Un petit miracle à 10 centimes

Les quatre rébus que je viens de vous présenter dans les billets précédents sont sans doute plus rares que certaines éditions originales de la même époque actuellement en circulation. Ces quatre petits feuillets font 3 X 8,5 cm et ont été trouvés dans un fascicule non broché de 16 pages dont on retrouvera la reproduction ci-dessous. Il semble que la publication à 10 centimes date de 1923. On pourrait en conclure que ces rébus datent à peu près de la même année. Mais rien n’est moins sûr. La question se pose. Le papier des rébus est plus lisse et légèrement plus brillant. Il semble par ailleurs avoir été légèrement chiffonné, sans doute parce qu’il a été dans un emballage… Pour des sucreries, pour des « surprises » ? Le saura-t-on un jour ? Pour des raisons évidentes, les publications destinées aux enfants nous parviennent rarement complètes ou en bonne condition et on peut considérer comme un petit miracle de trouver ces quatre bandelettes dans un si bel état de conservation. Elles ont pu être ajoutées postérieurement par un précédent propriétaire du fascicule. D'autres histoires sont envisageables...
En bel état également, ces Nouvelles devinettes illustrées comblent leur propriétaire — c’est moi ! — bien plus que s’il possédait une originale de quelque auteur consacré.
La bibliophilie a souvent une grande part d’émotions, et pas forcément pour les choses les plus spectaculaires. En tout cas, pas pour moi.

Rébus n° 4

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Rébus n° 3

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Rébus n° 2

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Rébus n° 1

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Doit-on aider les jeunes auteurs ?

L'auteur bienveillant

Un pauvre et jeune littérateur avait essayé en vain de faire accepter ses manuscrits. De guerre lasse, sentant que bientôt il allait mourir de faim si le sort continuait à s’acharner contre lui, il alla trouver un auteur célèbre et lui exposa sa situation en implorant de lui conseil et assistance. Le brave auteur mit immédiatement de côté ses propres feuillets et commença à parcourir les manuscrits du jeune écrivain découragé.
A la fin de sa lecture il donna une cordiale poignée de main au jeune homme et lui dit : « Votre travail mérite un plus long examen, revenez me voir lundi. »
Au jour dit le célèbre auteur, un aimable sourire aux lèvres, ouvrit sans mot dire un magazine qui, encore humide, revenait à l’instant de l’imprimerie. Quelle ne fut pas la stupeur du jeune homme lorsqu’il reconnut son propre article sur l’une des pages : « Comment pourrai-je jamais vous témoigner ma reconnaissance pour votre générosité ? dit-il en tombant à genoux et en éclatant en sanglots. — Le grand auteur était le célèbre Snodgrass ; le pauvre et jeune débutant tiré de la misère et de l’obscurité devint plus tard le célèbre Snagsby.
Concluons de cette histoire qu’il faut prêter une oreille charitable à tous les débutants qui implorent votre assistance.

Suite

La semaine suivante, Snagsby revint avec cinq manuscrits refusés. Le grand auteur fut un peu surpris, car à son sens le jeune écrivain n’avait besoin que d’un léger coup d’épaule pour le mettre en évidence. Il consentit cependant à parcourir ses manuscrits, supprimant des fleurs de rhétorique inutiles, des qualificatifs forcés et exagérés ; après ces allègements, il réussit à faire accepter deux de ses articles.
Une semaine plus tard, Snagsby, reconnaissant, arriva avec un nouveau bagage de manuscrits. Le célèbre auteur avait éprouvé une vive satisfaction la première fois qu’il était venu en aide avec succès au jeune débutant, et il s’était félicité de sa généreuse action. Mais cette fois son enthousiasme se ralentit. Pourtant il lui parut impossible de repousser ce jeune écrivain qui se cramponnait à lui avec tant de confiance et de simplicité.
Le fin mot de tout ceci fut que le célèbre auteur se trouva complètement empêtré de ce débutant. Tous ses efforts généreux pour alléger le bagage de Snagsby restèrent infructueux ; il dut chaque jour lui prodiguer ses conseils, ses encouragements, solliciter l’acceptation de ses manuscrits et même de les retoucher pour les rendre présentables.
Lorsqu’un beau jour le jeune aspirant prit enfin son vol, il acquit une renommée subite en décrivant la vie privée du célèbre auteur avec une verve si caustique, si mordante et si humoristique que le livre se vendit d’une façon prodigieuse et que ce succès jeta la consternation dans l’âme du grand auteur mortifié.
En rendant son dernier soupir il murmura : « Hélas ! les livres m’ont trompé ; ils ne disent jamais que la moitié de l’histoire. Méfiez-vous, mes amis, des jeunes auteurs débutants. Que l’homme présomptueux ne s’avise jamais de secourir celui que Dieu a condamné à mourir de faim. »

in : Mark Twain : Les Peterkins, et autre contes
(Traduit par François de Gail)


