dans ce Mystère prend une forme inattendue : je décide de me séparer de cette carte que j’aime beaucoup, à la faveur de ce mystérieux Otto que je ne connais pas (mais vertueux commentateur de ce blog, rappelons-le).

Je recopie l’extrait d’un membre du groupe cobra dont fit partie Alechinsky : « Du Grand Hôtel des Valises, un rebondissement d’expériences indivises. », et pour pimenter, j’écris « Pétrograd » en russe, et date du mois d’octobre. C’est qu’il me fallait un peu lui compliquer le décryptage à notre Otto, hein! C’était comme une bouteille à la mer qui devrait susciter quelque intérêt : je renouvelle mon écriture manuscrite, j’introduis une dimension artistique avec la carte et le fil rouge Cobra, et j’espère jeter un doute avec le rebondissement des expériences indivises : ainsi, Otto s’interrogerait sûrement sur la possible participation de plusieurs personnes à ce mystère !
Eh bien non, personne n’a pensé comme j’aurais aimé que l’on pensât, et quelle déception devant la piètre reproduction su le blog, de ma carte photographiée par Otto. Mais enfin, Otto, que n’avez-vous pris votre compte-fil et regardé la trame, vous auriez vu qu’il s’agissait d’une impression en offset, quand même, et pas sur n’importe quel papier !
Otto, votre Mystérieux expéditeur commençait déjà à vous rendre grâce pour ce travail de rédaction qu’il vous infligeait malgré lui, c’était sa récompense… la première, car la seconde récompense résidait dans le foisonnement imaginatif des commentateurs, cette fois.

Otto se risque, mais oui ! Il identifie formellement son expéditeur comme étant un lecteur de Feuilles d’automne. Rendons hommage à sa perspicacité. Au passage, on note son vocabulaire qui progresse dans le sens pénal : l’expéditeur «récidive». On note aussi le détail qu’il nous rapporte : sa facteuse habituelle lui a donné l’enveloppe en mains propres. Tiens, tiens, et pourquoi ça «en mains propres» ?, alors qu’il avait balayé d’un coup droit l’hypothèse de la factrice ans l’épisode précédent.
Otto passe la seconde, il percute que son expéditeur soigne ses affranchissements en philatélie, et il se livre à une analyse scrupuleuse des cinq timbres différents collés sur une enveloppe bleue. Avec deux timbres à l’effigie d’abeilles en Francs, un timbre allemand en Deutsche Mark et un timbre norvégien en Couronne, la poste n’avait pas molli en les tamponnant « frénétiquement » (dixit Otto).
Otto voit un rébus, là où l’expéditeur s’était amusé à faire un patchwork de timbres des années 70 (les abeilles sur les timbres, il fallait les trouver quand même !), le tout agrémenté d’une friandise Haddock pour notre Otto qui trouverait bien matière à réagir (sur le colonialisme de Tintin, sa sexualité non aboutie, que sais-je ?).

George démarre la longue série des 142 brillants commentaires, il cartonne: les timbres de France, Allemagne et Norvège, représenteraient les trois pays frontaliers des pays dont les lettres de la ville capitale ont servi à dénommer le mouvement CoBrA : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Que n’y avais-je pensé !, moi qui avais tout bonnement farfouillé dans un petit amas de vieux timbres dont j’étais bien contente de me débarrasser par incapacité de les jeter.
Bien entendu, George cite illico la source bibliographique de ma phrase manuscrite : un livre de Dotremont, un instigateur du mouvement Cobra. George est arrivé tout récemment sur le blog, on n’y est pas habitués, ça décoiffe… En peu de temps il se singularise et va être de taille à concurrencer SPiRitus, sa perspicacité et son aptitude à la diversion.
Marrant comme une hypothèse qui a les apparences de tenir la route se construit à côté de la plaque ! George cite, Gombrowicz, Cosmos, c'est tout à fait cela d'après ce que j'ai vu. L'exploitation du moindre indice, et aboutissement à l'absurde. Dans mon cas, il y a quand même quelques croisements organisés : Alechinsky et Dotremont, c'était bien à croiser vers le mouvement de cobra, le russe et le mois d’octobre, c’était pour l'aspect révolutionnaire (à ce moment, c'est la période anniversaire). Les timbres devaient donner une dimension internationale, oui, mais de là à cerner cobra comme le fait George, chapeau, je n'y avais pas pensé.

SPiRitus a la plume acérée, on s’interrogera parfois à savoir si l’abondance des éléments retranscrits par Otto l’insupporte ou s’il se pique au jeu de démasquer «l’impétrant» comme dirait Otto. (Meuh non, Otto, je ne suis pas une impétrante.) Bref, SPiRitus est contraint de composer avec ses petits camarades, du coup, il esquisse un commentaire assez éthéré. D’abord, il cherche un russophone dans la salle pour comprendre le sens de «pemporpad». Notons au passage qu’il transcrit parfaitement en phonétique ce que j’avais écrit en cyrillique. Alors SpiRitus, auriez-vous saisi les lettres cyrilliques et procédé à une simulation de clavier russe pour en obtenir la transcription ? Dites-nous.
Pour les fameuses expériences indivises, SPiRitus fait une haute envolée sur une tout autre piste que celle de George : la piste Sexe & caractère publié par Otto Weininger. Après Otto Ganz, l’auteur du petit livre Contre la propriété sentimentale, c’est ma foi bien trouvé. Même prénom, et en prime on pimente le sentiment. Bref, tout ce qu’il faut en somme pour faire naviguer notre Otto à nous en eaux troubles. C’en était beaucoup pour Otto, quand même avec du cobra et du Sexe caractérisé ! Toutefois, moi qui misais sur l’aspect suggestif de la carte d’Alechinsky « L’Image entre les lignes », je ne suis pas déçue !

