Petit prolégomène à une exploration plus approfondie des moyens d'expression écrite il y a une quarantaine d'années ainsi que quelques considérations sur le temps qui passe.
Des conjectures qui en découlent...

On pourrait gloser à l’envi sur l’extrême mutabilité du temps, de l’accélération de celui-ci et se poser la question de sa réalité effective ou s’il s’agit plus prosaïquement de l’expression d’une illusion propre à nos perceptions. L’âge nous venant – à moins que ce soit notre société qui vieillisse – l’obsolescence semble accélérer. On pourrait encore arriver à la conclusion que c’est votre Tenancier qui radote. Ce ne serait peut être pas faux. On sait déjà qu’il est un nostalgique. Mais enfin, il existe des signes objectifs de cette accélération. Ainsi, la mutation extrêmement rapide des moyens d’information et de culture est en passe de rendre certaines pratiques presque incompréhensibles à qui ne les a pas exercées en direct.
A ce titre, la redécouverte du Catalogue des Ressources est un bon indice de ce changement profond. S’il est désormais commun d’imprimer un texte en grande quantité, ou de le rendre disponible à un large lectorat, grâce à l’informatique, il n’en n’était pas de même en 1976, époque où le recours à un duplicateur offset ou à alcool se révélait un investissement que ne pouvait se permettre que les plus motivés (400 à 900 francs de 1976, au dire du Catalogue, pour un duplicateur à alcool). Naturellement, ce procédé limité et guère satisfaisant n’était qu’une entrée de gamme pour des productions plus ambitieuses qui pousseraient à utiliser des duplicateurs à stencils (Roneo ou Gestetner) voire à faire appel à des imprimeurs pour s'exprimer...
Voici d’ailleurs un tarif donné par le Catalogue pour quelques travaux d’impression par une petite imprimerie :
(Pour indice, le SMIC était à peu près de 1510 F. pour cette année 1976)
 
Composition
9 F. les 1 000 signes
Tract
5 000 ex. — 21X27 — Recto / Verso : 200 F.
20 000 ex. —  21X27 — Recto / Verso : 1 100 F.
100 000 ex. —  21X27 — Recto / Verso : 2 400 F.
Journaux
27X38
8 pages — 1000 ex. : 800 F.
12 pages — 3000 ex. : 1950 F.
12 pages — 5000 ex. — 2 couleurs : 800 F.
Affiches
60X80
1 000 ex. — 1 couleur : 500 F.
5 000 ex. — 1 couleur : 1600 F.
10 000 ex. — 2 couleurs : 3 100 F.
Brochures
19X13,5
(Couverture 100g couleur)
1 000 ex. 32 pages : 900 F.
 
On le voit, imprimer quelque chose pouvait devenir fort onéreux par rapport à la publication d’un texte actuellement sur le net.
On relève toutefois la profusion de publications alternatives en France à cette époque et même de leur vivacité. Sans doute l’acharnement à s’exprimer par des moyens forcément coûteux avait préservé une certaine contre-culture de sa banalisation. Tout cela nécessite un plus long développement. On se demande ici si l’on ne devrait pas continuer cet inventaire des circuits d’information plus avant à l’aide de ce catalogue… et déduire que, d’une certaine manière, « c’était mieux avant », comme le dit la môman de votre Tenancier.
On va voir cela.


Le Catalogue des Ressources – 2
2e édition
Éditions Librairie Alternatives & Parallèles, 1976

Nos 10/18 (51e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Diable, diable, serait-ce le retour de la couleur dans votre blogue favori ? Eh bien, à la vérité, on ne s’y refuse pas, on se contente de la contraindre dans quelques bornes bien comprises par votre Tenancier. On pensait d'ailleurs que notre petit jeu autour des 10/18 était tari. Folle spéculation ! Hasardeuse conjecture ! La collection recèle encore beaucoup de titres que nous n’avons pas encore explorés. Pour ce coup là, c’est un voisin philosophe qui a bien voulu nous procurer le plaisir de visiter un bout de sa bibliothèque. On notera que notre philosophe entretien quelques affections — hors champ — pour Platon. Cet amour-là a-t-il décrété ce choix électif pour quelques exemples de la vulgate marxiste présente dans cette liste ? De ce côté-ci de l’écran, on restera impartial en notant que nous avions désiré cette présence ne serait-ce que pour montrer la dimension politique de la collection. On laissera donc le lecteur décider si la filiation platonicienne mène à la lutte des classes. Le Tenancier, lui, fera preuve d’une tolérance bienveillante dans les commentaires mais prévient tout de suite : qu’on lâche définitivement les commentateurs et également les participants de ce blogue avec le coup de la « hauteur morale » des antimarxistes de service. Ils nous gonflent (comme les pros, d'ailleurs, qui utiliseraient le même procédé, bref, on aime pas les leçons de morale, dans le coin).
On remerciera Jean-François et sa compagne, Anne-Marie, pour la mise à disposition de cette liste. On peut avoir pire comme voisin.

