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Noël Noël !

Ce qui est bien avec nos amis nazis, c'est que la connerie éternelle est un bon guide de lecture. C'est presque Noël à tous les coups !


    « Comme base du déroulement symbolique de la mise au bûcher on utilisera la sélection fournie ci-dessous et le représentant des étudiants restera aussi proche que possible de sa formulation en composant son allocution. Étant donné que pour des raisons pratiques il ne sera pas toujours possible de brûler tous les livres, il conviendra de se limiter aux ouvrages donnés dans la sélection pour choisir ceux qui seront nommément jetés dans les flammes. Cela n'empêchera pas qu'un grand nombre d'ouvrages finisse sur le bûcher. Chaque organisateur a toute liberté de faire là-dessus comme bon lui semble. »
 
      « 1er récitant : Contre la guerre des classes et le matérialisme, pour la communauté nationale et un idéal de vie ! »
    « Je jette dans les flammes les écrits de Marx et de Kautsky. »
 
    « 2e récitant : Contre la décadence et la corruption morale, pour l'éducation et la tradition au sein de la famille et de l'état ! »
    « Je jette aux flammes les écrits de Heinrich Mann, Ernst Glaeser et Erich Kästner. »
 
    « 3e récitant : Contre les coups bas idéologiques et la trahison politique, pour le don de soi au peuple et à l'état !»
    « je donne aux flammes les écrits de Friedrich Wilhelm Foerster. »
 
    « 4e récitant : Contre la valorisation excessive de la vie pulsionnelle qui dégrade l'âme, pour la noblesse de l'âme humaine !»
    « Je jette aux flammes les écrits de Sigmund Freud. »
 
    « 5e récitant : Contre la falsification de notre histoire et la dévalorisation de ses grandes figures, pour le respect de notre passé, »
    « je jette aux flammes les écrits d'Emil Ludwig et de Werner Hegemann. »
 
    « 6e récitant : Contre le journalisme étranger au peuple et marqué par la judéo-démocratie, pour une participation consciente et responsables à l'œuvre de construction nationale ! »
    « je jette aux flammes les écrits de Theodor Wolff et Georg Bernhard. »
 
    « 7e récitant : Contre la trahison littéraire visant les combattants de la première guerre mondiale, pour l'éducation du peuple dans un esprit qui lui permette de prendre les armes pour sa défense »
    « Je jette aux flammes les écrits d'Erich Maria Remarque. »
 
    « 8e récitant : Contre la dénaturation barbare de la langue allemande, pour la protection du bien le plus précieux de notre peuple ! »
    «  Je jette aux flammes les écrits d'Alfred Kerr. »
 
    « 9e récitant : Contre l'impudence et l'affectation, pour le respect et la vénération de l'immortel esprit du peuple allemand ! »
    « Dévorez aussi, Ô flammes, les écrits de Tucholsky et de Ossietzky ! »
   
Source Wikipédia
Photographie de John Heartfield


Naturellement, votre Tenancier attend avec délice les listes de désherbage de bibliothèques des futures municipalités bas du Front. Ça promet. Ça va presque nous faire les étrennes, cette histoire.

La marée monte

Il est assez curieux de découvrir chez certains commentateurs une sorte d’étonnement devant le scandale qu’inspirerait le contenu d’un livre pour enfant chez un médiocre homme politique. Cette surprise m’intrigue bien plus que l’horreur proclamée par ce fonctionnaire de la sottise. Car enfin, l'envie de censurer démange depuis belle lurette toutes cette engeance. Qu’on se rappelle l'initiative qui provenait du même bord en 1993 où, à la mairie de Paris, au cœur de ses bibliothèques, on institua une « commission chargée d’identifier et de mettre à l’index les ouvrages contraires aux bonnes mœurs ». Rien n’a réellement changé en vingt ans (mais rien n'a changé depuis Pompidou, depuis De Gaulle et même avant).
Alors pourquoi feint-on de découvrir cela en mimant la stupéfaction ?
Il semble que nous vivons dans un monde ou l’on ne veut pas voir, pas savoir et où aucune erreur, aucune expérience n’est profitable à quiconque mais où l’indignation frelatée se proclame comme un gage de vertu, euh... « Démocratique », « Citoyenne », « Républicaine » ou autre cliché (mais on peut dire connerie, cela ne me dérange pas) de la sorte ? C'est à celui qui proclamera sa droiture, en Saint-Just du smartphone, mais en 140 signes seulement. En attendant, la merde monte lentement, les enfants, et nous n’avons pas de bouée.
Mais il semble que certains d’entre nous en redemandent, peut-être croient-ils que c’est devenu comestible. Ce n’est pas grave, nous avons notre indignation, n’est-ce pas ?
Et notre clavier de téléphone. 

Allégorie


Le Tenancier répondant à ceux qui s'offusquent de son imagerie.
(Allégorique, mais évocateur !)

Frais de port ? Mon cul !...