Souvenez-vous, Otto avait tenté de se renseigner directement auprès de l’éditeur belge L’Âne qui butine sur l’identité du commanditaire.
Cette fois, c’est SPiRitus qui nous avoue avoir «enquêté du côté d'in-8 ce week-end, mais sans succès : j'ai appris à Olivier ***, le boss de cette maison, qu'il existait en ces lieux un buzz autour de son Jacques Abeille... ce qu'il ignorait, donc.» (In-8, c’était la maison d'édition du livre constitutif de ce Mystère : Séraphine, la Kimboiseuse.)
Sous l’angle des expériences indivises, le Mystère commence sérieusement à prendre corps…

Pendant ce temps, dans les coulisses, la tension monte avec le Tenancier. En voici un aperçu :
ArD : « Oulalala, redoutable votre George !! Ah, vous avez eu une riche idée en le convoquant, Vous ! Ça va me compliquer la suite, tout ça.
— Je ne l'ai pas convoqué! J'ai rien fait. Réorientez Weaver sur Jimmy Gladiator. Après tout, s'il ne vous connait pas, vous pouvez tout à fait lui demander qui c'est, non ?
— Ah non, Tenancier, il y a une règle pour bien conduire une farce : ne pas être à la fois le farceur et le suspect n° 1. Quel nez : le lien qu'il établit entre la Fabuloserie et les éditions Lydie et Robert Dutrou est remarquable !
— Et vous avez vu le commentaire de SPiRitus ???
— Ils sont très forts !»

.../…
ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par neuf
- Deuxième Tentacule



!!! Contre la propriété sentimentale !!!, Otto Ganz, éd. L’Âne qui butine.

(Voir : La suite du retour du mystère de l'Abeille 2)
Otto nous rend compte de mes envois, j’attends ses compte-rendus avec impatience et quand il mettra trois semaines ou plus, je piafferai d’impatience et prierai notre Tenancier de piquer son ami au vif. Ah, cher Otto, vous m’avez fait languir tant et tant.

Animée par l’enchantement que me procure la petite édition, inspirée par l’aspect sinueux de la topographie du premier roman de jacques Abeille (Les Jardins statuaires, publié en 1982), que sais-je ? Cette fois, ce sera un petit éditeur de Belgique… L’éditrice, Anne Letoré, ne fait pas un pli pour jouer aux envoyeurs anonymes, elle trouve cela très drôle. La collection des Petits Pamphlets est riche, mon choix est essentiellement gouverné par le prénom de l’auteur — Otto Ganz — qui, bien sûr interrogera le bon sens de notre Otto dans son deuxième billet, très drôle. Le hasard fait bien les choses, Anne Letoré joint à son colis une carte postale représentant Betty Page et le Maecken Peace. Je le sais, car elle m’enverra la même avec d’autres petits livres que je lui ai commandés. Le fait qu’il y ait Betty Page sur la carte signe un hasard amusant : Je sais par notre Tenancier qu’Otto apprécie beaucoup Betty Page, ça n’est d’ailleurs pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Disons que je fus précédée.
Le contact passe bien avec Anne Letoré, alors je l’invite à lire le billet d’Otto (le nôtre, pas le sien !) qu’elle trouve « excellent », et l’incite à commenter. Réactive, elle me répond qu’elle veut bien, mais « par quel biais aurions-nous reçu l’info de ce blog ?», demande-t-elle très justement en précisant qu’elle va passer l’information à Otto Ganz. S’ensuivra un commentaire d’Otto Ganz, l’auteur de l’opuscule…
George aboule sur le blog, il cherche à comprendre, de façon cartésienne. En vain. Otto bloque sur les coordonnées postales de son domicile, et pense que l’auteur connaît forcément son adresse. Il a raison ! Son ami lui a assuré qu’il n’était pas l’auteur de cette farce, Otto n’a aucune raison de ne pas le croire. Il a bien raison : toujours croire son ami le Tenancier !

Coup de théâtre prématuré : SPiRitus, en bon praticien des enquêtes bibliographiques, recense les données apparues dans les commentaires sur les billets que le Tenancier avait publiés sur Jacques Abeille, affine les paramètres nécessaires à la conduite d’un tel feuilleton et, dresse une liste de critères de probabilités. SPiRitus et moi, nous côtoyons civilement parmi les lecteurs commentateurs, il ne sait rien de moi et le déplore. Pourtant, il dévoile habilement mon stratagème qu’il sera le seul à identifier : j’avais effectivement opté pour l’éditeur In-8 parce qu’il est basé dans les Pyrénées-Atlantiques, là où réside SPiRitus. De quoi aiguiller le soupçon sur ce commentateur avais-je pensé, de même que j’avais espéré que l’homonymie entre le nom de l’éditeur Letoré et Letort déclencherait quelque réaction. Dépitée, je m’exprimai sous le pseudonyme de Savoparole et tendais une perche, aussitôt rejetée, puisque M’sieur Yves avait nié tout lien avec l’éditrice. Ah, M’sieur Yves, il suffisait qu’il nie et Otto l’innocentait… et SPiRitus se dédouane avec un «Bref, "C'est pas moi" non plus... et c'est celui qui dit pas qui est !»
L’arroseur est bel et bien arrosé : d’entrée de jeu, SPiRitus me classe en haut de la pyramide des soupçonnables, au prétexte que j’aurais pu soustraire l’adresse d’Otto à son grand ami! Je me défends comme une tigresse sur le mode naval avec l’espoir de déstabiliser SPiRitus (cf. avant-dernier commentaire).
Mais SPiRitus — le sait-il ? — avait déjà tout compris. SPiRitus, sans le savoir vraiment, allait devenir un facteur de tension, un «adversaire», un délateur potentiel, un faiseur d’embrouilles dans cette farce où notre Otto buvait la tasse, sortait la tête hors d’eau, replongeait à merveille, attrapait les bouées que je lançais… tout ça dans le style naïf acrobatique.
Le Tenancier jette un pavé dans la marre en signant un commentaire sous le pseudo RCW que seul Otto comprendra puisqu’il s’agit des initiales d’un vieil ami auteur qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Vingt ans… et il débarque, cet ami auteur de SF ! Otto s’en émeut certes, mais c’était gros quand même. Je craignais que le Tenancier ne m’eût grillée… Même pas ! Comme quoi, il connaît bien la taille des couleuvres qu’il peut faire avaler à son ami.

On aurait pu croire cet épisode clos au dernier commentaire, le 27 octobre. Non !, en coulisses, le 9 novembre, Otto interroge les éditeurs L’Atelier in-8 et L’Âne qui butine : il se présente comme une «victime ravie» et cherche à obtenir le nom du commanditaire. Je n’ai pas souvenance qu’il nous reproduisît la réponse de L’Âne qui butine. La voici :
— «Bonjour inconnu gâté ! Mais par qui ? Mystère. De plus mon confessionnal étant fermé ce jour, je ne peux vous dévoiler la moindre parcelle d'identité de l'envoyeur, de l'expéditeur, du joueur. Et oui, parce que joueuse aussi, je me suis bien amusée ; habitant la Belgique, un gag, je ne pouvais que suivre cette commande.»

