Cisailles

Cisailles : Gros ciseaux dont on se sert pour enlever le superflu des feuilles, afin de donner plus de grâce au volume broché. Une des branches de la cisaille est fixée sur le bord de l'établi et l'autre à une poignée par laquelle on la fait mouvoir.

Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Le sanglot de Gary

(À Elisabeth D.)
On a coutume de prêter aux chats un côtoiement régulier avec la littérature et avec ceux qui la produisent. Curieusement, le chien n’y est pas associé aussi automatiquement. Il est vrai qu’un chien couché en travers de votre manuscrit, c’est plutôt rare. Pourtant, qu’est-ce que le clébard est présent dans la littérature ! Faut-il vous citer London ?  Mais, cela se limite-t-il à cet exemple ? Allons, en me creusant la tête, je peux encore vous sortir Le roman de Miraut, chien de chasse (Louis Pergaud) sans trop me creuser la cervelle. Mais au-delà, il faut bien reconnaître que la mémoire pioche un peu, comme le ferait un sprinter à mi-chemin du Tourmalet. Un petit tour à un Emmaüs marseillais m’a permis de me procurer quelques cartouches en la matière. J’y ai trouvé l’ouvrage de Roger Grenier Les larmes d’Ulysse qui explore les liens entre cette bestiole et la littérature, sujets ou personnages de roman, mais également compagnons de quelques écrivains. Le Tenancier, n’a rien contre les chiens, quant à lui, tout au plus observe-t-il une circonspection de bon aloi qui s’avère réciproque. De temps en temps, toutefois, il plaint ces animaux qui se sont acoquinés avec notre triste humanité. Et puis, parfois, il y a des moments de grâce... 
[...] La maison d’après était celle de Romain Gary. Souvent, dès notre première sortie, à sept heures et demie du matin, nous le rencontrions traînant dans la rue, allant acheter les journaux, boire un café au tabac d’en face. Gary disait que la rue du Bac était sa patrie. Tant d’origines se mêlaient en lui : Tartare, Juif, Russe, Polonais, qu’il n’avait pas envie d’être citoyen du monde, ou européen ou même français. il fallait qu’il appartienne à une toute petite province, même pas. Donc, la rue du Bac. « Viens ici, connard ! » disait-il à Ulysse qui avançait aussitôt en creusant le dos pour aller se frotter à lui.
Un jour de septembre 1980, nous avons rencontré Gary, presque devant son immeuble. Il a dit comme d’habitude :
— Viens ici, connard !
Nous nous sommes approchés. J’ai dit à Romain :
— Je crois que c’est la dernière fois que tu vois Ulysse. Il est condamné.
Romain a eu un violent sanglot et est allé se cacher sous son porche.
Ulysse est mort le 23 septembre, et Gary le 2 décembre.
En un an Jean Seberg, Gary et Ulysse avaient disparu et la rue était vide. Pourquoi ne pas les associer tous les trois et le dire simplement, puisque nous nous aimions ?
Roger Grenier – Les Larmes d’Ulysse – Gallimard 1998

Une certaine forme d'épuisement

Vous vous en êtes rendu compte, ce blog n’est plus très productif depuis plusieurs mois, se contentant la plupart du temps de transmettre des historiettes, des images et des devinettes. Certes, tous ces petits billets sont fort plaisants et je ne me fais jamais faute de les relayer et d’y prendre moi-même plaisir. Reste que ce qui faisait à un moment le corps de ce blog s’est progressivement estompé, à savoir des textes portant sur le livre et ses environs. La cause réside certes dans un certain épuisement du sujet mais également en un autre type de fatigue. C’est que l’activité principale de votre serviteur est en train de plonger progressivement vers le néant. Cette déshérence de ma librairie ne peut aller sans une perte subséquente de moral et d’allant qui se répercute même dans le plus petit geste quotidien, se rapportant au travail ou bien aux envies. C’est ainsi que de lentes dérives en petits abandons, on se retrouve avec un chiffre d’affaire au dixième de ce qu’il fut, une envie douceâtre de tout laisser tomber non par une rupture brutale mais par une longue absence au terme duquel on se laisserait accroire que tout se serait, tout à coup, évaporé. De même, les différentes activités auxquelles je m’étais voué se sont retrouvées également vidées de leur sens, par un phénomène de « dégât collatéral ». On pourrait penser à un état dépressif. Peut-être. Peut-être est-ce seulement la fatigue de quelqu’un qui se bat depuis des années et qui ne voit pas venir grand-chose pour ce qui fut, tout de même, un projet très prenant. Que je réponde par avance : non, ce n’était pas le projet d’une vie. Je n’ai jamais eu l’ambition d’avoir ma propre librairie. Les raisons qui m’ont amené là sont complexes et vastes. Je fais l’impasse sur une explication ici, parce que c’est plutôt barbant. De toute façon, les choses sont claires, je suis parti sur une mauvaise pente avec tout cela et je m’épuise à courir après les déceptions.
Bon, que faire ?
D’abord, prendre quelques décisions : à cinquante-trois ans, ce n’est même pas la peine d’essayer de faire autre chose que ce que l’on sait faire depuis longtemps (depuis 1979, exactement…) donc, essayer de relancer cette librairie en refondant ma manière de travailler. Ne pas insister si, malgré tout, cela ne marche pas plus. Cela signifiera que ce n’est pas dû à ma seule impéritie. Enfin, pas trop.
Ensuite, se dire qu’à s’enfermer dans une chose, on finit par ne plus voir le monde. Il est temps donc que je sorte de cette librairie. Cela ne va faire progresser mon chiffre d’affaire, mais je vais sans doute moins me fatiguer et plus rigoler avec les potes. De toute façon, même en ne sortant pas, je n’en faisais pas plus. Alors…
Et puis, s’échapper de cette volonté de vous parler exclusivement du livre sur le plan matériel au travers de ce blog. J’avoue que j’ai eu envie dernièrement de le clore. Sans doute vaut-il mieux le faire progresser un peu, ce qui sera moins violent pour mes lecteurs.
Bref, plutôt que d’adopter un mode de révolution violente pour tout ce qui me concerne — et vous également lorsque vous me lisez — je ferai preuve d’un peu plus de nuances dans le changement.
Cela changera-t-il réellement les choses ? Ce n’est pas certain. Disons, que j’aménage mon inconfort, que je tente de rendre acceptable un certain nombre de déceptions.
Et puis, on ne vit pas que parce que l’on fait, fort heureusement.
Vous devez cette temporisation à ArD qui, par bien des manières, a suggéré que la partie valait peut être encore la peine d’être jouée, ne serait-ce que par les rencontres qu’elle procure et les bonheurs qui en découlent.
Pardon pour cette digression, mais je vous devais au moins quelques explications.