Alain Robbe-Grillet
Dans le labyrinthe
Dans les couloirs du métropolitain
La chambre secrète
suivi de
Vertige fixé
par
Gérard Genette
171/172
320 pages (catalogue in fine)
A.I. : 30 avril 1971
Couverture de Pierre Bernard 
Michel Butor
présente
Montaigne : Essais
Livre second *
Edition préparée par
André Lhéritier
210/211
330 pages
A.I. : 21 novembre 1964 
Fichte
La destination de l’homme
Préface par Jean Hyppolite
Traduction par
M. Molitor
229/230
320 pages (catalogue in fine)
A.I. : 22 février 1965 

Jacques Sternberg
Toi, ma nuit
869
320 pages
A.I. 5 juin 1974
Couverture de Pierre Bernard
Photo : Holsnyder 
Colloque de Cerisy
Bachelard
877
448 pages
A.I. : 14 août 1974
Couverture de Pierre Bernard
Portrait de Bachelard par Lapoujade, photo Roger-Viollet

Arguments 2
Marxisme, révisionnisme, méta-marxisme
Textes réunis par Claude Fischler
1036
320 pages
A.I. : 20 février 1976
Couverture de Pierre Bernard 
Friedrich Nietzsche
Le nihilisme européen
Traduction et notes par Angèle Kremer-Marietti
Précédé de
Que signifie le nihilisme ?
par Angèle Kremer-Marietti
1062
320 pages
A.I. : 10 juin 1976
Couverture de Pierre Bernard
Doc. Snark International 
Henri Lefèbvre
De l’état – Tome II
De Hegel à Mao par Staline
(La théorie « marxiste » de l’État)
1090
A.I. : 6 septembre 1976
448 pages (catalogue in fine)
Couverture de Pierre Bernard
Photo : Jean-Denis Robert 
Restif de La Bretonne
Ingénue Saxancour
ou La Femme séparée
Texte et dossier établis et présentés par Daniel Baruch
n° 1260
448 pages
A.I. : 4 septembre 1978
Couverture de Pierre Bernard
Doc. Roger Viollet 
Laure
Ecrits, Fragments, Lettres
Texte établi par J. Peignot et le Collectif Change
1262
384 pages
D.L. : 4e trimestre 1978
Couverture de Pierre Bernard
Photo : DR
 


Le prochain sera consacré exclusivement à Jack London, en espérant mettre des couvertures inédites ici...

Doreur sur tranche

Doreur sur tranches : C'est l'ouvrier qui ne s'occupe que de la dorure de la tranche des volumes.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

1960


Le comput du temps est l’une des plus vieilles formes d’expression du livre. Chroniques, calendriers et almanachs sont indissociables de la forme scripturaire. On peut même songer que la fixation de beaucoup de nos rythmes sociaux a été fixée par l’écriture et ce bien avant l’invention de l’imprimerie ou même des formes antérieures de la transmission de la mémoire. Bien évidemment, cette énumération plus ou moins rigoureuse avait un rapport avec l’historicité et la pratique du mémorial. Le jeu avec le temps devra attendre l’uniformisation des pratiques sociales sous l’influence de la première montre de précision et l’extension des chemins de fer. A l’heure actuelle, on a délaissé l’almanach à l’exception de sa prose que l’on retrouve d’abondance dans la littérature contemporaine, ce qui convient fort bien avec sa mise à disposition dans les gares. Pourtant, le temps a heureusement subverti quelques écrivains. La deuxième partie du vingtième siècle a vu apparaître quelques mouvements qui reposaient sur la mémoire et l’appréhension du temps, comme le mouvement Panique ou bien au travers le fameux « Je me souviens » de Perec. Cette préoccupation du temps a souvent correspondu à une autre obsession, celle de l’énumération, soulignant ainsi la nature séquentielle du phénomène, se distinguant alors de la réminiscence proustienne. C’est sans doute dans cette rupture que se situe l’ouvrage de Jacques Barbaut, chronique de l’année 1960, énumération pratiquement au jour le jour des événements de l’année, ouvrage sans mystère apparent mais qui se situe au moment ou notre appréhension du temps est en train de basculer, tant dans la littérature que dans les autres formes d’art. Cette énumération a une nature déréalisante à sa lecture. Est-ce que tout ceci s’est bien passé en 1960 ? La question devient accessoire. La lecture enchaînée d’événements disparates revient à éprouver le même décollement vis-à-vis de la réalité que lorsque nous sommes en présence d’un bon ouvrage de fiction, ce qui n’est tout de même pas si souvent, il faut bien le dire. Le livre est amusant. C’est un jeu. Et parce qu’il apparaît un peu comme tel il amorce d’autant mieux quelques réflexions sur la nature du souvenir, du temps, et également sur les contraintes assez oulipiennes de l’énumération.


