En jachère...

Il est temps que le Tenancier se mette au vert, ne trouvez-vous pas ? Donc, à partir d'aujourd'hui, il ne mettra pas de nouveau billet jusque dans une quinzaine de jours et peut être un peu plus. Il faut vous rappeler que :
— Le Tenancier a tout d'abord un boulot qui consiste à vendre des bouquins sur plusieurs sites et que cela réclame un fichage conséquent.
— Qu'il s'occupe de remplir plusieurs blogues correspondant à plusieurs préoccupations ou amusements :
— Ce présent blogue qui a un certain kilométrage (1158 messages en comptant celui-ci) et dont votre Tenancier a un peu de mal à soutenir le rythme ces temps-ci. Encore heureux, du reste, que notre amie Béatrice nous gratifie de ses historiettes car les participations se font rares autrement.
Le blogue consacré à Verne, qui est une passion d'enfance, et qui demande encore plus de soins que celui-ci.
Le blogue de la librairie qui a été trop négligé ces derniers temps. A ce titre, on observe maintenant un rotation entre ces trois blogues de manière à varier les plaisirs et également à remplir ceux-ci convenablement.
— A ces trois blogues, il faut ajouter un quatrième qui devait être sporadique mais qui procure un amusement tel qu'il s'étoffe plus souvent que de raison. Il s'agit de celui qui fait écho des publication privées du Tenancier. (Celui toutefois sera augmenté dans la semaine puisqu'une publication est en cours d'acheminement)
— Enfin, à toutes ces raisons, il faut en rajouter d'autres comme des lectures en retard, des histoires à raconter et également l'envie de sortir de chez soi.
Il faut donc que le Tenancier se trisse fissa pour récupérer un peu. Il prend quelques vacances et va les préparer un peu dans le calme.
A bientôt.

Sur la route sixtine

On s'interrogera accessoirement sur l'aspect divinatoire ou prophétique de cette présence du livre dans la Chapelle Sixtine. Tout rapport avec des simagrées papistes est fortuit. On a simplement vu un reportage intéressant sur le lieu il y a peu. Ces voyants, au nombre de douze, ont pratiquement tous un livre entre les mains...

 Isaïe

 Zacharie

La sibylle de Lybie

Un sale métier...

Levons toute ambiguïté à propos du billet précédent. Si l’on peut déplorer le comportement de certains vendeurs en librairie, j’estime que, bien souvent, la faute ne leur incombe pas. Comme je l’écrivais vers la fin, la librairie a fini par devenir un sale métier dès lors qu’il s’exerce dans libraire générale de neuf. La matière sur laquelle les salariés se voient obligés de travailler est monotone, sans saveur et répétitive, drôle de reflet, entre nous, de la vie intellectuelle en France lorsque l’on voit de quoi ces librairies sont garnies. Alors, comment ne pas se désintéresser de ce que l’on est censé défendre, voire vanter auprès des clients ? C’est que ces derniers sont bien souvent acquis au formatage qui a cours dans les robinets médiatiques. Quel dialogue avoir avec ces clients lorsque l’on est soi-même déqualifié, renvoyé au stade de manutentionnaire frappé d’anomie ? Bien sûr, un autre type de librairie existe, mais que doit-on se dire lorsque l’on vérifie que la marge loin d’être une avant-garde ne fait plus que vérifier des pratiques anciennes aux critères élevés, certes, mais guère inventifs. Le métier de vendeur en librairie a-t-il encore sa place dans ces boutiques spécialisées, souvent tenues à bout de bras par une seule personne et souvent de façon précaire ? Que peut espérer un salarié à l’heure actuelle dans sa progression intellectuelle, dans la vie des idées, s’il ne trouve qu’une production formatée, interchangeable d’une librairie à l’autre, comme si la librairie française n’était plus qu’une chaîne à succursales multiples ? Que peut-il espérer pour sa propre qualification à demeurer éternellement dans le même type de librairie ? On vous le dit souvent ici, le métier de libraire est un métier de mémoire, et celle-ci ne s’exerce avec efficacité que dans la variété. Un bon libraire a un passé, a voyagé souvent d’une librairie à l’autre, voire a navigué un peu dans d’autres spécialités que celles sur lesquelles il a fondé son expérience. Un bon salarié en librairie, efficace, est vieux. Mais un vieux, c’est cher.
C’est précisément ce que le patronat refuse de payer. La situation est telle que l’on préfère s’arranger pour perpétuer un système sans imagination — quitte à faire un semblant de revendication sur la pratique des offices, qui participe grandement à ce dit système — plutôt que de payer correctement des salariés dont la qualification et l’expérience seraient pourtant indispensables dans ce métier.
Voilà, en partie pourquoi, être salarié en librairie de neuf est devenu un sale métier.

