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La Pieuvre par Neuf
- Premier Tentacule


Il était une fois, un billet sur Jacques Abeille : un écrivain en plongée dans un imaginaire qui foisonne de charnu, de dodu, tant en peinture qu’en écriture, un particularisme artistique évident qui ne laissait pas le Tenancier indifférent selon toute évidence. Et moi encore moins, pour deux raisons : j’avais connu cet auteur grâce à l’un de ses premiers éditeurs, et la fraîche lectrice que j’étais, avait débarqué chez le Tenancier grâce à cet éditeur encore (Fornax). Sans le savoir, le Tenancier créait un fil d’Abeille dont il faisait son miel et je me délectais à lire les commentaires approfondis de C. Arnoult auxquels notre Tenancier répondait scrupuleusement. SPiRitus étoffa le sujet avec une reproduction de deux couvertures d’ouvrages rares et délicats de ce même écrivain qu’il détenait dans sa collection privée.

Je me distrayais des commentaires d’Otto qui découvrait cet écrivain, et qui relevait que « monsieur Abeille aime les dames et leur compagnie, il semblerait. Un bon point pour lui… » et qui devant l’insistance du Tenancier à produire des billets sur Abeille (trois en deux mois) écrivit qu’il faudrait bien il se décidât à le lire un de ces jours.
Un autre commentaire, de CLS (l’éditeur Fornax), m’avait titillée : «Merci, tenancier de mon cœur, pour ce billet. S'il pouvait servir à convaincre quelques lecteurs non encore convertis de l'irréfragable nécessité de lire Abeille, ce serait merveilleux. Jacques, et je pèse mes mots, est l'un des meilleurs écrivains de langue française encore vivant.»
C’était septembre 2009, parmi les lecteurs assidus de ce blog, je tenais un abeillophile et un abeillo-néophyte, à savoir SPiRitus et Otto, l’étincelle d’un synapse farceur se chargeait du reste : je décidais qu’Otto serait ma «victime», son sens de la dérision s’y prêterait bien et aussi le désir que le Tenancier avait suscité chez lui de lire Jacques Abeille serait assouvi. À cette heure, j’envisageais une farce en un seul épisode : envoyer anonymement à Otto un livre de Jacques Abeille, ainsi Otto travaillerait un peu du chapeau, il en référerait à son grand ami le Tenancier et on rigolerait un petit coup. Je n’imaginais pas une seconde l’étendue que prendrait mon envoi anonyme plaisant et plaisantin.

Ni une ni deux, sans la moindre insistance, j’écris à Monsieur Yves que je lui serais éternellement reconnaissante s’il me transmettait l’adresse postale d’Otto et qu’il pouvait me faire confiance, je n’en ferais pas de mésemploi. À cette heure, Monsieur Yves, notre Tenancier n’a aucune idée de mes intentions, il me transmet illico l’adresse d’Otto. Il ne me demande aucune justification, je suppose qu’il pressent mon esprit farceur, j’ignorais qu’il était doté de ce même travers : le goût de la farce (ah ça ! Il m’en a raconté une sacrément bonne qu’il avait faite à Otto sur un quai de gare !). Le Tenancier et moi sommes nés le même jour, on mettra notre goût commun pour la farce sous l’effet du signe virginal du Zodiaque et hop !, en avant les futures parties de rigolade qui s’ensuivront. Des commentateurs, aucun ne connaissait mon écriture, sauf un. Je prenais le risque de ne pas l’avertir : il s’en amusera probablement, me dis-je in petto. Il me faudra simplement éviter de poster de Marseille, puisque Otto sait que j’y habite.
Cette farce avait un triple dessein : elle ferait plaisir à Otto, elle me faisait rire, et elle nourrirait le blog par l’instrumentalisation d’Otto par un tiers (moi). Notre Tenancier aurait tout pour s’en réjouir, cela ne faisait aucun doute. Une farce sans complot, car jamais M’sieur Yves ne sera tenu au courant par anticipation, afin qu’il ait le même plaisir que ses lecteurs. Le plaisir, il l’aura toujours avec une longueur d’avance, car Otto manifestera à chaque fois son étonnement auprès de son tendre ami.

Séraphine la kimboiseuse, Jacques Abeille, Atelier In-8. (Voir : Le mystère de l'Abeille) est un ouvrage idéal : il va compléter la revue bibliographique du Tenancier qui ne l’a pas mentionné, et en passant, j’affiche mon penchant pour la petite édition indépendante, ce sera mon premier jalon (et dans mon esprit, le seul, l’unique !). Otto commet un billet dans lequel il ne ménage pas son souci : identifier le «coupable» qui l’a réjoui. Bien entendu, il établit tout de suite une corrélation entre les Feuilles d’automne et la réception de ce livre puisqu’il se souvient bien avoir écrit sur ce blog qu’il ignorait tout d’Abeille : les limites du hasard le titillent.
J’avais commandé le livre à la source, chez son éditeur, et l’avais fait envoyer en précisant bien que je souhaitais que ce soit fait sous le couvert de l’anonymat. Je me rappelle bien d’une certaine Sylvie, un peu surprise par ma demande, un peu craintive à l’idée que le destinataire lui demande de se justifier ; je la rassurais. Je supputais qu’Otto était susceptible de vérifier en amont, il fallait donc que j’emporte l’adhésion de Sylvie, bien au-delà de son simple consentement : L’atelier In-8 ne se compose pas d’un seul homme; s’il venait à l’idée d’Otto de se manifester, comment aurais-je la garantie que toute l’équipe jouerait le jeu ? Sylvie me rassure, elle est seule à s’occuper des commandes, je peux donc compter sur elle. Otto se manifestera et tombera sur un os. Il nous en rend compte le 10 novembre en reproduisant le message de Sylvie.
Notre Tenancier, le premier informé par Otto de la réception de ce paquet-farcé comprend de lui-même que je suis à la source. Forcément, il serait le premier suspecté. Il signera le premier commentaire du premier compte-rendu d’Otto sous le couvert du pseudonyme de Juan Ramon Mirador, sous la phrase qui connaîtra un grand succès par la suite : «C’est pas moi !» D’emblée, le concept de mystérieux expéditeur apparaît, sans majuscules (elles viendront plus tard… le respect ?).
Dix-neuf commentaires, le Mystère s’enclenche, le Tenancier et moi rions sous cape.

