Affichage des articles dont le libellé est La Pieuvre par neuf. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La Pieuvre par neuf. Afficher tous les articles

Seconde brève

Ce blog est fréquenté par des intellectuels, cela ne facilite guère la vie du Tenancier mais il fait avec. N’empêche que ça rend pas mal service, ces bestioles, ainsi, voyez-vous, l’esprit de synthèse, c’est fort utile.
On vous recommande, — histoire d’illustrer notre propos — de vous rendre sur le blog de George WF.Weaver pour voir le maître à l’œuvre. En deux coups (trois, ce serait gâcher) de cuillerée à pot il nous y résume toute cette histoire d’envois mystérieux.
Beau et utile !

La Pieuvre par neuf
troisième tentacule, troisième tronçon



Du Grand Hôtel des valises, un rebondissement d’expériences indivises.
Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'abeille, épisode 3

George entre en case.

Le 11 novembre 2009, jour de paix.
George est arrivé sur ce blog à peine un mois auparavant (au deuxième tentacule). Déjà on opine qu’il a l’œil à la pêche. À ce stade, j’ignore ses pratiques de fin limier. D’une petite anecdote qui a eu lieu dans sa boutique la veille, il va faire un torpilleur !
Il commente :
« Cher Tenancier, un éditeur-imprimeur que nous connaissons tous deux est passé me prendre hier La négresse blonde et m'a incidemment laissé entendre qu'il connaissait le fin mot de ce mystère…»
Rien de plus, mais… rien de moins. Illico, je comprends qui est cet imprimeur éditeur, c’est CLS, pardi !
George — en débarquant sur Feuilles d’automne — avait signifié en commentaire pour se présenter à notre cher Tenancier qu’ils avaient une connaissance en commun en la personne de Christian Laucou. Amusée, je ne réagissai pas.

George clôt son commentaire avec des points suspensifs qui n’auront de cesse de me laisser accroire que CLS a dévoilé le mystérieux expéditeur que je suis. Mince, ça n’était pas au programme, mais alors pas du tout du tout ! Je savais que CLS parcourait vaguement ce blog, mais comment imaginer un seul instant qu’il se rendrait chez un libraire qui s’appelle George Weaver, et qui lui raconterait qu’il passe beaucoup de temps à éclaircir un mystère sur Feuilles d’automne ! Nom d’un mimosa, la poisse… Si vous saviez comme je vous en ai voulu, cher George. Secrètement. Maudits points de suspension !
Le Tenancier vole à mon secours en s’évertuant à faire avouer à George ce que Christian Laucou aurait bien pu lui dire. George est très rassurant. Toutefois, un bon farceur se doit de s’assurer en permanence qu’il n’a que des hommes de confiance à ses côtés. Je vérifie.
« — Cher Christian,
M'aurez-vous « vendue » auprès de votre bouquiniste en achetant La
négresse blonde ?(!) Depuis le début, je sais que vous êtes mon seul « péril » éventuel.
— Absolument pas. J’ai simplement dit à G. que je savais qui c'était, sans préciser plus avant et en faisant une moue. Il n’a pas insisté. Mais il n'est pas plus bête qu’un autre (moi en l’occurrence), il lui suffisait de faire le recoupement entre les cartes postales des Dutrou et votre commentaire sur mon propre site au sujet de la Métairie. Vous vous êtes vendue vous même, Madame.
Cela dit, je dois vous préciser que cela fait deux ou trois jours que je ne suis pas allé sur le blog d’Yves et que je ne sais absolument pas ce qu’après ma visite George a bien pu y écrire pour vous dévoiler. »
Eh oui, CLS avait raison : fin octobre, j’avais laissé un commentaire sur son blog ; j’y avais évoqué ce fameux atelier d’arts graphiques la Métairie La Bruyère où j’avais acheté la fameuse carte qui constituera le socle de ce 3e tentacule.
George aurait donc lu mon commentaire sur le blog de CLS une dizaine de jours auparavant au cours de la visite de CLS à la librairie, George aurait abordé le Mystère avec CLS à la boutique en vue d’obtenir une information. Bref, George aurait établi le lien entre le Mystère et moi.
Le poisson était ferré, il n’avait plus qu’à griller.
Sauf que… George ne savait rien du tout en fait. Cherchez l’erreur !