Vendeur en librairie, c'est un métier, mon p'tit gars...

… et puis, vous voulez que je vous dise ? Eh bien, la librairie on s’en moque. Je veux parler de ces espèces de pratiques où l'on vend la même chose d’un bouclard à l’autre et où le vendeur regarde dans son ordi avant de vous dire « j’ai » ou « j’ai pas ». Purée, quand j’ai appris le boulot, je bougeais mes fesses devant le rayon, je ne laissais pas partir le client comme ça. Tenez il y a pas mal de temps déjà, j’ai accompagné Otto à une grande librairie à Paris qui fait désormais partie d’un groupe. Je ne dirai pas le nom, je ne suis pas un cafard. Le grand dadais avait bien une idée de ce qu’il cherchait en entrant là-dedans, mais, comme pas mal de client, c’est un garçon facile. On peut lui dire « j’ai pas », c’est presque normal de ne pas trouver ce que l’on cherche à coup sûr. Ça avait beau être grand, aucune librairie ne peut tout contenir (ça va, vous êtes pas déçus ?). Seulement, les deux vendeuses après avoir dit « j’ai pas » ont oublié de dire « mais… ». On l’a seulement renvoyé devant le rayon qui correspondait aux récits de voyage (maintenant vous savez ce que vous pouvez lui offrir à son p’tit Noël). Et qui a dû faire le boulot à la place des deux avachies qui avaient uniquement pianoté sur leur clavier au lieu de déplacer leur derche devant l’endroit qui correspondait, mmmhhh ? Parce que vendeur en librairie, c’est un truc, voyez-vous. Vous cueillez le client et vous l’emmenez au pied des étagères et vous cherchez, même si vous savez que c’est pas la peine. Vous ne le faites pas trop lanterner, oh non, mais vous lui laissez le temps d’envisager son dépit, le temps de se dire que bof, après tout, un autre bouquin pourrait tout aussi bien convenir, et peut être l’occasion d’une heureuse rencontre Si si, ça arrive, comme les mariages qui se font après un faux numéro ! Pour le coup, heureusement que j’étais présent, j’ai pris notre Otto par le bras — je métaphorise un peu, je galèje un tantinet pour ma lectrice marseillaise — et on a été voir ensemble le rayon comme un beau voyage à Venise et je l’ai incité à exercer son goût douteux pour ce type de littérature en farfouillant un peu. Mais qu’importe son goût pourvu qu’il fût pourvu d’une perspective d’ivresse à base de caravansérails et de pépies du côté d’Oulan Bator, hein ? Mais voilà, les deux sibylles du clavier azerty tapotaient sur la base Electre pour :
— Connaître le titre du livre, des fois qu’Otto serait gâteux (je vous rassure…)
— Vérifier l’éditeur pour envisager qu’il ait pu arriver à l’office (commander un livre pour le garder en rayon délibérément ? Ça va pas non ?)
— Décréter que non, enfin, ce livre là a deux ans, deux ans, vous vous rendez compte ? Il a été mis dans les retours il y a un bail…
Et zou d’expédier ce type-là à dache, non mais.
Bref, il paraît que les libraires de neufs ont tardé à se mettre à l’informatique. C’est vrai qu’avant, la consultation du Minitel coûtait bonbon et que cela décourageait. P'têt même que certains ont dû apprendre à chercher dans les répertoires en papier, dites donc. On n'ose envisager le recours à la mémoire.
Mais je me dis que la déqualification a du bon : on peut passer du bouclard à la FNAC facilement. Au fond, je comprend les vendeurs. Pourquoi donc se casser le tronc à faire des voyages devant les rayons ? Ils sont pareils partout. Aucune surprise, aucun bonheur. Toujours les mêmes conneries assommantes, les rayons étiques et sans imagination ni originalité.
Pour paraphraser Darien, c'est devenu un sale métier, pas étonnant que, désormais, on le fasse salement.
Oui, au fait, Otto est reparti avec un ou deux livres, ce jour-là. J'ai bien l'impression qu'il était content.