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

Saturnin Lassicope, iconoclaste


Par une sorte de prescience adjugée par les dieux (ou alors Saint Jordi), nous vous avions conviés récemment à aller jeter un coup d'œil chez notre ami CLS. Celui-ci vient de se manifester de nouveau à notre attention en prenant pour sujet un auteur dont nous avons déjà fait une large publicité dans le passé : Jacques Abeille.
CLS a laissé le clavier à Saturnin Lassicope - modestie et retenue compréhensibles lorsque l'on sait que CLS est l'un des éditeurs d'Abeille - qui s'intrigue à propos de l'ouvrage ci-dessus récemment reparu de l'auteur. Résumons et ce très superficiellement : comment se fait-il que ce soit enfin la troisième édition des Jardins Statuaires qui bénéficie d'autant de publicité alors que les précédentes furent presque confidentielles ?
Nous vous laissons le soin d'aller découvrir la réponse à cette question dans le blog et qui a un fort rapport avec le titre de ce présent billet.
Émettons en parallèle à l'article de Saturnin Lassicope une autre hypothèse, qui la complète...

Tout auteur un peu précurseur ou dont l'univers diverge suffisamment d'une certaine littérature consensuelle ne recueille qu'exceptionnellement l'assentiment des lecteurs contemporains. Parfois, c'est dans un cénacle fort réduit que la prose - ou la poésie - de l'auteur perdure pendant des années. Nous aurions tous de ces exemples à donner pour illustrer ce constat. Tel fut le cas de Jacques Abeille, aimé d'un premier cercle de lecteurs avertis, voire d'esthètes. C'est dans ce premier cercle que se fomente une sorte de conspiration qui veut que l'on porte cet auteur comme par une sorte de fanatisme des lettres. Auteurs - en cela véritables confrères - éditeurs, critiques ont donc empêché Abeille de se dissoudre dans l'anonymat. Peu à peu ce petit monde a fini par s'étendre et communiquer l'existence d'Abeille à un public légèrement plus nombreux et dont le goût des lettres commençait à s'accorder à la prose d'Abeille. Nous voici dans le deuxième cercle. Comme libraire, j'en fis partie...
Peut-être qu'il est temps que Jacques Abeille trouve enfin ce public du troisième cercle, un public élargi. Tout à coup, nous risquons de ne plus trouver l'auteur tel que nous avions connu. Il est un risque qu'il encourt, celui du travestissement et du spectacle. Faisons confiance à Abeille pour qu'il continue de travailler dans l'exigence et qu'il sache conserver peut être une distance hautaine, nécessaire pour un écrivain de cette qualité.

p.s. : Naturellement, on se réjouit de l'intérêt actuel autour de Jacques Abeille.

Jacques Abeille, encore

Les voies de la littératures sont parfois impénétrables. Ainsi, c'est par le truchement de Han Ryner et de C. Arnoult qui s'occupe d'un blog autour de celui-ci que nous revoici à évoquer Jacques Abeille. On peut aimer Han Ryner et apprécier Jacques Abeille. La preuve, voici une complétion en images de notre inventaire - bientôt complet si cela continue ! - grâce à l'obligeance de notre très estimable correspondant qui s'est piqué à notre jeu.










Le lecteur attentif et curieux se prolongera - sans doute à la manière de certains textes de Jacques Abeille - dans l'intéressante suite d'articles de la Taverne du Doge Loredan.
Quant à nous, renvoyons nos lecteurs aux opus antérieurs concernant celui que nous tenons pour un des grands écrivains contemporains.
1er billet
2e billet
Sans nul doute nous trouverons matière à reproduire les couvertures de ses ouvrages dans quelques billets encore...

La réponse du Mystérieux Expéditeur !

Alleluïa, osannah sur terre comme aux cieux (et dans leurs environs, il ne faut pas chipoter) !
Le Mystérieux Expéditeur nous lit et, dans son immense bonté, il a répondu à nos si pressantes demandes. Et avec quelle réactivité !
C'était le 21 juin que je quémandais des nouvelles du Mystérieux Expéditeur dans ces termes : " Toujours est-il que je lance un appel au Mystérieux Expéditeur (et qu'elle me pardonne s'il s'agit dans les faits d'une Mystérieuse Expéditrice) : ne nous laissez pas dans cette stase si frustrante, manifestez-vous ! Pas forcément sous la forme d'un nouvel Envoi, mais par un mot en ces lieux ou par une missive confiée aux bons soins du Tenancier. S'il vous plaît, ne nous laissez pas ainsi languir !!!"
Et c'est seulement deux jours plus tard que, sans doute ému par ces supplications auxquelles vinrent se joindre toutes les voix amies qui se manifestent ici régulièrement (et elles en sont remerciées, vous le verrez plus loin !), le Mystérieux Expéditeur a mis sous enveloppe (et quelle enveloppe !) ce nouveau, bel et Mystérieux Envoi ! Qui met à terre l'hypothèse développée par ce cher George sur l'adieu qu'aurait constitué le précédent Mystérieux Envoi.
Je vois les lecteurs de ces lignes trépigner, bouillir même : "alors, qu'y a-t-il dans ce Mystérieux Envoi ?" Mais c'est qu'avant même de savoir ce qu'il y a dans le Mystérieux Envoi, il faut parler du contenant ! Car, comme toujours avec notre fameux Mystérieux Expéditeur, le contenant est à la hauteur du contenu, si ce n'est plus, et tout aussi décontenançant !
Or donc, nous voilà devant une fort belle enveloppe à fenêtre, aux atours des plus originaux. Créée par Grafiche Tassotti en Italie en collaboration avec Chess Collectors International, elle s'orne d'un échiquier supportant des pièces rouges et blanches. Dans la fenêtre, sur une feuille de papier kraft collée à l'intérieur de l'enveloppe avec grand soin (l'enveloppe elle-même est en réalité une affiche décorative au format A4 patiemment transformée en enveloppe à l'aide de colle et de ciseaux), mon adresse actuelle, ce qui met là aussi à mal bon nombre d'hypothèses sur le fait que le Mystérieux Expéditeur ne la connaissait pas (et amène à se poser maintes questions : ils ne sont pas si nombreux à connaître ma nouvelle adresse !)… Quant au timbre, il s'agit d'une représentation d'une carte d'un tarot divinatoire, le Diable… Plus étonnant encore, le cachet de la poste ne figure pas sur ce timbre mais sur mon adresse ! A croire que même la Poste est complice !
En revanche, au verso de l'enveloppe, quel étonnement de voir le rabat fixé par deux cachets de cire poinçonnés d'armoiries : une couronne surplombant un écu comportant (désolé de ma méconnaissance de la terminologie héraldique) trois étoiles au-dessus d'un chevron inversé coiffant une tour.
Voilà déjà de quoi se poser bien des questions. Quelle est la signification de ces poinçons, comment le Mystérieux Expéditeur a-t-il trouvé mon adresse ? Il y a de quoi faire…
Et, à l'ouverture de l'enveloppe (quelle tristesse de devoir rompre ces cachets…), un ravissement pour tous ceux qui se délectent des Mystérieux Envois. Car, cette fois, ce sont deux éléments qui sont donnés en pâture à notre sagacité.
En premier, une carte postale éditée par nos bien connus amis helvètes de Plonk & Replonk, qui met en scène une assemblée d'hommes du XIXe siècle "déguisés" comme des membres du KKK (un montage) et tenant à la main des cordes (de pendu ?). Avec, en légende, "L'antique et prestigieuse société secrète de 'Ceux qui tirent les ficelles'" (un drôle de clin d'œil, nous le verrons plus loin). Et, sur certaines de ces cagoules, des noms bien connus en ces lieux : Mouton, George, Moons, SpiRitus, ArD, Adria, Tenancier… Le Mystérieux Expéditeur serait-il donc une confrérie ?
En tout cas, le verso de cette magnifique carte postale est tout aussi parlant que… Mystérieux ! De cette fameuse écriture que nous avons appris à connaître, les Editions "Les Pieds de mouches de Gueulette" nous remercient de toutes nos contributions (450) agrémentées de celles des tireurs de ficelle (pour encore insister sur le fait que le Mystérieux Expéditeur est pluriel ?), en précisant que ces contributions auront, "avec enchantement et pour notre ravissement, fait le lit du canular surréaliste qui a pris son envol grâce à Jacques Abeille dans le salon des Feuilles d'automne, salon aux fauteuils de velours". Une dédicace fort touchante, qui évoque un ravissement et un enchantement que nous partageons tous (sans même parler de notre amitié pour ces Feuilles d'automne). Et qui ravive le souvenir des Editions "Les Pieds de mouche de Gueulette", dont la genèse était (du moins pour ce que nous avions pu en savoir) contée ici
Quant au second élément, il s'agit de "Impair et manque", un poème édité par Le Cadran ligné (collection à consulter et commander ici se présentant sous la forme d'une feuille de papier vergé A4 pliée en quatre et protégée par une couverture à rabats de même texture. A l'intérieur de cette couverture, une nouvelle dédicace, à votre serviteur adressée, "avec la reconnaissance de Ceux Qui Tirent les Ficelles" et un symbole, en bas de page, évoquant l'éternel recommencement… Quant au poème de Jacques Abeille, vous pouvez le lire sur l'image ci-dessous, il tient en ces quelques lignes imprimées à cent cinquante exemplaires seulement. Beau poème, du reste, mais extrêmement sibyllin (pour en revenir à nos précédentes discussions !) bien qu'affirmant que "tout est perdu".
D'Abeille à Abeille, ce Mystérieux Envoi peut laisser à penser que la boucle est bouclée, comme semblent le souligner les messages écrits par le Mystérieux Expéditeur. Qui, s'il tire ainsi sa révérence (ce que nous sommes certainement bon nombre à ne pas souhaiter !), nous laissera en souvenir bien des interrogations, bien des pistes qu'il nous faudra suivre et explorer pour, peut-être, un jour dévoiler Ceux Qui Tirent les Ficelles !
En attendant, quel plaisir de voir à nouveau le Mystérieux Expéditeur nous faire partager ces facétieux envois (il y en a eu, jusqu'à aujourd'hui, quand même dix !) qui ont déjà tant réussi à enflammer notre imagination depuis pas très loin de deux ans.
Et, sapristi de sapristi, j'aimerais bien savoir qui est (ou sont ?) le Mystérieux Expéditeur !