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par neuf
troisième tentacule, deuxième tronçon


Du Grand Hôtel des valises, un rebondissement d’expériences indivises.
Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'abeille, épisode 3

Le 7 novembre, Otto capitalise le m de « mystère ». Dorénavant, ce sera le Mystère : presque m’en trouverais-je flattée s’il n’était que quelques heures plus tard le Tenancier ternît mon image et parle de canular. George le valeureux me tire d’affaire en ripostant qu’il ne s’agit pas de « canular », mais d’une « énigme ludique ».
Otto, malgré lui, nous confie que si l’on venait à trouver l’auteur de ce Mystère, on en aura fini de rigoler. Il n’empêche, la tentation le ronge et dans les jours qui s’ensuivront, le Mystère connaîtra son premier péril, puisque Otto contactera les deux éditeurs que j’avais chargés de lui expédier un livre de façon anonyme. C’était ignorer qu’un bon mystérieux expéditeur travaille en amont. Pis, il va même jusqu’à téléphoner à son ami Roland Wagner dont le Tenancier a emprunté les initiales pour signer un commentaire ! Heureusement que Roland Wagner et moi… ne nous connaissions pas. Notons que cet homme n’avait encore jamais signé un seul commentaire sur Feuilles d’automne, mais c’est vrai qu’un bon ami du bon vieux temps, ma foi, ça peut débarquer de façon mystérieuse. On apprend au passage des détails succulents qui pourraient laisser penser qu’il s’agit de digressions. Ainsi sait-on que Otto, lorsqu’il a rencontré Roland Wagner pour la première fois, portait un costume vert et un chapeau pas vert. J’avais eu quelques détails par le Tenancier sur les goûts vestimentaires d’Otto ; il m’a donc suffit de commenter dans ce sens, et Otto m’a confirmé qu’il aimait le vert. Il fallait bien que je vérifie un peu si le Tenancier ne me contait pas des sornettes. Mettez-vous à ma place : s’il en trompait un, il pouvait bien en tromper deux, hein !

Enfin, SPiRitus me laisse souffler, admettant que je me suis fort habilement dégagée de sa liste de suspects dans laquelle il me versait «sans autre procès» et tente de recentrer Otto sur un suspect de son environnement proche.
Pourtant, SPiRitus, si vous saviez comme vous disiez vrai lorsque vous écriviez ceci : « À l'évidence, nous devons attendre le fin mot de l'histoire de son auteur lui-même, qui s’ingénie à brouiller les pistes en les multipliant, et à faire porter le chapeau, trop visible, à d'autres, fort nombreux. »

Les commentateurs franchissent une belle étape : au soixantième commentaire, ils conviennent d’un commun accord que le Mystérieux Expéditeur est un lecteur régulier de Feuilles d’automne. Enfin!

Je profite de l’allusion du Tenancier à Molyneux pour risquer le dévoilement d’un détail qui me concerne. Ce détail, ce sera Lurs. Car au fond, tout ce Mystère n’est-il pas serti de perles destinées à mettre les commentateurs sur la piste du coupable ?
Dans ce sens, une commentatrice nouvelle (Oulipo Terre) procède à une analyse graphologique de mes quelques mots manuscrits : en quatre points. Si le premier point est erroné (mon écriture ne serait pas naturelle, ah mais non, pas du tout !), les autres, ma foi, recèlent de la vérité, aussi ténue soit-elle : l’écriture serait féminine, l’outil employé laisse penser plutôt à une artiste qu’à une plasticienne (« connais-toi toi-même! », ce vieil adage qui m’avait échappé), et, et… les expériences indivises seraient une piste importante. Eh bien, oui, sans le voir, elle voyait juste, sauf qu’elle ne voyait pas la piste. Otto confirme : l’écriture, puisqu’elle présente des tracés un peu arrondis, de par sa finesse et sa rigueur, il la déclare comme provenant d’une femme. Rappelons que je suis alors à peu près le seul commentateur féminin régulier de ce blog, notamment sur le Mystère et qu'avec ce diagnostic graphologique, je vois l'étau se resserrer sur moi. Je n'en mène pas large.