Un cadeau d'anniversaire

On sait l’attachement tout particulier de votre Tenancier envers les productions de Kollektiev Tod. Lors du dernier salon Pages qui a eu lieu en novembre — comme d’habitude — il reçut en cadeau d’anniversaire un exemplaire de leur dernier ouvrage. Comme quoi il est parfois quelques bonheurs d’être mortel.
On vous en donne quelques images et on vous incite à le traquer lors de leur passage dans des manifestations consacrées au livre contemporain.

Cliquez sur les images pour mieux voir...








Nos 10/18 (48e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Mon cher Tenancier,
Il y a bien trop longtemps que je ne vous ai envoyé de disdizuitième liste. C’est que j’attendais, voyez-vous, d’en avoir plus de dix. Vous connaissez, n’est-ce pas, le plaisir que je tire à vous gratter le poil en ne respectant pas vos consignes. Je me souviens d’ailleurs que vous enjoigniez, à l’occasion de mon dernier envoi, les correspondants qui désobéiraient au cahier des charges en vous livrant une liste outrepassant l’arbitraire dizaine, d’y joindre, sous peine de ne pas paraître, une supplique en vers. Eh bien, je ne me plierai pas davantage à cet autre dictat. Pas par mauvais esprit, non, vous savez combien, au fond, je suis docile et combien je suis prêt à me tirer le poil pour grattouiller votre plaisir. Non, pas par mauvais esprit, mais parce que des vers – en l’espèce des alexandrins – vos habitués ont déjà eu l’heur d’en goûter quelques-uns ces dernières semaines ; et parce que deux tomes, à bien y regarder, font un seul titre et me gardent gentiment, presque, dans le cadre.
Vous ne m’en voudrez pas de redonner dans cette liste des titres déjà présentés par d’autres. C’est un peu la loi du genre. Et c’est un peu le problème de ce gouffre dans lequel vous et George m’avez plongé. Car finiséculant jusqu’ici, en toute tranquillité, voici que se découvrent à moi d’autres séries, et le génie de Lacassin, et les critiques de Jean-Louis Bory que je ne connaissais alors qu’à travers l’excellent spectacle de François Morel. Aussi est-ce un peu de votre faute si ma bibliothèque débordera toujours…


SPiRitus

Réponse du Tenancier : 
Il en est fort aise...



N°265
Jean COCTEAU
ENTRETIENS AVEC ANDRÉ FRAIGNEAU
Préface par Pierre de Boisdeffre
Collection dirigée par Michel-Claude Jalard
1965
[couverture : Photo R.T.F.]
N°686
Jean-Louis BORY
LA NUIT COMPLICE
CINÉMA II (1966-1968)
1972
[couverture : de Pierre Bernard]
N°753
Jean-Louis BORY
OMBRE VIVE
CINÉMA III (année 1969 ; flashes-back sur le cinéma des années soixante)
1973
[couverture : de Pierre Bernard]
N°867
Francis LACASSIN
MYTHOLOGIE DU ROMAN POLICIER 1
1974
[couverture : de Pierre Bernard]
N°868
Francis LACASSIN
MYTHOLOGIE DU ROMAN POLICIER 2
1974
[couverture : de Pierre Bernard]
N°991
Gustave LE ROUGE
LE MYSTÉRIEUX DOCTEUR CORNÉLIUS 3
1975
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1075
Gustave LE ROUGE
LA PRINCESSE DES AIRS 1
1976
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1213
TOPOR
FOUR ROSES FOR LUCIENNE
1986
[couverture: dessin de Topor (detail)]
N°1372
Rudyard KIPLING
RETOUR DE PUCK
Bibliographie par Francis Lacassin
Série « L’appel de la Vie » dirigée par Francis Lacassin
1980
[couverture : de Pierre Bernard]
N°1494
Remy de GOURMONT
SIXTINE (Roman de la vie cérébrale)
suivi de Lettres à Sixtine
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de siècle » dirigée par Hubert Juin
1982
[couverture : Salomé dansant devant Hérode (détail) par Gustave Moreau]
N°1729
Paul-Jean TOULET
MON AMIE NANE – MONSIEUR DU PAUR – LES CONTRERIMES
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de siècle » dirigée par Hubert Juin
1985
[couverture : La loge (détail) par Vuillard]

Les avantages du lit

On se souvient que, l'été dernier, on s'était amusé ici à harceler nos lecteurs de questions, comme dans un vulgaire commissariat. On avait interrompu ce jeu à la rentrée, mais il restait encore une question posée par Bertrand Redonnet, trop longuement oubliée dans un coin. La voici. Il était temps de vous faire travailler !
De qui est donc ce texte ?