D'autant que, après mûre réflexion, me vient à l'esprit une hypothèse troublante : et si le Mystérieux Expéditeur et Ceux Qui Tirent les Ficelles n'étaient autres que les impétrants nommés sur cette carte postale ? Cette "antique et prestigieuse société secrète" ?
Voilà qui expliquerait, entre autres, pourquoi chacun de ceux qui a, à un moment ou à un autre, été soupçonné a pu répondre "ce n'est pas moi". Eh oui, ce serait donc "vous" !
Qu'en pensent les honorables habitués de ce blog ?

Otto Naumme
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Pour récapituler, c'est là :


Le mystère de l'Abeille

Tout dernièrement, il y a une dizaine de jours pour être – presque – précis, j'ai reçu par la poste Séraphine la kimboiseuse, de Jacques Abeille. Un petit ouvrage d'une trentaine de pages (vous apprécierez au passage mon amour de l'exactitude…) édité par l'Atelier In8, sis à Serres Morlaas (dans les Pyrénées Atlantiques). Envoi qui m'a ravi car, les lecteurs assidus de ce blog le savent (les autres, de toutes les manières, s'en foutent, et à raison), je n'avais jusqu'alors jamais lu les écrits de ce monsieur et projetait de le faire, suite à tout ce que j'avais pu en lire sur les articles à lui consacré par notre cher Tenancier (que je remercie au passage de m'ouvrir ses pages).
Et j'ai réellement apprécié cette découverte. Certes, cette Séraphine n'est pas un immense monument de la littérature, mais l'équivalent d'un bibelot ciselé avec un goût infini par un artiste dit "mineur" (on se demande bien quel critique "majeur" peut se permettre ce genre de considération…). Ou d'une confiserie mélangeant habilement quelques douceurs et des saveurs plus épicées, gingembre ou muscade. Bref, une petite perle d'histoire doucement érotique et fort joliment troussée. De quoi donner envie d'aller plus avant dans la découverte d'un écrivain qui mérite ce nom.


Le seul "souci", si je puis employer ce terme, c'est que je n'ai pas la moindre idée de qui m'a envoyé cet ouvrage ! Le livre n'était accompagné d'aucun mot ou indication d'expéditeur. Le seul endroit où j'ai jamais parlé de ma curiosité à l'égard de Jacques Abeille, ce sont les pages de ce blog. Et, à ma connaissance, seul notre Tenancier connaît le patronyme qui se cache derrière le pseudonyme d'Otto Naumme. Et, bien que passé à la Question (la vraie, la dure, l'authentique, la seule reconnue par l'Eg…, euh, pardon, je dérape…), ce cher Tenancier maintient envers et contre tout qu'il n'est pas à l'origine de cet envoi.
Et donc de m'intriguer (j'ai failli dire "tourmenter" mais le mot est quand même trop fort) : qui peut bien être à l'origine de cet envoi ? S'il lit ces lignes, que le coupable se dénonce. Il sera remercié de son initiative ! Ah mais.

Otto Naumme

La Pieuvre par neuf
- Deuxième Tentacule



!!! Contre la propriété sentimentale !!!, Otto Ganz, éd. L’Âne qui butine.

(Voir : La suite du retour du mystère de l'Abeille 2)
Otto nous rend compte de mes envois, j’attends ses compte-rendus avec impatience et quand il mettra trois semaines ou plus, je piafferai d’impatience et prierai notre Tenancier de piquer son ami au vif. Ah, cher Otto, vous m’avez fait languir tant et tant.

