| Répertorié dans Éditions Dystopia |
11 octobre 2012
Chiffres :
— J’ai dépassé la treize millième référence fichée aujourd’hui, ai presque rempli la deuxième caisse d’ouvrages à mettre en hibernation, ce qui représente en tout une centaine de livres prélevés dans huit caisses du stock, sachant qu’il me reste encore six cent ouvrages à sortir de la même manière dans plus de cent quarante caisses, puisque je n’en retire que les références 00001 à 02999 (j’en ai vendu un peu, quand même, mais trop lentement à mon goût et pour la rentabilité !). Pendant ce temps, j’ai aussi réintégré pas mal de références en attente dans mon bureau, dans les places libérées dans ces caisses ; mais aussi catalogué en parallèle plus d’une trentaine d’ouvrages, principalement des revues de géographie dont il a fallu transcrire les sommaires en grande partie. Je pense opérer en vidant et remplissant quatre caisses par jours, ce qui devrait prendre deux mois (il faut savoir que certains jours sont bloqués pour s’occuper des expéditions – quand il y en a – mais également les déplacements et travaux annexes). J’ai fait aujourd’hui, encore, deux voyages au box situé à cent mètres, dix allers et retours à la cave.
Ça va bien, je suis content.
— J’ai dépassé la treize millième référence fichée aujourd’hui, ai presque rempli la deuxième caisse d’ouvrages à mettre en hibernation, ce qui représente en tout une centaine de livres prélevés dans huit caisses du stock, sachant qu’il me reste encore six cent ouvrages à sortir de la même manière dans plus de cent quarante caisses, puisque je n’en retire que les références 00001 à 02999 (j’en ai vendu un peu, quand même, mais trop lentement à mon goût et pour la rentabilité !). Pendant ce temps, j’ai aussi réintégré pas mal de références en attente dans mon bureau, dans les places libérées dans ces caisses ; mais aussi catalogué en parallèle plus d’une trentaine d’ouvrages, principalement des revues de géographie dont il a fallu transcrire les sommaires en grande partie. Je pense opérer en vidant et remplissant quatre caisses par jours, ce qui devrait prendre deux mois (il faut savoir que certains jours sont bloqués pour s’occuper des expéditions – quand il y en a – mais également les déplacements et travaux annexes). J’ai fait aujourd’hui, encore, deux voyages au box situé à cent mètres, dix allers et retours à la cave.
Ça va bien, je suis content.
Une historiette de Béatrice XXXI
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— « Je suis passé la semaine dernière, c’était fermé,
pour une fois que je viens à Bayonne…
— Vous n’avez pas vu le mot sur la porte ? J’étais en congés. — Oui mais bon, c’est comme vos horaires, on ne sait jamais… — Regardez monsieur, ils sont affichés sur la porte. — Oui mais bon…. — La prochaine fois, passez donc un coup de fil avant de venir, pour vous assurer de ma présence. — Oui mais bon…. » |
Les amateurs de vieux livres :
— Les bouquinistes (1ere partie)
| On peut les diviser ainsi : bouquinistes à la mode, bouquinistes de la vieille roche, bouquinistes avares. Le bouquiniste à la mode est au bouquiniste de la vieille roche ce que le coiffeur est au perruquier, et au cabaretier le restaurateur ; il ne diffère du libraire que par le produit considérable et presque certain de son commerce : chez lui, pas de non-valeur, pas de ballot de papier imprimé, pas de vente subite, mais aussi pas de stagnation complète ; il a toujours un bénéfice de cent pour cent sur les livres qu’il achète, et ses rentrées sont au comptant comme ses déboursés : O fortunati nimiùm ! le bouquiniste à la mode ne sait pas ce que c’est que les billets de librairie, les protêts, les faillites et les concordats ! Il a eu soin d’établir son dépôt dans un quartier honnête et fréquenté ; il ne prend pas une enseigne peinte, comme Nicolas Flamel avec sa fleur de lis, Robert Étienne son chêne druidique, Elzevier sa sphère, et Didot sa bible d’or ; il ne livre pas même ses volumes aux doigts fureteurs des passants : seulement, aux vitres transparentes de sa boutique, brillent les tranches dorées et les dos écussonnés d’une rangée de splendide volumes ; quelques vieilles éditions bien conservées sont en montre, et quelques gravures sur bois d’Albert Dürer appellent les regards et les désirs des bibliophobes. La police ne devrait-elle pas empêcher ces immorales tentations qui renouvellent le supplice de Tantale, à chaque pas, dans les rues de Paris ? L’intérieur de cette boutique, fraîchement décorée comme un appartement de garçon à louer présentement, est une vaste bibliothèque où chacun peut choisir la sienne. Ce sont des livres de condition, garantis complets et intacts, sans défectuosité notable : à coup sûr, ils n’ont jamais été lus ; Desseuil, Pasdeloup, Derome y ont mis la main, et leur