On a eu tort de railler l’inefficacité des révolutionnaires de salon, car il ne s’est déroulé aucune révolution dont le sort ne fût scellé dans les cénacles intellectuels, pour le malheur de ceux qui les avaient entreprises de leur sang.
Du moins, le lit a sur les salons, les cafés, les sectes, les réunions de famille, l’avantage d’inciter médiocrement à pérorer, régenter, récupérer, travailler à la gloire des batailles et mener la guerre à coups de proclamations. Il incline à rêver, à paresser, à caresser, à jouir au point de devenir sourd aux ordres, insensible à la peur, avide d’infinies voluptés. Et quel privilège ! Ceux qui sortent du lit pour prendre les armes savent enfin pourquoi ils veulent se battre.

On peut également, de son lit, consulter le blog de Bertrand.

Une historiette de Béatrice XXXVIII


Lumière éteinte, le bac à 1 euro rentré, la veste enfilée, le sac en bandoulière et les clés à la main je me dirige vers la porte. Il rentre et me demande:
 « Les livres sur la religion c'est dans quel coin ? Vous allez bien rallumer pour moi! ».

Un Shakespeare pour 16 fr. 50 !

[…] Quant au maximum que tu as fixé et qui fait en tout 410 francs après quelques rectifications faites à ton calcul, il n’est pas si excessif. Nourriture : 2 fr. 50 par jour pendant 30 jours = 75 francs, chambre 40 francs ; voyage 100 francs = 215 francs. Il reste donc 195 francs pour examen et dépenses imprévues. Eh bien, examen et inscription, 165 francs. Il ne reste que 30 francs pour blanchissage, port de lettres, etc. Que sais-je ? cette somme est forte, il est vrai, aussi ne prétends-je pas la dépenser. Au reste, tout ceci ne doit pas être une question de chiffres, mais de confiance, c’est surtout ainsi que je la comprends et la liquidation mensuelle le prouvera je l’espère. […]
(Jules Verne à son père — 17 juillet 1848)

[…] J’ai encore une passion malheureuse ! Je suis dans le plus affreux dénûment de livres de littérature, et j’ai des crispations nerveuses quand je passe devant la boutique d’un libraire !
Je ne puis me passer de livres, c’est impossible ! Je les paierai plutôt sur les fonds de caisse d’épargne ! Ainsi pour 16 fr. 50, édition Charpentier, ce qui valait 25 francs j’ai acheté les œuvres complètes de Shakespeare. C’est une excellente affaire, mais c’est bien peu de chose. Oh ! si tu étais à Paris comme tu ferais d’excellents marchés ! Un Walter Scott complet et bien relié 32 volumes pour 60 francs ! Un Scribe complet relié pour 50 francs ! Tout ceci est admirable et il en est des milliers de la sorte. […]
(Jules Verne à son père — 6 décembre 1848)
In : Bulletin de la Société Jules Verne (1938)

La vie parisienne du Tenancier

Mais que fait donc le Tenancier lorsqu’il se promène à Paris ? Eh bien, il va dépenser les quelques sesterces à sa disposition chez des confrères pour acheter des livres. La plupart du temps, il en fait l’acquisition pour sa pomme car, outre de piller parfois son propre fonds il tombe sur des choses curieuses intéressantes ou bien nostalgiques. C’est ainsi qu’il acheta récemment chez George WF Weaver tout un lot de James Hadley Chase, qui est en quelque sorte l’auteur de la famille. Et quand il ne va pas voir George, ses pas le dirigent automatiquement vers la librairie Entropie où il s’adonne au même plaisir de l’épluchage des rayons. Inutile de vous en dire plus et mettons plutôt sous vos yeux quelques acquisitions déjà lues ou à lire. C’est dommage pour vous, ces ouvrages ne sont plus disponibles dans ses rayons. Mais il y en a d’autres !
 