Animée par l’enchantement que me procure la petite édition, inspirée par l’aspect sinueux de la topographie du premier roman de jacques Abeille (Les Jardins statuaires, publié en 1982), que sais-je ? Cette fois, ce sera un petit éditeur de Belgique… L’éditrice, Anne Letoré, ne fait pas un pli pour jouer aux envoyeurs anonymes, elle trouve cela très drôle. La collection des Petits Pamphlets est riche, mon choix est essentiellement gouverné par le prénom de l’auteur — Otto Ganz — qui, bien sûr interrogera le bon sens de notre Otto dans son deuxième billet, très drôle. Le hasard fait bien les choses, Anne Letoré joint à son colis une carte postale représentant Betty Page et le Maecken Peace. Je le sais, car elle m’enverra la même avec d’autres petits livres que je lui ai commandés. Le fait qu’il y ait Betty Page sur la carte signe un hasard amusant : Je sais par notre Tenancier qu’Otto apprécie beaucoup Betty Page, ça n’est d’ailleurs pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Disons que je fus précédée.
Le contact passe bien avec Anne Letoré, alors je l’invite à lire le billet d’Otto (le nôtre, pas le sien !) qu’elle trouve « excellent », et l’incite à commenter. Réactive, elle me répond qu’elle veut bien, mais « par quel biais aurions-nous reçu l’info de ce blog ?», demande-t-elle très justement en précisant qu’elle va passer l’information à Otto Ganz. S’ensuivra un commentaire d’Otto Ganz, l’auteur de l’opuscule…
George aboule sur le blog, il cherche à comprendre, de façon cartésienne. En vain. Otto bloque sur les coordonnées postales de son domicile, et pense que l’auteur connaît forcément son adresse. Il a raison ! Son ami lui a assuré qu’il n’était pas l’auteur de cette farce, Otto n’a aucune raison de ne pas le croire. Il a bien raison : toujours croire son ami le Tenancier !

Coup de théâtre prématuré : SPiRitus, en bon praticien des enquêtes bibliographiques, recense les données apparues dans les commentaires sur les billets que le Tenancier avait publiés sur Jacques Abeille, affine les paramètres nécessaires à la conduite d’un tel feuilleton et, dresse une liste de critères de probabilités. SPiRitus et moi, nous côtoyons civilement parmi les lecteurs commentateurs, il ne sait rien de moi et le déplore. Pourtant, il dévoile habilement mon stratagème qu’il sera le seul à identifier : j’avais effectivement opté pour l’éditeur In-8 parce qu’il est basé dans les Pyrénées-Atlantiques, là où réside SPiRitus. De quoi aiguiller le soupçon sur ce commentateur avais-je pensé, de même que j’avais espéré que l’homonymie entre le nom de l’éditeur Letoré et Letort déclencherait quelque réaction. Dépitée, je m’exprimai sous le pseudonyme de Savoparole et tendais une perche, aussitôt rejetée, puisque M’sieur Yves avait nié tout lien avec l’éditrice. Ah, M’sieur Yves, il suffisait qu’il nie et Otto l’innocentait… et SPiRitus se dédouane avec un «Bref, "C'est pas moi" non plus... et c'est celui qui dit pas qui est !»
L’arroseur est bel et bien arrosé : d’entrée de jeu, SPiRitus me classe en haut de la pyramide des soupçonnables, au prétexte que j’aurais pu soustraire l’adresse d’Otto à son grand ami! Je me défends comme une tigresse sur le mode naval avec l’espoir de déstabiliser SPiRitus (cf. avant-dernier commentaire).
Mais SPiRitus — le sait-il ? — avait déjà tout compris. SPiRitus, sans le savoir vraiment, allait devenir un facteur de tension, un «adversaire», un délateur potentiel, un faiseur d’embrouilles dans cette farce où notre Otto buvait la tasse, sortait la tête hors d’eau, replongeait à merveille, attrapait les bouées que je lançais… tout ça dans le style naïf acrobatique.
Le Tenancier jette un pavé dans la marre en signant un commentaire sous le pseudo RCW que seul Otto comprendra puisqu’il s’agit des initiales d’un vieil ami auteur qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Vingt ans… et il débarque, cet ami auteur de SF ! Otto s’en émeut certes, mais c’était gros quand même. Je craignais que le Tenancier ne m’eût grillée… Même pas ! Comme quoi, il connaît bien la taille des couleuvres qu’il peut faire avaler à son ami.

On aurait pu croire cet épisode clos au dernier commentaire, le 27 octobre. Non !, en coulisses, le 9 novembre, Otto interroge les éditeurs L’Atelier in-8 et L’Âne qui butine : il se présente comme une «victime ravie» et cherche à obtenir le nom du commanditaire. Je n’ai pas souvenance qu’il nous reproduisît la réponse de L’Âne qui butine. La voici :
— «Bonjour inconnu gâté ! Mais par qui ? Mystère. De plus mon confessionnal étant fermé ce jour, je ne peux vous dévoiler la moindre parcelle d'identité de l'envoyeur, de l'expéditeur, du joueur. Et oui, parce que joueuse aussi, je me suis bien amusée ; habitant la Belgique, un gag, je ne pouvais que suivre cette commande.»

C’est pas moi !
En promenade en Bourgogne, je visite le musée d’art brut, La Fabuloserie, je tombe sur une œuvre intitulée «L’Apothéose de Ramona». Le tout premier commentaire du premier épisode (La Kimboiseuse) disait : « C’est pas moi.», il était signé Ramon Mirador. L’aubaine ! J’achète la carte postale de l’œuvre de Ramon, j’écris « C’est pas moi !» et j’ajoute «Mirador» : ainsi, Ramona Mirador sera la femme de Ramon Mirador, c’est simple, je poste de cette région où je n’habite pas.

L’ anniversaire.
J’enquête sur la date d’anniversaire d’Otto, elle est imminente, j’embraye. Pour fêter les anniversaires, je suis du genre à chanter a capella la chanson de Jacques Larue, le refrain et surtout ses deux couplets (« chez l’oncle Firmin et la tante Elisa,… ») vous voyez le genre… Je fouille dans ma boite à cartes postales d’anniversaire, cette dame élégiaque avec un bouquet de roses sur les genoux convient à mon inspiration du moment. Avec « Cent mots rivaliseront sans fleurs, ce jour-là », j’espère qu’Otto comprendra que je lui souhaite son anniversaire. J’espérais voir développer le rapprochement avec le slogan maoïste. George, naturellement, le renifle mais ne se souvient pas que l’original de 1956 est : « Que cent écoles rivalisent et que cent fleurs s’épanouissent ! », un vieux slogan en somme.

