Gotlib

Quand Abraham Merritt s'invite chez Tonton Marcel

L'autre fois, j'étais chez Tonton Marcel, dans la Drôme. On a mangé des tas de choses et c'était bon.

Ce ne devait pas être une spécialité du coin, mais ce n'est pas grave... N'empêche que ça m'a fait penser à quelque chose.

Coiffer la tranchefile

Coiffer la tranchefile : C'est lorsqu'on fait la coiffe du livre, rabattre la peau sur la tranchefile, en frappant doucement dessus avec le plat du plioir incliné devant soi.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

La fin du Tenancier

Car il faut savoir prévoir...

Vieillard podagre à l’haleine puante, des coupures sur le visage à cause d’un rasage erratique, le Tenancier prépare sa fin du fond de sa bibliothèque. Avec patience, des jours durant et traînant des pieds, il rassemble un à un forts in-quarto, encyclopédies, pleines reliures, grands in-octavo à percaline rouge au phare, à la sphère ou à l’éléphant en un mur dont l’agencement ne se préoccupe plus d’une quelconque classification mais de l’harmonie des dos. Ainsi, négligeant ses douleurs arthritiques, affublé de saintes auréoles prostatiques il construit, dans la peine de ses jours finissants, le monument de son dernier exil. Arrive l’achèvement du mur. Il lui faut alors s’asseoir devant, comme il le faisait au long d’une jeunesse irrémédiablement perdue qui y cherchait alors la plénitude. Il reste là, jusqu’au crépuscule chaud qui avive les malsaines odeurs du vieillard négligé qu’il est devenu. Il faut tout de même se décider, se lever et se mettre face à cette dernière bibliothèque, tirer la cale reliée à une corde, éprouver le dernier frisson un peu sensuel de ce basculement et endurer le choc sourd de la chute. Le Tenancier meurt, ses frêles os broyés par les livres, le visage recouvert pour linceul d’un in-plano ouvert sur la carte de la partie occidentale de l’Islande.
 
Ci gît le Tenancier qui sniffa le Sneffels.

Coiffe

Coiffe : C'est la partie du livre, l'espèce de bord qui surmonte le dos. Le relieur dit qu'un livre est bien ou mal coiffé.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Promenade rennaise

Le voyageur qui quitte la ville de Rennes, en direction de la gare, découvrira peut être une stèle derrière la médiathèque et trouvera sans doute une raison pour manquer son train...





Les clous mentionnés sur la plaque sont disposés sur l'esplanade qui prend la place de l'ancien Champ de Mars. Le Tenancier n'a pas eu le temps de suivre un parcours. Mais il s'y appliquera lors de son prochain passage.

Grec, encore

... et qu'est-ce qu'un boustrophédon, et où fait-il une apparition sous une forme inattendue en 1986 ?

Une historiette de Béatrice XLIII

— « Bonjour, vous avez des Magasin Universel ?
Non, monsieur, désolée.
— Vous connaissez au moins ? Vous savez ce que c'est ? »

Grec

Mais à quoi est associé l'adjectif opisthographe ?

Cisailles

Cisailles : Gros ciseaux dont on se sert pour enlever le superflu des feuilles, afin de donner plus de grâce au volume broché. Une des branches de la cisaille est fixée sur le bord de l'établi et l'autre à une poignée par laquelle on la fait mouvoir.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Le sanglot de Gary

(À Elisabeth D.)
On a coutume de prêter aux chats un côtoiement régulier avec la littérature et avec ceux qui la produisent. Curieusement, le chien n’y est pas associé aussi automatiquement. Il est vrai qu’un chien couché en travers de votre manuscrit, c’est plutôt rare. Pourtant, qu’est-ce que le clébard est présent dans la littérature ! Faut-il vous citer London ?  Mais, cela se limite-t-il à cet exemple ? Allons, en me creusant la tête, je peux encore vous sortir Le roman de Miraut, chien de chasse (Louis Pergaud) sans trop me creuser la cervelle. Mais au-delà, il faut bien reconnaître que la mémoire pioche un peu, comme le ferait un sprinter à mi-chemin du Tourmalet. Un petit tour à un Emmaüs marseillais m’a permis de me procurer quelques cartouches en la matière. J’y ai trouvé l’ouvrage de Roger Grenier Les larmes d’Ulysse qui explore les liens entre cette bestiole et la littérature, sujets ou personnages de roman, mais également compagnons de quelques écrivains. Le Tenancier, n’a rien contre les chiens, quant à lui, tout au plus observe-t-il une circonspection de bon aloi qui s’avère réciproque. De temps en temps, toutefois, il plaint ces animaux qui se sont acoquinés avec notre triste humanité. Et puis, parfois, il y a des moments de grâce... 
[...] La maison d’après était celle de Romain Gary. Souvent, dès notre première sortie, à sept heures et demie du matin, nous le rencontrions traînant dans la rue, allant acheter les journaux, boire un café au tabac d’en face. Gary disait que la rue du Bac était sa patrie. Tant d’origines se mêlaient en lui : Tartare, Juif, Russe, Polonais, qu’il n’avait pas envie d’être citoyen du monde, ou européen ou même français. il fallait qu’il appartienne à une toute petite province, même pas. Donc, la rue du Bac. « Viens ici, connard ! » disait-il à Ulysse qui avançait aussitôt en creusant le dos pour aller se frotter à lui.
Un jour de septembre 1980, nous avons rencontré Gary, presque devant son immeuble. Il a dit comme d’habitude :
— Viens ici, connard !
Nous nous sommes approchés. J’ai dit à Romain :
— Je crois que c’est la dernière fois que tu vois Ulysse. Il est condamné.
Romain a eu un violent sanglot et est allé se cacher sous son porche.
Ulysse est mort le 23 septembre, et Gary le 2 décembre.
En un an Jean Seberg, Gary et Ulysse avaient disparu et la rue était vide. Pourquoi ne pas les associer tous les trois et le dire simplement, puisque nous nous aimions ?
Roger Grenier – Les Larmes d’Ulysse – Gallimard 1998