Et si vous êtes curieux de la librairie, on ne peut que vous inciter à aller la visiter pour profiter de la voix mélodieuse chaude et intelligente de Vincent qui la tient à bout de bras. Puissiez vous en repartir sac un sac rempli à ras bord (de livres, bien sûr, vous êtes priés de laisser Vincent...)

Salauds de pauvres
... et en plus ils vendent leurs livres !

Voici l’extrait d’un échange entre votre serviteur et une personne, dénommée ci-dessous L’artiste sur un réseau social bien connu. Celui-ci, ignorant sans doute que l’intelligence conseille toujours de porter une critique sur ce qui est dit et non sur ce que l’on suppose d’autrui m’a accusé clairement d’estamper des pauvres qui viendraient me vendre leur bibliothèque. Ces assertions relèvent de l’insinuation malveillante, voire de la diffamation. Je ne suis pas du genre à avoir recours à des voies qui m’indisposeraient pour avoir raison de cette appréciation. Je lui ai donc répondu directement et, contrairement à lui, sur ses propos et de la logique qui en découlait.
On a volontairement retiré des répliques d’autres personnes qui n’apportaient rien de plus, changé les noms en pseudos, élagué ma dernière réplique et laissé les éventuelles coquilles. Ce qui suit est ce qui reste de ce que j’ai pu sauvegarder. L’échange — si l’on peut dire — continue, mais je n’ai pas eu la possibilité de le conserver. Mais après tout, je vous épargne les dérives scatologiques de mon interlocuteur. Qu’il ne me remercie pas. J’épargne seulement mes lecteurs…


La Libraire :
— « Quatre et trois, sept euros s'il vous plaît.
Vous me faites un prix?
Non madame.
Les affaires reprennent. »
[...]

La libraire :
— Jusqu'alors je ne disais pas non justement et je pirouettais ainsi, et je viens d'apprendre à dire non. Aussi je ne m'en prive plus.

L'artiste :
— Mais en même temps, ça fait partie du jeu, non ?

Le Tenancier :
— Non, ça ne fait pas partie du jeu. On ne fait pas un prix en ayant l'arrière pensée de le vendre moins. On estime un livre à son prix. Il faut un peu désapprendre à vouloir tout négocier. Le faire, c'est d'ailleurs marquer son mépris pour le libraire et ses connaissances. Pardon pour cette réponse brutale, mais est-ce que vous allez négocier vos pompes ou votre baguette ? Même si le livre est d'occasion il a une valeur, estimée par un professionnel.

L'artiste :
— Oui, je négocie mes pompes ... je les achète aussi d'occasion ... la baguette, non, ça me ballonne ...

Le Tenancier :
— Y'a rien à répondre à ça.

L'artiste :
— Á réponse brutale, commentaire désolant ... 1 point partout, la balle au centre ...

Le Tenancier :
Effectivement, la dialectique de bac à sable, n'est pas ce qu'on peut considérer comme un "commentaire" et la métaphore sportive n'est pas non plus ce qu'il y a de plus spirituel. Je comprends maintenant : à force de vouloir tout avoir au rabais, on en a aussi les productions de l'esprit.

L'artiste :
— Yves, n'oubliez surtout pas que les livres sont écrits par d'autres que vous. N'adoptez pas de posture d'intellectuel délicat avec autant de mépris face à ce que j'ai écrit. Vous ne me connaissez pas, vous ne savez absolument pas si je dis vrai ou pas. Par contre votre posture hautaine, tant vis à vis des amateurs de sport que des "pauvres" gens me semble être véritablement sincère de votre part. Justement, des gens comme vous ont réussi récemment à faire virer du Musée d'Orsay des "pauvres" gens parce qu'ils sentaient mauvais (*). Et tout ça parce que j'ai eu le malheur de parler de "jeu" ... Et n'oubliez pas non plus que très souvent, les gens qui vendent des livres à vil prix à des bouquinistes, c'est justement parce qu'ils ont besoin d'argent (*) ... pour finir, je crois que ce n'est pas parce que vous avez la TVA ou quelque autre charge à payer en ce moment qu'il faut prendre les clients qui demandent un rabais pour des brutes épaisses, indignes d'une quelconque marque d'humanité (*). Je vous plains finalement. Et comme dit le commentaire précédent, c'est bien "de camper sur ses positions", on peut crever la gueule ouverte, droit dans ses bottes, mais au moins, on n'aura pas touché un pauvre ou quelqu'un qui risquait de remettre en question vos certitudes.