Je livre un autre détail en volant au secours de Mademoiselle Naumme qui, bien qu’apprenant le russe, ne distingue pas Petrograd : j’envisage quelques caractères cyrilliques d’imprimerie lui sont plus familiers que l’écriture cursive. Otto est intrigué, constate que ArD aurait des caractères cyrilliques sur son clavier, pourtant, mais ne va pas au-delà. Il tenait une piste pourtant, aussi minime fût-elle. Si ArD écrivait en cyrillique sur son clavier, éclaircissait des horizons obscurs à sa fille sur l’écriture russe, il aurait pu pousser un peu plus avant…

« L’épair du Mystère est censé s'affiner par élimination des suspects numéros 1, plutôt que par ciblage ? », signé Rouletabille. George, je vous confesse que ce commentaire qui éveilla vos soupçons, était de moi. Et vous frôlâtes la reine de la ruche, lorsque vous écriviez : « Si cette phrase recèle vraiment des indices (en admettant que Rouletabille soit cet Expéditeur qui nous roule dans la farine et nous prend pour des billes) (…) Il faudrait alors procéder par illumination, plutôt que par ciblage (et d’ailleurs, que peut signifier ce dernier terme ? Comment cibler ?)… ». Oui, comment cibler ? Eh bien en se renseignant un peu plus à fond sur les idiosyncrasies des commentateurs réguliers de ce blog, pardi ! Auprès du Tenancier, par exemple : il m’en a bien confié à moi des détails sur les chapeaux d’Otto. Quand le Tenancier a commenté que IrwIn Molyneux avait un passe-temps, il vous livrait un détail. Que ne l’avez-vous exploité, hein ?

Laguiole enfariné et Laguiole affûté commentent. Je ne saurai jamais de qui il s’agit. Qu’ils se dévoilent, ah mais !
ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par neuf
- Troisième tentacule, premier tronçon


Du Grand Hôtel des valises,un rebondissement d’expériences indivises.

Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'Abeille, épisode 3

En Bourgogne, après le musée d’art brut où la carte de Ramon m’avait inspirée, je visitais l’atelier d’art graphique de La Métairie.
À la librairie, j’achète pour mon plaisir une reproduction en offset d’une illustration d’Alechinsky : « L’Image entre les lignes », j’aime beaucoup cet artiste. Mon investissement dans ce Mystère prend une forme inattendue : je décide de me séparer de cette carte que j’aime beaucoup, à la faveur de ce mystérieux Otto que je ne connais pas (mais vertueux commentateur de ce blog, rappelons-le).

Je recopie l’extrait d’un membre du groupe cobra dont fit partie Alechinsky : « Du Grand Hôtel des Valises, un rebondissement d’expériences indivises. », et pour pimenter, j’écris « Pétrograd » en russe, et date du mois d’octobre. C’est qu’il me fallait un peu lui compliquer le décryptage à notre Otto, hein! C’était comme une bouteille à la mer qui devrait susciter quelque intérêt : je renouvelle mon écriture manuscrite, j’introduis une dimension artistique avec la carte et le fil rouge Cobra, et j’espère jeter un doute avec le rebondissement des expériences indivises : ainsi, Otto s’interrogerait sûrement sur la possible participation de plusieurs personnes à ce mystère !
Eh bien non, personne n’a pensé comme j’aurais aimé que l’on pensât, et quelle déception devant la piètre reproduction su le blog, de ma carte photographiée par Otto. Mais enfin, Otto, que n’avez-vous pris votre compte-fil et regardé la trame, vous auriez vu qu’il s’agissait d’une impression en offset, quand même, et pas sur n’importe quel papier !
Otto, votre Mystérieux expéditeur commençait déjà à vous rendre grâce pour ce travail de rédaction qu’il vous infligeait malgré lui, c’était sa récompense… la première, car la seconde récompense résidait dans le foisonnement imaginatif des commentateurs, cette fois.