C’est pas moi !
En promenade en Bourgogne, je visite le musée d’art brut, La Fabuloserie, je tombe sur une œuvre intitulée «L’Apothéose de Ramona». Le tout premier commentaire du premier épisode (La Kimboiseuse) disait : « C’est pas moi.», il était signé Ramon Mirador. L’aubaine ! J’achète la carte postale de l’œuvre de Ramon, j’écris « C’est pas moi !» et j’ajoute «Mirador» : ainsi, Ramona Mirador sera la femme de Ramon Mirador, c’est simple, je poste de cette région où je n’habite pas.

L’ anniversaire.
J’enquête sur la date d’anniversaire d’Otto, elle est imminente, j’embraye. Pour fêter les anniversaires, je suis du genre à chanter a capella la chanson de Jacques Larue, le refrain et surtout ses deux couplets (« chez l’oncle Firmin et la tante Elisa,… ») vous voyez le genre… Je fouille dans ma boite à cartes postales d’anniversaire, cette dame élégiaque avec un bouquet de roses sur les genoux convient à mon inspiration du moment. Avec « Cent mots rivaliseront sans fleurs, ce jour-là », j’espère qu’Otto comprendra que je lui souhaite son anniversaire. J’espérais voir développer le rapprochement avec le slogan maoïste. George, naturellement, le renifle mais ne se souvient pas que l’original de 1956 est : « Que cent écoles rivalisent et que cent fleurs s’épanouissent ! », un vieux slogan en somme.

J’ajoute un indice philatélique, on ne sait jamais : Babar avec un gâteau d’anniversaire sur la trompe. Je découvrirai lors de la publication du billet d’Otto que la Poste a fait montre d’empathie : elle n’a pas oblitéré le timbre pour ne pas gâcher la fête d’Otto. Toutefois, j’avais pris mes précautions et la carte avait transité par un agent localisé dans une autre région. Un agent lecteur commentateur du blog, qui ne sera jamais suspecté. J’ai eu deux intermédiaires transitaires : bien entendu, SPiRitus l’envisagera assez vite pour affirmer que le lieu d’expédition des envois n’était pas forcément le lieu de résidence du mystérieux expéditeur. Il avait bien raison. Et moi aussi, j’avais eu raison de me méfier.

À ce stade, Otto envisage la piste d’une déclaration d’amour, je tiens le bon bout ! Je ne m’y attendais pas, mais au fond, c’est l’idéal, une «victime ravie» qui croit qu’on lui déclare sa flamme, mettez-vous donc à ma place !
Aussitôt, la factrice d’Otto dite «la facteuse» est suspectée. Après tout, elle connaît son adresse et elle pourrait très bien être amoureuse du destinataire qui pourrait bien résider dans un «joyeux bordel de campagne» comme l’écrit Otto Ganz. Et Ramona, sur la carte postale… elle était dans une position équivoque. En voilà un bon aiguillage !
Et notre Otto avoue que «ça trouble à la longue ». On serait troublé à moins. Dans son dernier commentaire, Otto m’enjoint avec humour de ne pas gloser sur les dimensions de son «goupillon». Je note et le resservirai ultérieurement.
De 19 pour l’épisode précédent, on passe à 50 commentaires. Moi qui pensais faire une petite farce en un épisode, me voici prise au piège de ma plaisanterie qui, déjà, fait cogiter un aréopage de commentateurs persévérants qui se piquent au jeu. Aider ce malheureux Otto devient un prétexte pour soit, mieux l’embrouiller (cf. le Tenancier), soit démasquer l’auteur de ces envois anonymes, lequel va très vite devoir endosser des allures de coupable. En voilà un comble de la bienveillance !

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par Neuf
- Premier Tentacule


Il était une fois, un billet sur Jacques Abeille : un écrivain en plongée dans un imaginaire qui foisonne de charnu, de dodu, tant en peinture qu’en écriture, un particularisme artistique évident qui ne laissait pas le Tenancier indifférent selon toute évidence. Et moi encore moins, pour deux raisons : j’avais connu cet auteur grâce à l’un de ses premiers éditeurs, et la fraîche lectrice que j’étais, avait débarqué chez le Tenancier grâce à cet éditeur encore (Fornax). Sans le savoir, le Tenancier créait un fil d’Abeille dont il faisait son miel et je me délectais à lire les commentaires approfondis de C. Arnoult auxquels notre Tenancier répondait scrupuleusement. SPiRitus étoffa le sujet avec une reproduction de deux couvertures d’ouvrages rares et délicats de ce même écrivain qu’il détenait dans sa collection privée.

Je me distrayais des commentaires d’Otto qui découvrait cet écrivain, et qui relevait que « monsieur Abeille aime les dames et leur compagnie, il semblerait. Un bon point pour lui… » et qui devant l’insistance du Tenancier à produire des billets sur Abeille (trois en deux mois) écrivit qu’il faudrait bien il se décidât à le lire un de ces jours.
Un autre commentaire, de CLS (l’éditeur Fornax), m’avait titillée : «Merci, tenancier de mon cœur, pour ce billet. S'il pouvait servir à convaincre quelques lecteurs non encore convertis de l'irréfragable nécessité de lire Abeille, ce serait merveilleux. Jacques, et je pèse mes mots, est l'un des meilleurs écrivains de langue française encore vivant.»
C’était septembre 2009, parmi les lecteurs assidus de ce blog, je tenais un abeillophile et un abeillo-néophyte, à savoir SPiRitus et Otto, l’étincelle d’un synapse farceur se chargeait du reste : je décidais qu’Otto serait ma «victime», son sens de la dérision s’y prêterait bien et aussi le désir que le Tenancier avait suscité chez lui de lire Jacques Abeille serait assouvi. À cette heure, j’envisageais une farce en un seul épisode : envoyer anonymement à Otto un livre de Jacques Abeille, ainsi Otto travaillerait un peu du chapeau, il en référerait à son grand ami le Tenancier et on rigolerait un petit coup. Je n’imaginais pas une seconde l’étendue que prendrait mon envoi anonyme plaisant et plaisantin.