Une historiette de Béatrice XXXVII

Ca fait 20 minutes qu'ils sont entrés et papotent. Il regarde les vieilles revues, elle les vieilles reliures. Il choisit un numéro, le lui montre, les palabres commencent. Il me demande le prix. En choisit deux, les repose. Elle lui montre l'heure et ronchonne. Il continue, tout en lui parlant. Et elle en marmonnant.
Heureusement qu'ils parlent portugais (sauf pour me demander les prix), sinon je crois que ça m'aurait vite énervée

À bas les restaurants

On évoquait il y a peu le retour au papier de certaines publications militantes. Si ce retour peut s’avérer timide aux yeux de certains, on relève néanmoins un soin accru à la façon dont ces ouvrages sont mis en page. Cela entraîne parfois des errements, comme le journal Article 11 qui posait quelques problèmes de lisibilité ; les principes qui régissent un journal ou tout autre publication ne semblant pas être compris par ceux qui s’occupaient alors de la maquette. Il semble que cela sera corrigé à l’avenir. On l’espère !
Mais c’est une autre publication qui a attiré notre regard, assez éloignée des périodiques et même des anciennes brochures militantes dont la ferveur ne suffisait pas à combler les manques, hélas. Ici, dans A bas les restaurants, nous avons affaire à une création graphique équilibrée au service d’une thèse défendable et relativement surprenante pour qui n’a jamais travaillé dans la restauration. Cette brochure donne la parole à ceux qui travaillent dans cette branche et expose les mécanismes d’asservissement qui y ont cours, le titre de la brochure annonçant les intentions de ses auteurs. Que l’on soit pour ou contre, indifférent ou pas, on ne saurait rester vraiment insensible à cette veine graphique, à ce bel équilibre entre le blanc et le noir dans ce qui est un recyclage intelligent d’une édition électronique américaine (Abolish restaurants – lien pour l’édition américaine en PDF ici). L’intelligence du maquettiste pour cette édition en papier a été d’utiliser des marges et des titres sur fond noir ce qui en accroît la valeur esthétique et ne vient en rien atténuer la pertinence de la revendication. Pour qui a fréquenté souvent les brochures politiques en des temps ou le duplicateur ou l’offset régnaient souverainement, cela constitue une révolution bienvenue et une intervention de l’élégance dans la Révolution. Ce n’est pas contradictoire.
Enfin pour conclure et pour avoir travaillé il y a plus de trente ans dans ce milieu-là, votre Tenancier n’est pas loin des conclusions exposées dans cet ouvrage…

(Les Parisiens peuvent se procurer l'ouvrage chez mon estimé confrère de la librairie Entropie à Paris, par exemple).

Je dis pour toi manières...

 
On ne résiste pas au plaisir d’inciter les lecteurs de ce présent blog à se reporter à cette intéressante page qui explore de façon détaillée et argumentée un certain imaginaire colonial et post-colonial. Il est évident à mes yeux qu’après un tel travail, on ne puit lire Tintin au Congo qu’avec un œil critique et sagace, ce qui vaut mieux, à tout prendre, que de jeter le livre au feu, comme le désireraient certains. Nous préférons l’intelligence aux autodafés.
On critiquera sans doute mon point de vue, mais j’estime qu’il est assez rare de trouver des propos de bonne qualité sur les paralittératures, l’indulgence vis-à-vis de ces domaines autorise parfois bien des médiocrités. Ce n’est pas le cas du travail d’Alessandro Costantini.
On aimerait que ce genre de texte parvienne à nos yeux un peu plus souvent…
Merci.

Nos 10/18 (47e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Oui, cela fait longtemps que nous n'avions de nouveau ouvert cette rubrique permanente. Et pourtant, il y a encore deux billets à publier, dont un nouveau de SPiRitus qui arrivera un peu plus tard, mais un peu plus rapidement, promis-juré-craché-par-terre.
Une nouvelle venue apporte un ton différent avec des livres visiblement lus et relus, des livres qui ont vécu, ont sans doute voyagé. C'est ici le choix de Judith Abitbol, qui vient de temps en temps consulter notre blog et qui fait un peu trop preuve de discrétion, une présence à bas bruit en quelque sorte...
On a gardé ici l'ordre et la présentation de Judith, lesquels constituent une sorte de journal de lecture particulier. On devine, du reste, que chaque volume ci-dessous comporte une note manuscrite, un memento en frontispice. Pour notre part, nous apprécions grandement la raison de la possession du Schopenhauer.