Otto se risque, mais oui ! Il identifie formellement son expéditeur comme étant un lecteur de Feuilles d’automne. Rendons hommage à sa perspicacité. Au passage, on note son vocabulaire qui progresse dans le sens pénal : l’expéditeur «récidive». On note aussi le détail qu’il nous rapporte : sa facteuse habituelle lui a donné l’enveloppe en mains propres. Tiens, tiens, et pourquoi ça «en mains propres» ?, alors qu’il avait balayé d’un coup droit l’hypothèse de la factrice ans l’épisode précédent.
Otto passe la seconde, il percute que son expéditeur soigne ses affranchissements en philatélie, et il se livre à une analyse scrupuleuse des cinq timbres différents collés sur une enveloppe bleue. Avec deux timbres à l’effigie d’abeilles en Francs, un timbre allemand en Deutsche Mark et un timbre norvégien en Couronne, la poste n’avait pas molli en les tamponnant « frénétiquement » (dixit Otto).
Otto voit un rébus, là où l’expéditeur s’était amusé à faire un patchwork de timbres des années 70 (les abeilles sur les timbres, il fallait les trouver quand même !), le tout agrémenté d’une friandise Haddock pour notre Otto qui trouverait bien matière à réagir (sur le colonialisme de Tintin, sa sexualité non aboutie, que sais-je ?).

George démarre la longue série des 142 brillants commentaires, il cartonne: les timbres de France, Allemagne et Norvège, représenteraient les trois pays frontaliers des pays dont les lettres de la ville capitale ont servi à dénommer le mouvement CoBrA : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Que n’y avais-je pensé !, moi qui avais tout bonnement farfouillé dans un petit amas de vieux timbres dont j’étais bien contente de me débarrasser par incapacité de les jeter.
Bien entendu, George cite illico la source bibliographique de ma phrase manuscrite : un livre de Dotremont, un instigateur du mouvement Cobra. George est arrivé tout récemment sur le blog, on n’y est pas habitués, ça décoiffe… En peu de temps il se singularise et va être de taille à concurrencer SPiRitus, sa perspicacité et son aptitude à la diversion.
Marrant comme une hypothèse qui a les apparences de tenir la route se construit à côté de la plaque ! George cite, Gombrowicz, Cosmos, c'est tout à fait cela d'après ce que j'ai vu. L'exploitation du moindre indice, et aboutissement à l'absurde. Dans mon cas, il y a quand même quelques croisements organisés : Alechinsky et Dotremont, c'était bien à croiser vers le mouvement de cobra, le russe et le mois d’octobre, c’était pour l'aspect révolutionnaire (à ce moment, c'est la période anniversaire). Les timbres devaient donner une dimension internationale, oui, mais de là à cerner cobra comme le fait George, chapeau, je n'y avais pas pensé.

SPiRitus a la plume acérée, on s’interrogera parfois à savoir si l’abondance des éléments retranscrits par Otto l’insupporte ou s’il se pique au jeu de démasquer «l’impétrant» comme dirait Otto. (Meuh non, Otto, je ne suis pas une impétrante.) Bref, SPiRitus est contraint de composer avec ses petits camarades, du coup, il esquisse un commentaire assez éthéré. D’abord, il cherche un russophone dans la salle pour comprendre le sens de «pemporpad». Notons au passage qu’il transcrit parfaitement en phonétique ce que j’avais écrit en cyrillique. Alors SpiRitus, auriez-vous saisi les lettres cyrilliques et procédé à une simulation de clavier russe pour en obtenir la transcription ? Dites-nous.
Pour les fameuses expériences indivises, SPiRitus fait une haute envolée sur une tout autre piste que celle de George : la piste Sexe & caractère publié par Otto Weininger. Après Otto Ganz, l’auteur du petit livre Contre la propriété sentimentale, c’est ma foi bien trouvé. Même prénom, et en prime on pimente le sentiment. Bref, tout ce qu’il faut en somme pour faire naviguer notre Otto à nous en eaux troubles. C’en était beaucoup pour Otto, quand même avec du cobra et du Sexe caractérisé ! Toutefois, moi qui misais sur l’aspect suggestif de la carte d’Alechinsky « L’Image entre les lignes », je ne suis pas déçue !