J’ajoute un indice philatélique, on ne sait jamais : Babar avec un gâteau d’anniversaire sur la trompe. Je découvrirai lors de la publication du billet d’Otto que la Poste a fait montre d’empathie : elle n’a pas oblitéré le timbre pour ne pas gâcher la fête d’Otto. Toutefois, j’avais pris mes précautions et la carte avait transité par un agent localisé dans une autre région. Un agent lecteur commentateur du blog, qui ne sera jamais suspecté. J’ai eu deux intermédiaires transitaires : bien entendu, SPiRitus l’envisagera assez vite pour affirmer que le lieu d’expédition des envois n’était pas forcément le lieu de résidence du mystérieux expéditeur. Il avait bien raison. Et moi aussi, j’avais eu raison de me méfier.

À ce stade, Otto envisage la piste d’une déclaration d’amour, je tiens le bon bout ! Je ne m’y attendais pas, mais au fond, c’est l’idéal, une «victime ravie» qui croit qu’on lui déclare sa flamme, mettez-vous donc à ma place !
Aussitôt, la factrice d’Otto dite «la facteuse» est suspectée. Après tout, elle connaît son adresse et elle pourrait très bien être amoureuse du destinataire qui pourrait bien résider dans un «joyeux bordel de campagne» comme l’écrit Otto Ganz. Et Ramona, sur la carte postale… elle était dans une position équivoque. En voilà un bon aiguillage !
Et notre Otto avoue que «ça trouble à la longue ». On serait troublé à moins. Dans son dernier commentaire, Otto m’enjoint avec humour de ne pas gloser sur les dimensions de son «goupillon». Je note et le resservirai ultérieurement.
De 19 pour l’épisode précédent, on passe à 50 commentaires. Moi qui pensais faire une petite farce en un épisode, me voici prise au piège de ma plaisanterie qui, déjà, fait cogiter un aréopage de commentateurs persévérants qui se piquent au jeu. Aider ce malheureux Otto devient un prétexte pour soit, mieux l’embrouiller (cf. le Tenancier), soit démasquer l’auteur de ces envois anonymes, lequel va très vite devoir endosser des allures de coupable. En voilà un comble de la bienveillance !

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

Jacques Abeille - II (Coll. part.)

 


Remercions SPiRitus pour sa contribution à la la bibliographie imagée de Jacques Abeille. Comme le dit cls dans son commentaire : "Jacques, et je pèse mes mots, est l'un des meilleurs écrivains de langue française encore vivant."
Nous ne pouvons qu'agréer cette proposition.

Le dernier des Mystères de l'Abeille ?
















Cliquer sur les images pour les agrandir








Si vous avez raté les autres épisodes...


N'oubliez pas de consulter les commentaires de ces billets...
Vous le savez déjà, le Mystérieux Expéditeur s'est diablement occupé du Mystère de l'Abeille ces derniers temps, envoyant quasi-conjointement à ce cher George et à moi-même de nouveaux et toujours aussi Mystérieux Envois (ce cher George ayant réagi avant moi, occupé que j'étais par quelques soucis "subalternes").
Et ce coup double, cela ne surprendra aucun de ceux qui suivent ces Mystères depuis leur origine, est tout sauf un hasard, il s'agit même d'un magnifique double Envoi faisant appel l'un à l'autre (et réciproquement, aurait ajouté l'un de mes maîtres soixante-trois).
Déjà, l'examen du cachet de la poste (rendu peu évident par la faute du manque de contraste entre le bleu de l'encre du tampon et le violet de l'enveloppe) prouve que les deux Envois sont partis le même jour, le 7 juillet. Du même endroit ? Je ne peux que le supposer, le cachet étant illisible, on ne fait que deviner les premiers chiffres du code ROC, "422…" (et encore ne suis-je pas sûr de ne pas m'être laissé influencer par le code présent sur l'Envoi reçu par ce cher George…).
D'autres éléments viendront s'ajouter à ce "coup double", nous le verrons plus loin. D'ici là, revenons sur cette enveloppe, d'un format un peu supérieur au A4 et d'un beau violet. Avec, bien sûr, l'habituelle graphie très travaillée du M. E. pour l'adresse, et son autre écriture, tout aussi connue des membres de "Ceux Qui Tirent les Ficelles" pour la mention Ne pas plier (loin d'être inutile, il est vrai !). Quant au timbre, faisant suite à celui qui ornait le précédent Envoi reçu par mes soins, il est également issu d'un jeu de tarots divinatoires. Et, après le Diable, c'est la carte XVI, la Maison Dieu (symbole de bouleversement, de fin d'un cycle…) qui orne l'enveloppe et tient lieu d'affranchissement. Premier indice (peu elliptique, cette fois-ci) de la fin du Mystère ?
Bien possible. Car le contenu de l'enveloppe tend à corroborer cette hypothèse (et même plus). Quel est ce contenu ? Comme souvent avec le Mystérieux Expéditeur, il s'agit d'un contenu gigogne, une sorte de "poupée russe de l'intrigue"… La "première couche", c'est une feuille d'un papier imprimé extrêmement fin, orné d'une frise de fruits et légumes et bordé sur sa partie supérieure d'une découpe sinusoïdale (et d'origine). Repliée sur elle-même et scotchée, cette feuille tient lieu d'enveloppe à une chemise assez identique à celle reçue par ce cher George, exception faite du "Otto" qui y figure en calligraphie à l'encre de Chine (Otto au sens 8 ?) et au fait que la reliure est réalisée à l'aide de rivets et non de poinçons.
A l'intérieur de cette chemise fabriquée et ajustée avec un soin minutieux à son contenu, deux documents. En premier lieu, une carte postale de nos désormais célèbres (et fort divertissants) Plonk & Replonk. Au recto, une photo d'une famille devant la tombe du Soldat Inconnu sous l'Arc de triomphe et cette légende : "Paris – Le Soldat inconnu, sa femme et ses cinq enfants." Texte poursuivi au verso par le Mystérieux Expéditeur en ces termes : "… vous prient de vous recueillir sur le défunt Mystère pas plonké, et d'entretenir sa flamme avec l'allumette de votre indulgence. Surtout… pas de CO², ni fleurs ni couronnes. Une ficelle servira à couronner le tout". "Défunt Mystère…", la messe est dite, fort probablement. Et il ne tiendra qu'à nous d'en entretenir la flamme, donc…
Avant d'aller plus loin sur cette apparente fin, jetons un œil (et même plus) sur le second document figurant dans cet Envoi. Il s'agit ni plus ni moins que, on le déduira du titre, du premier "épisode" des Petites infamies que ce cher George a pu attribuer à Denise Le Querrec grâce à ses recherches. Là aussi, ce petit ouvrage au format A5 ne comprend en couverture que le titre, un aphorisme ("Modifier en dérangeant ou en détournant.", tiré du petit Robert – 1990) et la même photo que l'opus reçu par ce cher George.
Quant au texte figurant sur les deux pages intérieures, il se caractérise par sa qualité, mais aussi son côté hermétique et sa recherche visuelle – avec une partie du texte écrite verticalement, peut-être un peu trop près de la pliure. On pourra trouver ce texte encourageant ("vouloir lui donner ce qu'il serait de meilleur, en lui, en les autres, en moi.") ou plus pessimiste ("quelle impudence, et quel échec !) ou quelque part entre ces deux sentiments ("mais ce renoncement ne durait pas. au suivant !")…
En tout cas, l'on en revient une fois de plus au chiffre 7, avec le Soldat inconnu et toute sa petite famille, qui s'adressent à ma petite personne, ce qui nous permet d'arriver une nouvelle fois au chiffre 8. En faisant plus que suggérer que cet Envoi est le dernier, que le Mystère est "défunt".
Mais l'on s'attend pourtant à, un jour, recevoir un nouvel Envoi, affranchi cette fois avec la Papesse (carte II des tarots divinatoires), carte signifiant que l'on obtient la réponse aux questions que l'on se pose encore !

