Affiner

Affiner : Coller sur le carton des feuilles de papier ou de parchemin, pour lui donner de la fermeté. On dit : affiner le carton.
Vocabulaire des mots techniques employés dans l'art du relieur
in : Lenormand & Maigne : Le Relieur
Encyclopédie Roret - 1932

Une historiette de Béatrice XXXIX


Bonjour madame, je possède une très belle édition en 3 volumes avec illustrations protégées par papier sur la guerre de 14. Ça raconte la guerre de 14, avec plein de détails. En état parfait, vu que ça date de 1916.

M. le Chef de Service du Pantin-Phoscao

Non seulement le Phoscao fortifiait les enfants déficients mais il préparait les élites de demain ! Ainsi ces deux fascicules dans un remarquable état de fraîcheur, conservés par votre Tenancier, faisaient partie de « l’édition de propagande » de cette vénérable maison, sous la férule d’un Chef de Service comme le notifie le n° 29 reproduit ci-dessous. Notons que si le n° 3 est gratuit et ne présente que huit pages, l’autre numéro, pratiquement deux ans après, en compte quatre de plus et propose un abonnement pour 3 francs à régler par timbre-poste.
Que dire de ces publications à vocation publicitaire, sinon que, au moins, on savait à quoi s’attendre question propagande ? Vous en avez eu un échantillon au précédent billet. Cela fait partie encore une fois de cette fraction du livre et de l’imprimé qui n’a pas dû passer en masse la barrière des années, à cause du papier fragile et du peu d’importance que le contenu pouvait avoir. Et pourtant ceci est un témoignage. A côté des Rabier, Brunhoff et autres ouvrages pour enfants sages et plutôt rupins, il y avait tous ces petits livres maintenant disparus, comme ces Pantins, et qui devaient sûrement faire la masse des publications pour la jeunesse, à une période de l’enfance où se forge précisément quelques pans de l’imaginaire.
Je m’imagine le docte Chef de Service régnant sur ses publications tels un Néron en manches de lustrine, à veiller sur la juste proportion de propagande et de gaudriole enfantine qu'il faudra glisser dans son fascicule. Sans doute avalait-il son grand bol de Phoscao tous les matins et c’était pour cette raison qu’il était chef, après tout.
Et c’est peut être pour cela que, n’étant pas fanatique du chocolat, je ne risque pas de le devenir.

(Comme d'habitude, cliquez sur les images pour les agrandir)

Voilà donc pourquoi le Tenancier n'a pas réussi dans la vie... il avait toutefois des excuses !

Un livre du Docteur Ludwig Brubaker


Mais dans quel film apparaît cette couverture de livre ?
(C'est faciiiile !)

Rollo Greb

On trouva le sauvage, l’extatique Rollo Greb, et on passa une nuit chez lui à Long Island. Rollo habite une jolie maison avec sa tante ; à la mort de celle-ci, la maison sera toute à lui. En attendant, elle se refuse à satisfaire le moindre de ses désirs et hait ses amis. Il récolta l’équipe déguenillée que nous formions, Dean, Marylou, Ed et moi, et une soirée tapageuse se mit en branle. La bonne femme rôdait à l’étage au-dessus ; elle menaça d’appeler la police. « Oh, la ferme, espèce de vieux sac ! », gueula Greb. Je me demandais comment il pouvait vivre avec elle dans ces conditions. Il possédait plus de livres que j’en ai jamais vus de toute ma vie, deux bibliothèques, deux pièces garnies du plancher au plafond et sur les quatre murs, et des livres tels que le Machinum Apocryphum en dix volumes. Il passait des opéras de Verdi et les mimait drapé dans son pyjama, avec une grande déchirure qui lui descendait dans le dos. Il se foutait royalement de tout. C’est un homme de grande érudition qui déambule en titubant le long des quais de New York avec des manuscrits originaux de musiciens du XVIIe siècle sous le bras, tout en gueulant. Il se traîne dans les rues comme une grosse araignée. Son excitation jaillissait de ses yeux par éclairs démoniaques. Il ployait la nuque dans une extase spasmodique. Il zézayait, se tordait en convulsions, s’affalait, gémissait, hurlait, tombait à la renverse de désespoir. Il pouvait à peine placer un mot tellement ça l’excitait de vivre. Dean Restait planté devant lui, opinant du chef et répétant sans arrêt : « Oui… oui… oui. » Il me prit dans un coin. « Ce Rollo Greb est grand, admirable entre tous. Voilà ce que j’ai essayé de t’expliquer, voilà ce que je veux être. Je veux être comme lui. Rien ne le freine, il va dans toutes les directions, à toute vitesse, il a l’intuition du temps, il n’a rien d’autre à faire qu’à se laisse ballotter d’avant en arrière. Mec, il est exemplaire. Vois-tu, si tu fais comme lui sans arrêt, tu finiras par atteindre ça.
— Atteindre quoi ?
— Ça. Ça. Je te dirai… pas le temps maintenant, nous n’avons pas le temps maintenant. » Dean se rua de nouveau auprès de Rollo Greb afin de l’étudier plus avant.

