Une conversion

Salut ! Je m’appelle monsieur Barnabé Follope. Pendant vingt cinq ans, j’ai été libraire à Montparnasse, 10, rue Delambre, juste derrière le Dôme, la brasserie. À partir des années 1985-1990, je me trouve victime de la crise du livre. La France ne lit plus. Les familles rêvaient de bibliothèques, elles rêvent de surfer sur le web. Les femmes aimaient les romans sentimentaux, elles body-buildisent, stretchent, se font épiler le « maillot ». Les gosses étaient fans de B.D., ils le sont de jeux électroniques. Les mecs s’offraient un recueil de textes érotiques, ils s’offrent un pack de K7 pornos. L’écrit est mort, paix à son âme ! En 94, à cinquante-cinq balais, je dois mettre la clé sous la porte. Qu’y faire ?... Et que faire ?... Je pourrais vendre ma boutique et mon arrière-boutique que j’ai aménagée en salle-de-bain-kitchenette-studio, et me retirer dans mes Pyrénées natales. Je pêcherais la truite dans les gaves, je regarderais paître les moutons et je respirerais l’air des cimes. J’estime, pourtant, qu’il est trop tôt. Et j’estime, surtout, que la nécessité, cette amie nonchalante qui se manifeste souvent de façon inattendue, va me permettre, à l’âge que j’ai de réaliser mon rêve : ouvrir une agence de détective privé !
En tant que libraire, j’ai lu pas mal de livres, j’ai avant tout adoré les polars. Combien de fois ai-je rêvé d’être Dashiell Hammett, Nick Carter, Philip Marlowe ! J’ai fini par confondre ceux qui ont réellement vécu et ceux qui ont été inventés. Bogart n’est-il pas un héros de roman ? L’occasion est trop belle. Ma décision est prise. J’ouvrirai l’Agence, je serai mon maître, le seul et l’unique détective du bureau ! Comme ça, pas de discussion… pas de dissensions… pas de coups fourrés entre le boss et ses collaborateurs !... Unité de pensée, unité d’action ! J’ai quelques milliers de francs de côté, en moins de huit jours les changements qui s’imposent sont achevés. Je fais aménager à l’entrée de la boutique, grâce à trois panneaux de contreplaqué, une minuscule antichambre où je mets deux chaises ; dans le boutique elle-même, je fais occulter la vitrine par des stores vénitiens ; et sur la vitrine coté rue, je fais peindre en caractères américains (ça en jette !) l’inscription suivante :
 
BARNABÉ FOLLOPE
ANCIEN LIBRAIRE
DÉTECTIVE PRIVÉ
Tél/Fax : 01.43.25.12.50
(Voir infos suppl. sur la porte)


Pierre Bourgeade : Téléphone rose — Série Noire n° 2528 — Paris - Gallimard, 1999
(Pour George WF Weaver, qui est au téléphone)

Carton

Carton : Les imprimeurs donnent ce nom à un feuillet qui renfermait des fautes importantes et qu'on a réimprimé à part afin de le substituer au feuillet défectueux qu'on doit supprimer ; ce feuillet est toujours marqué d'un astérisque.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Le Contrat de Fantômas

Le billet autour de Fantômas suscite des interrogations, c’est avec plaisir je vais essayer de me décarcasser pour y répondre.
Ainsi, Otto voudrait qu’on lui rappelle l’année de la parution des premiers Fantômas, ajoutant : « J’avoue ne pas bien savoir. XIXe siècle, je suppose. Mais plus précisément ??? »
Un peu de perspicacité vous aurait mis sur la voie, si je puis dire. En effet, dans l’anecdote rapportée dans le billet rapporte que nos deux auteurs empruntent le métro pour se rendre chez l’éditeur Arthème Fayard. Or, la première ligne est inaugurée en 1900 et la Nord-Sud (dont je n’ai pas le trajet mais dont une station ne doit pas s’arrêter si loin de l’éditeur, si l’on admet que celui-ci était rue Saint-Gothard) est ouverte en 1913…
Certes, vous pourriez, comme moi, considérer que 1914 marque bel et bien la fin du XIXe siècle d’une façon fracassante et non 1900. Plusieurs points de vue se défendent, mais on me permettra de ne pas trop m’étendre là-dessus pour le coup. On en recausera autour d’un verre, voulez-vous ?
Mais je n’ai pas précisément répondu à votre question et celle-ci se situe lâchement entre les fourches caudines de notre déduction. Laissons parler Alfu et son Encyclopédie de Fantômas, à la rubrique Édition
« Fayard édite donc Fantômas en trente-deux volumes de février 1911 à septembre 1913. Ces volumes sont plusieurs fois réimprimés jusqu’au moment ou Fayard décide une nouvelle édition. Confiant à Marcel Allain le soin de commettre quelques coupures dans le texte original et de changer tous les titres dans lesquels le nom de Fantômas n’apparaît pas. […] »
Je vous laisse maintenant imaginer la somme de travail que cela a coûté d’écrire tout cela en si peu de temps, c'est-à-dire pratiquement un volume de 300 pages par mois.
ArD, elle, me pose une question ambiguë dans un mail : « Fayard a versé 25 000 F. à titre d’à-valoir, mais il savait d’avance que ce serait un tel succès pour avoir défini 250 000 F. ? »
Sans nul doute, car le succès est foudroyant. Francis Lacassin dans la préface de l’édition Bouquins (Édition hélas parcellaire) mentionne « le tirage des trente-deux premiers en France et à l’étranger dépasse à ce jour des millions d’exemplaires » L’enthousiasme fut réel et on peut envisager qu’Arthème Fayard a fait ce chèque sans pour autant faire un coup de poker. Ce n’est donc pas vraiment un à-valoir mais sans doute une anticipation des recettes…
Mais une chose nous éclairera plus que tout autre supputation et décrit assez bien le régime auquel étaient soumis Souvestre et Allain, il s’agit de l’extrait du contrat d’édition tiré toujours de cette même préface de l’édition Bouquins. Signalons qu’un autre contrat fut signé et aménagé pour inclure Marcel Allain dans celui-ci :

