Vous pouvez faire le vôtre ici
C'est pas du Gourmont, et pourtant...
Mais dans quel film trouve-t-on ce troufion anguleux faire la moue (pas la guerre) devant un livre ? Et puis de quel livre s'agit-il ? Et pourquoi c'est étrange ?
Une historiette de Béatrice XLII
Chasse
Soyons ludiquement participatifs, euh... jouons à un jeu !
En 1970, paraissait « L’Hexagonal tel qu’on le parle », par Robert Beauvais, petit pamphlet qui démontrait par l’exemple l’absurdité d’un certain langage technocratique qui est du reste encore en usage actuellement. Voici le passage concernant la librairie :
| Avez-vous des petits ouvrages un peu cochon ? | Disposez-vous d’écrits sulfureux ? |
| Je m’intéresse surtout à l’Histoire | Je suis concerné prioritairement par le discours du continu |
| … à l’Histoire de France | … par le discours du continu au niveau de l’Hexagone |
| On va rééditer Anatole France | Anatole France s’apprête à sortir du ghetto où on l’a longtemps confiné |
| On lit moins Gide | Gide est entré au purgatoire |
| Le fait d’écrire des histoires qui ont un commencement, un milieu et une fin prouve bien qu’il n’est pas d’aujourd’hui | Sa temporalité exclut sa contemporanéité |
| Je voudrais une grammaire | Je désirerais une grammatologie |
| La grammaire devient très savante | La grammatologie a acquis une degré de scientificité élevé |
| Je m’y connais un peu | C’est un sujet qui recoupe ma spécialité |
| Je l’ai lu très vite | Je l’ai parcouru en diagonale (Ou : … en pointillés) |
| Je préfère un format classique | Je préfère un format normalisé |
| C’est un ouvrage distrayant | C’est un gadget culturel |
| On ne voit pas à première vue son caractère religieux | Ses rémanences du sacré sont insenties |
| Je cherche des histoires où il y a des bons et des méchants | Je cherche des écrits manichéens |
| Ça raconte une histoire ? | C’est caractérisé par le primat du sujet ? |
| C’est un ouvrage inquiétant | C’est un ouvrage qui nous entraîne au seuil de l’infra-réel |
| On ne sait pas très bien où va l’action | Le fil rouge est occulté |
| Je fais partie du club des bandes dessinées | Je fais partie du centre d’études des littératures d’expression graphique |
| Je fais partie du club des bandes dessinées | Je suis inscrit au C.E.L.E.G. |
| Nos livres sont classés par genres | Nous avons établi des divisions catégorielles |
| La couverture est en huit couleurs | La jaquette est octochrome |
| Ça représente un monstre légendaire | Ça représente une entité qui figure au bestiaire des archétypes |
Pour notre part, nous trouvons ces exemples désormais bien timides. On vous convie donc à un petit jeu pas cher et distrayant qui consiste à faire vous-même vos propres dialogues abscons dans une librairie, sachant ô combien que la scriptualité est une part de l’immanence dans l’économie virtuelle de nos perceptions, si vous voyez ce que je veux dire…
Vous noterez que votre Tenancier se casse le tronc pour vous distraire et qu'il a bien du mérite, non ?
Chaînette
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932
En voici une qui va ravir MM. George et Otto...
Qui a dit :
« C'est le célèbre physicien André Ampère et non Victor Hugo qui a écrit l'art d'être ampère ».
Casse
Une conversion
| Salut ! Je m’appelle monsieur Barnabé Follope. Pendant
vingt cinq ans, j’ai été libraire à Montparnasse, 10, rue Delambre, juste
derrière le Dôme, la brasserie. À partir des années 1985-1990, je me trouve
victime de la crise du livre. La France ne lit plus. Les familles rêvaient de
bibliothèques, elles rêvent de surfer sur le web. Les femmes aimaient les
romans sentimentaux, elles body-buildisent, stretchent, se font épiler le
« maillot ». Les gosses étaient fans de B.D., ils le sont de jeux électroniques.