Hugues Rebell
La Câlineuse

Couverture de Pierre Bernard
Dessin de Toulouse-Lautrec
Imprimé en Italie par La Nuova Stampa di Mondadori – Cles (TN)
N° d’éditeur: 1076
Dépôt légal: 2ème trimestre 1978
Acheté et lu en 1979
 
Restif de La Bretonne
Ingénue Saxancour

Couverture de Pierre Bernard
Doc. Roger Viollet
Achevé d’imprimer le 4 septembre 1978
Sur les presses de l’Imprimerie Bussière
à Saint-Amand (Cher)
N° d’édit. 1083. – N° d’imp. 963. –
Dépôt Légal: 3ème trimestre 1978
Acheté et lu en 1978
 
Louis-René des Forêts
Le Bavard

Couverture: Paul Klee, L’Acteur (Détail)
Collection Félix Klee – Bevue.
Photo: Skira.
© 1963 by S.P.A.D.E.M.
© 1946 Librairie Gallimard.
Droits de reproduction et de traduction ré-
Serves pour tous pays, y compris l’U.R.S.S.
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE
19 NOVEMBRE 1963 SUR LES
PRESSES DE L’IMPRIMERIE
BUSSIÈRE, SAINT-AMAND (CHER)
N° d’édit.: 123 – N° d’imp.: 1220.
Dépôt légal: 4e trimestre 1963
Imprimé en France
Acheté et lu en 1979
 
Hélène Cixous
Madeleine Gagnon
Annie Leclerc
La venue à l’écriture

Série «féminin futur»
Dirigée par Catherine B. Clément et Hélène Cixous
© Union Générale d’Éditions 1977
ISBN 2-264-00148-8
La composition de cet ouvrage
A été réalisée par EUROCOM S.A. Paris
L’impression et le brochage par
L’Imprimerie MONDADORI
Pour le compte des Editions U.G.E.
Imprimé en Italie
Par La Nuova Stampa di
Mondadori – Cles 5TN°
N° d’édit. 950
Dépôt légal 1er trimestre 1977
Acheté et lu en 1977
 
Dorothy Allison
Retour à Cayro

Traduit de l’américain
Par Michèle VALENCIA
«Domaine étranger»
dirigé par Jean-Claude Zylberstein
BELFOND
Titre original: Cavedweller
© Dorothy Allison, 1998.
© Éditions Belfond, 1999,
pour la traduction française
ISBN 2-264-02970-6
Cet ouvrage a été réalisé par la
SOCIÉTÉ NOUVELLE FIRMIN-DIDOT
Mesnil-sur-l’Estrée
Pour le compte des Éditions 10/18
en avril 2000
Imprimé en France
Dépôt légal: avril 2000
N° d’édition: 3128 – N° d’impression: 50704
© Photo Gary Gunderson (détail)
Acheté et lu en 2001
 
Hölderlin:
Hypérion ou l’ermite de Grèce

traduction et présentation par Robert Rovini
BIBLIOTHÈQUE
10/18
Collection dirigée par
MICHEL-CLAUDE JALARD
Couverture: Hölderlin en 1786.
Dessin colorié: Stuttgart.
Wurtembergische bibliothek.
(Snark international).
© union générale d’éditions, 1968.
CET OUVRAGE A ETE IMPRIME
SUR LES PRESSES DE L’IMPRIMERIE BUSSIÈRE
SAINT-AMAND (CHER)
- N° d’édit.225. – N° d’imp. 2535. -
Dépôt légal: 4è trimestre 1968.
Imprimé en France
Acheté et lu en 1976
 
Marguerite Duras
Détruire, dit-elle

union générale d’éditions
8, rue Garancière – PARIS 6e
© Les Éditions de Minuit, 1969
IMPRIME EN FRANCE PAR BRODARD ET TAUPIN
6, Place d’Alleray – Paris.
Usine de La Flèche, le 06-03-1972
6385-5 – Dépôt légal n° 476, 1er trimestre 1972.
Couverture de
Pierre Bernard
Photo D.R.
Volume simple
Acheté et lu en 1974
 