On lève un sourcil quelque peu circonspect à quelques annonces faites ici et là autour des mesures prises ou bien préconisées par les députés français autour d’Amazon. Il apparaît que la pratique du port gratuit pour ce qui concerne l’expédition du livre – sur lesquels on a déjà concédé une remise de 5% conformément à la loi sur le prix du livre – s’apparenterait à ce que l’on appelle du dumping. Le procédé qui consiste à rogner sur sa marge pour proposer un produit moins cher par rapport à la concurrence n’est pas d’hier, cela regarde essentiellement les grosses sociétés, surtout celles qui sont en position de monopole. Que ce même procédé nuise au commerce des entreprises les plus fragiles en les privant d’une clientèle soucieuse de son pouvoir d’achat n’est pas non plus une nouveauté ébouriffante, tant nous sommes tous habitués à contempler les coups tordus qui font le banal ordinaire de l’économie de marché. La réponse à cette pratique « déloyale » vis-à-vis des petites librairies ou d’une concurrence qui n’en peut mais consisterait donc, selon MM. les députés, à imposer la facturation des frais de port aux clients par cette entreprise. Ce projet me met en joie. Cela démontre qu’il est facile de prendre une mesure populaire tout en respectant les préceptes du libéralisme, exercice devenu également banal dans le manageriat contemporain (Ah… dans les écouteurs, on me dit que ça s’appelle gouverner).
Mais reprenons : Amazon pratique le port gratuit pour les produits qui sont mis en vente sur son sites : Livres, Dévédés, Blourets et j’en passe. Pourquoi cette société est-elle en capacité de le faire ? Eh bien, la piste des allégements de charges tant nationales que locales serait peut-être à suivre. Quel élu local ne voit pas d’un bon œil qu’une boîte s’installe et propose des emplois — la plupart du temps pas très qualifiés — dans la zone de chalandise de ce dit édile ? Lequel ne serait pas prêt à favoriser son propre bassin d’emploi en allégeant les charges locales ? Quel politicien national ne peut s’empêcher d’applaudir dès lors que cette annonce d’implantation vient à point nommé pour sa propagande propre. Oui, vous allez citer Montebourg à propos d’une nouvelle plateforme de cette société, je vous vois venir. Mais je ne trouve pas ça particulièrement honteux de la part d’un ministre socialiste, à partir du moment où les statuts de son parti ont intégré l’économie de marché dans son projet politique. Le ministre est donc dans son rôle. Ces allègements se chiffrent-ils ? Assurément oui, même si je suis dans l’incapacité d’accomplir cette opération car, rappelez-vous le : je ne suis qu’un simple citoyen. En tout cas, vu les quelques photos de ces fameuses plateformes, on peut penser qu’il y a une certaine surface soumise à l’impôt foncier et en tout cas à la taxe professionnelle. Vous ferai-je rougir d’indignation en vous rappelant les allégements divers qui sont théoriquement incitatifs pour que les sociétés étrangères viennent s’installer en France ? Dans quelle mesure Amazon n’a pas bénéficié des mêmes facilités qu’un Eurodisney pour ce qui concerne les charges sociales et autres ?
Mais pourquoi vous parler de tout cela alors que j’évoquais avec vous ce problème du port gratuit. La chose est simple, la marge de cette entreprise lui permet d’envisager cette pratique puisqu’elle est débarrassée de frais occasionnés par les impôts et les charges sociales. Ceci compense-t-il cela ? Je l’ignore encore, puisque je n’ai pas accès au volume d’affaires d’Amazon, ses charges diverses et tutti quanti. Néanmoins on peut en concevoir des soupçons.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Mais, déjà, le coût d’un envoi pour une société comme celle-ci est-il équivalent à celui que pratiquerait une librairie moyenne ? Bien sûr que non. Le volume de vente est bien supérieur ! C’est ainsi que La Poste a réservé certains tarifs pour ces grosses sociétés. Pensons au colieco, prestation accessible à tous et dont l’emploi fut restreint par la suite à l’usage de ces dites sociétés. Gageons même que la marge de La Poste pour ces services est réduite au minimum, le souci de cette société étant de garder sur le territoire national une prééminence dans la distribution du courrier en nombre face à d’autre gros opérateurs européens.  Cela ne vous rappelle rien, cette pratique ? Mais si voyons ! Cela s’appelle du dumping. Au cas où vous ne le sauriez pas, La Poste si elle n’est pas entièrement privée est soumise aux mêmes critères de l’économie de marché que ses petits copains, avec les mêmes pratiques que les sociétés qui y sont plongées jusqu’au cou, avec les mêmes mensonges également.
Mensonge ?
Ai-je dit mensonge, enfin ? N’en n’est-ce pas un quand on augmente les tarifs d’envoi au prétexte de la raréfaction des expéditions, à une époque ou le commerce en ligne ne s’est jamais mieux porté ? En fin de compte, non, ce n’est pas totalement un mensonge. En effet, la vente par correspondance se porte bien, merci, mais les bénéfices sont obérés par la préoccupation de garder le monopole postal sur le territoire français. Donc, les plus gros continuerons à payer moins.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Ah oui, ils entérinent régulièrement ces augmentations de tarif au public…
Mais revenons à ces histoires d’impôts. Doit-on blâmer Amazon d’élaborer des stratégies pour aller payer ailleurs, où ça coûte moins cher ? Peut-on lui reprocher de faire avec les charges publiques ce que toute économie de marché tente de faire tant sur le plan matériel, humain, économique et j’en passe, c'est-à-dire de ren-ta-bi-li-ser ces postes, si possible avec la collaboration de ces dits postes : « travailler plus » & « paradis fiscal » étant les deux faces de ce Janus consumériste ?
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Oui, ils s’indignent. Mais après tout, ils ne sont pas là pour remettre en cause un fonctionnement dont ils sont tous les garants.
On pourrait encore évoquer les pratiques salariales de ces boîtes (je ne vise pas précisément Amazon, parce qu’après tout le salarié en librairie ne roule jamais sur l’or), le machinisme qui opère même dans les plateforme de tri, la dématérialisation du lieu de vente et du stockage (lequel se trouve chez l’éditeur qui en assume intégralement le coût), etc.
Mais ça, je pense que ce doit être traité en commission, non ?
Enfin, quand j’entends qu’Amazon utilise les infrastructures publiques (route, poste, etc.) tout en ne payant pas sa part, je rigole, parce que les personnes qui s’imaginent cela pensent encore que nous possédons des services publics. Sans doute pensent-elles encore des choses bizarres. Nous serons prudent avec cela, la sortie du somnambulisme peut se révéler violente puisque, pensant encore en ces termes, elles pourraient chercher un sauveur ailleurs que dans la raison.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Vous rigolez, j’espère ?
Mais en fin de compte que font-ils, ces députés. Eh bien, il froncent les sourcils et déclarent : « C’est intolérable, imposons les frais de port à cette société, nom d’une pipe bois ! » (C’est dire la véhémence, c’est dire l’indignation et la colère !)
Donc, pour les livres, Amazon devrait être obligé de faire payer le port à ses clients, mettant ainsi au même niveau les petites libraires et cette boîte-là. Ah pardon, je voulais parler uniquement des livres, n’est-ce pas ? De ce truc en perte de vitesse et qui n’est pas du tout l’essentiel de son activité. Donc, disais-je, Amazon va encaisser ces frais de port.
Attendez…
Il n’y a pas un petit problème, là ?
Oui, lisez bien : Amazon va encaisser du fric en plus, c'est-à-dire que son chiffre d’affaires va progresser grâce à une disposition qui était censée la pénaliser. Bon, c’est vrai, ça n’ira pas très loin (le livre est en crise, je vous le rappelle).
Mais c’est tout de même sympa.
Merci qui ?
Comment ? Hein ? Faire payer les impôts à toutes ces boîtes-là ? Et puis penser que les objets et les services ont une valeur qui va au-delà du prix affiché ?
Je vous rappelle que ce billet n’était pas destiné à nous faire rigoler…

Salauds de pauvres
... et en plus ils vendent leurs livres !

Voici l’extrait d’un échange entre votre serviteur et une personne, dénommée ci-dessous L’artiste sur un réseau social bien connu. Celui-ci, ignorant sans doute que l’intelligence conseille toujours de porter une critique sur ce qui est dit et non sur ce que l’on suppose d’autrui m’a accusé clairement d’estamper des pauvres qui viendraient me vendre leur bibliothèque. Ces assertions relèvent de l’insinuation malveillante, voire de la diffamation. Je ne suis pas du genre à avoir recours à des voies qui m’indisposeraient pour avoir raison de cette appréciation. Je lui ai donc répondu directement et, contrairement à lui, sur ses propos et de la logique qui en découlait.
On a volontairement retiré des répliques d’autres personnes qui n’apportaient rien de plus, changé les noms en pseudos, élagué ma dernière réplique et laissé les éventuelles coquilles. Ce qui suit est ce qui reste de ce que j’ai pu sauvegarder. L’échange — si l’on peut dire — continue, mais je n’ai pas eu la possibilité de le conserver. Mais après tout, je vous épargne les dérives scatologiques de mon interlocuteur. Qu’il ne me remercie pas. J’épargne seulement mes lecteurs…


La Libraire :
— « Quatre et trois, sept euros s'il vous plaît.
Vous me faites un prix?
Non madame.
Les affaires reprennent. »
[...]

La libraire :
— Jusqu'alors je ne disais pas non justement et je pirouettais ainsi, et je viens d'apprendre à dire non. Aussi je ne m'en prive plus.

L'artiste :
— Mais en même temps, ça fait partie du jeu, non ?

Le Tenancier :
— Non, ça ne fait pas partie du jeu. On ne fait pas un prix en ayant l'arrière pensée de le vendre moins. On estime un livre à son prix. Il faut un peu désapprendre à vouloir tout négocier. Le faire, c'est d'ailleurs marquer son mépris pour le libraire et ses connaissances. Pardon pour cette réponse brutale, mais est-ce que vous allez négocier vos pompes ou votre baguette ? Même si le livre est d'occasion il a une valeur, estimée par un professionnel.

L'artiste :
— Oui, je négocie mes pompes ... je les achète aussi d'occasion ... la baguette, non, ça me ballonne ...

Le Tenancier :
— Y'a rien à répondre à ça.

L'artiste :
— Á réponse brutale, commentaire désolant ... 1 point partout, la balle au centre ...

Le Tenancier :
Effectivement, la dialectique de bac à sable, n'est pas ce qu'on peut considérer comme un "commentaire" et la métaphore sportive n'est pas non plus ce qu'il y a de plus spirituel. Je comprends maintenant : à force de vouloir tout avoir au rabais, on en a aussi les productions de l'esprit.

L'artiste :
— Yves, n'oubliez surtout pas que les livres sont écrits par d'autres que vous. N'adoptez pas de posture d'intellectuel délicat avec autant de mépris face à ce que j'ai écrit. Vous ne me connaissez pas, vous ne savez absolument pas si je dis vrai ou pas. Par contre votre posture hautaine, tant vis à vis des amateurs de sport que des "pauvres" gens me semble être véritablement sincère de votre part. Justement, des gens comme vous ont réussi récemment à faire virer du Musée d'Orsay des "pauvres" gens parce qu'ils sentaient mauvais (*). Et tout ça parce que j'ai eu le malheur de parler de "jeu" ... Et n'oubliez pas non plus que très souvent, les gens qui vendent des livres à vil prix à des bouquinistes, c'est justement parce qu'ils ont besoin d'argent (*) ... pour finir, je crois que ce n'est pas parce que vous avez la TVA ou quelque autre charge à payer en ce moment qu'il faut prendre les clients qui demandent un rabais pour des brutes épaisses, indignes d'une quelconque marque d'humanité (*). Je vous plains finalement. Et comme dit le commentaire précédent, c'est bien "de camper sur ses positions", on peut crever la gueule ouverte, droit dans ses bottes, mais au moins, on n'aura pas touché un pauvre ou quelqu'un qui risquait de remettre en question vos certitudes.