Mais, même si cela ne devait pas être le cas, même si le Mystère devait se clore sur ce double Envoi, il aura constitué tout au long de ces mois une source de plaisir, un stimulant intellectuel, un jeu surréaliste pour lequel nous ne pourrons jamais assez remercier le Mystérieux Expéditeur (qui n'est ni Burt Lancaster, ni l'amiral Nimitz, entre autres, nous le savons…). Sans même parler de la découverte de ce fascinant auteur qu'est Jacques Abeille (Les jardins statuaires est un formidable roman)
Puisse longtemps l'esprit de ce Mystère perdurer. Et le Mystérieux Expéditeur vivre dans la joie et la bonne humeur.

Otto Naumme

De l'impossibilité de faire mentir son reflet - VI


Le choix de Pop9, dont le nom m’avait été opportunément soufflé par ArD, comme ultime destinataire, s’imposait. Intervenant ponctuel sur le blog, il n’avait guère participé au Mystère de l’Abeille et n’avait pas pris parti jusqu’ici aux récents rebondissements. Mais, lors du lancement du « jeu des petits colis », il s’était inscrit comme participant et, donc, destinataire volontaire. Tous les autres (ArD, George, Le Tenancier, Otto), ayant reçu le leur, il me paraissait judicieux d’adresser ma dernière offrande à celui qui ne pouvait leur être concrètement attaché que par ce lien du « jeu des petits colis ». Je soignais donc particulièrement cet envoi. Le livre d’André Hardellet, Le Seuil du Jardin, est un grand livre et cette seule qualité justifiait que j’en fisse cadeau. Un passage, toutefois, devait être retenu, participant du fil rouge et miroitant de cette narcissique affaire ; la Tour Saint-Jacques, servant de marque-page, servait d’indicateur. La carte se trouvait entre la fin du chapitre XII et le début du chapitre XIII, moment crucial où le peintre Masson expérimente la machine de Swaine (« Regardez le reflet des disques dans le miroir, le plus loin possible… ») et revit un souvenir d’enfance, éprouvant un dédoublement psychique et corporel :

« Le temps, ainsi que Swaine l’avait dit, subissait une mystérieuse réfraction qui faisait coïncider au même point deux époques distinctes, celle de l’enfant et celle de l’adulte. Le peintre éprouvait en lui une confuse dualité : un moi abandonné, quelque part sur les rives du sommeil et l’être qui regardait maintenant les choses de ses yeux émerveillés. »
Faut-il relever combien le texte d’Hardellet s’inscrit dans les préoccupations surréalistes ? Breton admirait le roman. La Tour Saint-Jacques, bien sûr, se dressait ici comme haut lieu du surréalisme et de la mythologie personnelle de son fondateur. Mais, le texte d’Hardellet valait aussi comme une mise en abyme de mon entreprise postale : chaque envoi composant un reflet mien dans le miroir, et dévoilant une part d’intime, une part d’enfance. Pop9, le seul peut-être, ne s’y trompa pas, écrivant : « une ultime découverte nous rend tout chose : cette photo de Champollion, elle comporte un petit trou en haut, au milieu. On parierait qu’elle fut un temps punaisée sur un des murs de l’antre du ME avant de nous être transmise. » Rimbaud, Prévert, la Tour Saint-Jacques m’avaient en effet suivi longtemps. A tant les regarder, les images ne s’imprègnent-elles pas de l’esprit du regardeur ?
J’en viens, à présent, à la carte Plonk & Replonk, qui me retint initialement pour sa légende : « Suisse mystérieuse », l’adjectif venant à point dans notre affaire. La phrase collée (« il s’appliquait sur les cuisses de grandes claques »), signalant un amusement passé, avait quelque chose d’ironique : on ne riait plus, ni le Tenancier, ni moi. Je dois avouer que les interventions un peu sèches et bougonnes du premier, qui ne cachait plus son agacement, m’avaient un peu refroidi : il avait depuis longtemps identifié un Mystérieux Expéditeur qui n’avait rien de Mystérieux – tous ou presque, d’ailleurs, l’avaient rejoint –, trouvait les envois trop rapprochés. La farce qu’il avait contribué à faire naître, et qu’il m’avait – involontairement – incité à poursuivre, n’avait, pour lui, que trop durer. Je sais qu’il traversait alors une période pas drôle et ne lui en veux pas. Je l’aime trop pour cela. Le petit « roman » composé de découpages empruntés à Non ! de Victor Margueritte et de Cavalier 6 [petit clin d’œil à Grégory qui, dans la carte précédente, est le n° 6, bien cavalièrement assis sur sa chaise], suivi de L’oublié de Pierre Benoît, devait servir de coup de théâtre, jouer la grande scène de révélation finale. Il s’agissait d’un « roman » en deux parties, la première rappelant le Mystère de l’Abeille :
« dans le pays d’Otto Le véritable château / Elle frappa sur un timbre Bizarre ! Bizarre ! / autour de leur chef « Une personnalité ! / – Ah, oui… Et un fichu caractère. – Dites un piqué ! » / entrée des Zaporogues / la Marseillaise / Wilhelm / Compagnons de la / mystérieuse équipée / Et tout le monde de rire à cette excellente / plaisanterie de prendre dans la bibliothèque, à gau- / che, sur le troisième rayon, ce petit volume / – Ils sont de mèche, vous voyez ! / Le rideau se leva »
Les références sont transparentes : Otto, première et longtemps seule victime d’ArD, experte ès-timbres, qui gratifia sa proie de « petits volumes » issus du « troisième rayon » de la petite édition, avec la complicité de notre chef à tous, le Tenancier ; les Zaporogues : la Marseillaise, ArD (le « petit colis » de Pop9 fut posté de Marseille par ArD), Wilhelm, George, et tous les commentateurs fidèles du Mystère de l’Abeille qui s’amusèrent de cette « excellente plaisanterie ». La dernière réplique : « Ils sont de mèche, vous voyez ! » renvoyant à sa résolution et à la révélation de la complicité du Tenancier. Le pronom personnel sujet peut toutefois aussi bien renvoyer aux deux protagonistes augmentés de leur victime et des limiers zaporogues : le Mystère de l’Abeille fut une création collective. Le Mystère(bis) ne le fut pas moins. Sauf que l’expéditeur, cette fois-ci, ne l’avait pas voulu. Si Mystère il y eut, ce fut, malgré moi, et par le seul désir des destinataires et commentateurs. Ainsi, doit-on comprendre la deuxième partie du petit « roman-collage » :
« Ivan Ivanovitch (le prénom de notre Tenancier n’est-il pas suffisamment répété dans ce patronyme russe ?) / – C’est étrange, murmura-t-il / Quelle bonne surprise ! Il était de retour (rappel de la réaction dudit Tenancier à la réception de son « petit colis », soupçonnant le retour du Mystère) / NON ! (peut-on être plus clair ?) / – Alors c’est moi (Qui parle ? Le Tenancier, revendiquant après-coup sa responsabilité dans la création du nouveau Mystère ? Ou l’expéditeur, se souvenant d’une phrase récurrente du Mystère de l’Abeille : « Ce n’est pas moi ! » écrite, plusieurs fois, me semble-t-il par ArD et le Tenancier, en commentaire, et lançant un aveu sous forme d’antiphrase : Alors ce n’est pas moi ?) / quel piège que ce mot !... (« moi », mot-piège, nécessairement, puisque « je est un autre) / « Taisez-vous, Lovelace !... » (je m’amusais ici à faire apparaître un nom qui désigne tout à la fois le séducteur libertin de Clarisse Harlowe, un poète anglais du XVIIe siècle, et une star du porno – le mélange des genres étant de circonstance) / Je dois ouvrir ici une parenthèse / tu as entre les mains le secret (le Je désigne naturellement l’expéditeur, le tu, le destinataire, Pop9, qui, en se souvenant qu’ il avait communiqué son adresse après son adhésion au « jeu des petits colis », pouvait comprendre pourquoi il entrait subitement dans la danse) / Tout cela c’est du rafistolage (le Mystère n’existe pas : toute cette affaire est un bricolage de fortune) / FIN / – Fous le camp, maintenant. Je t’ai assez vue. (Là encore, c’est aussi bien le Tenancier que moi qui prenons la parole pour congédier cette « plaisanterie » dont plus personne ne rit).
Évidemment, comme l’identité du coupable ne faisait plus aucun doute, on ne chercha pas à creuser plus profond, et ce dernier « petit colis » – contrairement à ce que j’espérais – ne révéla rien de nouveau. Une explication s’imposait donc. Pour bien faire, il aurait fallu reprendre tous les billets, mes échanges avec ArD, et gloser certains commentaires qui sont de petites merveilles de drôlerie et d’intelligence, mais la longueur de ce texte s’en serait trouvée triplée… Il ressort de cette comédie, poussée un peu trop loin, comme un sentiment d’inachevé et d’échec, et cet aveu définitif : j’ai joué livres sur table et ne suis pas un Mystérieux Expéditeur.