Schopenhauer
Métaphysique de l’amour
métaphysique de la mort

domaine classique
union générale d’éditions
8, rue Garancière – PARIS Vie
introduction par
Martial GUEROULT
Traduction nouvelle par
Marianna SIMON
© union générale d’éditions, 1964.
ISBN 2-264-00310-3
Achevé d’imprimer en juillet 1983
Sur les presses de l’imprimerie Bussière
à Saint-Amand (Cher)
- N° d’édit. 1228. – N° d’imp. 1352. –
Dépôt légal: 3e trimestre 1980.
Imprimé en France
Nouveau tirage, 1983.
(Couverture)
Love and Death par G.F. Watts
Université de Manchester,
Whitworth Art gallery
ISBN 2-264-00310-3
Collection dirigée par Christian Bourgois
Acheté en 1983 pour ses défauts
 
John Flanders
Contes d’horreur et
d’aventures

union générale d’éditions
8, rue Garancière – PARIS
© Union Générale d’éditions en accord avec A. Van Hageland, 1972.
Choix et introduction
par A. Van HAGELAND
Achevé d’imprimer le 27 octobre 1975
sur les presses de l’Imprimerie L. P.-F. L. DANEL
Loos (Nord)
N° d’édition 477, 2e trimestre 1972
Dépôt légal n° 7536, 1er trimestre 1972
Imprimé en France
Couverture de Pierre Bernard
Photo D.R.
Volume triple
Acheté et lu en 1976
 
Marcel Schwob
Le roi au masque d’or/
Vies imaginaires/
La croisade des enfants

union générale d’éditions
8, rue Garancière – PARIS Vie
préface d’Hubert Juin
Série «Fins de siècles»
Dirigée par Hubert Juin
© Union Générale d’éditions pour la présente édition
ISBN 2-264-00979-9
Achevé d’imprimer le 23 février 1979
Sur les presses de l’Imprimerie Bussière
A Saint-Amand (Cher)
- N° d’édit. 1120. –N° d’imp. 2199. –
Dépôt légal:1er trimestre 1979.
Imprimé en France
Acheté et lu en 1979

Naturellement, vous pouvez continuer à proposer vos exemplaires...