(*) : C'est Le Tenancier qui souligne...

Le Tenancier :
— Monsieur l'Artiste, j’ai patienté un tantinet avant de vous écrire ma réponse, parce que vous vous doutez tout de même bien que j’allais pas laisser passer vos propos, tout de même Il ne faut jamais s’énerver et être mesuré dans sa réponse. J’ai été mesuré :
Monsieur L'Artiste vous êtes un lavedu. J’aurais pu utiliser un autre terme qui aurait signifié que je vous prends également pour un mal comprenant ce qui serait plutôt une excuse parce que cela relèverait alors d’un état pathologique, surtout dans les Alpes à ce qu’il paraît. J'ai des doutes, de toute façon.
Je vous rassure tout de suite, si j’ai pris des précautions oratoires, c’était surtout en égard à la libraire dont je sais la délicatesse et surtout la peine quotidienne dans l’exercice de son travail, surtout lorsque l’on découvre que ses clients – et même des gens qui la fréquentent sur ce réseau – considèrent comme normal de réclamer après les prix marqués par ma consœur. Ma conversation privée avec elle me délie un peu de ce respect. Qu’elle me pardonne toutefois. Vous voici ainsi rassuré, je ne vous demandais pas pardon d’un supposée brutalité de mes propos car je sais que des gens comme vous ne voient que ce qu’ils ont envie de contempler. J’espère que cela ne vous donne pas le vertige.
Vous avez cru bon de vous répandre un peu plus après que vous ayez sans doute découvert que vous aviez dit une connerie. Le problème avec des gens comme vous c’est que c’est toujours après. Ainsi donc dans votre, euh … « prolongement », vous me rappelez que les livres sont écrits par d’autres que moi. Tiens donc ? Et qu’est-ce que cela prouve ? Que je n’écris pas les livres que je vends ? J’espère au moins que vous ne fabriquez pas tout ce que vous consommez et achetez au rabais. Ensuite, vous m’accusez de mépriser le sport au prétexte que je trouvais votre métaphore pauvre et quelque peu téléphonée. Je vous mets en garde : si je parle de « téléphoné », n’allez surtout pas croire que j’approuve les suicides à France Télécom, on ne sait jamais, avec des flèches comme vous… Je vous confirme, je me moque un peu des anabolisés surpayés, c’est pas mon truc (mais j’ai été en club de basket dans ma folle jeunesse et il m’arrive de marcher 40 km). Mais là n’était pas la question. Votre réponse était inepte, approximative et procédait seulement du détournement, précisément pour éviter le cœur du problème, le fait que vous approuviez que l’on puisse tout marchander. Est-ce parce qu’on vous aurait négocié votre salaire et que vous n’avez su dire non ? C’est assez commun de supposer chez autrui les faiblesses que l’on cèle à son entourage. Ma posture hautaine est très relative, je tiens tout spécialement à vous rassurer sur ce propos, ce n’est qu’une question de perspective tout empreinte de relativité. En somme cela n’a tenu qu’à vous. Encore fallait-il en être capable. Pour ma part, me mettre à votre niveau augurait plus qu’un abaissement, surtout à la lueur de votre diatribe sur la pauvreté et des suppositions que vous portiez à mon endroit. Car enfin, Monsieur L'Artiste, mon petit monsieur l'artiste, inférer que je sois le bras armé de la répression au prétexte que je ne suis pas d’accord avec vous résume la teneur de l’agencement malheureux de vos quelques mots. Ainsi, refusant un rabais, je suis du clan des salauds, des ordures qui considèrent les pauvres comme des pue de la gueule et qui doit certainement battre sa femme, c’est sûr ! Au début je me suis fait des effarouchement de petits marquis, je me suis convoqué et je m’étais juré de ne pas aller plus loin qu’un constat un peu amène sur votre compte. Mais, là : non. Ce n’est plus trop possible, la conclusion s’impose, vous êtes un con de la plus belle eau, un carat exceptionnel, une pièce de collection, un moment de grâce dans la muséographie du genre. Bref vous êtes Le Con.
Je crains fort que l’on bouscule la classification Dewey à cause de votre cas.
Je vais vous confier un truc, monsieur l'artiste, je fais des remises, à des clients fidèles, à des gens dont je sais qu’ils ne roulent pas sur l’or. Aux autres, je dis non. Et vous savez pourquoi, mon pauvre monsieur l'artiste ? Parce que je ne gagne pas suffisamment ma vie. J’ai ma librairie et je n’ai pas de quoi bouffer à la fin du mois. (C’est peut être pour ça que je bats ma femme, pour qu’elle me file à becqueter !) Et aussi parce que je ne méprise pas ce que je vends, eh oui ! Et je ne suis pas le seul, figurez-vous, j’ai des noms, des gens qui tentent de s’en sortir face à des personnes qui ont fait un sport de tout négocier, face à des lou ravis qui viennent vous donner des leçons sur la pauvreté en prenant les prétextes les plus débiles. Je vous confirme les dires de la libraire, ce ne sont jamais les plus pauvres qui demandent un rabais, presque jamais. [...] Pardonnez-moi alors de parler comme un libraire qui a pratiquement trente-quatre ans d’expérience derrière-lui et qui n’a pas un liard devant lui, qui n’a pas de plan de retraite et vous savez quoi ? Qui ne regrette rien. Procurez-vous le texte du Bibliophile Jacob sur « Les amateurs de vieux livres ». Vous n’y êtes pas, moi j’y suis. J’en crèverai, mais pas repus, et je m’en fous parce que j’aurais au moins réussi à dire merde à un ou deux nécessiteux de l’intelligence de votre genre et que j’aurai eu encore plus de joies et de convivialités, avec des personnes comme la libraire, tenez. Pour continuer encore un peu, figurez-vous que j’achète des livres pour les revendre. Cela a l’air exotique pour vous, à tel point que vous soupçonnez quiconque pratiquant ce commerce de malhonnêteté puisque, soi-disant, ces pauvres que vous semblez tant aimer sont contraints de nous vendre leurs ouvrages à vil prix. Là si je n’avais pas rigolé si fort, j’aurai écrasé une larme, bien qu’on soit loin d’Eugène Sue. Vous auriez dû, mon petit monsieur l'artiste ajouter que nous mettions également le droit de cuissage sur la cadette de cette famille de pauvres dans nos conditions d’achat. Maintenant, venez donc m’apprendre mon boulot, que je rigole un coup. Permettez, si cela se fait, que je rameute les copains. Avec un de votre espèce c’est pas tous les jours (vous savez… la classification Dewey ?).
Notez encore une chose et puis je boucle : je ne me lamente ni de ma condition ni des charges auxquelles je suis assujetti. J’aimerais même en payer nettement plus, cela signifierait que la libraire ne se porte pas trop mal. En tout cas, je fais ce qui me plaît et j’en suis heureux.
Mais de tout cela je doute fort que vous puissiez l’assimiler. Pas par les voies naturelles je pense. Sans doute vous faudra-t-il le remède de Diafoirus pour que cela parvienne à votre compréhension, tant il est vrai que les voies des mal comprenant sont bien mystérieuses…

Maintenant, je dis ça, je dis rien, mais réfléchissez à deux fois avant de supposer des choses à propos d'un métier auquel vous n'y connaissez goutte. Renseignez-vous, lisez le blog du Tenancier et bien d'autres également, causez aux libraires et aux bouquinistes, faites un effort, quoi !

Où l'on présente un problème de robinet — Où l'on ouvre la fenêtre — Où ça va mieux !