Jacques Barbaut : 1960
Editions Nous, 2013
19,60 €

Une historiette de George — 6

Deux lycéennes pimpantes et enjouées entrent, l'air assuré, et l'une demande :
— Bonjour Monsieur ! Auriez-vous La comédie humaine ?
— Heu, attendez, quel titre précisément ? La comédie humaine, c'est le titre générique que Balzac a donné à l'ensemble de son œuvre…
Les filles se troublent un peu, la deuxième suggère à sa copine : « C'est peut-être La bête humaine, plutôt, non ?… »
— Attendez, Mesdemoiselles, Balzac et Zola ce n'est tout de même pas pareil !
Après un instant de réflexion, la première reprend :
— Non, vous savez, c'est l'histoire d'un type nommé Chang, ou Tcheng…
— Ah, vous vouliez dire La condition humaine ! Non, désolé, je n'ai rien de Malraux pour l'instant.

Doreur sur cuir

Doreur sur cuir : C'est l'ouvrier qui dore les plats et le dos des volumes.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Allégorie


Le Tenancier répondant à ceux qui s'offusquent de son imagerie.
(Allégorique, mais évocateur !)

Une historiette de Béatrice XLXV

Tout en entrant :
— « Vous avez des BD?
— Juste devant vous, monsieur. Bonjour. »
Clop, clop, clop. Bruit des livres qu'on laisse après avoir regardé la couverture. Son téléphone sonne fort (musique), il décroche et répond (fort) en sortant. Pas un regard, pas plus qu'en entrant.

Chez les grands fauves

L’enregistrement ci-dessous fut diffusé sur notre blog en 2008. On le remet ici après une longue éclipse due à une raison technique. Il y était déjà question d’Amazon, mais sous une autre optique. Pour notre part on déguste avec délice la langue de bois de ses responsables, dignes des temps soviétiques. On se régalera plus brièvement de la patate chaude manipulée par l’animatrice de cette émission, qui passe volontairement au-dessus du véritable sujet de ce petit reportage…

R.I.P.

Les lecteurs du blogue Feuilles d'automne (bonsoir, quel blogue !) ont eu dernièrement l'occasion de lire la fin anticipée du Tenancier. Ce que l'on ne sait pas, c'est que ce petit texte était une commande de LMG, Névroplasticienne, qui a diffusé il y a quelques temps un appel à contributions pour constituer des épitaphes à partir d'un court texte rédigé par ses correspondants. On aura le bonheur d'aller explorer les divers dessins de l'artiste sur son site inspirés par ce thème, et on aura en outre l'occasion de participer à cette entreprise morbide, car il reste encore quelques places à pourvoir dans ce cimetière virtuel.
En attendant, on vous laisse découvrir, l'interprétation de LMG...

A propos d'un exemplaire du Roret sur la reliure...

La petite rubrique de notre blogue qui consiste à retranscrire le vocabulaire technique du relieur à partir d'un manuel Roret a attiré une femme de l'art. Il s'agit de Sandrine Salières Gangloff. Elle possède un blogue extrêmement visuel que l'on vous invite à explorer. Laissons lui la parole à propos d'un de ses exemplaire du Roret...