« Par les présentes, M. Pierre Souvestre vend et cède à M. Fayard, qui accepte, aux conditions énumérées ci-après le droit exclusif d’éditer et de vendre sous toutes formes et tous formats, illustrés ou non, une série de romans policiers qu’il doit écrire spécialement pour M. Fayard et dont tous les épisodes seront reliés par des personnages principaux qui devront figurer dans chacun d’entre eux.
« Ces romans seront publiés par M. fayard sous la forme de volumes du prix de soixante-cinq centimes, paraissant mensuellement, comprenant de quinze à dix-huit mille lignes, et formant chacun un tout complet, de façon à pouvoir êtes lus aussi bien séparément qu’à la suite des uns des autres.
« Monsieur Pierre Souvestre s’engage à écrire jusqu’à vingt-quatre de ces volumes, Mais M. Fayard ne s’engage quant à présent que pour la publication de cinq volumes, se réservant suivant le succès obtenu soit d’arrêter, soit de continuer, et dans ce cas de fixer le nombre de volumes à faire.
« Comme droit d’auteur, M. Pierre Souvestre recevra de M. Fayard une somme de deux mille francs par volume à soixante-cinq centimes et pour un tirage à cinquante mille exemplaires net, soit cinquante cinq mille avec les passes d’usage.
« Si le tirage dépasse cinquante mille exemplaires net, M. Pierre Souvestre touchera trois centimes par exemplaire tiré au-dessus de ce chiffre, déduction faite de la passe et cela au fur et à mesure des tirages.
« En cas de retard pour n’importe quelle cause que ce soit M. Fayard pourra continuer l’ouvrage par un auteur de son choix, sans être tenu à aucune indemnité vis-à-vis de M. Pierre Souvestre qui, naturellement, perdrait tous ses droits sur les volumes non écrits par lui. »
 
Sources :
Souvestre & Allain : Fantômas – I
édition établie et présenté par Francis Lacassin – Coll. Bouquins – Laffont, 1991
ALFU : L’Encyclopédie de Fantômas
Chez l’auteur, 1981

???

Bêêêêêêê !!!


Mais que doit avouer Honorin ?

Bon, c'est facile, puisque l'indication est sur le net, mais c'est trop bon...

Camelottes

Camelottes : Ouvrages peu soignés et mal payés. Reliures à la grosse.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

« Si nous avions rencontré Rothschild
nous lui aurions prêté cent sous »

