| Gouttière :
C'est le côté du volume opposé au dos |
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932
| Gouttière :
C'est le côté du volume opposé au dos |
| [...]
En effet, le consensus déploie ses tentacules un peu
partout, et pas seulement dans les mass media, révélateur de la
démagogie
ambiante, de la préséance du tout victimaire, et d’une infantilisation
généralisée. Il ne faut froisser personne, nous sommes tous des
victimes, nous
n’avons pas atteint notre majorité. On a peur, c’est la panique. Cette
logique
infecte le champ culturel et, ce faisant, neutralise la pensée, la
littérature,
l’art. On demande des « produits » neutres,
inoffensifs, voire
insipides, si possible divertissants, oubliant au passage qu’en
cherchant à ne
surtout pas déplaire au plus grand nombre, on court le risque de ne
plaire à
personne. On cherche à publier des livres pour les gens qui ne lisent
pas (pour
reprendre le terme employé par certains professionnels). Les
commissaires
d’exposition en viennent à s’autoproclamer « Présumés
innocents »
(sans succès), les écrivains sont sommés d’expliquer que le mot chien
ne mord
pas, les éditeurs passent leur vie à se justifier de publier des livres
« difficiles » ou
« intellectuels », mot qui semble devenu
un juron pour ceux qui voudraient, à les en croire, lire des livres
manuels.
Tous les maillons humains de la chaîne du livre (ne devrait-on pas plutôt parler ici des entraves du livre ?) qui se dérobent devant l’inédit, la surprise, le scandale d’un livre sous prétexte qu’il fait violence à leur pensée, ne font que consacrer cette tarte à la crème qu’ils sont les premiers à dénoncer, le « politiquement correct ». Que penser du fait que certains éditeurs, représentants, libraires, journalistes majeurs, vaccinés, certes pas consentants mais censément éclairés (ou professionnellement tenus de l’être) déclarent ne pas « être prêts pour lire ce livre » (on comprendra que cette citation ainsi que celles qui suivent, retranscrit des propos qui m’ont été adressés directement au sujet des livres que je publie. Qu’ils hésitent à publier, diffuser, parler d’un livre de peur d’agresser l’être sans défense auquel il pourrait sauvagement s ‘attaquer. Soit parce qu’eux-mêmes sont « heurtés » et qu’ils projettent leur désarroi sur les lecteurs auxquels le livre s’adresse. Soit pour les plus bienveillants qui s’estiment pour leur part capables d’apprécier le livre, parce qu’ils s’arrogent, en pensant à leur place, le droit de protéger les autres. Ce processus d’infantilisation intellectuelle et morale, ce principe de précaution appliqué à soi-même et aux autres dévoile les travers dorloteurs d’une société en proie à une panique morale. Mais pire que ça, les mécanismes de défense passent à l’attaque : cette forme de neutralisation est une nouvelle expression de la censure. Avant c’était le ministère de l’Intérieur qui se chargeait de protéger les faibles d’esprit (les enfants et les femmes) dont les bonnes mœurs risquaient d’être outragées par des lectures impures, ou qui cherchaient à éviter que le lecteur, telle une éponge, reproduise en bon chien de Pavlov ce qu’il venait de lire. Désormais, la censure est autogérée. Il n’y a plus de livres interdits (paraît-il), mais des relais d’interdiction un peu partout. On ne brûle plus les livres que par le silence et la passivité. Pourtant, personne dans les « milieux de la culture » ne se dit favorable à la censure, non, à l’ère humaniste de la libéralité, tout le monde défend plutôt la liberté d’expression, car, on le sait, tout le monde est progressiste. Mais là encore, ceux-là même qui soutiennent la liberté d’expression ne sont pas les premiers à la défendre en actes. D’ailleurs lorsque le sujet est abordé, nombreux sont ceux qui s’empressent d’ajouter qu’il y a des limites. La liberté d’expression, par définition, se réalise dans un excès qui lui est propre, c’est dans cette absence de limites que s’exprime la pensée, et c’est elle que l’on veut en permanence rogner, escamoter, en lui fixant des règles (et des exceptions), ou en la garrottant en un idéal abstrait [...] |
| Garde :
C'est une feuille de papier que l'on place au commencement et à la fin
du volume pour garantir le premier et le dernier feuillet. La feuille
est quelquefois pliée en deux, chacune de la grandeur du format ;
d'autres fois, elle est pliée au tiers et quelquefois moins dans la
brochure, mais toujours de manière qu'elle ait la hauteur du format. |
| Fouetter et Défouetter : Fouetter, c'est serrer le volume couvert, avec des ficelles appelées fouet, entre deux ais, afin de bien marquer les nerfs. Défouetter, c'est enlever les ficelles. |
| La guerre de 1939-40 suscita, comme les précédentes, son cortège de légendes théoriques, prophétiques, paradoxales. Ou relevant du merveilleux : celle du bon Allemand subjugué par la culture française comme César le fut par Cléopâtre. Mac Orlan racontait avoir reçu en 1945 une lettre d’un officier de la Wermacht qui en juin 1940 avait visité sa maison de Saint-Cyr-sur-Morin placé par la géographie sur la route des invasions. Il s’excusait d’avoir emprunté plusieurs spécimens de son œuvre, par pure admiration de celle-ci. Marcel Allain se devait d’apporter à cette légende — si flatteuse pour l’ego d’un écrivain — une contribution pathétique inspirée par son art d’émouvoir le cœur populaire. L’officier allemand qui avait occupé sa maison de Croissy ne s’excusait pas d’avoir emporté en témoignage d’admiration une collection de Tigris (un Fantômas mélangé d’Arsène Lupin). Il regrettait qu’il ait manqué à celle-ci un volume... Peut-être l’auteur aurait-il la gentillesse de... « Que voulez-vous, il m’a ému le pauvre... Je lui ai envoyé le volume qui lui manquait. » Aux amateurs d’explications rationnelles, j’en proposerai deux. Tous les officiers de la Wermacht étaient fins connaisseurs de notre littérature. Ou bien, il s’agit d’un seul et même amateur allant d’une maison d’écrivain à l’autre pour composer sa bibliothèque personnelle. |