Les mecs s’offraient un recueil de textes érotiques, ils s’offrent un pack de
K7 pornos. L’écrit est mort, paix à son âme ! En 94, à cinquante-cinq
balais, je dois mettre la clé sous la porte. Qu’y faire ?... Et que
faire ?... Je pourrais vendre ma boutique et mon arrière-boutique que j’ai
aménagée en salle-de-bain-kitchenette-studio, et me retirer dans mes Pyrénées
natales. Je pêcherais la truite dans les gaves, je regarderais paître les
moutons et je respirerais l’air des cimes. J’estime, pourtant, qu’il est trop
tôt. Et j’estime, surtout, que la nécessité, cette amie nonchalante qui se
manifeste souvent de façon inattendue, va me permettre, à l’âge que j’ai de
réaliser mon rêve : ouvrir une agence de détective privé !
En tant que libraire, j’ai lu pas mal de livres, j’ai avant tout adoré les polars. Combien de fois ai-je rêvé d’être Dashiell Hammett, Nick Carter, Philip Marlowe ! J’ai fini par confondre ceux qui ont réellement vécu et ceux qui ont été inventés. Bogart n’est-il pas un héros de roman ? L’occasion est trop belle. Ma décision est prise. J’ouvrirai l’Agence, je serai mon maître, le seul et l’unique détective du bureau ! Comme ça, pas de discussion… pas de dissensions… pas de coups fourrés entre le boss et ses collaborateurs !... Unité de pensée, unité d’action ! J’ai quelques milliers de francs de côté, en moins de huit jours les changements qui s’imposent sont achevés. Je fais aménager à l’entrée de la boutique, grâce à trois panneaux de contreplaqué, une minuscule antichambre où je mets deux chaises ; dans le boutique elle-même, je fais occulter la vitrine par des stores vénitiens ; et sur la vitrine coté rue, je fais peindre en caractères américains (ça en jette !) l’inscription suivante :
BARNABÉ FOLLOPE
ANCIEN LIBRAIRE DÉTECTIVE PRIVÉ Tél/Fax : 01.43.25.12.50 (Voir infos suppl. sur la porte) |
Pierre Bourgeade : Téléphone rose — Série Noire n° 2528 — Paris - Gallimard, 1999
(Pour George WF Weaver, qui est au téléphone)
(Pour George WF Weaver, qui est au téléphone)
Carton
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932
Le Contrat de Fantômas
Le billet autour de Fantômas suscite des interrogations, c’est avec plaisir je vais essayer de me décarcasser pour y répondre.
Ainsi, Otto voudrait qu’on lui rappelle l’année de la parution des premiers Fantômas, ajoutant : « J’avoue ne pas bien savoir. XIXe siècle, je suppose. Mais plus précisément ??? »
Un peu de perspicacité vous aurait mis sur la voie, si je puis dire. En effet, dans l’anecdote rapportée dans le billet rapporte que nos deux auteurs empruntent le métro pour se rendre chez l’éditeur Arthème Fayard. Or, la première ligne est inaugurée en 1900 et la Nord-Sud (dont je n’ai pas le trajet mais dont une station ne doit pas s’arrêter si loin de l’éditeur, si l’on admet que celui-ci était rue Saint-Gothard) est ouverte en 1913…
Certes, vous pourriez, comme moi, considérer que 1914 marque bel et bien la fin du XIXe siècle d’une façon fracassante et non 1900. Plusieurs points de vue se défendent, mais on me permettra de ne pas trop m’étendre là-dessus pour le coup. On en recausera autour d’un verre, voulez-vous ?
Mais je n’ai pas précisément répondu à votre question et celle-ci se situe lâchement entre les fourches caudines de notre déduction. Laissons parler Alfu et son Encyclopédie de Fantômas, à la rubrique Édition :
Ainsi, Otto voudrait qu’on lui rappelle l’année de la parution des premiers Fantômas, ajoutant : « J’avoue ne pas bien savoir. XIXe siècle, je suppose. Mais plus précisément ??? »
Un peu de perspicacité vous aurait mis sur la voie, si je puis dire. En effet, dans l’anecdote rapportée dans le billet rapporte que nos deux auteurs empruntent le métro pour se rendre chez l’éditeur Arthème Fayard. Or, la première ligne est inaugurée en 1900 et la Nord-Sud (dont je n’ai pas le trajet mais dont une station ne doit pas s’arrêter si loin de l’éditeur, si l’on admet que celui-ci était rue Saint-Gothard) est ouverte en 1913…
Certes, vous pourriez, comme moi, considérer que 1914 marque bel et bien la fin du XIXe siècle d’une façon fracassante et non 1900. Plusieurs points de vue se défendent, mais on me permettra de ne pas trop m’étendre là-dessus pour le coup. On en recausera autour d’un verre, voulez-vous ?