(*) : C'est Le Tenancier qui souligne...

Le Tenancier :
— Monsieur l'Artiste, j’ai patienté un tantinet avant de vous écrire ma réponse, parce que vous vous doutez tout de même bien que j’allais pas laisser passer vos propos, tout de même Il ne faut jamais s’énerver et être mesuré dans sa réponse. J’ai été mesuré :
Monsieur L'Artiste vous êtes un lavedu. J’aurais pu utiliser un autre terme qui aurait signifié que je vous prends également pour un mal comprenant ce qui serait plutôt une excuse parce que cela relèverait alors d’un état pathologique, surtout dans les Alpes à ce qu’il paraît. J'ai des doutes, de toute façon.
Je vous rassure tout de suite, si j’ai pris des précautions oratoires, c’était surtout en égard à la libraire dont je sais la délicatesse et surtout la peine quotidienne dans l’exercice de son travail, surtout lorsque l’on découvre que ses clients – et même des gens qui la fréquentent sur ce réseau – considèrent comme normal de réclamer après les prix marqués par ma consœur. Ma conversation privée avec elle me délie un peu de ce respect. Qu’elle me pardonne toutefois. Vous voici ainsi rassuré, je ne vous demandais pas pardon d’un supposée brutalité de mes propos car je sais que des gens comme vous ne voient que ce qu’ils ont envie de contempler. J’espère que cela ne vous donne pas le vertige.
Vous avez cru bon de vous répandre un peu plus après que vous ayez sans doute découvert que vous aviez dit une connerie. Le problème avec des gens comme vous c’est que c’est toujours après. Ainsi donc dans votre, euh … « prolongement », vous me rappelez que les livres sont écrits par d’autres que moi. Tiens donc ? Et qu’est-ce que cela prouve ? Que je n’écris pas les livres que je vends ? J’espère au moins que vous ne fabriquez pas tout ce que vous consommez et achetez au rabais. Ensuite, vous m’accusez de mépriser le sport au prétexte que je trouvais votre métaphore pauvre et quelque peu téléphonée. Je vous mets en garde : si je parle de « téléphoné », n’allez surtout pas croire que j’approuve les suicides à France Télécom, on ne sait jamais, avec des flèches comme vous… Je vous confirme, je me moque un peu des anabolisés surpayés, c’est pas mon truc (mais j’ai été en club de basket dans ma folle jeunesse et il m’arrive de marcher 40 km). Mais là n’était pas la question. Votre réponse était inepte, approximative et procédait seulement du détournement, précisément pour éviter le cœur du problème, le fait que vous approuviez que l’on puisse tout marchander. Est-ce parce qu’on vous aurait négocié votre salaire et que vous n’avez su dire non ? C’est assez commun de supposer chez autrui les faiblesses que l’on cèle à son entourage. Ma posture hautaine est très relative, je tiens tout spécialement à vous rassurer sur ce propos, ce n’est qu’une question de perspective tout empreinte de relativité. En somme cela n’a tenu qu’à vous. Encore fallait-il en être capable. Pour ma part, me mettre à votre niveau augurait plus qu’un abaissement, surtout à la lueur de votre diatribe sur la pauvreté et des suppositions que vous portiez à mon endroit. Car enfin, Monsieur L'Artiste, mon petit monsieur l'artiste, inférer que je sois le bras armé de la répression au prétexte que je ne suis pas d’accord avec vous résume la teneur de l’agencement malheureux de vos quelques mots. Ainsi, refusant un rabais, je suis du clan des salauds, des ordures qui considèrent les pauvres comme des pue de la gueule et qui doit certainement battre sa femme, c’est sûr ! Au début je me suis fait des effarouchement de petits marquis, je me suis convoqué et je m’étais juré de ne pas aller plus loin qu’un constat un peu amène sur votre compte. Mais, là : non. Ce n’est plus trop possible, la conclusion s’impose, vous êtes un con de la plus belle eau, un carat exceptionnel, une pièce de collection, un moment de grâce dans la muséographie du genre. Bref vous êtes Le Con.
Je crains fort que l’on bouscule la classification Dewey à cause de votre cas.
Je vais vous confier un truc, monsieur l'artiste, je fais des remises, à des clients fidèles, à des gens dont je sais qu’ils ne roulent pas sur l’or. Aux autres, je dis non. Et vous savez pourquoi, mon pauvre monsieur l'artiste ? Parce que je ne gagne pas suffisamment ma vie. J’ai ma librairie et je n’ai pas de quoi bouffer à la fin du mois. (C’est peut être pour ça que je bats ma femme, pour qu’elle me file à becqueter !) Et aussi parce que je ne méprise pas ce que je vends, eh oui ! Et je ne suis pas le seul, figurez-vous, j’ai des noms, des gens qui tentent de s’en sortir face à des personnes qui ont fait un sport de tout négocier, face à des lou ravis qui viennent vous donner des leçons sur la pauvreté en prenant les prétextes les plus débiles. Je vous confirme les dires de la libraire, ce ne sont jamais les plus pauvres qui demandent un rabais, presque jamais. [...] Pardonnez-moi alors de parler comme un libraire qui a pratiquement trente-quatre ans d’expérience derrière-lui et qui n’a pas un liard devant lui, qui n’a pas de plan de retraite et vous savez quoi ? Qui ne regrette rien. Procurez-vous le texte du Bibliophile Jacob sur « Les amateurs de vieux livres ». Vous n’y êtes pas, moi j’y suis. J’en crèverai, mais pas repus, et je m’en fous parce que j’aurais au moins réussi à dire merde à un ou deux nécessiteux de l’intelligence de votre genre et que j’aurai eu encore plus de joies et de convivialités, avec des personnes comme la libraire, tenez. Pour continuer encore un peu, figurez-vous que j’achète des livres pour les revendre. Cela a l’air exotique pour vous, à tel point que vous soupçonnez quiconque pratiquant ce commerce de malhonnêteté puisque, soi-disant, ces pauvres que vous semblez tant aimer sont contraints de nous vendre leurs ouvrages à vil prix. Là si je n’avais pas rigolé si fort, j’aurai écrasé une larme, bien qu’on soit loin d’Eugène Sue. Vous auriez dû, mon petit monsieur l'artiste ajouter que nous mettions également le droit de cuissage sur la cadette de cette famille de pauvres dans nos conditions d’achat. Maintenant, venez donc m’apprendre mon boulot, que je rigole un coup. Permettez, si cela se fait, que je rameute les copains. Avec un de votre espèce c’est pas tous les jours (vous savez… la classification Dewey ?).
Notez encore une chose et puis je boucle : je ne me lamente ni de ma condition ni des charges auxquelles je suis assujetti. J’aimerais même en payer nettement plus, cela signifierait que la libraire ne se porte pas trop mal. En tout cas, je fais ce qui me plaît et j’en suis heureux.
Mais de tout cela je doute fort que vous puissiez l’assimiler. Pas par les voies naturelles je pense. Sans doute vous faudra-t-il le remède de Diafoirus pour que cela parvienne à votre compréhension, tant il est vrai que les voies des mal comprenant sont bien mystérieuses…