Jack Kerouac : Sur la route
(Traduction de Jacques Houbart)


Allan Ansen, modèle de Rollo Greb
(Beatbookcovers.com)

Une historiette de George


Il entre dans la boutique après avoir trouvé dans les boîtes de l'étalage les Méditations métaphysiques en édition récente au Livre de Poche et me tend d'autorité deux pièces de cinquante centimes : « Tenez, c'est un euro.»
Je lui précise que les prix sont indiqués à l'intérieur des livres et que celui-ci coûte trois euros.
« — Comment ? Mais le panneau dehors indique "Prix des poches : 1 €" ! »
Nous sortons et je lui fait remarquer qui ce qui est écrit sur la pancarte, c'est : « Prix des poches en 1ère page ». Il repose le livre et s'en va.
Ce type s'apprêtait à se plonger dans Descartes alors qu'il ne sait pas lire… 

Tiens, on dirait que George est jaloux de Béatrice...

Un petit miracle à 10 centimes

Les quatre rébus que je viens de vous présenter dans les billets précédents sont sans doute plus rares que certaines éditions originales de la même époque actuellement en circulation. Ces quatre petits feuillets font 3 X 8,5 cm et ont été trouvés dans un fascicule non broché de 16 pages dont on retrouvera la reproduction ci-dessous. Il semble que la publication à 10 centimes date de 1923. On pourrait en conclure que ces rébus datent à peu près de la même année. Mais rien n’est moins sûr. La question se pose. Le papier des rébus est plus lisse et légèrement plus brillant. Il semble par ailleurs avoir été légèrement chiffonné, sans doute parce qu’il a été dans un emballage… Pour des sucreries, pour des « surprises » ? Le saura-t-on un jour ? Pour des raisons évidentes, les publications destinées aux enfants nous parviennent rarement complètes ou en bonne condition et on peut considérer comme un petit miracle de trouver ces quatre bandelettes dans un si bel état de conservation. Elles ont pu être ajoutées postérieurement par un précédent propriétaire du fascicule. D'autres histoires sont envisageables...
En bel état également, ces Nouvelles devinettes illustrées comblent leur propriétaire — c’est moi ! — bien plus que s’il possédait une originale de quelque auteur consacré.
La bibliophilie a souvent une grande part d’émotions, et pas forcément pour les choses les plus spectaculaires. En tout cas, pas pour moi.

Rébus n° 4

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Rébus n° 3

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Rébus n° 2

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Rébus n° 1

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Doit-on aider les jeunes auteurs ?

L'auteur bienveillant

Un pauvre et jeune littérateur avait essayé en vain de faire accepter ses manuscrits. De guerre lasse, sentant que bientôt il allait mourir de faim si le sort continuait à s’acharner contre lui, il alla trouver un auteur célèbre et lui exposa sa situation en implorant de lui conseil et assistance. Le brave auteur mit immédiatement de côté ses propres feuillets et commença à parcourir les manuscrits du jeune écrivain découragé.
A la fin de sa lecture il donna une cordiale poignée de main au jeune homme et lui dit : « Votre travail mérite un plus long examen, revenez me voir lundi. »
Au jour dit le célèbre auteur, un aimable sourire aux lèvres, ouvrit sans mot dire un magazine qui, encore humide, revenait à l’instant de l’imprimerie. Quelle ne fut pas la stupeur du jeune homme lorsqu’il reconnut son propre article sur l’une des pages : « Comment pourrai-je jamais vous témoigner ma reconnaissance pour votre générosité ? dit-il en tombant à genoux et en éclatant en sanglots. — Le grand auteur était le célèbre Snodgrass ; le pauvre et jeune débutant tiré de la misère et de l’obscurité devint plus tard le célèbre Snagsby.
Concluons de cette histoire qu’il faut prêter une oreille charitable à tous les débutants qui implorent votre assistance.

Suite

La semaine suivante, Snagsby revint avec cinq manuscrits refusés. Le grand auteur fut un peu surpris, car à son sens le jeune écrivain n’avait besoin que d’un léger coup d’épaule pour le mettre en évidence. Il consentit cependant à parcourir ses manuscrits, supprimant des fleurs de rhétorique inutiles, des qualificatifs forcés et exagérés ; après ces allègements, il réussit à faire accepter deux de ses articles.
Une semaine plus tard, Snagsby, reconnaissant, arriva avec un nouveau bagage de manuscrits. Le célèbre auteur avait éprouvé une vive satisfaction la première fois qu’il était venu en aide avec succès au jeune débutant, et il s’était félicité de sa généreuse action. Mais cette fois son enthousiasme se ralentit. Pourtant il lui parut impossible de repousser ce jeune écrivain qui se cramponnait à lui avec tant de confiance et de simplicité.
Le fin mot de tout ceci fut que le célèbre auteur se trouva complètement empêtré de ce débutant. Tous ses efforts généreux pour alléger le bagage de Snagsby restèrent infructueux ; il dut chaque jour lui prodiguer ses conseils, ses encouragements, solliciter l’acceptation de ses manuscrits et même de les retoucher pour les rendre présentables.
Lorsqu’un beau jour le jeune aspirant prit enfin son vol, il acquit une renommée subite en décrivant la vie privée du célèbre auteur avec une verve si caustique, si mordante et si humoristique que le livre se vendit d’une façon prodigieuse et que ce succès jeta la consternation dans l’âme du grand auteur mortifié.
En rendant son dernier soupir il murmura : « Hélas ! les livres m’ont trompé ; ils ne disent jamais que la moitié de l’histoire. Méfiez-vous, mes amis, des jeunes auteurs débutants. Que l’homme présomptueux ne s’avise jamais de secourir celui que Dieu a condamné à mourir de faim. »