Il existe une règle tacite lorsque l’on se mêle de porter ses écrits sous les yeux du public, c’est celle d’accepter que l’on vous critique pour ce que vous avez écrit, à condition que cette critique ne porte point sur votre personne mais sur ce que vous avez effectivement produit, bien entendu. On peut certes avoir une réaction de colère à se voir critiquer de façon parfois abrupte, surtout sur le produit de notre pensée. Difficile de garder son sang froid en de telles circonstances. Pourtant la règle est simple : accepter toute critique qui porte sur ce que l’on produit, refuser toutes celles qui inféreraient à votre nature intime, à votre personnalité si celle-ci n’est pas impliquée par ce que vous venez d’écrire et qui a donc été critiqué. C’est une disposition simple et pratique. Ainsi, si vous professez telle ou telle opinion, peu nous chaut que vous vous en fassiez l’étendard si cette opinion n’apparaît pas dans votre texte. En revanche, ne vous offusquez pas si l’on vient y redire si vous vous complaisez dans ces opinions et que vous y trouvez, au bout du compte un contradicteur. Et puis, il y a le lieu et le temps de ce texte, à savoir que les supports sur lesquelles on figure ne sont parfois pas innocents, surtout si l’auteur du texte est également l’instigateur du support et que ce dit support – qu’il soit créé par vous ou par un autre – ne soit guère reluisant pour celui qui se hasarde à vous critiquer. Il n’existe pas d’impunité pour un écrit. Celui qui dirait le contraire est soit un religieux soit un fasciste.
Si vous êtes critiqué, c’est votre droit d’y répondre et vous devez le faire également selon certaines règles si vous voulez que l’on vous respecte ou, du moins, que l’on ne vous disqualifie pas. Vous pouvez aussi faire le choix du silence si cela vous chante, cela vous concerne. Il existe d’autres options, couramment utilisées, choisir l’insulte ou se faire passer pour victime. Cela ne grandit personne et cela déshonore celui qui pratique ce genre de dialectique. Face à l’insulte, le critique, en réponse, peut choisir de faire monter les enchères sur le même registre ou alors opter pour la raillerie. En tout cas, pour vous, auteur, vous voici devant une étrange problématique : quoi que vous fassiez, un sentiment de défaite morale vous prend, sans, du reste, que le critique ait fait grand-chose pour vous y précipiter. Vous avez fait le boulot tout seul comme un grand. Le critique vous remercie, vous avez été particulièrement bon dans cette passe-là : ordurier, veule ; tout ce que le critique a omis volontairement d’écrire, vous l’avez révélé de vous-même. Ne reste alors que la plainte et très vite le silence.
Il va de soi que le passeur du texte originel n’est pas innocent. Pour le critique, le passeur et l’auteur entretiennent une relation dénuée d’ambiguïtés, surtout si cette publicité est dépouillée de tout commentaire. A ce stade, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il y a adhésion au fond et à la forme. On a du mal à croire à l’innocence du passeur sauf s’il est sot, ce qui est difficile à croire pour le critique car cela suppose qu’il n’a pas décelé cette fâcheuse disposition auparavant. Cela peut arriver. Ou alors on s’est abusé sur les motivations du passeur. Il en est qui aiment l’art pour l’art, même y compris dans l’expression policée d’opinions ordurières. Cela les concerne et, cela étant posé, cela facilite l’appréhension du problème : « faire abstraction » vaut bien approbation de la part du passeur. Que ce soit le fait d’un manque de réflexion, d’indifférence ou alors de complète adhésion revient au même pour le critique, à ceci près qu’il ne s’en soucie pas dans la critique du texte ni même dans sa polémique avec l’auteur. Mais, un certain discrédit lui sera attribué, d’autant que, dans son rôle de passeur il aura pu par la suite supprimer la polémique qu’il avait suscité en signalant la présence du texte (et se rendant ainsi co-responsable de sa publicité) voire de réactiver cette publicité, débarrassée de son contenu polémique. Cela a un nom. Quelque soit ce nom, c’est un  prise de position. Le critique est en droit d’acter cette manœuvre comme une disposition hostile. Que ce passeur, de plus, entretienne des relations amicales avec les deux parties serait plutôt une circonstance aggravante : désapprouvant l’échange, il aurait pu manifester son retrait tout en laissant les deux protagonistes s’expliquer tous les deux…
On s’en doute, il n’y a rien de théorique dans l’exposé ci-dessus, il résulte d’une expérience récente et assez divertissante de mon point de vue, même si cela se termine par une constatation amère.
Pour conclure, que vous écriviez, que vous critiquiez ou que vous soyez un passeur de texte, votre responsabilité est engagée à partir du moment où vous rendez des écrits publics. C’est une règle saine, on n’ouvre pas un robinet en ignorant le contenu du réservoir ou en faisant comme si son contenu est anodin. Quant à la qualité des échanges subséquent, c’est à votre bon cœur. Celui qui a présidé à l’élaboration de ce présent billet était nettement scatologique et insultant (« Vieux con », « imbécile », etc.) pour qu’on se dispense de le reproduire, on en a pourtant gardé des bouts par devers soi.
On se rappellera de la citation de Courteline à ce propos :
Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. 
Non que cela me dérange d'exposer des extraits de cet échange, mais ce serait faire rentrer un peu trop d’air vicié au sein de notre blog.
Ouvrons plutôt les fenêtres, voulez-vous ?


D'un certain bonheur fugace procuré par les Pages Jaunes...

Parfois, comme ça, cela devient trop facile, de se moquer. Ainsi, recevant la lettre des Pages Jaunes après une sollicitation de leur part pour me coller dans leur annuaire, je me demandais soudainement si cette entreprise était un repère de demeurés ou alors si l’inculture si commune à notre contemporanéité avait trouvé là son apothéose. Que l’on en juge par la lettre ci-après :

(Cliquez sur l'image)

En effet, mon numéro de SIRET ne correspond pas à l’activité professionnelle déclarée par bibi auprès de ces flèches, semble-t-il.
Voici mon numéro qui n’est nullement confidentiel : 478-785-553 00015. Or, c’est un autre code qui compte pour définir l’activité professionnelle (même si le SIRET permet de le déduire), c’est le code APE.
Le code de mon activité est le :

4761/Z
Commerce de détail de livres en magasin spécialisé.

Ce qui est extrêmement différent du métier de libraire, comme vous en conviendrez !!! Je n’ai pas le code APE de ces zozos, mais je me dis que leur numéro ne doit pas être trop difficile à retenir puisqu’il devrait être à la hauteur de leur Q.I., à deux chiffres. Ce qui suffit fort bien a une moelle épinière dotée d’un écran et d’un téléphone.

Où on la coupe au Tenancier - Où celui-ci est fumace - Où il finit par une sentence.

Le bruit court — mais est-il avéré ? — que Corti envisagerait de ne plus éditer de livres non coupés à l’avenir. Quant j’écris « non coupé », lisez par là que nombres d’ouvrages mis en vente par cet éditeur partageaient encore cette rare qualité avec quelques autres de ne pas être massicotés aux tranches. On pourrait croire que ce ne sont qu'afféteries snobinardes. On pense au contraire, de ce côté du clavier, que ces feuillets non coupés témoignent de la lointaine histoire du livre, au même titre que la valeur du point typographique ou les proportions des marges, par exemple. Que d’autres éditeurs aient opté depuis longtemps pour une tranche mécaniquement découpée n’infère pas que ces derniers aient raison. Pas plus qu’ils aient tort, d’ailleurs. Les pratiques évoluent et nous nous contentions de ces quelques éditeurs qui nous conviaient à cette joie du dépucelage des pages gracquiennes ou de celles de la Petite Collection Romantique, pour rester chez Corti.
Navré, l’on s’apprêtait à augurer ce renoncement comme un possible diktat de la machine, lubie probable d’un brocheur, raison obscure et, du reste, dont on se serait aperçu bien après coup tant la frénésie des nouveautés nous est désormais si lointaine. Ce serait alors sans compter sur la farce qui s’est montrée ici plutôt généreuse dans le ridicule et la sottise.
Des nouvelles ici et là nous sont parvenues, informations que l’on voudrait bien que l’on nous vérifie, selon lesquelles l’éditeur renonçait à cette pratique pour la bonne raison que nombre de libraires de neuf renvoyaient les ouvrages, au prétexte qu’ils étaient défectueux.
Oui, vous avez bien lu, désormais, pour une certaine quantité de libraires de neuf, un livre non coupé serait forcément défectueux. Dans cette hypothèse — et restons-y pour le bien de notre fiel — il faut bien admettre que si Corti prend une telle décision, c’est que le phénomène n’est pas isolé et touche une quantité suffisante de livres pour que l’éditeur s’en inquiète et envisage de revoir l'élaboration matérielle de ses futurs ouvrages alors que, dans la production des livres contemporains, Corti se distinguait précisément par cette aimable coquetterie… Inutile de me répandre ici sur les raisons historiques du livre non coupé. Que l’ignare passe son chemin, que celui qui veut savoir trouve quelques bribes dans ce blog et surtout chez d’autres plus fournis encore. Car les moyens de connaître et de savoir manquent encore moins qu’avant !
Cela fait surgir tout de même quelques questions sur le métier actuel de la librairie de neuf :
Votre serviteur, par exemple n’a jamais eu de formation spécifique au livre, il a appris sur le tas. Il a pourtant assimilé très vite certaines particularités de son métier et de ce qu’il vendait. L’apprentissage est fait pour cela. D’où sortent donc les trous de balle responsables de ces retours ???
Sachant que, responsable des retours où même simple vendeur, vous avez peu de chance de rater un livre de chez Corti car, la production étant modeste en quantité, il est tout de même curieux que vous échappiez à un Gracq qui, je le rappelle encore, est non coupé… Dans quel bouclard travaillent ces gens qu’ils n’aient jamais vu un tel ouvrage de leur vie ?
Que le mouvement soit si général et pousse un éditeur à réviser sa position sur les ouvrages non coupés me laisse à penser que la librairie de neuf a perdu totalement le sens de son histoire. Qui forme ces gens ? Quelle est la qualité de cet enseignement ? Qu’ont-ils retenu ? Comment sont-ils recrutés ?
La libraire française est-elle devenue une telle infâme pétaudière que le plus petit commun dénominateur dicte la loi de l’oubli envers ses clients en imposant des normes de nivellement aux éditeurs ? Le rôle de passeur du libraire de neuf n’est-il devenu que celui de l’information et non de l’émotion du livre ? A quoi va-t-on passer, après ? A des normes afnor pour les formats, pour perdre moins de places dans les caisses ?
Vous voulez que je vous dise ?
Je ne pensais pas vivre cela : savoir que Corti renoncerait à ses livres non coupés. Je m’attendais à tout, même à lire un petit connard se proclamant libraire déclarer que « les classiques lui tombaient des mains » ; ça, j’arrive à le vivre. Je pensais même voir un certain type de livres disparaître plus tôt et j’ai été étonné d'une si lente agonie. Je pensais voir de drôles de choses, mais ce petit fait m’est arrivé direct comme un shuto bien sec sur la nuque, un petit message très évident et très clair :
Pas besoin du numérique pour tuer le livre.
Le con s’en charge.

Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie

Lu dernièrement sur le blog d’une personne déclarant faire le métier de libraire, paraît-il, et qui répondait à un questionnaire :

5) Cite ton auteur préféré et l'auteur que tu ne liras jamais?
[…]
Beaucoup de classiques me tombent des mains. Il m'est par exemple très difficile de lire Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie. Mais pour chacun, je sais qu'il me faudra en lire au moins un.
[…]

J'ai isolé cette somptueuse réponse en vous épargnant le reste car je suis d’humeur charitable, ce soir. Je ne citerai pas la source, je ne suis pas un cafard, en vous certifiant toutefois qu’elle est réelle. On saluera la détermination de ce confrère qui, un jour, se prendra en main, c’est sûr. On le félicitera également pour son honnêteté et euh... sa fraîcheur.
Après, si vous voulez mon avis sur le futur de la librairie, hein…

Rentré(e) littéraire

Tous les ans c’est pareil, tous les ans on nous assène le chiffre de parutions nouvelles pour la rentrée littéraire et chaque fois on nous fait le coup de la pléthore de titres qui ne seront jamais lus et l’évaluation de ce qui sera primé ou non. Chaque fois, c’est la même chose, ce ronron assommant qui remplit les lignes sans faillir des pages « Livre » des magazines et des quotidiens pour un non-événement que l’on nomme « Rentrée Littéraire ». Tiens donc ? Vous vous êtes arrêté de lire, vous, en vacances ? Vous avez besoin d’un stimulus particulier pour lire quelque chose qui vous plaît ? Vous êtes des niais, des couillons, des crétins pour vous précipiter comme des lemmings aux devantures des libraires (devanture + librairie = cliché de saison, justement) pour acheter le dernier Durand-Dugenoux ? Vous êtes trop lâches pour vous avouer que ça ne sert à rien, ce que vous lisez, que ce qu’on vous balance depuis des années et que tout le monde vous vante n’est en définitive que du vent ? Que deviendriez-vous si vous aviez à choisir par vous-même ?
Ça vous arrive de vous faire plaisir quand vous lisez ?

En tout cas, si vous vous croyez à toutes ces fariboles, il faut absolument que vous sachiez une chose.
Je vous méprise.

Une historiette de Béatrice


Il est entré d'un pas assuré, sa fille derrière lui. Il tient de la main gauche 2 boîtes de la pâtisserie machin, et me montre du doigt de la main droite le Hetzel en vitrine.
Par curiosité je voudrais connaître le prix du Jules Verne. Ouille le collectionneur sérieux. Bonjour monsieur, je l'attrape et vous réponds de suite.
S'engage illico une conversation sur ces fameuses éditions, illustrations, cartonnages, éléphants, bannières, globes dorés. Enfin plutôt un monologue. J'acquiesce de-ci de-là, ce qui semble lui convenir.
Pendant ce temps, sa fille se plonge dans une BD.
Une fois le livre reposé dans la vitrine, le voilà qui enchaîne avec une verve égale sur les BD en voyant sa tête blonde. AH les premières éditions d'Astérix, auriez des Tintin en première édition, je les revends sur internet ?
- Dis Papa, tu peux m'acheter une BD stp, elles sont à 5 euros?
- Ah non alors, j'en ai plein à la maison et tu ne les regardes même pas.
- Papa, stp, celle-là me plaît vraiment!!!
- Je te dis que non. Dites, vous n'en auriez pas des moins chères, à 1 ou 2 euros?
- Non monsieur.
J'ai offert la BD à la jeune lectrice, largement payés par son sourire et ses baisers spontanés.

Voici une historiette de Béatrice Kontrapas, bouquiniste à Bayonne et dont c'est la première intervention ici. Le Tenancier en redemande.

Le Tenancier s'amuse

Il n’y a rien de plus revigorant que de lire un an après des commentaires qui vous ont échappés.
Tout le monde se souvient ici du tollé provoqué par mon billet intitulé «Pourquoi je ne reviendrai pas travailler en librairie de neuf», comme si, tout à coup, j’avais touché à quelque chose de sacré. Je suis à peu près certain d’ailleurs qu’un OS dans une usine d’automobile, s’il parlait de son ras-le-bol de la façon dont on le pousse à faire son boulot, ne recueillerait pas autant d’opprobre. Et voilà qu’un salaud de libraire ose dire que ce job ne correspond pas aux fantasmes du pékin lambda. C’est qu’il faut faire attention avec ça ! Rien ne vaut pour l’image du petit bourgeois déclassé que de se réclamer d’un métier qui copule avec les arcanes de la culture, même si c’en est un soutier. Eh… désolé pour vous, l’heure de la branlette est terminée, vendeur en librairie est un métier peu gratifiant, sur bien des aspects. Vous n’êtes pas obligés de me croire. Je n’en serais même pas mortifié si c’était le cas, après tout, je l’ai fait pendant presque trente ans. Je sais de quoi j’ai parlé dans ce billet, je l’ai vécu. Je reviens à ce sujet parce que je suis tombé sur un forum dernièrement qui parlait de ce fameux billet. Forum qui date aussi d’il y a un an et qui d’ordinaire parle de littérature de Science-fiction, cette littérature de la classe moyenne acculturée (j’adore me faire des potes, ceux qui me connaissent apprécieront, du reste) qui s’adonne aux fantasmes petits bourgeois : SF, Ipad et tous ces acronymes, abréviations et initiales qui font furieusement moderne.
Voici ci-dessous un florilège des commentaires avec mes réponses à côté. Disons que c'est la récré du Tenancier qui en a bien besoin ces temps-ci. Ceux qui n’aiment pas mon côté partial, peuvent toujours s’inscrire au forum en question et aller se plaindre…

Brrr, cette personne est terrifiante. Bien content de pas aller dans sa librairie. Il a dû confondre le métier de libraire avec celui de prêtre.
Il m'a fait marrer. Dans le détail, je ne sais pas, mais la colère brute me fait toujours cet effet.
Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle ou de marrant dans ce post. Certes, on peut y voir du grotesque, mais j'y vois surtout une démonstration évidente de haine envers le public.
Clairement le type de libraires, qui, je l'espère, disparaîtront avec le livre numérique.
Ben, ce qu'il dit sue tellement le mépris et la haine, que franchement, je n'ai aucune envie d'aller chez un individu de cet acabit.
Ca me rappelle pourquoi, à Compiègne, je ne voulais pas aller chez le libraire. Quelqu'un qui décide à ma place, ce qu'il est légitime de lire et d'acheter, non, clairement, c'est pas quelqu'un que j'ai envie de connaître.
Ben , d'un autre côté , n'importe quel commerçant qui montre ouvertement son mépris pour ses clients a peu de chance de survivre bien longtemps...
J'imagine qu'un boucher qui est obligé de vendre du mou pour les chats et du bœuf de Kobe finit au bout de 9 ans par ressentir un certain mépris pour la clientèle qui ne vient que pour lui demander si le nouveau mou est arrivé sans même vouloir goûter le bœuf de Kobe...
Et puis... disons que le grotesque me fait marrer, et c'est tout.
En revanche, vu qu'il ne vendra plus de livres neufs il risque effectivement de ne pas faire son beurre avec le numérique ;-)
En tout cas le tenancier, à ce niveau d'aigreur, aurait tout intérêt à changer de job sinon il est bon pour une dépression nerveuse ou un massacre à la tronçonneuse.