Antique Books

Andrew Pitcairn-Knowles : Antique Books - Circa : 1900

Évidemment communiqué par Eva Truffaut

Les amateurs de vieux livres
— Les bouquineurs

Quelle âme de bibliophile ne s’émeut à votre aspect quelquefois grotesque et repoussant, honnêtes Juifs errants de la bouquinerie !
Arbres rabougris, à l’écorce sauvage et rude, à la sève bouillonnante et forte, immeubles de nos promenades, vous dont l’ombre rafraîchit les parapets brûlés par la canicule, vous qui paraissez en hiver participer à la congélation de la rivière, puissiez-vous pendant cent saisons braver les injures de l’air et des intempéries des vieux livres !
Oui, il faut avoir goûté le plaisir de bouquiner, pour le connaître, pour lui rendre grâce, comme à un génie bienfaisant et consolateur. Si ce plaisir n’était pas plus doux et plus fidèle que tous les autres, plus fort de ses émotions diverses, plus favorable aux organisations tendres et pensives, plus réel, plus vrai, plus matériel, verrait-on des jeunes gens s’y livrer avec emportement, des hommes de talent et d’esprit s’y plaire sans cesse, des riches et des puissants s’y délecter de préférence à tous les jeux de puissance et à tous les hochets de la richesse !
Verrait-on des mains blanches et parfumées, étincelantes de bagues et accoutumées à frémir sur l’agrafe d’or d’un portefeuille de ministre, palper ces misérables livres enduits de poussière et pourris d’humidité, qui recouvrent les ponts, tels des gueux ramassés au coin des bornes et à qui la charité chrétienne lave les plaies, Verrait-on des sybarites, esclaves de leurs sens et des impressions extérieures, quitter le coin du feu en hiver et le frais ombrage des tilleuls en été, pour aller par le chaud et par le froid, par la bise ou par le brouillard, aspirer des odeurs nauséabondes de bouquins et reposer leurs yeux sur des pages crasseuses et pestilentielles ?
C’est qu’il y a une félicité incomparable à chercher, à trouver ; c’est que l’homme le moins superstitieux et le plus positif a besoin de faire des croyances vagues et des jouissances idéales ; c’est que l’alchimie remplissait un peu le grand vide qui s’ouvre au fond des imaginations les plus fécondes, et que l’alchimie nous échappant, il a fallu changer de route et chercher ailleurs les trésors qui n’était plus permis d’espérer dans un terrain remué en vain durant des siècles, et toujours stériles.
Combien de rapports en effet entre l’alchimiste et le bouquiniste, outre la rime ? L’alchimiste fouille sans cesse dans les arcanes de la nature, interroge toutes les formes de la matière, lit dans tous les grimoires, consulte tous les maîtres de l’art, se recommande à tous les diables ou à tous les saints, expose tous les jours sa santé et sa vie, passe en un moment de l’extrême joie à l’extrême découragement, trouve ça et là quelques étincelles hermétiques, souffle, sue, s’épuise encore, et meurt avant d’avoir vu s’évanouir en fumée ses chères illusions.
Le bouquiniste, ou bouquineur, ou bouquinier, visite avec zèle les mystérieux magasins de vieux  papier, l’arrière-boutique des épiciers, la chambre infecte de l’étalagiste où la table est calée avec un livre, et le linge blanc, s’il en est, serré dans les livres ; le bouquineur apprend par cœur le Manuel du libraire, au lieu des Clavicule de Salomon, et de la Transmutation des métaux de Nicolas Flamel ; il se lève le matin avec l’espoir de trouver ce jour-là quelques uns de ses desiderata ; le soir, il se couche avec l’espoir d’être le lendemain mieux favorisé par le sort ; il brave les injures des saisons et le danger des rhumes, sciatiques et coups de soleil ; il braverait la peste, pour inventorier les livres d’un pestiféré ; il plonge la main dans les tas d’ordures imprimées qu’on vend pêle-mêle avec la vieilles ferraille ; il approche de son nez les bouquins abandonnés aux mites et à la pourriture ; il ne se décourage jamais, il ne se lasse pas ; car, de temps à autre, la découverte d’un Elzevier non rogné, d’un volume de la signature de Grosley, Guyet ou de Thou, d’un mystère à personnages ou d’un sotie de Gringoire, entretient sa confiance en l’avenir, et il se flatte de trouver enfin le grand œuvre, c'est-à-dire un autographe de Molière, un Antoine Verard en vélin, un manuscrit à miniatures ! Je ne parle pas de la Bible du feu marquis de Chalabre, considérablement augmentée de billets de banque, laquelle échut par héritage à mademoiselle Mars, qui n’était pas bibliophile !
Que si l’on me demande quel est l’homme le plus heureux, je répondrai un bibliophile, en admettant que ce soit un homme. D’où il résulte que le bonheur, c’est un bouquin.

Texte du Bibliophile Jacob
(Fin)


Voir aussi :
Les amateurs de vieux livres
Les amateurs de vieux livres : les bouquinistes (1ere partie)
Les amateurs de vieux livres : les bouquinistes (2e partie)
Les amateurs de vieux livres : les bouquinistes (3e partie)
Les amateurs de vieux livres : les étalagistes
Les amateurs de vieux livres : les épiciers
Les amateurs de vieux livres : les bibliomanes
Les amateurs de vieux livres : les bibliophiles