Ni une ni deux, sans la moindre insistance, j’écris à Monsieur Yves que je lui serais éternellement reconnaissante s’il me transmettait l’adresse postale d’Otto et qu’il pouvait me faire confiance, je n’en ferais pas de mésemploi. À cette heure, Monsieur Yves, notre Tenancier n’a aucune idée de mes intentions, il me transmet illico l’adresse d’Otto. Il ne me demande aucune justification, je suppose qu’il pressent mon esprit farceur, j’ignorais qu’il était doté de ce même travers : le goût de la farce (ah ça ! Il m’en a raconté une sacrément bonne qu’il avait faite à Otto sur un quai de gare !). Le Tenancier et moi sommes nés le même jour, on mettra notre goût commun pour la farce sous l’effet du signe virginal du Zodiaque et hop !, en avant les futures parties de rigolade qui s’ensuivront. Des commentateurs, aucun ne connaissait mon écriture, sauf un. Je prenais le risque de ne pas l’avertir : il s’en amusera probablement, me dis-je in petto. Il me faudra simplement éviter de poster de Marseille, puisque Otto sait que j’y habite.
Cette farce avait un triple dessein : elle ferait plaisir à Otto, elle me faisait rire, et elle nourrirait le blog par l’instrumentalisation d’Otto par un tiers (moi). Notre Tenancier aurait tout pour s’en réjouir, cela ne faisait aucun doute. Une farce sans complot, car jamais M’sieur Yves ne sera tenu au courant par anticipation, afin qu’il ait le même plaisir que ses lecteurs. Le plaisir, il l’aura toujours avec une longueur d’avance, car Otto manifestera à chaque fois son étonnement auprès de son tendre ami.

Séraphine la kimboiseuse, Jacques Abeille, Atelier In-8. (Voir : Le mystère de l'Abeille) est un ouvrage idéal : il va compléter la revue bibliographique du Tenancier qui ne l’a pas mentionné, et en passant, j’affiche mon penchant pour la petite édition indépendante, ce sera mon premier jalon (et dans mon esprit, le seul, l’unique !). Otto commet un billet dans lequel il ne ménage pas son souci : identifier le «coupable» qui l’a réjoui. Bien entendu, il établit tout de suite une corrélation entre les Feuilles d’automne et la réception de ce livre puisqu’il se souvient bien avoir écrit sur ce blog qu’il ignorait tout d’Abeille : les limites du hasard le titillent.
J’avais commandé le livre à la source, chez son éditeur, et l’avais fait envoyer en précisant bien que je souhaitais que ce soit fait sous le couvert de l’anonymat. Je me rappelle bien d’une certaine Sylvie, un peu surprise par ma demande, un peu craintive à l’idée que le destinataire lui demande de se justifier ; je la rassurais. Je supputais qu’Otto était susceptible de vérifier en amont, il fallait donc que j’emporte l’adhésion de Sylvie, bien au-delà de son simple consentement : L’atelier In-8 ne se compose pas d’un seul homme; s’il venait à l’idée d’Otto de se manifester, comment aurais-je la garantie que toute l’équipe jouerait le jeu ? Sylvie me rassure, elle est seule à s’occuper des commandes, je peux donc compter sur elle. Otto se manifestera et tombera sur un os. Il nous en rend compte le 10 novembre en reproduisant le message de Sylvie.
Notre Tenancier, le premier informé par Otto de la réception de ce paquet-farcé comprend de lui-même que je suis à la source. Forcément, il serait le premier suspecté. Il signera le premier commentaire du premier compte-rendu d’Otto sous le couvert du pseudonyme de Juan Ramon Mirador, sous la phrase qui connaîtra un grand succès par la suite : «C’est pas moi !» D’emblée, le concept de mystérieux expéditeur apparaît, sans majuscules (elles viendront plus tard… le respect ?).
Dix-neuf commentaires, le Mystère s’enclenche, le Tenancier et moi rions sous cape.

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La réponse du Mystérieux Expéditeur !