Voici le petit topo sur ce livre dont je vous avais déjà parlé, vous promettant une description et l'histoire de ce livre, le relieur de Roret.
Pour l'histoire, je n'en sais pas grand-chose, mais pour ce qui est de la description matérielle, c'est un bonheur.
C'est la première édition en 1826, il me semble, mais il faudra vérifier. J'ai celle de 1927. Il mesure environ douze centimètre de  haut sur huit de large, de quoi tenir dans une poche. Son épaisseur est de deux virgule cinq centimètre. On dit d'ailleurs vingt cinq, c'est plus professionnel.
Sa couverture est en percaline usée, verte, petit mors toile, de travers, avec une dorure directe sur le dos, à l'or. Le titre est entre deux filetages et, il n'y a pas de filetage en tête et en queue du livre.
Tout cela, placé comme il le faut selon le compassage en vigueur à l'époque. Nous avons, d'ailleurs, toujours le même.
Je me suis interrompue quelques minutes pour aller le contempler.
Il est actuellement entre les deux tomes des Misérables de chez Victor Hugo …
Les plats sont en Annonay, du papier marbré fabriqué dans la ville du même nom. Un peu usé, juste ce qu'il faut pour le trouver lisse sous la main, toujours à portée de regard en cas de doute sur une façon de faire ou, un ordre d'étapes mélangées.
Il faut dire que la reliure d'un livre n'en compte pas moins de cent et notre relieur s'est employé à les faire toutes, du mieux qu'il pouvait.
La description de l'intérieur est des plus émouvante. Il y a dans ces "Roret", des planches et des croquis techniques qui sont souvent en fin de volumes. Là, notre relieur anonyme s'est piqué de découper chaque croquis et de le coller en bonne place, en face du texte explicatif. Il a même fait des commentaires et rectifié de recettes et des tours de main. C'eut été heureux si il n'avait pas massicoté le livre de travers et oublié de coudre quelques pages.
Un bout de texte manque, à peine, une pagination, un mot dans le titre en haut de chaque page, rien, vous dis-je, c'est à la fin. Rien de grave pour un apprenti relieur qui, sûrement, a mis beaucoup de cœur à l'ouvrage, comme je l'ai dit plus haut.
Le papier, hélas, est terriblement jauni, composition mécano chimique. Mais il tient encore. Le bois, la cellulose et la lignine contenus rendent le papier cassant par une acidification provoquée par la destruction des ponts d'hydrogène à l'intérieur de la composition moléculaire du papier, comme chacun sait … avec la lumière.
Les pages de garde sont neutres et volantes. Vraiment volantes puisqu'elles ne tiennent plus. La notion de garde volante en reliure correspond à la feuille de papier neutre qui est collé sur le plat intérieur et laissée libre côté livre-corps d'ouvrage. CQFD.
Il a trois cent quarante quatre pages et on peut lire la mention de l'imprimeur: "de l'Imprimerie Crapelet".
"Charles Crapelet était, à l'âge de dix-huit ans, prote et correcteur de l'imprimerie de Stoupe, l'une des plus considérables de Paris. Il devint bientôt un des imprimeurs les plus capables et les plus renommés de son temps. Il passait ordinairement une partie de ses nuits au travail, et était tellement esclave des devoirs que lui imposait sa profession, que le jour même de son mariage, vers minuit, il quitta la compagnie réunie à l'occasion de ses noces, pour aller corriger des épreuves qu'il savait être attendues par les imprimeurs.
M. G.-A. Crapelet succéda à son père, le 19 octobre 1809, à l'âge de vingt ans. On cite parmi ses éditions les plus importantes les Œuvres de Destouches et de Regnard, les Poètes français, les Fables de La Fontaine, la collection des anciens monuments de la langue française (en 4 vol. in-8°) : Ces éditions sont remarquables par les soins apportés à l'impression et à la correction. En 1837, il fit paraître le premier volume d'un ouvrage auquel il travaillait depuis longtemps, intitulé Études sur la typographie. Ce livre, qui fait honneur à M. Crapelet, comme littérateur, n'a jamais été achevé. Il a, en outre, publié trois petits volumes, sous les titres suivants : Du Progrès de l'imprimerie, 1836 ; Des Brevets d'imprimeur, 1840; De la Profession d'imprimeur, même année. En 1841, il a fait paraître sous ce titre : De la Profession d'imprimeur, une brochure dont la matière devait, suivant le plan primitif, entrer dans, le second volume des Études.
Vers la fin de 1841 l'affaiblissement de sa santé le força de partir pour l'Italie, où il est mort, après trente-deux ans de travaux assidus, sans laisser de fortune, son patrimoine entier ayant été consumé dans l'imprimerie : triste exemple des difficultés qui assiègent aujourd'hui la profession d'imprimeur, et que ne peuvent pas toujours surmonter le talent et le courage."
Il s'agit d'un texte copié-collé du site: http://www.textesrares.com/biblio/hlivr/crapel.htm
Bien revenons à notre relieur. Son livre est écrit par L. Seb. Le Normand qui était un aviateur- parachutiste, comme chacun sait aussi, et s'employa à nous compliquer la vie en écrivant un manuel de la reliure simple.
"Louis-Sébastien Lenormand (né le 25 mai 1757 et décédé en décembre 1837) est physicien et inventeur français, aussi bien que le premier parachutiste. Il est considéré comme le premier homme à faire une descente avec un parachute et est également connu pour avoir introduit le terme parachute (à partir du grec para - "contre", et Chute ). Après une chute d'un arbre avec deux parapluies modifiés, il améliore son invention et le 26 décembre 1783 il saute de la tour de l'observatoire de Montpellier devant une foule comprenant Joseph Montgolfier, utilisant un parachute de 14 pieds avec un cadre rigide en bois. La fonction initialement prévue pour son invention était de sauver les gens lors d'incendies d'immeuble. C'est André-Jacques Garnerin qui a fait le premier saut à haute altitude à l'aide d'un parachute non rigide.
Lenormand, fils d'un horloger, est né à Montpellier en 1757. De 1775 à 1780 il a étudié la physique et de chimie à Paris avec comme professeurs Lavoisier et Berthollet, il s'est également impliqué dans l'étude du salpêtre. Il a appris de l'utilisation du savoir scientifique et mathématique dans la production de la poudre à canon. De retour à Montpellier, il a travaillé dans la boutique de son père tout en se plongeant dans la communauté intellectuelle de la ville et commença ses expériences avec le parachutisme, inspiré par la performance d'un équilibriste thaïlandais qui a utilisé un parasol pour l'équilibre. Avant d'effectuer le saut en public depuis l'observatoire, Lenormand a testé son parachute sur des animaux. "
C'est l'article de WIKI, que je copiecolle. Cela vaut ce que cela vaut.


