Quatrième de couv ?

Il y a peu, j’ai vu un éditeur parler de « quatrième de couverture » à propos des résumés que, traditionnellement, l’on trouve en couverture ou sur la jaquette, en fin de volume.
Le terme est-il approprié ?
Á vrai dire, la question s’avère un peu épineuse. On n’est pas sûr, ici de trouver une réponse satisfaisante.
En effet, s’il faut bien quatre pages pour constituer une couverture, l’usage que l’on en fait dans le domaine des livres n’est pas le même que celui usité dans la presse où le terme est usuel et adéquat. Dans l’impression des magazines (on se bornera à cet exemple, celui des quotidiens étant un peu différent), toutes les pages sont utilisées. Naturellement, la « première » de couverture est consacrée au titre, au sommaire, bref tout ce qui constitue l’identité et l’accroche de ces productions. Les deuxièmes, troisièmes et quatrièmes pages de couverture sont destinées généralement aux publicités, la dernière étant du reste la plus chère dans les budgets publicitaires car la plus visible immédiatement. C’est donc à bon droit que l’on intitule ces pages : première, deuxième, troisième et quatrième de couverture.
Une couverture de livre n’a pas du tout le même aspect. En effet, ce que les gens de la presse tiennent pour une deuxième et une troisième de couverture, n’existe pas. Vous le constatez chaque fois que vous tenez un livre en main, les couvertures sont en majorité imprimées sur une seule face. La raison réside dans une certaine tradition du livre. La couverture en tant que telle n’apparaît qu’assez tardivement aux XIXe siècle (Stendhal fut l’un des premiers à voir l’un de ses livres présenté de cette manière, à savoir que la confection de la couverture était du fait de l’éditeur) et consistait en un papier ordinaire sur laquelle on avait apposé une vignette imprimée. Avant la naissance de cette pratique, on trouvait en guise de couverture des restes de papiers imprimés sur une seule face, tirés de chute de tirages, du papier recyclée en quelque sorte, parfois réutilisés pour la confection de reliures de type Bradel (on reviendra sur ce type de cartonnage un de ces jours). C’est que, en effet, les ouvrages vendus par le libraire avaient comme destination première l’atelier du relieur. Du reste, on peut encore trouver ça et là des brochures datant du XVIIIe siècle, par exemple, qui ont gardé cette parure frustre, mais la règle veut que les livres de cette époque soient reliés…. Ainsi on n’imprima pas l’intérieur des couvertures pour laisser libre cours à l’exercice de l’artisan relieur, au contraire des libelles et autres publications éphémères qui se souciaient assez peu, dans leur essence, d’une possible postérité. Le recours à un relieur s’amenuisa et devint exceptionnel avec l’apparition de la production de masse des livres. Il reste cependant que les couvertures ont gardé la plupart du temps cet aspect. Alors comment appeler la page visible qui comporte généralement le résumé du contenu ou la mine réjouie de l’auteur. Sûrement pas le «dos » comme je l’ai entendu dire chez des libraires de neuf ! Le dos est la partie du livre que vous voyez lorsque vous rangez un livre dans votre bibliothèque (ce que ces mêmes libraires appellent une tranche, c’est vous dire à quel point nous ne sommes pas dans le même univers).
Or donc, il fallait s’en convaincre, l’appellation utilisée par notre éditeur n’était pas la bonne et relevait de la tradition de la presse. On peut déduire que l’appellation s’insinua dans le vocabulaire du livre par le biais des critiques littéraire, engeance à cheval sur les deux métiers.
Terme forcément réduit à la caducité du fait de l’inexistence de 2e et 3e de couverture, en tout cas pour ce qui concerne la surface imprimée pour le livre.
Faut-il alors adopter le vocabulaire du relieur ?
Voici ce que cela donnerait :
1ere de couverture = 1er plat de couverture
2e de couverture = 1er contre plat
3e de couverture = 2e contre plat
4e de couverture = 2e plat de couverture
C’est pour ma part, les appellations que je retiens lorsque la description des ouvrages me pousse à m’appesantir sur un défaut ou une particularité à ces endroits. J’avoue me contenter de ces termes sans en être pleinement satisfait, constatant tout de même que je ne trahis point trop, ce faisant, la tradition du livre.
C’est avec ferveur que j’accueillerai un avis ou une connaissance sur le sujet qui me remettrait sur le bon chemin codicologique.
En guise de post scriptum, j’ai bien conscience que certaines couvertures de livres furent imprimées de deux côtés. A toute règle ou constante, il y a des exceptions et celle-ci n’est guère courante.
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Aperçu d'un ouvrage du XVIIIe qui n'a jamais été relié. On constate ici le mauvais papier de cette couverture muette, les gardes confectionnées avec des feuillets déjà imprimées et collées sur les contre plats comme pour renforcer la couverture. Aucun apprêt, aucun travail de présentation soigné pour cette protection provisoire qui devait être jetée presque immédiatement dans l'atelier du relieur...
"Ah que c'est bête !" par M. Timbré - A Berne, De l'Imprimerie des Frères Calembourdiers à la Barbe-bleue. - 10007006016 - (Collection part. du Tenancier)