Alleluïa, osannah sur terre comme aux cieux (et dans leurs environs, il ne faut pas chipoter) !
Le Mystérieux Expéditeur nous lit et, dans son immense bonté, il a répondu à nos si pressantes demandes. Et avec quelle réactivité !
C'était le 21 juin que je quémandais des nouvelles du Mystérieux Expéditeur dans ces termes : " Toujours est-il que je lance un appel au Mystérieux Expéditeur (et qu'elle me pardonne s'il s'agit dans les faits d'une Mystérieuse Expéditrice) : ne nous laissez pas dans cette stase si frustrante, manifestez-vous ! Pas forcément sous la forme d'un nouvel Envoi, mais par un mot en ces lieux ou par une missive confiée aux bons soins du Tenancier. S'il vous plaît, ne nous laissez pas ainsi languir !!!"
Et c'est seulement deux jours plus tard que, sans doute ému par ces supplications auxquelles vinrent se joindre toutes les voix amies qui se manifestent ici régulièrement (et elles en sont remerciées, vous le verrez plus loin !), le Mystérieux Expéditeur a mis sous enveloppe (et quelle enveloppe !) ce nouveau, bel et Mystérieux Envoi ! Qui met à terre l'hypothèse développée par ce cher George sur l'adieu qu'aurait constitué le précédent Mystérieux Envoi.
Je vois les lecteurs de ces lignes trépigner, bouillir même : "alors, qu'y a-t-il dans ce Mystérieux Envoi ?" Mais c'est qu'avant même de savoir ce qu'il y a dans le Mystérieux Envoi, il faut parler du contenant ! Car, comme toujours avec notre fameux Mystérieux Expéditeur, le contenant est à la hauteur du contenu, si ce n'est plus, et tout aussi décontenançant !
Or donc, nous voilà devant une fort belle enveloppe à fenêtre, aux atours des plus originaux. Créée par Grafiche Tassotti en Italie en collaboration avec Chess Collectors International, elle s'orne d'un échiquier supportant des pièces rouges et blanches. Dans la fenêtre, sur une feuille de papier kraft collée à l'intérieur de l'enveloppe avec grand soin (l'enveloppe elle-même est en réalité une affiche décorative au format A4 patiemment transformée en enveloppe à l'aide de colle et de ciseaux), mon adresse actuelle, ce qui met là aussi à mal bon nombre d'hypothèses sur le fait que le Mystérieux Expéditeur ne la connaissait pas (et amène à se poser maintes questions : ils ne sont pas si nombreux à connaître ma nouvelle adresse !)… Quant au timbre, il s'agit d'une représentation d'une carte d'un tarot divinatoire, le Diable… Plus étonnant encore, le cachet de la poste ne figure pas sur ce timbre mais sur mon adresse ! A croire que même la Poste est complice !
En revanche, au verso de l'enveloppe, quel étonnement de voir le rabat fixé par deux cachets de cire poinçonnés d'armoiries : une couronne surplombant un écu comportant (désolé de ma méconnaissance de la terminologie héraldique) trois étoiles au-dessus d'un chevron inversé coiffant une tour.
Voilà déjà de quoi se poser bien des questions. Quelle est la signification de ces poinçons, comment le Mystérieux Expéditeur a-t-il trouvé mon adresse ? Il y a de quoi faire…
Et, à l'ouverture de l'enveloppe (quelle tristesse de devoir rompre ces cachets…), un ravissement pour tous ceux qui se délectent des Mystérieux Envois. Car, cette fois, ce sont deux éléments qui sont donnés en pâture à notre sagacité.
En premier, une carte postale éditée par nos bien connus amis helvètes de Plonk & Replonk, qui met en scène une assemblée d'hommes du XIXe siècle "déguisés" comme des membres du KKK (un montage) et tenant à la main des cordes (de pendu ?). Avec, en légende, "L'antique et prestigieuse société secrète de 'Ceux qui tirent les ficelles'" (un drôle de clin d'œil, nous le verrons plus loin). Et, sur certaines de ces cagoules, des noms bien connus en ces lieux : Mouton, George, Moons, SpiRitus, ArD, Adria, Tenancier… Le Mystérieux Expéditeur serait-il donc une confrérie ?
En tout cas, le verso de cette magnifique carte postale est tout aussi parlant que… Mystérieux ! De cette fameuse écriture que nous avons appris à connaître, les Editions "Les Pieds de mouches de Gueulette" nous remercient de toutes nos contributions (450) agrémentées de celles des tireurs de ficelle (pour encore insister sur le fait que le Mystérieux Expéditeur est pluriel ?), en précisant que ces contributions auront, "avec enchantement et pour notre ravissement, fait le lit du canular surréaliste qui a pris son envol grâce à Jacques Abeille dans le salon des Feuilles d'automne, salon aux fauteuils de velours". Une dédicace fort touchante, qui évoque un ravissement et un enchantement que nous partageons tous (sans même parler de notre amitié pour ces Feuilles d'automne). Et qui ravive le souvenir des Editions "Les Pieds de mouche de Gueulette", dont la genèse était (du moins pour ce que nous avions pu en savoir) contée ici
Quant au second élément, il s'agit de "Impair et manque", un poème édité par Le Cadran ligné (collection à consulter et commander ici se présentant sous la forme d'une feuille de papier vergé A4 pliée en quatre et protégée par une couverture à rabats de même texture. A l'intérieur de cette couverture, une nouvelle dédicace, à votre serviteur adressée, "avec la reconnaissance de Ceux Qui Tirent les Ficelles" et un symbole, en bas de page, évoquant l'éternel recommencement… Quant au poème de Jacques Abeille, vous pouvez le lire sur l'image ci-dessous, il tient en ces quelques lignes imprimées à cent cinquante exemplaires seulement. Beau poème, du reste, mais extrêmement sibyllin (pour en revenir à nos précédentes discussions !) bien qu'affirmant que "tout est perdu".
D'Abeille à Abeille, ce Mystérieux Envoi peut laisser à penser que la boucle est bouclée, comme semblent le souligner les messages écrits par le Mystérieux Expéditeur. Qui, s'il tire ainsi sa révérence (ce que nous sommes certainement bon nombre à ne pas souhaiter !), nous laissera en souvenir bien des interrogations, bien des pistes qu'il nous faudra suivre et explorer pour, peut-être, un jour dévoiler Ceux Qui Tirent les Ficelles !
En attendant, quel plaisir de voir à nouveau le Mystérieux Expéditeur nous faire partager ces facétieux envois (il y en a eu, jusqu'à aujourd'hui, quand même dix !) qui ont déjà tant réussi à enflammer notre imagination depuis pas très loin de deux ans.
Et, sapristi de sapristi, j'aimerais bien savoir qui est (ou sont ?) le Mystérieux Expéditeur !

D'autant que, après mûre réflexion, me vient à l'esprit une hypothèse troublante : et si le Mystérieux Expéditeur et Ceux Qui Tirent les Ficelles n'étaient autres que les impétrants nommés sur cette carte postale ? Cette "antique et prestigieuse société secrète" ?
Voilà qui expliquerait, entre autres, pourquoi chacun de ceux qui a, à un moment ou à un autre, été soupçonné a pu répondre "ce n'est pas moi". Eh oui, ce serait donc "vous" !
Qu'en pensent les honorables habitués de ce blog ?

Otto Naumme
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Pour récapituler, c'est là :


Mystérieux Expéditeur (7) : honte sur moi…

Eh oui, je l'avoue, je le confesse, j'ai très sérieusement bricolé, cafouillé, procrastiné, en un mot, déconné. Honte à moi, donc, car franchement, là, j'ai traîné…
De quoi parlé-je ? Du Mystérieux Expéditeur. Si vous ne savez pas encore de quoi il retourne, allez voir ici.
Pour les autres, je vous épargnerai le résumé, mais je ne demande pas votre pardon. Parce que le dernier envoi du Mystérieux Expéditeur m'est quand même parvenu début août. Et je ne vous en fait part que maintenant. Honte sur moi. Parce que, certes, j'ai eu du travail et toutes sortes de contingences (et notamment le courrier qui ne m'est pas parvenu pendant un bon mois…), mais j'aurai sans aucun doute pu trouver le temps de vous compter ce nouvel épisode depuis belle lurette si je m'y étais décidé.
Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? Là aussi, il y a mystère. Je ne sais pas, tout bêtement. Une lassitude ? Peut-être, mais inconsciente, alors. Et toute autre hypothèse reste une énigme pour moi…
Bref, désolé pour vous, chers lecteurs, de cette plus qu'exagérée nonchalance.
Et encore plus pardon au Mystérieux Expéditeur. C'est quand même lui qui se décarcasse à trouver régulièrement des envois tous plus ingénieux, amusants, intriguants, malicieux. Et moi qui ne trouve rien de mieux à faire que de ne pas en faire part. On comprendrait à moins qu'il se lasse. Mais qu'il ne m'en veuille pas, je me fustige bien assez tout seul…