Souvenez-vous, Otto avait tenté de se renseigner directement auprès de l’éditeur belge L’Âne qui butine sur l’identité du commanditaire.
Cette fois, c’est SPiRitus qui nous avoue avoir «enquêté du côté d'in-8 ce week-end, mais sans succès : j'ai appris à Olivier ***, le boss de cette maison, qu'il existait en ces lieux un buzz autour de son Jacques Abeille... ce qu'il ignorait, donc.» (In-8, c’était la maison d'édition du livre constitutif de ce Mystère : Séraphine, la Kimboiseuse.)
Sous l’angle des expériences indivises, le Mystère commence sérieusement à prendre corps…

Pendant ce temps, dans les coulisses, la tension monte avec le Tenancier. En voici un aperçu :
ArD : « Oulalala, redoutable votre George !! Ah, vous avez eu une riche idée en le convoquant, Vous ! Ça va me compliquer la suite, tout ça.
— Je ne l'ai pas convoqué! J'ai rien fait. Réorientez Weaver sur Jimmy Gladiator. Après tout, s'il ne vous connait pas, vous pouvez tout à fait lui demander qui c'est, non ?
— Ah non, Tenancier, il y a une règle pour bien conduire une farce : ne pas être à la fois le farceur et le suspect n° 1. Quel nez : le lien qu'il établit entre la Fabuloserie et les éditions Lydie et Robert Dutrou est remarquable !
— Et vous avez vu le commentaire de SPiRitus ???
— Ils sont très forts !»

.../…
ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par neuf
- Deuxième Tentacule



!!! Contre la propriété sentimentale !!!, Otto Ganz, éd. L’Âne qui butine.

(Voir : La suite du retour du mystère de l'Abeille 2)
Otto nous rend compte de mes envois, j’attends ses compte-rendus avec impatience et quand il mettra trois semaines ou plus, je piafferai d’impatience et prierai notre Tenancier de piquer son ami au vif. Ah, cher Otto, vous m’avez fait languir tant et tant.

Animée par l’enchantement que me procure la petite édition, inspirée par l’aspect sinueux de la topographie du premier roman de jacques Abeille (Les Jardins statuaires, publié en 1982), que sais-je ? Cette fois, ce sera un petit éditeur de Belgique… L’éditrice, Anne Letoré, ne fait pas un pli pour jouer aux envoyeurs anonymes, elle trouve cela très drôle. La collection des Petits Pamphlets est riche, mon choix est essentiellement gouverné par le prénom de l’auteur — Otto Ganz — qui, bien sûr interrogera le bon sens de notre Otto dans son deuxième billet, très drôle. Le hasard fait bien les choses, Anne Letoré joint à son colis une carte postale représentant Betty Page et le Maecken Peace. Je le sais, car elle m’enverra la même avec d’autres petits livres que je lui ai commandés. Le fait qu’il y ait Betty Page sur la carte signe un hasard amusant : Je sais par notre Tenancier qu’Otto apprécie beaucoup Betty Page, ça n’est d’ailleurs pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Disons que je fus précédée.
Le contact passe bien avec Anne Letoré, alors je l’invite à lire le billet d’Otto (le nôtre, pas le sien !) qu’elle trouve « excellent », et l’incite à commenter. Réactive, elle me répond qu’elle veut bien, mais « par quel biais aurions-nous reçu l’info de ce blog ?», demande-t-elle très justement en précisant qu’elle va passer l’information à Otto Ganz. S’ensuivra un commentaire d’Otto Ganz, l’auteur de l’opuscule…
George aboule sur le blog, il cherche à comprendre, de façon cartésienne. En vain. Otto bloque sur les coordonnées postales de son domicile, et pense que l’auteur connaît forcément son adresse. Il a raison ! Son ami lui a assuré qu’il n’était pas l’auteur de cette farce, Otto n’a aucune raison de ne pas le croire. Il a bien raison : toujours croire son ami le Tenancier !