7 commentaires:

  1. Excellent ! Un grand merci pour cette richesse de sens & de vocable.

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  2. Il me semble que dans le monde éditorial anglosaxon l'usage des contre-plats est plus systématique. Sans doute parce que tout espace est bon s'il peut servir de placard publicitaire. J'ai été fort surpris de trouver cette exploitation maximale de l'espace-couverture tout récemment dans un bouquin français, que lisait ma mère cet été : le dernier Guillaume Musso en poche. De mémoire, on trouvait une première et une quatrième de couv' classiques ; sur la deuxième de couv' un portrait photographique de l'auteur ; en troisième de couv' une annonce publicitaire pour le prochain bouquin ou quelque chose dans le genre. J'ai trouvé l'objet terriblement laid et j'en ai conclu que les bibliophiles et les lecteurs de littérature n'étaient définitivement pas les cibles visées par l'éditeur (XO pour pas le nommer). Non l'efficacité marketing de ce truc qui au bout du compte se distingue difficilement d'un paquet de céréales ou d'une boîte de kleenex visait bien plutôt la midinette et la ménagère de tout âge. J'en ai bien grondé ma mère, qui s'est contentée de répondre : "m'embête pas, ça me vide la tête"... comme un programme de TF1.

    So, cher Tenancier, lançons très-vite l'association de préservation des plats & contre-plats et de résistance aux 4èmes de couv' ou nos bibliothèques contemporaines finiront mussoïsées !

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  3. "Le plat de derrière" ne vous satisfait pas pour résoudre l'eventuelle équivoque ?

    ArD

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  4. XO est une maison qui a vocation le gros tirage, un peu comme Bertelsmann pour les groupes de presse. Du reste, le travail de cette maison ressemble beaucoup à la production d'un magazine à grande diffusion, tant sur le plan des maquettes des livres que du travail des textes qui doit souvent peu à l'inspiration mais surtout à un travail de staff. Cela paye. Il n'est pas dit que les bibliophiles y trouvent leur compte, c'est le moins que l'on puisse dire. Il n'est donc pas étonnant de voir des pratiques de presse sur ces livres. Le ciblage et le tirages sont parfait pour une telle opération : Un lectorat qui se moque bien du livre en tant qu'objet, un public populaire ciblé à travers les pubs. XO allège forcément les coûts de productions et surtout de publicité pour ses productions, en retour. On se chagrinerait plus si Minuit ou Corti appliquait ce genre de procédé à leurs propres livres.
    ...
    Le "plat de derrière", ArD est en soi équivoque et va certainement déclencher la dissipation d'Otto d'un instant à l'autre...
    ...
    Meci, Jul, et bienvenue !

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  5. Et voilà, je n'ai encore ni bougé un sourcil, ni entamé une pensée, ni même émis le moindre son, que l'on me prête (si tant est que ce vocable puisse s'appareiller avec notre tenace Tenancier...) des intentions que je n'avais aucunement volonté d'avoir.
    Du reste, puisqu'il en est ainsi, je ne commenterai point.
    Comme quoi l'histoire ne repasse pas toujours les plats. Na.

    Otto Naumme

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  6. Tenancier, je suis allée enquêter ce jour sur le terrain à Semur-en-Auxois, Les Ateliers d'or, école nationale de reliure (la seule école nationale si j'ai bien compris).
    Ils préfèrent utiliser le terme "plat inférieur" pour le 2e plat de couverture.

    ArD

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