Ponctuation pour le net

Décidément, les habitués de ce blog donnent matière à réflexion à votre Tenancier. A croire que certains craignent qu’il se dessèche et décide spontanément de fermer le blog pour faire je ne sais quoi, par exemple fabriquer des petits livres idiots. Qu’on se rassure. Le Tenancier préviendra. Du moins il vous le fera croire pour se faire plaindre.
Il aime ça.
Ici, c’est un échange avec ArD qui l’a un peu amusé. Il s’agit d’un article paru sur le blog du Huffington Post et signé par Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, qui se plaignait que les textes publiés sur les éditions en ligne ne respectaient pas vraiment les règles typographiques en usage dans la presse et l’édition. Tel point d’interrogation n’était pas nanti de son espace, de même pour les guillemets, lesquels ne sont d’ailleurs point français (« & ») mais à la saveur anglo-saxonne ( "&" ). On peut effectivement se désoler de ces lacunes dans la reproduction en ligne de textes français. Comme Antoine Compagnon le souligne si bien, la bonne ponctuation fait partie intégrante de la compréhension de notre langue écrite et on se sent en harmonie avec cette assertion. Cela dit, c’est tout de même un peu méconnaître les contraintes qui ont présidé à l’élaboration du net, c'est-à-dire le souci d’établir des normes internationales pour la communication de données scientifiques — à l’origine — avec un langage comportant quelques signes codés ainsi que des balises invisibles désormais pour le profane. Tout ceci était bien frustre et ne s’embarrassait pas de la moindre nuance. Nous étions dans le domaine des données brutes. On fait bien sûr allusion au langage html. A l’origine, ce langage n’était pas prévu pour s’accmmoder d’un traitement de texte ni d’une mise en page élaborée. Cela dit, le progrès a fait rage en la matière et je puis aisément rédiger un texte en atténuant les défauts inhérents à ce langage, même si l’espace insécable semble encore une chimère lointaine. Ainsi, ce fameux guillemet français peut être facilement reproduit par les différents codes à notre disposition (voir en annexe). Alors, il semble quelque peu démesuré de vouloir accuser l’influence anglo-saxonne même jusque dans l’inattention ou l’impéritie de ceux qui reproduisent les textes. On ajoutera encore qu'il n'y a pas si longtemps, il n'était pas possible de créer un texte justifié sous ce format. On est cependant d’accord avec la conclusion de l’article, le net en la matière est le royaume de l’à-peu-près en matière typographique. On soulignera par ailleurs que cela ne fut pas créé par les typographes. Nous le regrettons.
Mais c’est comme ça.
Cela constaté, il est toujours possible de ruser un peu et d’avoir recours à d’autres supports que des mises en pages balisées, comme le xml ou le html. On peut citer un format très courant en la matière qui est le pdf… A partir de cela, il faut bien entendu avoir le bras séculier et le glaive vengeur dès lors que l’on y constate des déshérences en la matière : « Droit au cœur mais épargnez la tête », bien sûr.
Toutes ces considérations m’ont rappelé la réflexion d’Yves Perrousseaux dans son Manuel de Typographie française élémentaire :

La dactylographie mécanique qui, à la fin du XIXe siècle, a pris le relais de l’écriture manuscrite des secrétariats (on était alors « employé aux écritures »), offrait alors très peu de possibilités d’expression au texte tapé : majuscules, minuscules, le souligné et le rouge du ruban en tissu. En fonction de ces limites, se sont élaborées des règles particulières (qui sont encore trop souvent la base de son enseignement) et qui n’ont jamais rien eu à voir avec les règles typographiques pratiquées chez les imprimeurs, élaborées à la Renaissance et perfectionnées au fil des siècles dans le but de traduire les particularismes du français afin que tout le monde les comprenne et les prononce de la même façon.
[…] Aujourd’hui, en PAO, les opérateurs travaillent sur des logiciels qui fonctionnent en mode typographique. Il est alors tout à fait logique que, par méconnaissance de la typographie et de la mise en page, ils soient naturellement portés à s’en servir comme en dactylographie, et parfois même avec ingéniosité. Et c’est le piège classique, car il ne s’agit pas de réaliser sur ordinateur une espèce de dactylographie améliorée »

On se complaît, à la lecture de ce bout de préface, à faire le parallèle face à cette problématique qui existe entre les langages balisés pour le net d’une part et les exigences typographiques que l’on est en droit d’attendre de sites de presse par exemple, d’autre part.
On ne conclura pas sur ces choses évidentes. On se dit seulement qu’Antoine Compagnon se trompe sans doute de combat en la matière. Du moins pour le moment.



Ici, l’article d'Antoine Compagnon sur Huffington Post
, la page de codage de certains signes typographiques et autres
Par ici le site de Yves Perrousseaux
Et par La part de l’Ange pour ne pas mourir idiot.

Le Tenancier s'intrigue et puis se montre désabusé, même pas dubitatif...