Là où c'est amusant : Il se trouve qu'à la même époque ou on m'a offert ce livre, je reliais un carnet d'un lieutenant de la première guerre mondiale qui, ayant été fait prisonnier, pour ne pas devenir dingue, a reproduit de mémoire l'intégralité des étapes de la reliure, plus quelques dessins techniques de maquettes d'avions et des schémas d'électricité. Mon esprit vagabond a aussitôt décidé qu'il s'agissait là d'un plan d'évasion pour sauver les étapes de la reliure de cette guerre très moche.
Je vous envoie quelques photos pour que vous puissiez de vous-même mesurer l'ampleur de ce livre que j'aime par-dessus tout. C'est de la grande tendresse pour un homme qui bien avant moi, a eu tant de passion pour relier son livre, un livre sur la reliure relié de travers par un relieur qui a pourtant tout fait pour apprendre son métier à la perfection, tant et si bien, qu'il a eu le soucis d'en corriger certaines parties … On ne peut pas être au four et au moulin : Lire en travaillant et en plus donner beaucoup d'attention à ce qu'on fait. Il faut choisir. Notre homme a choisi.


Il n'a pas de tranchefiles. Ni de signet. Une écriture patte de mouche orangée, discrète, orne les marges, parfois les têtes de chapitre.
Voilà. Je crois que j'ai tout dit.
Peut être manque-t-il la description codicologique pour parler de lui comme il se doit.
Une autre fois peut être.
Bien à vous,

Sandrine

Défets

Défets : Ce sont les feuilles qui restent des ouvrages incomplets, après que l'assembleur a réuni tous les volumes complets d'une même édition.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Frais de port ? Mon cul !...