Coup de théâtre prématuré : SPiRitus, en bon praticien des enquêtes bibliographiques, recense les données apparues dans les commentaires sur les billets que le Tenancier avait publiés sur Jacques Abeille, affine les paramètres nécessaires à la conduite d’un tel feuilleton et, dresse une liste de critères de probabilités. SPiRitus et moi, nous côtoyons civilement parmi les lecteurs commentateurs, il ne sait rien de moi et le déplore. Pourtant, il dévoile habilement mon stratagème qu’il sera le seul à identifier : j’avais effectivement opté pour l’éditeur In-8 parce qu’il est basé dans les Pyrénées-Atlantiques, là où réside SPiRitus. De quoi aiguiller le soupçon sur ce commentateur avais-je pensé, de même que j’avais espéré que l’homonymie entre le nom de l’éditeur Letoré et Letort déclencherait quelque réaction. Dépitée, je m’exprimai sous le pseudonyme de Savoparole et tendais une perche, aussitôt rejetée, puisque M’sieur Yves avait nié tout lien avec l’éditrice. Ah, M’sieur Yves, il suffisait qu’il nie et Otto l’innocentait… et SPiRitus se dédouane avec un «Bref, "C'est pas moi" non plus... et c'est celui qui dit pas qui est !»
L’arroseur est bel et bien arrosé : d’entrée de jeu, SPiRitus me classe en haut de la pyramide des soupçonnables, au prétexte que j’aurais pu soustraire l’adresse d’Otto à son grand ami! Je me défends comme une tigresse sur le mode naval avec l’espoir de déstabiliser SPiRitus (cf. avant-dernier commentaire).
Mais SPiRitus — le sait-il ? — avait déjà tout compris. SPiRitus, sans le savoir vraiment, allait devenir un facteur de tension, un «adversaire», un délateur potentiel, un faiseur d’embrouilles dans cette farce où notre Otto buvait la tasse, sortait la tête hors d’eau, replongeait à merveille, attrapait les bouées que je lançais… tout ça dans le style naïf acrobatique.
Le Tenancier jette un pavé dans la marre en signant un commentaire sous le pseudo RCW que seul Otto comprendra puisqu’il s’agit des initiales d’un vieil ami auteur qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Vingt ans… et il débarque, cet ami auteur de SF ! Otto s’en émeut certes, mais c’était gros quand même. Je craignais que le Tenancier ne m’eût grillée… Même pas ! Comme quoi, il connaît bien la taille des couleuvres qu’il peut faire avaler à son ami.

On aurait pu croire cet épisode clos au dernier commentaire, le 27 octobre. Non !, en coulisses, le 9 novembre, Otto interroge les éditeurs L’Atelier in-8 et L’Âne qui butine : il se présente comme une «victime ravie» et cherche à obtenir le nom du commanditaire. Je n’ai pas souvenance qu’il nous reproduisît la réponse de L’Âne qui butine. La voici :
— «Bonjour inconnu gâté ! Mais par qui ? Mystère. De plus mon confessionnal étant fermé ce jour, je ne peux vous dévoiler la moindre parcelle d'identité de l'envoyeur, de l'expéditeur, du joueur. Et oui, parce que joueuse aussi, je me suis bien amusée ; habitant la Belgique, un gag, je ne pouvais que suivre cette commande.»

C’est pas moi !
En promenade en Bourgogne, je visite le musée d’art brut, La Fabuloserie, je tombe sur une œuvre intitulée «L’Apothéose de Ramona». Le tout premier commentaire du premier épisode (La Kimboiseuse) disait : « C’est pas moi.», il était signé Ramon Mirador. L’aubaine ! J’achète la carte postale de l’œuvre de Ramon, j’écris « C’est pas moi !» et j’ajoute «Mirador» : ainsi, Ramona Mirador sera la femme de Ramon Mirador, c’est simple, je poste de cette région où je n’habite pas.

L’ anniversaire.
J’enquête sur la date d’anniversaire d’Otto, elle est imminente, j’embraye. Pour fêter les anniversaires, je suis du genre à chanter a capella la chanson de Jacques Larue, le refrain et surtout ses deux couplets (« chez l’oncle Firmin et la tante Elisa,… ») vous voyez le genre… Je fouille dans ma boite à cartes postales d’anniversaire, cette dame élégiaque avec un bouquet de roses sur les genoux convient à mon inspiration du moment. Avec « Cent mots rivaliseront sans fleurs, ce jour-là », j’espère qu’Otto comprendra que je lui souhaite son anniversaire. J’espérais voir développer le rapprochement avec le slogan maoïste. George, naturellement, le renifle mais ne se souvient pas que l’original de 1956 est : « Que cent écoles rivalisent et que cent fleurs s’épanouissent ! », un vieux slogan en somme.