SPiRitus
(Carte Plonk & Replonk) 

Comme on avait prévenu
l'histoire des envois mystérieux
s'arrête avec ce dernier billet. On espère
ne pas avoir ennuyé le lecteur de
passage avec ces drôles
d'histoires. Ici
 s'achèvent
les
mystères
...

Le Mystérieux Expéditeur défouraille à tout-va !

La sibylline salve tirée par ArD lors de sa deuxième notice imaginaire a des répercussions décidément prolifiques : voici que le Mystérieux Expéditeur se déchaîne, après quasiment un an d’inactivité — du moins en ce qui concerne le Mystère de l’Abeille.
Nous savons que l’ami Otto vient de recevoir un douzième envoi, et voici que moi-même, qu’aperçois-je coincé sous la porte, sur le seuil de mon échoppe, au moment de l’ouvrir enfin ce mardi 12 juillet avec plus d’une heure de retard ? Le coin d’une enveloppe verte qui tranche singulièrement avec les mornes lettres habituelles (factures, avis de recommandé, mises en demeures, papillons d’huissiers). J’ouvre la porte, saisis l’énigmatique enveloppe… battement de cœur et forte émotion : je reconnais aussitôt une des graphies qui m’est très familière, déjà aperçue sur certaines images fournies ici-même par ce cher Otto au cours de cette saga du Mystère : dans le deuxième épisode, au verso de la carte postale de la Fabuloserie dite Ramona Mirador, ainsi que sur l’enveloppe de l’envoi de l’épisode 5 .
Et vrai de vrai, effectivement, une fois le bestiau dépiauté (de la belle ouvrage soignée et minutieuse, cela va sans dire), il s’avère que le Mystérieux Expéditeur s’est mis pour la première fois à diversifier les destinataires de ses malicieux envois. Pourquoi cela ? Peut-être en réaction à l’interrogation d’Otto dans un commentaire de La réponse..., le 7 juillet à 08h41— interrogation elle-même consécutive à une intéressante question d’ArD (tiens, tiens… SpiRitus ?) la veille — : « Oui, effectivement, chère ArD, vous soulevez une intéressante question : pourquoi moi et seulement moi ? » Mais je ne puis moi-même du coup que redoubler cette question : pourquoi moi ? Moi qui ignorais jusqu’à l’existence de ce vénérable blogue au moment des prémices du Mystère, moi qui n’ai rejoint la cohorte des vaillants enquêteurs qu’au moment du deuxième épisode… Ai-je même seulement avoué ici un jour n’avoir jamais rien lu non plus de Jacques Abeille, quoique le connaissant de nom ? Je ne m’en souviens pas. Alors, pourquoi la boussole du ME s’est-elle arrêtée sur ma pomme, tandis que SPiRitus aurait été un sujet autrement plus éminent ? Nouveau mystère… J’ai pensé un instant que le ME avait procédé à un envoi multiple, adressé à tous les membres de la confrérie que lui-même a nommée, grâce aux bons soins de Plonk et Replonk, « Ceux qui tirent les ficelles », mais apparemment il n’en est rien…
Bref, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps au sujet du contenu de cet envoi, très lié à la récente actualité de certaine équation qui nous a plus ou moins retourné les méninges la semaine passée (7 + 1 = 8), mais il me semble bien que parmi les estimables contributeurs qui fréquentent ce salon aux fauteuils de velours, il n’y en a que huit qui connaissent l’adresse de la bouquinerie que tient le soi-disant George WF Weaver : le Tenancier, ArD, Otto Naumme, SpiRitus, Adria Cheno, Moons, moi-même (évidemment) et… certaine personne très familière du Tenancier, qui pourtant ne commente jamais ici-même, allez savoir pourquoi.
Voici donc en quoi consistait l’envoi que j’ai découvert ce 12 juillet (mais — détail malheureux qu’ignore sans doute le Mystérieux Expéditeur —je ne dispose pas de boîte aux lettres : la concierge glisse tant bien que mal mon courrier entre la porte de l’établissement et le seuil, ce qui occasionne parfois quelques avanies étant donné l’étroitesse de l’interstice. Il se trouve qu’en outre de fortes pluies étaient tombées le matin, à cause de quoi certains endroits de l’envoi s’en sont hélas trouvés maculés) :
— Une enveloppe verte format 30,6 cm x 22,8 cm (environ), à rabat normalement fermé par une simple attache parisienne mais que notre ME avait pris soin de fortement coller en deux larges endroits, ce qui fait que j’ai commis quelques dégâts en tentant de séparer au cutter le rabat du verso de ladite enveloppe. Au recto, outre l’adresse de mon échoppe, très joliment calligraphiée à la plume dans cette écriture cursive que nous lui connaissons désormais et qui n’est pas sa manière naturelle, plusieurs éléments sont collés.
D’une part, bien entendu, un moyen d’affranchissement (le comble pour nous qui le sommes moins que rien, « affranchis », dans cette affaire !) : deux timbres, donc, très soigneusement choisis puisque tous deux ont trait à l’art d’écrire. D’abord, dessinée par un certain Galeron, une enveloppe anthropomorphe au sourire radieux qui écrit elle-même la lettre qu’elle s’apprête sans doute à s’enfourner dans le gosier, puis un pupitre sur lequel on voit le Petit Nicolas (sagement studieux) et le Bouillon (furieusement concentré) s’appliquer de concert à « faire cent lignes ». Mais de ces deux timbres, nouveau mystère de la Poste, seul celui du dessus est oblitéré…
Et d’autre part, un assez discret ruban de papier gommé gris-rose sur lequel est inscrit au crayon gras en capitales, d’une tout autre écriture que celle de l’adresse : « NE PAS PLIER ».
Cette enveloppe a été expédiée samedi 9 juillet, et le code ROC du cachet de la Poste, 42255A, correspond, tiens, tiens… à « Marseille, vallée de l’Huveaune ».