Une certaine forme d'épuisement

Vous vous en êtes rendu compte, ce blog n’est plus très productif depuis plusieurs mois, se contentant la plupart du temps de transmettre des historiettes, des images et des devinettes. Certes, tous ces petits billets sont fort plaisants et je ne me fais jamais faute de les relayer et d’y prendre moi-même plaisir. Reste que ce qui faisait à un moment le corps de ce blog s’est progressivement estompé, à savoir des textes portant sur le livre et ses environs. La cause réside certes dans un certain épuisement du sujet mais également en un autre type de fatigue. C’est que l’activité principale de votre serviteur est en train de plonger progressivement vers le néant. Cette déshérence de ma librairie ne peut aller sans une perte subséquente de moral et d’allant qui se répercute même dans le plus petit geste quotidien, se rapportant au travail ou bien aux envies. C’est ainsi que de lentes dérives en petits abandons, on se retrouve avec un chiffre d’affaire au dixième de ce qu’il fut, une envie douceâtre de tout laisser tomber non par une rupture brutale mais par une longue absence au terme duquel on se laisserait accroire que tout se serait, tout à coup, évaporé. De même, les différentes activités auxquelles je m’étais voué se sont retrouvées également vidées de leur sens, par un phénomène de « dégât collatéral ». On pourrait penser à un état dépressif. Peut-être. Peut-être est-ce seulement la fatigue de quelqu’un qui se bat depuis des années et qui ne voit pas venir grand-chose pour ce qui fut, tout de même, un projet très prenant. Que je réponde par avance : non, ce n’était pas le projet d’une vie. Je n’ai jamais eu l’ambition d’avoir ma propre librairie. Les raisons qui m’ont amené là sont complexes et vastes. Je fais l’impasse sur une explication ici, parce que c’est plutôt barbant. De toute façon, les choses sont claires, je suis parti sur une mauvaise pente avec tout cela et je m’épuise à courir après les déceptions.
Bon, que faire ?
D’abord, prendre quelques décisions : à cinquante-trois ans, ce n’est même pas la peine d’essayer de faire autre chose que ce que l’on sait faire depuis longtemps (depuis 1979, exactement…) donc, essayer de relancer cette librairie en refondant ma manière de travailler. Ne pas insister si, malgré tout, cela ne marche pas plus. Cela signifiera que ce n’est pas dû à ma seule impéritie. Enfin, pas trop.
Ensuite, se dire qu’à s’enfermer dans une chose, on finit par ne plus voir le monde. Il est temps donc que je sorte de cette librairie. Cela ne va faire progresser mon chiffre d’affaire, mais je vais sans doute moins me fatiguer et plus rigoler avec les potes. De toute façon, même en ne sortant pas, je n’en faisais pas plus. Alors…
Et puis, s’échapper de cette volonté de vous parler exclusivement du livre sur le plan matériel au travers de ce blog. J’avoue que j’ai eu envie dernièrement de le clore. Sans doute vaut-il mieux le faire progresser un peu, ce qui sera moins violent pour mes lecteurs.
Bref, plutôt que d’adopter un mode de révolution violente pour tout ce qui me concerne — et vous également lorsque vous me lisez — je ferai preuve d’un peu plus de nuances dans le changement.
Cela changera-t-il réellement les choses ? Ce n’est pas certain. Disons, que j’aménage mon inconfort, que je tente de rendre acceptable un certain nombre de déceptions.
Et puis, on ne vit pas que parce que l’on fait, fort heureusement.
Vous devez cette temporisation à ArD qui, par bien des manières, a suggéré que la partie valait peut être encore la peine d’être jouée, ne serait-ce que par les rencontres qu’elle procure et les bonheurs qui en découlent.
Pardon pour cette digression, mais je vous devais au moins quelques explications.