J’ajoute un indice philatélique, on ne sait jamais : Babar avec un gâteau d’anniversaire sur la trompe. Je découvrirai lors de la publication du billet d’Otto que la Poste a fait montre d’empathie : elle n’a pas oblitéré le timbre pour ne pas gâcher la fête d’Otto. Toutefois, j’avais pris mes précautions et la carte avait transité par un agent localisé dans une autre région. Un agent lecteur commentateur du blog, qui ne sera jamais suspecté. J’ai eu deux intermédiaires transitaires : bien entendu, SPiRitus l’envisagera assez vite pour affirmer que le lieu d’expédition des envois n’était pas forcément le lieu de résidence du mystérieux expéditeur. Il avait bien raison. Et moi aussi, j’avais eu raison de me méfier.

À ce stade, Otto envisage la piste d’une déclaration d’amour, je tiens le bon bout ! Je ne m’y attendais pas, mais au fond, c’est l’idéal, une «victime ravie» qui croit qu’on lui déclare sa flamme, mettez-vous donc à ma place !
Aussitôt, la factrice d’Otto dite «la facteuse» est suspectée. Après tout, elle connaît son adresse et elle pourrait très bien être amoureuse du destinataire qui pourrait bien résider dans un «joyeux bordel de campagne» comme l’écrit Otto Ganz. Et Ramona, sur la carte postale… elle était dans une position équivoque. En voilà un bon aiguillage !
Et notre Otto avoue que «ça trouble à la longue ». On serait troublé à moins. Dans son dernier commentaire, Otto m’enjoint avec humour de ne pas gloser sur les dimensions de son «goupillon». Je note et le resservirai ultérieurement.
De 19 pour l’épisode précédent, on passe à 50 commentaires. Moi qui pensais faire une petite farce en un épisode, me voici prise au piège de ma plaisanterie qui, déjà, fait cogiter un aréopage de commentateurs persévérants qui se piquent au jeu. Aider ce malheureux Otto devient un prétexte pour soit, mieux l’embrouiller (cf. le Tenancier), soit démasquer l’auteur de ces envois anonymes, lequel va très vite devoir endosser des allures de coupable. En voilà un comble de la bienveillance !

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

La Pieuvre par Neuf
- Premier Tentacule


Il était une fois, un billet sur Jacques Abeille : un écrivain en plongée dans un imaginaire qui foisonne de charnu, de dodu, tant en peinture qu’en écriture, un particularisme artistique évident qui ne laissait pas le Tenancier indifférent selon toute évidence. Et moi encore moins, pour deux raisons : j’avais connu cet auteur grâce à l’un de ses premiers éditeurs, et la fraîche lectrice que j’étais, avait débarqué chez le Tenancier grâce à cet éditeur encore (Fornax). Sans le savoir, le Tenancier créait un fil d’Abeille dont il faisait son miel et je me délectais à lire les commentaires approfondis de C. Arnoult auxquels notre Tenancier répondait scrupuleusement. SPiRitus étoffa le sujet avec une reproduction de deux couvertures d’ouvrages rares et délicats de ce même écrivain qu’il détenait dans sa collection privée.

Je me distrayais des commentaires d’Otto qui découvrait cet écrivain, et qui relevait que « monsieur Abeille aime les dames et leur compagnie, il semblerait. Un bon point pour lui… » et qui devant l’insistance du Tenancier à produire des billets sur Abeille (trois en deux mois) écrivit qu’il faudrait bien il se décidât à le lire un de ces jours.
Un autre commentaire, de CLS (l’éditeur Fornax), m’avait titillée : «Merci, tenancier de mon cœur, pour ce billet. S'il pouvait servir à convaincre quelques lecteurs non encore convertis de l'irréfragable nécessité de lire Abeille, ce serait merveilleux. Jacques, et je pèse mes mots, est l'un des meilleurs écrivains de langue française encore vivant.»
C’était septembre 2009, parmi les lecteurs assidus de ce blog, je tenais un abeillophile et un abeillo-néophyte, à savoir SPiRitus et Otto, l’étincelle d’un synapse farceur se chargeait du reste : je décidais qu’Otto serait ma «victime», son sens de la dérision s’y prêterait bien et aussi le désir que le Tenancier avait suscité chez lui de lire Jacques Abeille serait assouvi. À cette heure, j’envisageais une farce en un seul épisode : envoyer anonymement à Otto un livre de Jacques Abeille, ainsi Otto travaillerait un peu du chapeau, il en référerait à son grand ami le Tenancier et on rigolerait un petit coup. Je n’imaginais pas une seconde l’étendue que prendrait mon envoi anonyme plaisant et plaisantin.