Fantômus
 
Passent quelques jours, et puis nous recevons une lettre de M. Arthème Fayard, qui était un grand éditeur, ce que nous ignorions complètement, et qui nous convoquait, Souvestre et moi. Nous sommes allés le voir, persuadés qu’il allait nous acheter l’édition en volume du Rour. Il n’en a pas voulu, mais nous a demandé de lui faire trois bouquins qui pourraient se lire dans un ordre quelconque, qui auraient les mêmes personnages, qui seraient bourrés d’intrigues et qui auraient un titre sensationnel. Nous sommes ressortis du bureau de Fayard en disant, c’est un type qui n’est pas sérieux, il ne sait pas ce qu’il veut, pas la peine de s’occuper de cela. Rentrés chez nous, nous avons commencé à nous disputer : Mais non, mon idée est meilleure que la tienne. — Pas du tout c’est la mienne qu’il faut faire. », etc. Bref, nous avons fait notre premier plan. Il fallait trouver le titre, qui ne venait pas. C’est très difficile de trouver un titre qui porte et reste dans l’esprit du public. Enfin, en allant voir Fayard, dans le métro, j’ai eu une idée. J’ai dit à Souvestre : «  Qu’est-ce que vous diriez d’appeler le héros Fantômus ? — Fantômus ? pas mal ». Il a pris son carnet et a écrit en grosses lettres FANTOMUS. Ça bouge dans le métro. Peu de temps après, nous étions en face de Fayard. « Avez-vous un titre ? — Oui fait Souvestre, que dites-vous de cela ? » Fayard regarde et dit : « Fantômas, ah mais c’est très bien Fantômas. » Nous avons applaudi, mais n’avons pas dit que c’était lui qui l’avait trouvé. Le livre est sorti, il y en avait des piles chez les libraires. Nous étions convaincus, Souvestre et moi, que cela ne se vendait pas, c’était un ratage noir. Mon Dieu, ce sont des choses qui arrivent. Ce qui est arrivé, c’est la fin du mois. A ce moment là, nos prix étaient modestes, un livre nous était payé 2500 francs. Nous nous sommes présentés à la caisse avec le sourire des gens qui vont toucher la fortune et le caissier nous a dit : « Pas d’accord, il faut voir M. Fayard. — Comment, pas d’accord ? » J’avais, je le répète, environ vingt ans à ce moment-là, j’étais un coq dressé sur ses ergots et j’ai dit à Souvestre : « Ah ça, Fayard ne nous aura pas, j’ai signé, j’ai vu mes engagements, il a signé, il tiendra les siens, on fera le procès ! » Pierre me disait : « Doucement, doucement, tout de même, c’est un gros bonhomme, Fayard, vous n’allez pas… — Ça m’est égal, je le ferai marcher ! » Je suis entré dans le bureau de Fayard comme un homme en colère qui va tout avaler. «  Monsieur, il y a votre signature, vous nous devez 2500 francs, il faut payer 2500 francs ! Je vous assignerai. » Fayard a pris un carnet de chèques, très tranquillement et a signé. « Alors il y aura procès », dit-il en me tendant un chèque. J’ai regardé le chèque, j’étais absolument stupéfait : « 25 000 francs ! » Fayard a eu un sourire gentil et m’a dit : « Je crois, Monsieur, que vous ne vous y connaissez pas pour lire les chiffres, lisez mieux. » Il n’y avait pas 25 000, il y avait 250 000 francs et ce n’était qu’un à-valoir. « Jamais on a tiré autant, vous avez un gros succès, faites-moi une quatrième volume tout de suite. » Nous sommes sortis de chez Fayard complètement affolés. Si nous avions rencontré Rothschild nous lui aurions prêté cent sous, on serait peut-être monté à dix francs avec Rockfeller.

Marcel Allain 
Extrait de : « Conférence de Verviers, 1967 »
in : Nouvelle Revue des Études fantomassiennes
Joëlle Losfeld, 1993

Ce pauvre vieux...


Mais de quel "auteur si mal traduit jusqu'à maintenant" — aux dires du personnage de droite — s'agit-il ici ?

Cambrer

Cambrer : Lorsqu'on termine le volume par la polissure, l'ouvrier passe le fer à polir sur le plat antérieur des cartons, en allant du dos vers la gouttière, afin de leur donner une légère forme convexe qui les force à s'appliquer plus parfaitement surt les feuilles du volume : cela s'appelle cambrer.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Une historiette de George — 4


La quarantaine échevelée et grisonnante, un type entre et se dirige droit vers moi en claironnant :
— BONJOUR MADAME ! Je m'installe dans le quartier et j'aimerais déposer chez vous — oh, pardon : Monsieur ! — quelques annonces publicitaires pour mon activité.
— Hé bien, écoutez, je n'ai pas beaucoup de place : comme vous le voyez, tout est envahi par les livres, mais… qu'est-ce que vous faites, au juste ?
— Je suis voyant… 

Merde

Allez, je vous ai fait souffrir à la précédente devinette, je vous en mets une très facile pour compenser. Même que pour corser la chose on va vous demander à qui cette courte missive est adressée, par qui elle est signée et, pourquoi pas, nous donner le contexte, la date et le lieu de la préoriginale ainsi que l’originale, tellement c’est fastoche !
 
« Monsieur ***,
 
Vous êtes un farceur, mais un farceur pas aimable, ce qui gâte tout.
Vous êtes avec cela de la plus grande mauvaise foi, ce qui complique les choses et c’est embêtant.
A la lettre que vous venez de m’adresser on répond : merde et c’est ce que je fais.
 
*** »
A vous de jouer !

Une historiette de Béatrice XLI


J'ai actuellement dans ma boutique l'homme qui sait tout des livres, qui connaît toutes les éditions, qui a offert à ses fils (13 et 8 ans ?) toutes les éditions originales dont il parle avidement, avec eux. Très fort, bien entendu.

Brocheuse

Brocheuse : Ouvrière qui coud ensemble, selon l'ordre des signatures, toutes le feuilles d'un volume, et qui les couvre d'un papier de couleur.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

La baignade d'un écrivain

« L’été 1751, *** se baignait dans la Seine, une voiture verse tout près de là. Il se précipite et trouve une jeune femme renversée dans l’herbe. Il l’aide à se relever et se rendant compte qu’il est tout nu : “Madame, dit-il, excusez-moi, je n’ai pas mes gants.” »
 
Mais qui est donc cet écrivain ?