
Un
an plus tard, presque jour pour jour, le Tenancier recevait une enveloppe
contenant un peu de littérature anti-électoraliste – nous avions eu, deux mois
auparavant, présidentielle oblige, quelques rapides échanges sur cette question
du vote – et une rimbaldienne carte postale. Aucune signature ne venant orner
l’envoi, le Tenancier conclut au retour du Mystérieux Expéditeur. Je m’en
étonnai, car il faut bien avouer que, malgré l’absence de nom, je n’avais rien
fait pour masquer mon identité. J’en déduisis que, d’une certaine manière,
notre hôte souhaitait la résurrection du ME, et m’en ouvris à ArD qui fut,
comme on s’en doute, la première soupçonnée, et qui, comme on s’en doute
également, se prêta volontiers au jeu de la complicité.
Il
ne fut jamais question pour moi de nier les envois. Simplement niais-je, à
plusieurs reprises, être un Mystérieux Expéditeur. Ainsi, le 15 juillet,
répondant à la conclusion accusatrice du Tenancier qui ponctuait son magnifique
billet : « Ou le Mystérieux Expéditeur est très fort, ou, si je
devais être à l’origine de cet envoi, je ne suis pas le Mystérieux
Expéditeur. » Pure vérité. Faut-il le redire ? Mon but n’avait été
que de relancer l’idée des « petits colis ». Dans mon esprit, il
s’agissait, en quelques offrandes postales, de livrer des bris d’un miroir où
mon reflet bibliophilique se serait imprimé avant qu’il ne se rompe. Les
alexandrins jouant de ce thème au dos des cartes devaient insister – lourdement
– sur ce point. D’un envoi à l’autre, se dessinait une sorte d’autoportrait.
Narcisse est ma fleur.
(A suivre...)
SPiRitus