Il y a peu, un de nos lecteur prénommé Yves - ce n’est pas votre Tenancier, mais un autre… - nous communiquait deux liens vers un blog s’occupant de parler de l’édition et notablement sous forme numérique. Son intervention commençait par une remarque qui continue ici de m’intriguer : « […] «édifiant et même rassurant : la liseuse serait-elle obsolète ? »
On a exprimé ici à maintes reprises une indifférence assez polie vis-à-vis de l’édition numérique, décrétant in petto que ce n’était guère notre distraction, concédant tout au plus l’utilité de la version électronique d’un livre pour le même usage que l’on faisait des peciaes au  Moyen-âge, un outil pratique et peu cher pour travailler en somme, dès lors qu'il s'agissait de textes d'accès libre.
Dans les liens rapportés par Yves, nous notions que la liseuse serait en recul par rapport à la vente de tablettes multifonctions, ce qui en expliquait le titre. On lèvera paresseusement un sourcil devant une telle nouvelle : cette évolution du marketing nous indiffèrerait grandement si cela ne vérifiait d’autre part ce qui avait été pressenti dans nos colonnes par votre Tenancier et ses lecteurs habituels (dont Otto Naumme lequel fut le plus prescient, je crois), c'est-à-dire l’évolution du texte pur vers du contenu multimédia, le support s’y prêtant volontiers. A partir de ce constat il nous est aisé de penser que nous nous éloignons quelque peu de ce qui nous intéresse, la manipulation de fichier n’ayant que peu d’attrait pour les tourneurs de pages que nous sommes. Sans doute sont-ce là les prémisses à une tentative de « renouvellement » de la chose littéraire, si l’on peut dire… On veut plutôt suspecter l'évolution d'un soi-disant marché qui voudrait la confluence de tous ces moyens - vidéo, image, texte, musique, etc. - en un seul dans un  futur mythique, alors que la chose est tout à fait réalisable maintenant (mais la vente du vide doit être étalée dans le temps, bien sûr, pour des questions de rentabilité).  La final de ce billet nous a amusé : comment amener les lecteurs de tablette à lire (sous entendu : sur ce support) ? Nous avons bien une réponse, elle serait déplaisante.
Puisque nous parlions du Moyen-âge tout à l’heure, on se bornera à rappeler un fait intéressant qui avait déjà été évoqué ici : c’est à partir du moment où la lecture fut silencieuse que la pensée humaine s’affranchit des dogmes multiséculaires et finit par devenir autonome. La lecture au secret du foyer était une garantie de la liberté, l’intime, les proches pouvant seul voir votre bibliothèque si vous le désiriez. Oh bien sûr, il y avait toujours des flics pour brûler quelques bibliothèques, d’autres, en de tristes pantalonnades – la dernière se déroulant à Tarnac – venir en éplucher le contenu pour prouver les marques de sédition. Disons tout de même que ce n’était pas si facile d’investir tout cela. Nous notons que, désormais, votre lecture n’est plus aussi secrète lorsque vous commandez un contenu électronique.
Mais après tout, les honnêtes gens n’ont rien à se reprocher, n’est-ce pas ?
Bonjour chez vous.  

Voici les liens transmis par Yves, que l’on remercie au passage :
Ici des élucubrations marketing sur la rémunération des lecteurs d’une stupidité abyssale. Vous me direz, en même temps, le marketing…
Et l’article qui renvoie à la question du changement de support numérique qui semble rassurer Yves, que l’on aimerait interroger sur certains aspects de son soulagement…

Floréal

Il est des personnes qui sont pour quelque chose dans notre formation intellectuelle, soit par le jeu de l’amitié, soit par imprégnation ou parfois, également, à l’insu de celles-ci. Il est encore des personnes qui impressionnent par leur culture, la ductilité de leur expression, ne dissimulant rien de la clarté de la pensée.
Le hasard d’une conversation impromptu avec notre cher Bertrand m’a remis sur la route de quelqu’un que j’avais écouté à la radio il y a des années et qui avait laissé en moi une impression durable et sans nul doute un peu d'espoir vis-à-vis de ceux qui soutiennent encore l’idéal libertaire. Cette personne s’appelle Floréal, quel prénom splendide… Grâce à lui, à l’époque, j’ai appris que les damnés de la terre avaient une histoire, longue, complexe et passionnante.
Et puisque notre blog, ici même, se mêle de parler de livre on vous renverra directement à l’un des billets de Floréal que, si nous avions sa plume, nous aurions pu signer, en vous encourageant à parcourir des temps à autre quelques uns de ses écrits.

Le blog de Floréal : « Succès garanti »