in : Mark Twain : Les Peterkins, et autre contes
(Traduit par François de Gail)


Un cadeau d'anniversaire

On sait l’attachement tout particulier de votre Tenancier envers les productions de Kollektiev Tod. Lors du dernier salon Pages qui a eu lieu en novembre — comme d’habitude — il reçut en cadeau d’anniversaire un exemplaire de leur dernier ouvrage. Comme quoi il est parfois quelques bonheurs d’être mortel.
On vous en donne quelques images et on vous incite à le traquer lors de leur passage dans des manifestations consacrées au livre contemporain.

Cliquez sur les images pour mieux voir...








Nos 10/18 (48e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Mon cher Tenancier,
Il y a bien trop longtemps que je ne vous ai envoyé de disdizuitième liste. C’est que j’attendais, voyez-vous, d’en avoir plus de dix. Vous connaissez, n’est-ce pas, le plaisir que je tire à vous gratter le poil en ne respectant pas vos consignes. Je me souviens d’ailleurs que vous enjoigniez, à l’occasion de mon dernier envoi, les correspondants qui désobéiraient au cahier des charges en vous livrant une liste outrepassant l’arbitraire dizaine, d’y joindre, sous peine de ne pas paraître, une supplique en vers. Eh bien, je ne me plierai pas davantage à cet autre dictat. Pas par mauvais esprit, non, vous savez combien, au fond, je suis docile et combien je suis prêt à me tirer le poil pour grattouiller votre plaisir. Non, pas par mauvais esprit, mais parce que des vers – en l’espèce des alexandrins – vos habitués ont déjà eu l’heur d’en goûter quelques-uns ces dernières semaines ; et parce que deux tomes, à bien y regarder, font un seul titre et me gardent gentiment, presque, dans le cadre.
Vous ne m’en voudrez pas de redonner dans cette liste des titres déjà présentés par d’autres. C’est un peu la loi du genre. Et c’est un peu le problème de ce gouffre dans lequel vous et George m’avez plongé. Car finiséculant jusqu’ici, en toute tranquillité, voici que se découvrent à moi d’autres séries, et le génie de Lacassin, et les critiques de Jean-Louis Bory que je ne connaissais alors qu’à travers l’excellent spectacle de François Morel. Aussi est-ce un peu de votre faute si ma bibliothèque débordera toujours…


SPiRitus

Réponse du Tenancier : 
Il en est fort aise...



N°265
Jean COCTEAU
ENTRETIENS AVEC ANDRÉ FRAIGNEAU
Préface par Pierre de Boisdeffre
Collection dirigée par Michel-Claude Jalard
1965
[couverture : Photo R.T.F.]
N°686
Jean-Louis BORY
LA NUIT COMPLICE
CINÉMA II (1966-1968)
1972
[couverture : de Pierre Bernard]
N°753
Jean-Louis BORY
OMBRE VIVE
CINÉMA III (année 1969 ; flashes-back sur le cinéma des années soixante)
1973
[couverture : de Pierre Bernard]
N°867
Francis LACASSIN
MYTHOLOGIE DU ROMAN POLICIER 1
1974
[couverture : de Pierre Bernard]
N°868
Francis LACASSIN
MYTHOLOGIE DU ROMAN POLICIER 2
1974
[couverture : de Pierre Bernard]
N°991
Gustave LE ROUGE
LE MYSTÉRIEUX DOCTEUR CORNÉLIUS 3
1975
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1075
Gustave LE ROUGE
LA PRINCESSE DES AIRS 1
1976
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1213
TOPOR
FOUR ROSES FOR LUCIENNE
1986
[couverture: dessin de Topor (detail)]
N°1372
Rudyard KIPLING
RETOUR DE PUCK
Bibliographie par Francis Lacassin
Série « L’appel de la Vie » dirigée par Francis Lacassin
1980
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1494
Remy de GOURMONT
SIXTINE (Roman de la vie cérébrale)
suivi de Lettres à Sixtine
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de siècle » dirigée par Hubert Juin
1982
[couverture : Salomé dansant devant Hérode (détail) par Gustave Moreau]
N°1729
Paul-Jean TOULET
MON AMIE NANE – MONSIEUR DU PAUR – LES CONTRERIMES
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de siècle » dirigée par Hubert Juin
1985
[couverture : La loge (détail) par Vuillard]