Maintenant, je dis ça, je dis rien, mais réfléchissez à deux fois avant de supposer des choses à propos d'un métier auquel vous n'y connaissez goutte. Renseignez-vous, lisez le blog du Tenancier et bien d'autres également, causez aux libraires et aux bouquinistes, faites un effort, quoi !

Henri Laborit, un martin-pêcheur et un 10/18 de plus...

Mais qu’a donc fait votre Tenancier pendant cette absence ? Il a vaqué à différentes choses et a même vu un martin-pêcheur, ce qui l’enchante encore. Le soir, encore ivre de grand air venu du phare ouest il visitait les blogues amis et s’est arrêté tout spécialement et de nouveau sur celui de Floréal où ce dernier exauce en parti le vœu que votre Tenancier avait formulé, c'est-à-dire écouter de nouveau quelques émissions animées par icelui. Alors, zou, on vous y redirige illico, pour cette série d’émission diffusées il y a trente ans (!) sur Radio Libertaire avec, comme invité, Henri Laborit, ce qui nous donne l’occasion de faire preuve d’à-propos en ressortant un de nos 10/18 :
 
 
Au programme :
L’homme et la ville (17 octobre 1984)
La nouvelle grille (24 octobre 1984)
Éloge de la fuite (31 octobre 1984)
De mes couilles au cosmos (7 novembre 1984)
La colombe assassinée (12 novembre 1984)

Vous en avez de la chance, dites-moi…

En jachère (suite)

Oh, ce n'était pas la peine de vous déranger pour si peu, vous savez. Je ne fais ce petit message que pour vous narguer, c'est tout.