Ni une ni deux, sans la moindre insistance, j’écris à Monsieur Yves que je lui serais éternellement reconnaissante s’il me transmettait l’adresse postale d’Otto et qu’il pouvait me faire confiance, je n’en ferais pas de mésemploi. À cette heure, Monsieur Yves, notre Tenancier n’a aucune idée de mes intentions, il me transmet illico l’adresse d’Otto. Il ne me demande aucune justification, je suppose qu’il pressent mon esprit farceur, j’ignorais qu’il était doté de ce même travers : le goût de la farce (ah ça ! Il m’en a raconté une sacrément bonne qu’il avait faite à Otto sur un quai de gare !). Le Tenancier et moi sommes nés le même jour, on mettra notre goût commun pour la farce sous l’effet du signe virginal du Zodiaque et hop !, en avant les futures parties de rigolade qui s’ensuivront. Des commentateurs, aucun ne connaissait mon écriture, sauf un. Je prenais le risque de ne pas l’avertir : il s’en amusera probablement, me dis-je in petto. Il me faudra simplement éviter de poster de Marseille, puisque Otto sait que j’y habite.
Cette farce avait un triple dessein : elle ferait plaisir à Otto, elle me faisait rire, et elle nourrirait le blog par l’instrumentalisation d’Otto par un tiers (moi). Notre Tenancier aurait tout pour s’en réjouir, cela ne faisait aucun doute. Une farce sans complot, car jamais M’sieur Yves ne sera tenu au courant par anticipation, afin qu’il ait le même plaisir que ses lecteurs. Le plaisir, il l’aura toujours avec une longueur d’avance, car Otto manifestera à chaque fois son étonnement auprès de son tendre ami.

Séraphine la kimboiseuse, Jacques Abeille, Atelier In-8. (Voir : Le mystère de l'Abeille) est un ouvrage idéal : il va compléter la revue bibliographique du Tenancier qui ne l’a pas mentionné, et en passant, j’affiche mon penchant pour la petite édition indépendante, ce sera mon premier jalon (et dans mon esprit, le seul, l’unique !). Otto commet un billet dans lequel il ne ménage pas son souci : identifier le «coupable» qui l’a réjoui. Bien entendu, il établit tout de suite une corrélation entre les Feuilles d’automne et la réception de ce livre puisqu’il se souvient bien avoir écrit sur ce blog qu’il ignorait tout d’Abeille : les limites du hasard le titillent.
J’avais commandé le livre à la source, chez son éditeur, et l’avais fait envoyer en précisant bien que je souhaitais que ce soit fait sous le couvert de l’anonymat. Je me rappelle bien d’une certaine Sylvie, un peu surprise par ma demande, un peu craintive à l’idée que le destinataire lui demande de se justifier ; je la rassurais. Je supputais qu’Otto était susceptible de vérifier en amont, il fallait donc que j’emporte l’adhésion de Sylvie, bien au-delà de son simple consentement : L’atelier In-8 ne se compose pas d’un seul homme; s’il venait à l’idée d’Otto de se manifester, comment aurais-je la garantie que toute l’équipe jouerait le jeu ? Sylvie me rassure, elle est seule à s’occuper des commandes, je peux donc compter sur elle. Otto se manifestera et tombera sur un os. Il nous en rend compte le 10 novembre en reproduisant le message de Sylvie.
Notre Tenancier, le premier informé par Otto de la réception de ce paquet-farcé comprend de lui-même que je suis à la source. Forcément, il serait le premier suspecté. Il signera le premier commentaire du premier compte-rendu d’Otto sous le couvert du pseudonyme de Juan Ramon Mirador, sous la phrase qui connaîtra un grand succès par la suite : «C’est pas moi !» D’emblée, le concept de mystérieux expéditeur apparaît, sans majuscules (elles viendront plus tard… le respect ?).
Dix-neuf commentaires, le Mystère s’enclenche, le Tenancier et moi rions sous cape.

ArD
(Illustration de Sabine Allard)