On lève un sourcil quelque peu circonspect à quelques annonces faites ici et là autour des mesures prises ou bien préconisées par les députés français autour d’Amazon. Il apparaît que la pratique du port gratuit pour ce qui concerne l’expédition du livre – sur lesquels on a déjà concédé une remise de 5% conformément à la loi sur le prix du livre – s’apparenterait à ce que l’on appelle du dumping. Le procédé qui consiste à rogner sur sa marge pour proposer un produit moins cher par rapport à la concurrence n’est pas d’hier, cela regarde essentiellement les grosses sociétés, surtout celles qui sont en position de monopole. Que ce même procédé nuise au commerce des entreprises les plus fragiles en les privant d’une clientèle soucieuse de son pouvoir d’achat n’est pas non plus une nouveauté ébouriffante, tant nous sommes tous habitués à contempler les coups tordus qui font le banal ordinaire de l’économie de marché. La réponse à cette pratique « déloyale » vis-à-vis des petites librairies ou d’une concurrence qui n’en peut mais consisterait donc, selon MM. les députés, à imposer la facturation des frais de port aux clients par cette entreprise. Ce projet me met en joie. Cela démontre qu’il est facile de prendre une mesure populaire tout en respectant les préceptes du libéralisme, exercice devenu également banal dans le manageriat contemporain (Ah… dans les écouteurs, on me dit que ça s’appelle gouverner).
Mais reprenons : Amazon pratique le port gratuit pour les produits qui sont mis en vente sur son sites : Livres, Dévédés, Blourets et j’en passe. Pourquoi cette société est-elle en capacité de le faire ? Eh bien, la piste des allégements de charges tant nationales que locales serait peut-être à suivre. Quel élu local ne voit pas d’un bon œil qu’une boîte s’installe et propose des emplois — la plupart du temps pas très qualifiés — dans la zone de chalandise de ce dit édile ? Lequel ne serait pas prêt à favoriser son propre bassin d’emploi en allégeant les charges locales ? Quel politicien national ne peut s’empêcher d’applaudir dès lors que cette annonce d’implantation vient à point nommé pour sa propagande propre. Oui, vous allez citer Montebourg à propos d’une nouvelle plateforme de cette société, je vous vois venir. Mais je ne trouve pas ça particulièrement honteux de la part d’un ministre socialiste, à partir du moment où les statuts de son parti ont intégré l’économie de marché dans son projet politique. Le ministre est donc dans son rôle. Ces allègements se chiffrent-ils ? Assurément oui, même si je suis dans l’incapacité d’accomplir cette opération car, rappelez-vous le : je ne suis qu’un simple citoyen. En tout cas, vu les quelques photos de ces fameuses plateformes, on peut penser qu’il y a une certaine surface soumise à l’impôt foncier et en tout cas à la taxe professionnelle. Vous ferai-je rougir d’indignation en vous rappelant les allégements divers qui sont théoriquement incitatifs pour que les sociétés étrangères viennent s’installer en France ? Dans quelle mesure Amazon n’a pas bénéficié des mêmes facilités qu’un Eurodisney pour ce qui concerne les charges sociales et autres ?
Mais pourquoi vous parler de tout cela alors que j’évoquais avec vous ce problème du port gratuit. La chose est simple, la marge de cette entreprise lui permet d’envisager cette pratique puisqu’elle est débarrassée de frais occasionnés par les impôts et les charges sociales. Ceci compense-t-il cela ? Je l’ignore encore, puisque je n’ai pas accès au volume d’affaires d’Amazon, ses charges diverses et tutti quanti. Néanmoins on peut en concevoir des soupçons.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Mais, déjà, le coût d’un envoi pour une société comme celle-ci est-il équivalent à celui que pratiquerait une librairie moyenne ? Bien sûr que non. Le volume de vente est bien supérieur ! C’est ainsi que La Poste a réservé certains tarifs pour ces grosses sociétés. Pensons au colieco, prestation accessible à tous et dont l’emploi fut restreint par la suite à l’usage de ces dites sociétés. Gageons même que la marge de La Poste pour ces services est réduite au minimum, le souci de cette société étant de garder sur le territoire national une prééminence dans la distribution du courrier en nombre face à d’autre gros opérateurs européens.  Cela ne vous rappelle rien, cette pratique ? Mais si voyons ! Cela s’appelle du dumping. Au cas où vous ne le sauriez pas, La Poste si elle n’est pas entièrement privée est soumise aux mêmes critères de l’économie de marché que ses petits copains, avec les mêmes pratiques que les sociétés qui y sont plongées jusqu’au cou, avec les mêmes mensonges également.