Cela étant dit, venons-en à cet envoi, daté du 17 juillet, mais arrivé bien plus tard chez moi, réexpédition du courrier aidant (j'ai déménagé en avril, le service fonctionne pendant un an…) et courrier "égaré" par le facteur "freinant" (j'ai découvert cet envoi toute fin août, en fait…). De quoi s'agit-il cette fois-ci ? D'une superbe carte postale. Au recto, une illustration dans un style faussement naïf avec un phare chapeauté par une immense hélice, le tout sur une île minuscule. Et une légende : L'anticyclone des Açores, à l'arrêt. Saillie aussi amusante que surréaliste, au sens premier du terme. Pour tout dire, j'adore ! D'autant plus que les Açores forment un archipel d'îles superbes, que j'ai visitées à deux reprises avec un immense bonheur (et, du reste, l'écriture du ME ressemble énormément à celle d'une des personnes avec qui j'ai été en ces lieux, où figure notamment une "zone du mystère" qui porte bien son nom : la route qui la traverse semble être en descente – et pourtant, si vous mettez votre voiture au point mort, elle va reculer !).
Au verso, diverses indications sur le créateur de cette carte postale. On apprend ainsi qu'elle fait partie de la série "Les petits matins après-midi" éditée par Plonk & Replonk (nom qui m'évoque quelque chose, d'une autre personne avec qui j'ai voyagé…), maison sise à La Chaux de Fonds. Sans oublier ce très amusant "Imprimé en France à 800 mètres d'altitude chez Monsieur Bobillier" quelque peu dissimulé sous l'étiquette de réexpédition.
Autre élément notable, le timbre, célébrant le 150e anniversaire du rattachement de Nice à la France (un événement auquel je ne vois aucun lien avec moi, je n'ai pas d'attache particulière avec Nice…).
Et les inscriptions manuscrites (au crayon à papier) suivantes : 17.7.X pour la date et "C'est presque moi !" comme seul texte, en dehors de mes nom et adresse, écrits eux au feutre (ou stylo à encre, je ne sais) violet.
Bien. Nous savons donc que "c'est presque moi" le Mystérieux Expéditeur. Le seul souci étant que nous ne savons pas qui est "moi"… Et que je suis sûr que ce n'est pas moi (le moi moi, pas le "moi" lui – ou elle…) qui me lève la nuit et me livre à ces étranges activités. Je serais tout à fait incapable d'écrire ainsi.
Alors, quels indices apporte cette carte postale ? Comme je l'ai dit, les Açores m'évoquent des voyages fort agréables en ces lieux. Avec des personnes très proches. Le Mystérieux Expéditeur serait-il (ou plutôt elle, dans ce cas) l'une de ces proches ? L'écriture de l'une d'elles est effectivement assez proche de celle de cette carte et des précédents envois. Mais je serais assez surpris, pour d'autres raisons, que ce soit le cas. Quant à l'autre, je n'y crois pas une seconde, pour diverses raisons personnelles…
Donc, les Açores. Et Nice. Et Plonk & Replonk, de La Chaux de Fonds. Plonk étant, comme je le suggérais plus haut, un nom qui m'évoque une énorme crise de rire avec quelqu'un qui m'est très cher. Et proche également de la personne qui pourrait être soupçonnée via les Açores. Mais, tout cela est bien tiré par les cheveux et ne me convainc guère.
Quant au "C'est presque moi !", cet "aveu" est à mon avis encore plus perturbateur qu'une dénégation ! Aussi déroutant que le "Je peux mentir" de Fred Brown !
Bref, ne me voilà guère plus avancé. Si l'un de vous a une quelconque idée…


Quant à vous, très cher (ou chère) Mystérieux Expéditeur, j'espère que ma lenteur à évoquer votre envoi ne vous aura pas découragé. Je vous promets, en tous cas, que si nouvel envoi il doit y avoir, je me ferai un plaisir de raconter son contenu au plus vite à nos amis du blog du Tenancier.

Otto Naumme

Mystère, le retour !

Je ne sais pas pour vous, mais je ne l'attendais plus ! Les habitués du blogs et du mystère qui règne autour de ces envois seront peut être heureux de retrouver la succession des articles sur le sujet en cliquant sur le tag "Envois Mystérieux", en pied de ce billet, dispensant ainsi de recueillir ces dits billets en archives, le Tenancier ayant moins de temps qu'avant...
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Bon, ça m'aura pris du temps (déménagement, boulot, bazar, flemme…), mais m'y voici quand même…
Or donc, j'ai reçu, il y a maintenant un petit moment (entre 15 jours et un mois, je n'ai jamais eu de mémoire temporelle, je ne saurais être plus précis…), un nouvel envoi de la part du Mystérieux Expéditeur.
Si je dis "de la part du Mystérieux Expéditeur", c'est parce qu'en fait, ce n'est pas lui qui a pratiqué l'envoi mais bien l'éditeur de l'ouvrage reçu. Un éditeur quelque peu connu en ces lieux puisqu'il s'agit de Deleatur !
J'ai donc reçu, dans la collection La nouvelle postale, une nouvelle intitulée Le Voyageur attardé de, je vous le donne en mille, Jacques Abeille ! Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette collection, sachez que chaque opus tient sur une simple feuille A4 pliée en trois. A l'intérieur, un billet manuscrit m'informait que cette nouvelle postale m'était envoyée "de la part du 'Mystérieux expéditeur', cordialement". J'imagine que l'expéditeur de chez Deleatur a du bien s'amuser en faisant l'envoi. Et il sait qui est le Mystérieux Expéditeur, lui. Coquin ! J'irai bien jusqu'à Angers pour lui tirer les vers du nez, moi…