Bon, c'est pas l'tout, mais je vais aller reprendre ma forme habituelle, moi...

(Photos : E.H.)

Il n'ira pas

Oh et puis crotte, non, il n’ira pas, c’est tout. Après tout, se frayer un chemin entre les commerciaux en costard et les enseignants à la sclérotique désabusée commence à le faire tartir. Non c’est vrai, ça doit bien faire une vingtaine d’années qu’il y va tous les ans pour y rencontrer de moins en moins de monde. Et ceux qui restent, il peut les voir ailleurs, au calme et pas autour d’un café dégueu surpayé ou du champagne qui donnes des putains d’aigreur, dans l’odeur de vache – ce qui n’est pas désagréable – ou de l’aisselle mal déodorisées – ce qui est absolument dégueulasse.
Et pour voir quoi ?
Il se dit que ce n’est plus son monde, qu’il a mieux à faire que de marcher entre deux stands mornes, où des vendeurs errent dans l’ennui d’une journée professionnelle, assaillis par des bibliothécaires en mal de catalogue et des libraires en mal d’engueulade de commercial, celui-là même qui s’est tiré vite fait au séminaire du premier étage ou qui est parti avec le gros client, là, peut être qu’il va revenir. De toute façon, rien à battre de tout cela, cela fait plus de dix ans qu’il n’est plus concerné. (*) Il n’y a que de la poussière de papier et de drôles de remugles, une fin de règne, un naufrage hypocrite avec un personnel, sur le pont, qui a perdu l’usage des rames. Des gros éditeurs toujours absents des journées professionnelles et des petits qui ne peuvent même pas vous vendre des livres pour renflouer le budget élyséen de leur stand.
Pas souvent de beaux livres. Ils ne sont pas là. Beaucoup n’en n’ont jamais vu, certains doivent ignorer que cela existe.
Une sorte de torpeur, un lundi après-midi, sur la moquette qui chauffe les pieds et cette assommante succession de riens. La nuit tombe tout doucement. Ailleurs, le crépuscule s’éternise un peu plus.
Il croit qu’il va rester à la lumière…

C’est décidé.
Il n’ira plus au Salon du Livre de Paris.



(*) - Dix ans qu’il n’est plus dans le neuf, purée ! Dix ans qu’il continue d’y aller pour d'improbables amitiés, des souvenirs et voir toujours cette même tête de con devant la collection qu’il a contribué à couler, sorte de Bazaine - qu’il a fini par aimer haïr à date fixe – qui ne doit même pas savoir qu’il campe encore devant son Metz.. On en fera un billet, un de ces jours.

Le réconfort d'Anastasie

Grâce soit rendue aux délateurs et aux moralistes ! Quelle chance inouïe de voir Anastasie se parer de nouveaux atours ! Nous allons pouvoir faire sentir enfin aux jeunes générations ce que fut la censure et la morale en action lorsque des éditeurs courageux publièrent des images qui pour beaucoup exaltaient le corps et le désir. On ne saura jamais assez combien nous sommes chanceux de pouvoir retrouver les plaisirs de l’interdit et de la clandestinité, de la jouissance et du retour de l’érotisme !
Merci à MM. les censeurs de menacer un blog comme French Book Covers dont les images choquantes ne sont que de médiocre qualité (en plus c’est vieux et en noir et blanc, souvent !) et ne sont point aussi artistiques que les myriades de sites de cul, tous animés par des professionnels consciencieux de la photographie artistique. Puisqu’on vous le dit ! Merci à nos gardiens et remercions-nous aussi, qui avons permis qu’on raccourcisse encore plus nos laisses.


En attendant, les déviants, les pervers et les voyeurs sont vivement conviés à apporter leur soutien à cette odieuse entreprise de déstabilisation de la morale (en mettant un petit commentaire d'encouragement au-dessous du billet en lien ci-dessus, par exemple). Cela aidera le tenancier de ce blogue-là à passer une fin d'année réconfortante et le tenancier de ce blogue-ci, votre serviteur, de continuer de se rincer l'oeil.
Les autres peuvent cliquer ici.

A Chr. Bo., "amicalement"...

Carnets et Citations du Président Miaow
Chat de Tenancier
14 novembre.
L’affaire est entendue, mon Maître n’est qu’un tigre de papier, alors que le félin de la maison, c’est moi. Il se prend pour un libraire qui aurait une conscience. Mes camarades de gamelle et moi-même en rions encore. Ces humains vivent d’illusion. Tout est illusion et mensonge dans leur monde. Regardez donc mon Maître qui se croit encore spirituel et élégant alors qu’il use ses pauvres bésicles devant un écran à feuilleter des livres malodorants, son ventre commençant à couler doucement sur ses jambes maigrelettes. Nous le tolérons encore ici car il peut être encore utile à notre Parti, c’est un idiot utile. Le Parti sait se rendre charitable en laissant errer ces pauvres âmes entre les murs de leur existence. Et puis mon Maître fait moins de mal qu’il ne le croit. Mais moi, tout Président Miaow que je suis, je sais bien que ces illusions peuvent aller plus loin. J’ai vu mon Maître se laisser abuser par quelqu’un qui écrivait assez bien. Mais nous les chats savons qu’il ne faut jamais se laisser abuser par une plume. Et cette plume là a usé du mensonge en lui faisant croire qu’il avait un manuscrit chez un éditeur, qu’il allait bientôt y être embauché, que l’amitié qu’on faisait mine de lui prodiguer était un retour conséquent de sa propre existence. Mon Maître est bien naïf de prendre pour argent comptant ce qu’on lui raconte. Mais il croit lui-même qu’on le prend au sérieux lorsqu’il raconte qu’il est libraire. Allons donc ! Mais là où mon Maître n’est que naïf, l’autre humain est une pure saloperie qui soutire du pognon et des sentiments à autrui sous couvert de littérature. Nous, les chats du Parti, nous avons déjà souvent vu les ravages que les fantasmes des lettres génèrent : âpreté, mensonge, dissimulation, lâcheté… à croire que ces humains ont déjà fréquenté la Bande des Cat ! Mais, foi de Président Miaow, je sens que mon Maître s’est senti sali et déshonoré. Fort heureusement nous avions veillé au grain et le dommage ne fut que minime. Nous allons quand même et peut être devoir le renvoyer en rééducation. Notre Parti a été informé que mon Maître ne fut qu’une victime extrêmement mineure. Tant mieux, car nous avons encore besoin de temps pour achever la période transitoire qui mène à la Révolution.
Quant à l’autre humain, il se révèle comme notre ennemi de classe : jouant de l’amour, de la confiance et de l’amitié, il fait partie de la clique des révisionnistes bourgeois qui puent de l’haleine et de l’âme.
Pas digne de nous autres, chats révolutionnaires.