Mensonge ?
Ai-je dit mensonge, enfin ? N’en n’est-ce pas un quand on augmente les tarifs d’envoi au prétexte de la raréfaction des expéditions, à une époque ou le commerce en ligne ne s’est jamais mieux porté ? En fin de compte, non, ce n’est pas totalement un mensonge. En effet, la vente par correspondance se porte bien, merci, mais les bénéfices sont obérés par la préoccupation de garder le monopole postal sur le territoire français. Donc, les plus gros continuerons à payer moins.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Ah oui, ils entérinent régulièrement ces augmentations de tarif au public…
Mais revenons à ces histoires d’impôts. Doit-on blâmer Amazon d’élaborer des stratégies pour aller payer ailleurs, où ça coûte moins cher ? Peut-on lui reprocher de faire avec les charges publiques ce que toute économie de marché tente de faire tant sur le plan matériel, humain, économique et j’en passe, c'est-à-dire de ren-ta-bi-li-ser ces postes, si possible avec la collaboration de ces dits postes : « travailler plus » & « paradis fiscal » étant les deux faces de ce Janus consumériste ?
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Oui, ils s’indignent. Mais après tout, ils ne sont pas là pour remettre en cause un fonctionnement dont ils sont tous les garants.
On pourrait encore évoquer les pratiques salariales de ces boîtes (je ne vise pas précisément Amazon, parce qu’après tout le salarié en librairie ne roule jamais sur l’or), le machinisme qui opère même dans les plateforme de tri, la dématérialisation du lieu de vente et du stockage (lequel se trouve chez l’éditeur qui en assume intégralement le coût), etc.
Mais ça, je pense que ce doit être traité en commission, non ?
Enfin, quand j’entends qu’Amazon utilise les infrastructures publiques (route, poste, etc.) tout en ne payant pas sa part, je rigole, parce que les personnes qui s’imaginent cela pensent encore que nous possédons des services publics. Sans doute pensent-elles encore des choses bizarres. Nous serons prudent avec cela, la sortie du somnambulisme peut se révéler violente puisque, pensant encore en ces termes, elles pourraient chercher un sauveur ailleurs que dans la raison.
MM. les députés ont-ils fait quelque chose à ce propos ?
Vous rigolez, j’espère ?
Mais en fin de compte que font-ils, ces députés. Eh bien, il froncent les sourcils et déclarent : « C’est intolérable, imposons les frais de port à cette société, nom d’une pipe bois ! » (C’est dire la véhémence, c’est dire l’indignation et la colère !)
Donc, pour les livres, Amazon devrait être obligé de faire payer le port à ses clients, mettant ainsi au même niveau les petites libraires et cette boîte-là. Ah pardon, je voulais parler uniquement des livres, n’est-ce pas ? De ce truc en perte de vitesse et qui n’est pas du tout l’essentiel de son activité. Donc, disais-je, Amazon va encaisser ces frais de port.
Attendez…
Il n’y a pas un petit problème, là ?
Oui, lisez bien : Amazon va encaisser du fric en plus, c'est-à-dire que son chiffre d’affaires va progresser grâce à une disposition qui était censée la pénaliser. Bon, c’est vrai, ça n’ira pas très loin (le livre est en crise, je vous le rappelle).
Mais c’est tout de même sympa.
Merci qui ?
Comment ? Hein ? Faire payer les impôts à toutes ces boîtes-là ? Et puis penser que les objets et les services ont une valeur qui va au-delà du prix affiché ?
Je vous rappelle que ce billet n’était pas destiné à nous faire rigoler…