Bref, parlons un peu de Le Voyageur attardé. Ce voyageur y évoque l'hôtel où il revient pour un nouveau séjour, sa description plongeant le lecteur dans une atmosphère très étrange, entre érotisme moite suggéré et angoisse "frôlée" : "Les femmes de chambre (…) s'étendent sur les couches désertées, se roulent en criant dans l'odeur des disparus" ; "Dans les couloirs, on croise des machines sauvages, des soldats qui martèlent le sol ou une théorie de religieuses qui glissent comme des fantômes sous le vol fade de leurs cornettes, menant la mort de porte en porte". Dans ce cadre, il rencontre de manière fugace une petite fille boudeuse ("Vous n'êtes jamais là au bon moment, homme inculte !") et des femmes de chambre "mutines", qui n'hésitent pas à ôter les draps sous lesquels il dormait, le laissant nu et amer : "je sais déjà que la journée est gâchée". Et l'on sait, pour finir, que le voyageur attendra jour après jour le retour de la petite fille, sans espoir : "je ne t'attends plus, mais je reste".
Une nouvelle "short short" de qualité, que l'on prend grand plaisir à lire et relire (d'autant que cela ne prend que quelques minutes). Reste à savoir ce que le Mystérieux Expéditeur a voulu évoquer par ce biais, quel indice il a voulu transmettre. Et là…
Bien sûr, le "voyageur" alors que je viens de déménager, voilà qui semble approprié. Mais "attardé", pourquoi ? A moins que la phrase de la petite fille soit la clé ? Je veux bien assumer "l'homme inculte", mais quid du "bon moment" ? J'avoue me perdre en conjectures…
Mais je suis bien aise de cet envoi, cette nouvelle étant bien agréable et ne déparant pas dans la collection des "Envois Mystérieux" !
Et je suis sûr que le Mystérieux Expéditeur saura se débrouiller pour trouver ma nouvelle adresse pour son prochain envoi. D'ici là, qu'il soit remercié une nouvelle fois pour ces énigmes épistolaires (dont j'aimerais bien, un jour, trouver la solution, quand même !).