Charogne

Il est parfois des mauvaises nouvelles qui s’annoncent par une odeur douceâtre et un peu surie, s’installant dans notre incommodité, sachant, quant à nous, confusément, que celle-ci n’est point naturelle bien qu’elle tend à se prolonger, s’insinuer, s’installer, prendre ses aises dans les espaces où nous avons coutume d’évoluer, continuer encore de s’étendre et puis changer encore de registre, quitter la discrétion, devenir lourde et plombante, jusqu’à bloquer notre respiration, provoquer des spasmes et des nausées.
C’est communément à ce moment précis que l’on découvre la charogne.
Parfois, effectivement, cela commence par un rien, ou c’est tellement lointain que vous n’y prêtez pas trop attention. Les autres s’appellent Ko Siu Lan ou Larry Clark, vous respirez normalement, vous rangez les étranges événements qui se déroulent devant vos yeux sous le voile de l’anomie, et de l’indifférence préméditée par d’autres. Et puis arrive un nom plus connu et plus proche, Reiser, et tout à coup vous vous rendez compte que vous ne respirez plus si bien. Et puis encore vous reviennent quelques autres faits, qui concernent des contemporains que vous n’écoutiez pas forcément, sur France Inter. De toute façon, il est trop tard désormais pour le faire… c’est curieux, rétrospectivement vous suffoquez.
Alors, arrive cette très curieuse disparition d’un blog ami, disparition due aux étranges manœuvres d’intimidations, indirectes, d’un élu de la République, lequel n’a guère apprécié que l’on daube son Maître… La petitesse se loge également dans les détails, et dans les fumets. Vous vous dites : « Comme cette affaire est proche ! », survient comme une sorte de crise d’asthme. L’air ne passe plus. Sans doute ce même asthme qui atteignit Cioran, vous savez… le réel. Petites causes, drôles d’effets.
Nous vivons une période bizarre où d‘étranges odeurs flottent dans l’air. Que cela peut-il être ? On n’ose dire encore le mot. Les mots sont là pour désigner les choses. On sent seulement la douceâtre et surie odeur de charogne, confusément. On ne veut ou l’on ne peut la voir. On ne la nommera point encore car elle prend bien garde de se mêler au parfum de roses de la bienséance.
Avec un peu de chance, la prochaine fois, la charogne se trouvera au cœur d’un livre et enfin ce billet trouvera ici sa place…

Ordre moral





















Le Tenancier se souvient.
À cette époque lointaine, il n’était pas encore Tenancier mais simple apprenti dans une librairie-papeterie de Saint-Servan. Il avait quelques potes, dont un qui l’avait entraîné brièvement dans une aventure amusante : participer au premier festival de BD de Saint Malo, qui se passait plutôt à la MJC de Saint-Servan. Enthousiaste, j’avais incité mon boss de l’époque à ouvrir des tractations avec le représentant d’un distributeur – la CDE/SODIS – pour obtenir un dépôt des Humanoïdes Associés. Ainsi, je tins le stand de cette prestigieuse maison au cours de ma deuxième année d’apprentissage. Margerin fit un faux tatouage sur mon bras « Humanos fort et vert » et me fit des envois, dessinés, bien sûr, sur deux albums, Denis Sire en fit également autant, sur « La Menace Diabolique », dessin au crayon très sympa que je garde dans un coin de ma bibliothèque. Durant ce premier festival, le sort des élections fit que Fournier, enthousiaste, alla sur la place de Saint-Servan jouer L’Internationale, au bignou. Je revois encore deux ou trois choses comme cela, Rob’ Vel, de jeunes types, à peu près mon âge dont j’ai oublié le nom et même le visage. La vie a continué, je me suis quelque peu détourné de la BD. Restent une affiche – celle dessinée par Goutal que je crois posséder encore – et deux ou trois albums, rien de plus. Un moment amusé et amusant qu’il me plaît de me remémorer au gré des rencontres dans ma bibliothèque ou des entrelacs de la mémoire.
Comme c’est bizarre. On ne pense jamais qu’un moment de l’existence puisse être particulièrement libre ou du moins dénué de contraintes. Tout semblait facile : vous étiez un apprenti et vous rencontriez des dessinateurs, on vous laissait la responsabilité d’un stand, et vous ne pensiez même pas à vous accrocher à tout cela, parce que la vie vous entraînait ailleurs… On exposait, on vendait quelques albums, sans une quelconque crainte.
Le temps passe. Le temps a passé. Il semble qu’il soit défunt.
Trente après, ce festival existe toujours, il est parti chez les bourges, "dans les murs", on dirait. Je viens d’apprendre qu’une exposition consacrée à Reiser, y est actuellement interdite aux mineurs non accompagnés. Ce festival semble être devenu une grosse machine et non une idée de quelques animateurs de la MJC locale.
Tout à coup, ce qui nous faisait rigoler devient une chose grave. Les stands ne sont sans doute plus laissés aux apprentis. On devient las, soudain, à se dire que l’Ordre Moral vous revient comme une sorte de bâton merdeux que d’aucuns semblent enclins à saisir avec empressement.
On interdit d’accès aux mineurs les dessins de Reiser…
Connards.

Morose macération

Il est des jours où l’on aurait envie de tirer sur n’importe quel connard dans n’importe quelle jungle mal famée, histoire de changer de l’ordinaire. La première question qu’il faudrait alors se poser franchement serait du genre : le béret me va-t-il bien ? Ensuite, viendrait la question du cran de sûreté du AK-47, et celle de la pointure des grolles qu’on vous a distribuées. Les cieux sont cléments car ils ne nous autorisent que rarement ce genre de songe quelque peu odorant aux entournures. Ce n’est pas le pire de ce que l’on peut imaginer. On pourrait par exemple tenir un blog où les commentateurs viendraient exclusivement du pool des intervenants de chez Assouline (là, purée, je remets la modération !) ou alors on pourrait vivre ce cauchemar rétroactif et que je fis de temps à autre : être enfermé dans une pièce sans porte et devoir converser pendant des heures avec Jean Dutourd, Jean d’Ormesson et Jean Cau. Ecoutez, là, c’est le bouquet ! A ce moment là, ne prenez pas de gants, mettez carrément du Rachmaninov, pendant que vous y êtes ! Achevez moi…
N’empêche, vous vous imaginez ça, vous, endurer ces raseurs pendant un temps infini ? Une heure c’est déjà trop !
Ouais, eh bien, ça a dû sûrement vous arriver, à vous, avec l’émission Apostrophe. Ch’suis sûr, vous étiez devant ! Ouais, ouais, ne me sortez pas l’argument que vous attendiez le Cinéclub, c’était nettement plus tard...
Et moi ?
Quoi, « moi » ?

Ça va pas la tête ?
Parce que je suis libraire, vous vous imaginez que je vais m’amuser a supporter pendant une heure une émission littéraire... « Ben, c’est vot’ métier, nan ? » Ah ben oui, dame, que c’est mon métier. Et vous imaginez que les plombiers seraient intéressés par une émission sur la plomberie, eux ? Alors pourquoi moi ?
Si vous voulez savoir, la seule fois ou j’ai eu plaisir à regarder, c’était lors du passage de Bukowski, pour une fois que j’étais devant. Je devais pressentir…

Écoutez, vous m’énervez, là.
Je vais vous dire, la seule façon de supporter une émission littéraire, c’est de l’écouter. La radio c’est fait pour ça. Et parfois, il y a des émissions fort intéressantes.
Et parfois il n’y en a plus…
En attendant, je suis morose.


P.S. : Reconnaissons que les trois Jean ci-dessus sont tout de même plus buvables que les commentateurs de chez Assouline, ce n'est pas une performance, c'est dire. Autrement, je viens de me rendre compte que je viens à ma manière de répondre à Christophe Borhen...

De la critique en extraterritorialité

Lorsque je créais ce blog il y a désormais pas mal de mois, j’avais été interpellé par notre excellent Henri Lhéritier sur le fait qu’il espérait me voir faire ici de la critique de livres. Je lui avais répondu par la négative et je me suis toujours tenu à ne parler des ouvrages que dans l’expression de leur contenant et non de ce qu’ils contenaient. Ainsi, nous ne nous intéressons dans nos colonnes qu’aux véhicules et non aux passagers. Ce rôle de critique je l’ai endossé pendant pas mal d’années dans mes activités extra-professionnelles et je sais à quel point ce travail peut être ingrat, car on ne tombe pas toujours sur des chefs d’œuvre, loin s’en faut.
Pour autant, il serait illusoire de penser que, parce que nous faisons de la librairie – à des titres divers et à différents niveaux – nous puissions nous ériger en critique en raison de notre qualité professionnelle. En réalité – et ici, je parle autant du neuf que de l’occasion ou de l’ancien – le métier de libraire consiste à apprendre et retenir des choses qui, si nous ne faisions ce métier, ne nous arrêteraient pas un seul instant. Vouloir à tout prix vendre un livre sur l’argument de sa propre autorité professionnelle, c’est assurément ne pas être à l’écoute de celui qui rentre dans la boutique. En librairie, l’argument ex cathedra s’efface devant la nécessité de comprendre et de réagir à ce que veut, recherche ou aime le client. Le libraire n’a aucune autorité pour juger de la qualité d’un texte sinon que pour son édification personnelle ou s’il s’y exerce, devra sans doute veiller à le faire en dehors de sa sphère littéraire professionnelle, comme je le fis.
Si je dis qu’un libraire ne peut être critique, ce n’est certes pas parce que je pense que nous soyons incapables de lire et de comprendre un texte, bien au contraire, mais cette assimilation ne va guère dans le sens d’une éthique littéraire, dans le sens où nous sommes les vendeurs de ces dits ouvrages. Plus assurément, cette connaissance intime de la littérature renvoie à l’intimité du dialogue entre le lecteur et le livre.