— À l’intérieur de cette enveloppe, une sorte de chemise constituée de deux feuilles d’assez fort papier, genre Canson, format 21 cm x 16,3 cm, reliées par un fil de laine verte glissé dans deux trous poinçonnés de part et d’autre de la hauteur et dont les extrémités sont serties dans deux petites barrettes métalliques qui assurent la liaison de l’ensemble. La deuxième feuille est en réalité plus haute d’environ 4 cm, mais a été repliée en haut et en bas de 2 cm de manière à bloquer le contenu de ladite « chemise ».

Sur le premier plat de cet objet artisanal s’aperçoit, outre le fil de laine verte à gauche, le mot « GEORGE », très joliment calligraphié en gothique à l’encre de Chine (sans doute la même qui a servi à écrire l’adresse sur l’enveloppe) et orné d’une magnifique lettrine tracée au fusain brunâtre rehaussé d’orange qui dessine un énorme « G » en même temps qu’un « 8 »… L’alignement impeccable des petites capitales qui suivent cette lettrine est dû à un discret trait horizontal de crayon à papier qui a été effacé une fois les lettres tracées.


— À l’intérieur de cette « chemise », insérée dans l’objet (peut-être) principal que je décrirai plus tard, une carte postale éditée par les désormais notoires Plonk & Replonk.
Au recto de cette carte, l’habituelle photo retouchée représentant cette fois une assemblée de huit individus vêtus de costumes verts et pour la plupart coiffés de chapeaux, perchés sur les branches d’un arbre effeuillé. Ils semblent attendre avec un soupçon d’indifférence le départ du bovidé qui les menace paisiblement, couché au pied de l’arbre face à eux.
Au verso, ce message du ME en forme de supplique, impeccablement calligraphié sans sérif à l’encre brune (comme toujours lorsqu’il ou elle s’exprime « directement ») :
« Au secours,
déplonkez-moi, faites quelque chose,
prenez-le par les cornes ! »
Très bienvenu, le hasard objectif de la rencontre de cette carte postale plonk&replonkesque et du Mystérieux Expéditeur sur la table à dissection du Mystère de l’Abeille ! Car il permet cette phrase furieusement polysémique, qui signifie à la fois une sorte de phylactère pouvant être attribué à l’un des personnages perchés dans l’arbre, une supplique de n’importe lequel des enquêteurs (donc tous) qui s’attellent ici-même depuis des dizaines de mois à la résolution de ce Mystère, mais aussi, tout simplement, un appel au secours du ME lui-même, qui n’en peut plus de n’être pas démasqué malgré la foultitude d’indices qu’il a fournis !


— Cette carte postale était insérée dans un micro-livre auto-édité datant de 2005, un simple in-folio courant (une feuille A4 pliée en deux, donc quatre pages A5) dont le premier plat porte, sans nom d’auteur, sous la reproduction d’une photographie représentant une fenêtre — stores baissés — surplombant un radiateur en fonte, le titre Petites infamies (toujours), avec dessous une citation du Petit Robert de 1990 : « Modifier en dérangeant ou en détournant », qui est (bien que cela n’y soit pas précisé), un extrait du deuxième sens du verbe « pervertir » selon ce dictionnaire. [Notons au passage qu’ArD réclamait récemment un Petit Robert…]
Petites infamies, ce titre ne m’évoquait jusqu’ici que Carmen Posadas, mais vérifications faites, ce texte-ci est dû à une certaine (comme disait Otto Naumme à propos d’Otto Ganz) Denise Le Querrec, et selon la Toile il ne semble disponible, hé, hé… qu’au cipM, le centre de poésie contemporaine sis à la Vieille-Charité à Marseille, et seulement dans sa deuxième édition, qui date de 2006. En jonglant un peu avec ce titre, on obtient assez vite Petites amies (fin), par exemple, comme la sentence finale marquant la fin d’une liaison collective…
Je vous laisse lire le texte à tête reposée.
Pour ma part, quelles que soient ses qualités — et je trouve qu’il n’en manque pas — je n’y retiens, en ce qui nous concerne, que deux passages : « je dormirai » et « pas de lecture ». Sans parler du fait que le ME semble par cet envoi s’avouer membre du sexe, et peut-être marseillaise — mais allez donc savoir, avec ce manipulateur de première qui ne cesse de rebondir sur nos commentaires pour mieux brouiller les pistes…



Une chose est certaine, au sein de tout cet embrouillamini : moi qui pense depuis des années que le meilleur usage possible d’un blogue est de s’attacher à construire une intelligence collective, ce Mystère érudit, malicieux et prolifique nous en aura pour une fois donné l’occasion. Grâces en soient rendues au Mystérieux Expéditeur !