Otto Naumme

Moi aussi

Premier opus du petit jeu auquel je vous avais convié dans mon dernier billet rédigé. Je rappelle qu'il est question ici de nous raconter vos plaisirs et vos rencontres autour du livre. J'étais loin de me douter de ce que j'allais trouver en lisant ce texte d'Otto, qui fait quelque peu dans la subversion. J'ai beaucoup ri.
Le Tenancier
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Moi aussi, j'ai été libraire. Oh, il y a un bon paquet d'années de cela. Et pas bien longtemps, l'espace de quelques mois, pour tout dire. Qui plus est, dans une officine que bien peu ici auraient réellement qualifiée de librairie. En fait, l'endroit s'appelait à l'époque le Drugstore Saint-Lazare. Pour les parisiens, c'est le grand magasin qui se trouve tout en bas de la rue de Rome, à droite du parvis de la gare Saint-Lazare, quand on en sort. Il y a une pharmacie à cet endroit, maintenant, je crois.
A cette époque, au tout début des années 80, donc, il y avait là un "drugstore". Autrement dit, une grande surface découpée en plusieurs magasins "indépendants". On y trouvait une cafétaria, un marchand de journaux, un magasin de disques, un autre d'objets divers (cela allait des piles aux collants en passant par les mugs, par exemple), un supermarché alimentaire et, donc, une librairie.
Qui, en soi-même, n'avait pas grand-chose de remarquable. Si ce n'est l'étonnante population qui tenait lieu de vendeurs et de responsables – une "particularité" qui caractérisait, en fait, toutes les boutiques du drugstore. Pour résumer, l'ambiance tenait parfois plus de l'asile de fous que du magasin de grande consommation…
Lorsque je suis arrivé dans cette librairie, du haut de mes presque 20 ans, j'avais les cheveux jusqu'en bas du dos (ce qui ne manquerait pas d'étonner nombre de ceux qui connaissent ma calvitie actuelle…), souvent un bandeau et une queue de cheval pour tenter de domestiquer cette toison, des chemises grand-père, bref, un look tout à fait adapté à la vente, on en conviendra… J'ai atterri là parce que mon père connaissait l'une des responsables de l'endroit. Auparavant, j'avais travaillé comme dactylo en intérim (imaginez la tête des cadres sup' de l'époque, attendant une secrétaire accorte, et voyant débouler à la place un grand escogriffe aux cheveux longs et pas rasé qui, en plus, savait vraiment taper à la machine, ce que ces braves cadres arrivaient à concevoir uniquement après m'avoir observé pendant une bonne demi-journée, penchés au-dessus de mon épaule). Un peu las de ces expériences, et ayant conclu de mes premières tentatives que, si je souhaitais manger régulièrement, j'avais tout intérêt à me trouver un autre métier que celui d'écrivain auquel j'avais rêvé, mon paternel m'a proposé l'alternative de travailler dans un atelier de restauration de véhicules anciens ou de m'orienter vers la librairie. Après hésitations (si si, j'ai toujours un faible pour les voitures d'époque), j'ai donc opté pour la librairie.
Et je suis arrivé, tout timide, dans ce lieu où j'ai eu l'impression de côtoyer une bande d'extra-terrestres sous acide. Comment dire… Pas un des membres du personnel ne pouvait être qualifié d'autrement que d'excentrique. Prenons par exemple le kiosque à journaux : il était tenu par un homosexuel espagnol éminemment sympathique, d'une cinquantaine d'années, un peu "folle", balançant régulièrement (et très ingénument) des énormités qu'aggravait encore son français parfois sommaire ; il n'aurait pas dépareillé dans "La cage aux folles". Son assistante était une ravissante jeune femme un peu évaporée qui, elle, passait son temps à tomber amoureuse tous les quatre matins et se faire arnaquer tout aussi vite. Le disquaire, pour sa part, était un toxicomane qui disparaissait parfois en pleine journée pour aller chercher sa dose. J'avais dans ces cas-là charge de le remplacer, tâche pas toujours drôle, quoiqu'il y ait eu des épisodes amusants : dans cette boutique en contrebas, il fallait descendre 3-4 marches à côté d'une rembarde de protection pour accéder aux rayons. Sauf que notre disquaire, rentrant un jour dans un état très "avancé", est passé directement par-dessus la rembarde : il avait tout simplement raté l'escalier… L'endroit valait aussi par sa clientèle. Il y avait une bande de rockers (banane, santiags, blousons, toute la panoplie) qui traînait régulièrement dans le drugstore : pas bien méchants, surtout si l'on parlait avec eux et si on leur passait leur Johnny adoré. Il leur arrivait même de pleurer à l'écoute de certains morceaux ! Plus étonnant (pour l'esprit naïf que j'étais à l'époque), j'ai été dragué par un homme tenant un peu de la motte de beurre sur pattes, qui se prétendait ancien manager de Claude François et qui m'aurait très bien vu avec une veste à franges (et rien dessous je suppose…) à la fête qu'il organisait et à laquelle il m'invitait. Suite à cette première approche, je me cachais dans la réserve de la librairie à chaque fois qu'il passait la porte du drugstore, à la grande hilarité de mes collègues.
Le rayon "bric à brac" et le supermarché étaient gérés par une lesbienne dont l'amie travaillait à ce même rayon bazar et les scènes de ménage liées à la jalousie de la première étaient quotidiennes. Quant à l'autre employée du rayon, j'en suis tombé follement amoureux et… bref, c'est une autre histoire…
Revenons à la librairie, donc. La femme qui la dirigeait avait tout du glaçon, une femme blonde d'âge moyen, habillée de manière très impersonnelle, toujours économe de ses gestes et de ses expressions, coupante comme du verre dans ses remarques. J'ai vite compris le pourquoi de son attitude : son mari, jaloux maladif, passait ses journées devant l'entrée de la librairie et venait la harceler dès qu'elle avait eu le malheur de parler à un client… Elle avait deux assistantes. La première, dame très bourgeoise d'un certain âge, très distinguée, très prude et très "bonne famille", mais capable de sortir elle aussi des réflexions qui auraient fait rougir un charretier, notamment lorsqu'elle entamait son hilarant numéro de duettistes avec l'homosexuel espagnol du kiosque à journaux. L'autre, tout petit bout de femme à l'énergie incroyable (elle a fini par mourir de fatigue …), très "cul serré", revêche en apparence mais très attentionnée lorsqu'elle se découvrait, m'avait pris sous son aile, me confiant même la responsabilité du rayon science-fiction (un genre que j'adulais à l'époque) de la librairie. J'y reviendrais. Auparavant, je n'oublierai certainement pas de parler de J., le responsable de la réserve et du rayon BD. D'abord parce qu'il figure toujours parmi mes amis les plus proches. Mais aussi parce que, à l'époque, il incarnait de manière ahurissante Gaston Lagaffe (il déteste cette comparaison). J. habitait à 500 mètres à pied du drugstore mais je ne l'ai jamais vu arriver avec moins de deux heures de retard le matin. Responsable de la réserve, il était chargé de réceptionner les colis, de pointer leur contenu et de ranger les livres en rayons. En règle générale, du lundi au jeudi (la librairie était ouverte 7 jours sur 7), les cartons s'empilaient dans la réserve, J. passant son temps à lire des BD ou… à dormir dans la réserve. Puis, arrivé le vendredi, il s'attaquait à l'ouvrage et tout était réalisé dans la journée. Son comportement était parfaitement toléré par les responsables de la librairie, qui avaient vite compris qu'il ne servait à rien de râler après lui : qu'un client lui pose une question alors qu'il lisait une BD ou qu'un "chef" tente de lui remonter les bretelles, il regardait son interlocuteur et rigolait. Désarmant… Et comme le travail était fait…
Pour ma part, j'ouvrais de grands yeux à contempler tous ces étranges personnages autour de moi et je travaillais. Tout d'abord comme caissier-vendeur. Assis derrière ma caisse, je me contentais de faire les additions et de rendre la monnaie, voire de faire des emballages cadeau (j'ai même fini par en réaliser quelques-uns potables, pas beaucoup…). Tâches guère épanouissantes. Heureusement, comme dit précédemment, l'une des responsables, D., me confia le rayon SF puisque je lui avais avoué être fan du genre et que personne ne connaissait trop ce domaine dans la librairie. Ce qui fut une "révolution" pour la boutique ! En effet, en quelques semaines, j'avais commandé suffisamment de livres de mon genre préféré pour remplir un énorme rayon (j'avais sans scrupule poussé ou mis en réserve les ouvrages qui encombraient l'espace que je convoitais). Et j'avais parsemé la boutique des affiches promotionnelles des divers éditeurs du genre, sur les murs, pendant du plafond, sur les présentoirs, par terre ! Et, il y a prescription…, j'en avais également profité pour largement enrichir ma bibliothèque personnelle (je commandais deux exemplaires de chaque livre qui m'intéressait, un pour la boutique, un pour moi – je ne faisais là rien de plus que mes collègues, il faut le préciser…). En tous cas, ma méthode a eu du succès puisque je me suis rapidement trouvé à voir des habitués venir régulièrement chercher toutes les nouveautés du secteur, passer des commandes et parler avec moi. Ce qui me changeait agréablement des petites dames âgées qui, elles, n'apparaissaient qu'à chaque nouvelle parution dans la collection Harlequin : ces dames prenaient systématiquement les 5 ou 6 titres nouveaux, sans même regarder résumé ou titre, payaient et repartaient sans mot dire…
J'ai donc passé assez peu de temps dans cette boutique, principalement parce que le drugstore a fermé ses portes (il semblerait que la direction ne brillait pas par ses compétences de gestionnaire…). Ce qui donnait lieu à des scènes assez cocasses, tout le personnel, prévenu de la prochaine cessation de ses activités, fonctionnant alors en roue libre. Le soir, c'est dans d'énormes sacs plastiques que chacun embarquait les livres qu'il convoitait. Et je me souviens également d'un jour où J. revint du bout du magasin, plié de rire, en annonçant qu'un client était en train de voler un livre… Ce qui a provoqué l'hilarité générale sous le regard ahuri du voleur, qui ne savait plus trop quoi faire (il est vite parti, son bouquin sous le manteau…).
Je n'ai pas la prétention, à la lumière de cette expérience, de me prendre pour un véritable libraire, loin s'en faut. Cela n'a pas duré bien longtemps, et les conditions étaient tout de même assez particulières. Mais j'ai vécu là une tranche de vie marquante, qui m'a permis de connaître quelques crises de rire assez mémorables, de vivre un amour (très) malheureux et de nouer une amitié qui dure encore, trente ans plus tard. Ce qui est finalement un résultat plutôt positif…

Otto Naumme