Entre les deux il y a le libraire qui est un passeur.
Je ressens donc comme une certaine outrecuidance, un manque certain de modestie de dire que, parce que l’on a lu un livre, et qu’on est libraire, on a l’autorité nécessaire pour décerner un mérite sous la casaque de critique. Non que nous soyons particulièrement handicapés ou ignares et que nous soyons incapables de parler et de juger le contenu d’un ouvrage (quoique, certains…), seulement il reste un obstacle de taille : nous devenons à la fois prescripteur et vendeur dans deux métiers différents. Certains ont franchi allègrement cette question d’éthique sans apparemment se poser beaucoup de questions. La chose serait certes bénigne, on a évoqué pire dans ce blog… Mais voilà : se réclamer du métier de libraire pose la question de la crédibilité du critique et de son indépendance de même que l’inversion de cette proposition ne laisse pas sans un arrière goût de médiocre mégalomanie. Rappelons ici que le maître mot de notre métier est l’apprentissage : « On se lasse de tout, excepté d’apprendre » (Virgile).
Pour ma part, cette question trouve sa résolution dans la pratique quotidienne de la discussion, de l’apprentissage et de la patience dans le lieu clos d’un dialogue. Il n’y pas d’étoiles et de notules. Il y a moi et celui qui rentre me voir, pas la gloire, pas l’illusion, rien de cela.
Certains semblent déjà lassés d’apprendre alors qu’ils jugent déjà.

Pourquoi je ne reviendrai pas travailler en librairie de neuf

Parce que, pendant des années, j’ai été obligé de me gaufrer toutes les nouveautés qui passaient pour pouvoir en parler aux clients qui, de toute façon n’y prêtaient plus du tout attention, puisqu’ils me disaient presque invariablement : « Vous savez ?... mais si, le livre à la télé, hier soir ! »
Parce que la plupart des livres sont devenus moches, imprimés à la rotative avec des couvertures inspirées par des branleurs du marketing.
Parce que les clients du neuf achètent pour la couverture.
Parce que le sale con qui vous explique la vie, l’art, ou le « complot judéo-maçonnique » pendant trois plombes.
Parce que des livres idiots, jamais vendus, jamais pris en main, déballés, empilés et remis en caisse pour être retournés.
Parce qu’on n’a jamais le livre qu’il faut.
Parce qu’il faut commander le livre.
Parce que c’est trop tard quand il arrive.
Parce que le même sale con que plus haut qui tente de vous piéger sur la littérature, l’histoire, la vie, les mouches, etc.
Parce qu’un salaire de merde (même chose maintenant, mais j’ai pas de patron).
Parce qu’obligé d’endurer les rentrées littéraires avec toujours les mêmes sempiternelles inepties, les livres pas faits, les livres que c’est pas la peine, les livres indigents, honteux, calamiteux, crétins, stupides ou alors relevant de cette idiotie pathologique - de la stupeur ? - qui a cours dans les cénacles qu’on ose à peine qualifier de « littéraires » et qui relèveraient plutôt de la dipsomanie ou de l’hystérie.
Parce que pire que plus haut : les livres écrits par des hommes politiques.
Parce que le même con, encore, qui s’avère être un auteur et qui ne comprend pas pourquoi son livre n’est pas en rayon. Mais, c’est parce qu’il n’est pas inscrit à l’office. Mais surtout parce que c’est un sale con arrogant, a-t-on envie de lui dire.
Parce que ce même con, encore lui, toujours lui qui met sa crotte en évidence sans nous demander notre avis et dès qu’on a le dos tourné en nous reprochant de ne pas faire notre boulot.
Parce que les amis de ce con qui font pareil.
Parce que certains se sont vantés devant moi de le faire en ignorant mon métier.
Parce que lorsque ce n’est pas le con ou un de ses amis, c’est le représentant de la maison d’édition – livre moche, marketing, idiot, dipsomane – qui s’en mêle et qui insiste pour « Un treize/douze si on fait un facing ».
Parce que désormais un vocabulaire de trouduc d’école de commerce.
Parce que le système des offices : le livre neuf est un commerce sans couilles.
Parce que tout le monde sait mieux notre métier que nous, comme ces deux crétins de pubards – pas dipsomanes, ceux-là, buveurs d’eau, j'en suis sûr ! - qui ont essayé de m’expliquer comment vendre des livres, l’autre fois, sur Facebook.
Parce que dans la librairie de neuf, on sait rarement ce qu’est un livre, comment ça se boutique et que rares sont ceux qui en ont la curiosité. En fait, presque tout le monde se fout de l'objet, et pourtant...
Parce que, non, BHL n’est pas un philosophe, Nothomb n’est pas un écrivain, Assouline n’est pas un critique et Mary Higgins Clark n’est pas plus du polar que Werber n’est de la SF.
Parce que j’ai été obligé de les vendre et que j’ai été obligé de mentir sur ces daubes pour avoir la paix.
Parce que tous ces cartons de livres retournés que personne n’a lu et ne lira, parce que ce gâchis par des « écrivains » qui n’ont pas eu l’humilité de se taire et à cause des éditeurs qui font marcher la pompe à fric.
Parce que, que le livre soit en papier ou électronique, il est devenu très compliqué de lire pour nombre de mes contemporains.
Parce que des tauliers – pas tous, j’ai appris la librairie avec certains – qui n’ont rien à voir avec le métier.
Parce qu’une des pires conventions collectives du commerce, qui n’est pas le secteur le plus gâté.
Parce que la tranche, eh bien c’est le dos, le dos, c’est le deuxième plat et que c’est pas un couverture souple mais un ouvrage broché (venez pas m’emmerder avec les dos collés, hein !) et que votre reliure c’est un cartonnage.
Parce qu’on a réussi après plusieurs décennies à me faire prendre le livre neuf en horreur, à changer mon plaisir en quelque chose de fastidieux, à me désincarner en machine à débiter des conneries (et certains aimeraient beaucoup que ça fonctionne aussi comme ça pour l’occasion ou l’ancien).
Parce que ces gens qui passent la tête à la porte de la librairie et qui vous expliquent que vous faites un métier si merveilleux et que ça doit être exaltant de lire du matin au soir et qu’ils projettent également de faire ce métier quand ils auront pris leur retraite.
Parce que ces mêmes, là, vous ne les avez jamais vues avant et vous ne les reverrez plus.
Parce qu’un jour, si vous continuez, vous risquez de finir par en éclater un au mur.
Parce que l’on finit par trop mentir.
Parce que trop de Lévy, trop de Musso et pas assez de livres.
Parce que l’ennui, la répétition, l’anomie : enthousiasmes d’un quart d’heure pour un titre disparu dans la demi-heure qui suit, tout le temps, à chaque fois.
Parce que les quadragénaires névrotiques, plus anxiogènes que les ménagères de moins de cinquante ans.
Parce que ce sont les mêmes qui viennent nous faire leur autofiction dans la librairie même.
Parce que je n’ai pas assez rigolé avec les personnes que j’aimais et qui passaient trop rarement, comme Marie-Ange, Alain, Eva, et d’autres encore.
Parce que je suis le Tenancier et que je fais maintenant ce qui me fait plaisir.

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Avant que de mettre un commentaire, on prie le lecteur de lire attentivement ceux qui précèdent, il évitera ainsi au Tenancier la pénible impression de se répéter, surtout auprès de personnes que l'on hésite au bout du compte à qualifier de "professionnels" tant leur lecture de ce billet est approximative. Alors, si vous pensez que le Tenancier est aigri et toutes ces choses qui procèdent de l'intention et non du raisonnement, c'est assez inutile, de plus "futés" que vous s'en sont chargés déjà, à leurs risques et périls. Par ailleurs, qu'ils réfléchissent à la consternation qu'ils provoquent auprès de ceux qui les lisent...
(Ajouté le 27/08/2010)