Une transhumance du Tenancier

Cet été, votre Tenancier a passé ses vacances à Marseille, grâce à l’entregent d’ArD, dans un appartement très agréable et dans une ville qui est en train de subtilement se transformer. Cette transformation a tous les symptômes de la gentrification, la moyenne bourgeoisie décalée est en train d’infecter le cœur populaire de la cité. Reste que Marseille est l’une des dernières villes de France où ses habitants modestes ne sont pas encore bougnoulisés en lointaine banlieue. On vous rassure, ce n’est qu’une question de temps : si le train fut un vecteur de la civilisation, le TGV, lui est le meilleurs auxiliaire de la spéculation foncière. On le clame ici, on aime cette ville, même si les balles volent bas parfois, en attendant que l’anomie et les boutiques Zara aient tout envahi. Nous aussi, nous avions donc notre Naples, bien qu’il n’eut jamais vraiment un Malaparte pour en parler. Il faut nous attendre à ne plus parcourir sous peu qu’une galerie marchande. (D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les uniformes de flics en France ressemblent maintenant à ceux des vigiles de supermarché, bref…)
Mais que fait un touriste amoureux des livres à Marseille ? Eh bien, votre Tenancier, s’il ne s’est pas privé de visiter quelques musées, a évité les librairies qui demeurent encore nombreuses. Ce fut par l’effet d’un choix délibéré. Les suiveurs de ce blog savent à quel point cette période estivale fut marquée par le désenchantement. Par quel masochisme, alors, aurait-il fallu mettre le nez chez des confrères dont on pouvait prévoir qu’ils n’étaient guère mieux lotis ? Le pouvoir d’achat personnel de votre serviteur, par ailleurs, n’aurait pu contenter cette envie un peu dévorante qui nous prend dès lors que l’on se trouve devant des rayonnages convenablement garnis. Pour autant, nous n’avons pas abandonné les principes de civilités et nous eûmes l’occasion de présenter nos devoirs à un ami de George Weaver, Eric Maneval, ancien libraire et écrivain de littérature noire. Certes, la rencontre fut brève et dans un endroit fort peu propice à la discussion feutrée. Les abords du Prado, en terrasse de café, c’est bruyant. Il eut toutefois  le temps de nous indiquer l’existence d’un Emmaüs dans la périphérie de Marseille où l’on pourrait s’adonner à l’achat compulsif de quelques ouvrages sans grever un hypothétique budget. (Éric, merci. Nous nous reverrons, j’espère, chez George, par exemple.)
On vous a déjà parlé il y a quelques années ici de nos pérégrinations dans les Emmaüs, notre méthode d’investigation et de recension… Évidemment, une telle méthode ne peut s’appliquer avec rigueur dans un établissement où l’on ne possède pas encore ses marques et ses habitudes. On acheta un peu, des petites choses, de quoi remplir une sacoche, c’est tout.
Ce fut surtout la personne qui tenait ce rayon-là qui nous fascina, bien que nous eûmes le soin de n’en rien laisser paraître. C’était un grand type balèze et courtois, un américain qui ne parlait pas le français, le modèle de ces grands mecs que l’on croisait dans le temps et qui bourlinguaient ici et là, échoués dans ce ressac de pauvreté, à classer des livres dont il ne saisissait pas toujours le contenu mais avec une certaine sûreté d’instinct. Celui-là, on l’aurait aussi bien croisé il y a vingt-cinq ou trente ans chez Shakespeare & C° à classer là des livres dont il aurait bien mieux compris la langue. Le Tenancier apprit par le truchement d’ArD — qui maîtrise fort bien l’anglais — qu’il était descendu à Marseille parce que c’était un coin plus hospitalier que le nord du pays… l’attrait du soleil, aussi, sans doute. On passera sur les péripéties d’une vie qui a poussé cet homme doux dans la violence de la pauvreté. Du reste la pauvreté se moque de votre disposition d’esprit. Dur ou doux, c’est la même chose. Restait que le personnage, ce grand costaud, correspondait à cette image que certains anglo-saxon ont trimballé tout au long du précédent siècle, comme un brevet d’expérience et de virilité : ce cumul de boulots qui va de plongeur à bûcheron en passant, pourquoi pas, par libraire à Emmaüs. Combien de fois a-t-on ricané sur les brèves biographies de ces auteurs hémingwanisés, comme si toutes ces expériences accumulées donnaient en gage de vérisme à leurs écrits ?… Et pourtant, votre Tenancier avait un exemplaire en vrai devant lui. Écrivait-il, seulement ? On se moque un peu de le savoir puisqu’on se donne la possibilité de le croire. C’est que votre Tenancier se moque de l’expérience comme de sa première rêverie. C’est qu’il barjote un peu aussi, il est vrai.
Connaissez un homme en parcourant ses rayonnages, même s’ils sont professionnels, c’est ce que l’on vous recommande ! Cela donne parfois de drôles de résultats lorsque celui qui est chargé de ce rangement est étranger — mais là-bas, le Tenancier l'était plus assurément que lui. Curieusement, on s’y est plus retrouvé que dans certaines librairies, bien que, généralement, les rayonnages de chez Emmaüs soient tout de même plus pauvres que le commun des librairies et des bouquineries. Mais là il n’importait pas trop que l’on trouve un essai politique dans la littérature ni même que le niveau littéraire y soit irréprochable. On sentait un souci de bien faire et puis cet instinct qui vous fait trouver l’emplacement juste bien que vous n’y compreniez rien. En résumé, on avait trouvé non un confrère mais en tout cas une personne dont on respectait et approuvait le travail. Il y avait bien autre chose encore, mais on pourrait accuser votre Tenancier de faire dans le pathos.
Alors là, non !
Alors, c’était bien Marseille ? Oui, on y a trouvé un grand américain gentil chez Emmaüs. Rien que pour cela, ça valait le coup. Peut-être qu’un jour ArD vous racontera son histoire puisque c’est elle qui a causé avec lui.
Ou pas.
Autrement, Marseille c’était encore mieux que ça.

Déborder

Déborder : Frapper à petits coups avec le marteau sur les bords, en sorte que la main qui tient soit en dedans du volume pour toucher plus sûrement et éviter de couper les cahiers.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932