Mais je n’ai pas précisément répondu à votre question et celle-ci se situe lâchement entre les fourches caudines de notre déduction. Laissons parler Alfu et son Encyclopédie de Fantômas, à la rubrique Édition :
« Fayard édite donc Fantômas en trente-deux volumes de février 1911 à septembre 1913. Ces volumes sont plusieurs fois réimprimés jusqu’au moment ou Fayard décide une nouvelle édition. Confiant à Marcel Allain le soin de commettre quelques coupures dans le texte original et de changer tous les titres dans lesquels le nom de Fantômas n’apparaît pas. […] »Je vous laisse maintenant imaginer la somme de travail que cela a coûté d’écrire tout cela en si peu de temps, c'est-à-dire pratiquement un volume de 300 pages par mois.
ArD, elle, me pose une question ambiguë dans un mail : « Fayard a versé 25 000 F. à titre d’à-valoir, mais il savait d’avance que ce serait un tel succès pour avoir défini 250 000 F. ? »
Sans nul doute, car le succès est foudroyant. Francis Lacassin dans la préface de l’édition Bouquins (Édition hélas parcellaire) mentionne « le tirage des trente-deux premiers en France et à l’étranger dépasse à ce jour des millions d’exemplaires » L’enthousiasme fut réel et on peut envisager qu’Arthème Fayard a fait ce chèque sans pour autant faire un coup de poker. Ce n’est donc pas vraiment un à-valoir mais sans doute une anticipation des recettes…
Mais une chose nous éclairera plus que tout autre supputation et décrit assez bien le régime auquel étaient soumis Souvestre et Allain, il s’agit de l’extrait du contrat d’édition tiré toujours de cette même préface de l’édition Bouquins. Signalons qu’un autre contrat fut signé et aménagé pour inclure Marcel Allain dans celui-ci :
| « Par les présentes, M. Pierre Souvestre vend et cède à M. Fayard, qui accepte, aux conditions énumérées ci-après le droit exclusif d’éditer et de vendre sous toutes formes et tous formats, illustrés ou non, une série de romans policiers qu’il doit écrire spécialement pour M. Fayard et dont tous les épisodes seront reliés par des personnages principaux qui devront figurer dans chacun d’entre eux. « Ces romans seront publiés par M. fayard sous la forme de volumes du prix de soixante-cinq centimes, paraissant mensuellement, comprenant de quinze à dix-huit mille lignes, et formant chacun un tout complet, de façon à pouvoir êtes lus aussi bien séparément qu’à la suite des uns des autres. « Monsieur Pierre Souvestre s’engage à écrire jusqu’à vingt-quatre de ces volumes, Mais M. Fayard ne s’engage quant à présent que pour la publication de cinq volumes, se réservant suivant le succès obtenu soit d’arrêter, soit de continuer, et dans ce cas de fixer le nombre de volumes à faire. « Comme droit d’auteur, M. Pierre Souvestre recevra de M. Fayard une somme de deux mille francs par volume à soixante-cinq centimes et pour un tirage à cinquante mille exemplaires net, soit cinquante cinq mille avec les passes d’usage. « Si le tirage dépasse cinquante mille exemplaires net, M. Pierre Souvestre touchera trois centimes par exemplaire tiré au-dessus de ce chiffre, déduction faite de la passe et cela au fur et à mesure des tirages. « En cas de retard pour n’importe quelle cause que ce soit M. Fayard pourra continuer l’ouvrage par un auteur de son choix, sans être tenu à aucune indemnité vis-à-vis de M. Pierre Souvestre qui, naturellement, perdrait tous ses droits sur les volumes non écrits par lui. » |
Sources :
Souvestre & Allain : Fantômas – I
édition établie et présenté par Francis Lacassin – Coll. Bouquins – Laffont, 1991
ALFU : L’Encyclopédie de Fantômas
Chez l’auteur, 1981
???
Bêêêêêêê !!!
Mais que doit avouer Honorin ?
Bon, c'est facile, puisque l'indication est sur le net, mais c'est trop bon...
Camelottes
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