Brochures et crème patissière

S’il est une idée on ne peut plus commune émise par nombre de personnes, c’est bien celle qui pousserait les libraires à se diversifier vers l’alimentaire ou la boisson. Ainsi, durant les années 70 on vit l’ouverture de librairies-salons de thé, provoquant encore maintenant des vagues de nostalgie, alors que la plupart n’existent plus. Mais, qu’est-ce qui peut bien déclencher cette sorte de tropisme pour ce type de mélange ? Si l’on se met du côté du libraire – illusion que j’entretiens à mon égard et à tout hasard – on imagine à quel point l’exercice peut être périlleux, les liquides, les pâtes à choux ou les crèmes pâtissières se mariant mal avec le papier. Essayez donc de bouquiner de cette façon sans que, statistiquement, au bout d’un certain laps de temps, vous ne tâchiez le livre. Et puis, soyons francs, une librairie est certes un endroit où vous pouvez vous arrêter, discuter, deviser, enfin tout ce que vous voulez, en somme, du moment que vous évitiez de jouer les sangsues à prendre de la place et à parcourir un livre dont le dos finit par être creusé par votre examen. Une librairie est un endroit où l’on se procure des livres et ou en fait commerce, fut-ce celui de l’esprit. Pas pour bouffer comme un chancre, rendre le livre invendable – parce que ne vous leurrez pas, ce n’est pas tout le temps que le gens venaient feuilleter les livres qu’ils avaient achetés au préalable – et faire perdre son temps au libraire plus que de raison. Parce que, également, celui-ci n’a pas que ça à faire, contrairement au deuxième cliché – après le salon de thé – répandu parmi nos concitoyens qui consiste à penser que le libraire n’y fait que lire et discuter. Du reste, on devrait convier certaines de ces personnes à faire un stage dans une librairie pour qu’elle s’en rendent compte. On vous fera grâce ici et par ailleurs de la comptabilité de ces deux activités, avec des taux de TVA différents, etc.
Et puis, au fond, cette nostalgie a-t-elle lieu d’être à une époque où le moindre bar branchouille exhibe des bouquins sur ses murs ? Bon, ce sont souvent des rebuts, je vous le concède, mais n’est ce pas ce que l’on trouve à quatre-vingt-quinze pour cent dans les parutions récentes ? Et puis ceux du bar ne craignent plus rien, vous pouvez y aller de bon cœur, avec vos gros doigts gras.

7 commentaires:

  1. ... et essayez de dire à haute voix "Gros doigts gras" dix fois de suite, pour voir...

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  2. Grois dos gras. Et comme ce billet me réjouit! Etant donné que ma bouquinerie est en période plus que délicate -et je rejoins l'autre billet-, que n'ai-je dû entendre comme sornettes avec cette idée fumeuse de diversification...
    Béatrice

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  3. Mais c'est parce que vous n'y êtes pas, tous les deux !
    Oui, il faut se diversifier ! Mais pas dans le thé-gâteau-petit doigt en l'air ! Il faut faire dans l'attractif, le seyant, le classieux, quoi !
    Ainsi, cher Tenancier, il vous faut savoir passer outre votre légendaire pudeur et sacrifier au rite du botox, de la péroxydation, du bistouri, tout en proposant une danse lascive pour tout achat de plus de 50 €. Imaginez l'attrait d'un ouvrage accompagné de la vision du Tenancier nu ou presque, avec une plume de casoar dans le fondement. Ca ne vous donne pas tout de suite l'envie d'acheter ?

    Bien sûr, chère Béatrice, je ne vous suggèrerai pas tel artifice, vos atours n'ont pas besoin de fanfreluches pour exercer leur attrait. Pour vous, je verrai plutôt l'embauche d'un beau surfer comme on en rencontre sur les belles plages de votre région, dévolu à aller faire la lecture à l'une ou l'autre de ces braves dames qui trouvent que "c'est écrit trop petit". Elles pourront alors profiter du corps du bel éphèbe pendant qu'il leur fera la lecture. Je suis sûr qu'il ne doit pas être trop difficile de trouver ce genre d'athlète dans votre région. Il faut juste s'assurer qu'il sache lire.

    Voilà qui devrait tous deux vous regaillardir, n'est-ce pas ?

    Otto Naumme

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  4. Vous êtes volontaire pour aller faire la lecture, Otto ?

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  5. Cher Tenancier, je ne suis pas sûr que mon physique s'accorde totalement avec la notion d'éphèbe surfeur. Je suis trop subtil pour cela !

    Otto Naumme

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  6. Un ami auquel je faisais récemment part des difficultés croissantes de la marche de ma propre échoppe m'a appris que dans la catégorie de commerces officiellement répertoriés comme "librairies" entraient également les… sex-shops (c'est qu'c'est chaud, peuh !) et m'a aussitôt suggéré de ravigoter la boutique par la mise en place de quelques articles en latex dans la vitrine…

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  7. Oui, George, je crois que c'est une catégorie pour ce qui concerne la TVA. Mais après tout, ce que nous vendons ne va pas tarder à verser dans la pornographie aux yeux de bien d'analphabètes contemporains. A propos de le latex, j'ai vu d'ailleurs que vous commenciez à rentrer des articles du genre puisque vous aviez à votre disposition pour le décor de votre vitrine une belle pièce de - doit-on dire tissus ? - vinyle noir.

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