C'est pas du Gourmont, et pourtant...


Mais dans quel film trouve-t-on ce troufion anguleux faire la moue (pas la guerre) devant un livre ? Et puis de quel livre s'agit-il ? Et pourquoi c'est étrange ?

Une historiette de Béatrice XLII


— « Ah, vos romans poche ont augmenté ! Je suis passé la semaine dernière, ils étaient à 1 euro ! »
— « Je pense que vous confondez avec le bac à 1 euro, monsieur. »

Chasse

Chasse : Partie du carton dont la couverture est formée, qui excède les feuilles du volume en tête et en queue..
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Soyons ludiquement participatifs, euh... jouons à un jeu !

En 1970, paraissait « L’Hexagonal tel qu’on le parle », par Robert Beauvais, petit pamphlet qui démontrait par l’exemple l’absurdité d’un certain langage technocratique qui est du reste encore en usage actuellement. Voici le passage concernant la librairie :

Avez-vous des petits ouvrages un peu cochon ?Disposez-vous d’écrits sulfureux ?
Je m’intéresse surtout à l’Histoire Je suis concerné prioritairement par le discours du continu
… à l’Histoire de France … par le discours du continu au niveau de l’Hexagone
On va rééditer Anatole France Anatole France s’apprête à sortir du ghetto où on l’a longtemps confiné
On lit moins Gide Gide est entré au purgatoire
Le fait d’écrire des histoires qui ont un commencement, un milieu et une fin prouve bien qu’il n’est pas d’aujourd’hui Sa temporalité exclut sa contemporanéité
Je voudrais une grammaire Je désirerais une grammatologie
La grammaire devient très savante La grammatologie a acquis une degré de scientificité élevé
Je m’y connais un peu C’est un sujet qui recoupe ma spécialité
Je l’ai lu très vite Je l’ai parcouru en diagonale (Ou : … en pointillés)
Je préfère un format classique Je préfère un format normalisé
C’est un ouvrage distrayant C’est un gadget culturel
On ne voit pas à première vue son caractère religieux Ses rémanences du sacré sont insenties
Je cherche des histoires où il y a des bons et des méchants Je cherche des écrits manichéens
Ça raconte une histoire ? C’est caractérisé par le primat du sujet ?
C’est un ouvrage inquiétant C’est un ouvrage qui nous entraîne au seuil de l’infra-réel
On ne sait pas très bien où va l’action Le fil rouge est occulté
Je fais partie du club des bandes dessinées Je fais partie du centre d’études des littératures d’expression graphique
Je fais partie du club des bandes dessinées Je suis inscrit au C.E.L.E.G.
Nos livres sont classés par genres Nous avons établi des divisions catégorielles
La couverture est en huit couleurs La jaquette est octochrome
Ça représente un monstre légendaire Ça représente une entité qui figure au bestiaire des archétypes

Pour notre part, nous trouvons ces exemples désormais bien timides. On vous convie donc à un petit jeu pas cher et distrayant qui consiste à faire vous-même vos propres dialogues abscons dans une librairie, sachant ô combien que la scriptualité est une part de l’immanence dans l’économie virtuelle de nos perceptions, si vous voyez ce que je veux dire…
Vous noterez que votre Tenancier se casse le tronc pour vous distraire et qu'il a bien du mérite, non ?

Chaînette

Chaînette : C'est une sorte de boucle que la couseuse fait avec le fil qui sert à coudre les cahiers formés de feuilles, ou bien la brocheuse, en les cousant l'un sur l'autre ; ces chaînettes se trouvent en tête et en queue de chaque volume.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

En voici une qui va ravir MM. George et Otto...

Qui a dit :
« C'est le célèbre physicien André Ampère et non Victor Hugo qui a écrit l'art d'être ampère ».

Casse

Casse : Boîte du compositeur typographe, qui renferme toutes les lettres de l'alphabet.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932