cachet pour l’admiration, la jubilation et la délectation des amateurs. Vous ne connaissez que Niedrée, Duru, Capé ou quelque autre habile relieur vivant, vous tous qui dirigez et ordonnez vous-mêmes l’habillement de vos livres comme la livrée de vos laquais ? Mais les fidèles héritiers de La Vallière, de Goutard, de Gaignat, et des fameuses bibliothèques, n’estiment que ces solides et classiques reliures d’autrefois, en maroquin et en veau fauve, marquées au coin de l’artiste du XVIIe ou du XVIIIe siècle. La reliure est une chose indispensable chez le bouquiniste à la mode ; mais ce n’est pas tout : il lui faut une multitude de ces raretés uniques ou introuvables, pièces détachées, de quelques pages d’impression sans date, sorties clandestinement d’une imprimerie de province, comme les chansons politiques et ordurières qui pullulent aujourd’hui parmi le peuple : ces niaiseries qui n’ont souvent de remarquable que la valeur qu’on leur prête, se vendent mieux que de bons livres. Ceux-ci ne paraissent souvent chez le bouquiniste à la mode que dans la mauvaise édition, qui est habituellement la plus estimée, à cause d’une ligne de plus ou de moins. Le censeur royal a, sans le vouloir, donné des prix fabuleux aux ouvrages où les cartons manquent. Il y a différents genres de livres que recherche le bouquiniste à la mode, selon les fantaisies connues de ses clients : tel rassemble les vieux romans de chevalerie comme les débris d’un navire après le naufrage ; tel ne fait cas que d’anciens livres brochés, par la seule raison qu’ils n’ont guère échappé à la reliure ; celui-ci est friand d’exemplaires en grand papier, en papier vélin, en vélin ; celui-là est en quête d’ex libris d’hommes célèbres, comme s’il restait quelque chose du mort dans le volume qu’il toucha. Un livre, en effet, vaut bien une plume, une canne, un encrier ou toute autre relique d’un savant : les déceptions sont moins fréquentes ici qu’ailleurs ; car, si l’on reconnaît plusieurs poètes latins annotés par Racine et Boileau, si l’on possède nombre de volumes portant la signature de Groslay ou de Baluze, on aurait de quoi faire un fonds de papeterie avec toutes les plumes qu’on assure avoir appartenu à Voltaire. Le bouquiniste à la mode n’a pas l’insupportable distraction ni la superbe gravité du bouquiniste de la vieille roche : c’est d’ordinaire un jeune homme souriant et affable, ayant la barbe et les ongles faits, les cheveux en ordre, et les mains blanches ; rien de particulier dans son costume, toujours propre et soigné : s’il a une femme, elle est jolie, aimable, elle brode et cause avec grâce ; s’il a des enfants, ils savent distinguer l’in-seize de l’in-folio au sein de leur nourrice, et le premier mot qu’ils bégayent est un titre de livre ; s’il a des chiens, ils respectent la modeste basane et le fastueux cuir de Russie à l’égal des mollets et des l’odorat des assistants. Cette boutique est un salon d’académie où se tiennent les plus doctes conférences ; on y rencontre, tant l’aimant des livres est puissant ! les notabilités savantes du jour et même de la veille. Le bouquiniste à la mode reçoit son monde avec toute la politesse de la haute société qu’il rallie autour de lui, s’exprimant bien, d’un air avenant, et répandant çà et là des bribes d’érudition ramassées sous les pieds de ses hôtes : chez lui on trouve des chaises pour s’asseoir, on a liberté entière de feuilleter tous les volumes les uns après les autres ; chez lui on n’est jamais infecté de bouquins, ni aveugles de poussière : on entre simple curieux, on sort bibliophile. |
Texte du Bibliophile Jacob
(A suivre)
(A suivre)
Voir aussi :
— Les amateurs de vieux livres
6 octobre 2012
Des signes discrets de proches et puis de connaissances un peu plus lointaines
après la lecture de la première notule de ce journal. Cela fait plaisir, ça
aide à repartir, après le premier coup de bambou. De toute façon, que faire ?
Il faut être lucide. Ce n’est pas à cinquante deux ans qu’on peut se reconvertir
comme ça, les doigts dans le nez. On continue donc.
Précaire dans une société précaire.
Mais il faut avouer que j’ai fait un peu exprès d’alarmer mon monde. La situation n’est pas brillante, mais qui le saurait si je ne le disais pas ? Tout ne va pas de soi.
Quand même, ces petits messages ont fait leur effet. Merci.
Aujourd’hui, on a monté et descendu des caisses, réassorti et fait du « dégraissage de stock », c'est-à-dire qu’on met en sommeil des livres en ligne depuis presque huit ans pour pouvoir en mettre d’autres.
Précaire dans une société précaire.
Mais il faut avouer que j’ai fait un peu exprès d’alarmer mon monde. La situation n’est pas brillante, mais qui le saurait si je ne le disais pas ? Tout ne va pas de soi.
Quand même, ces petits messages ont fait leur effet. Merci.
Aujourd’hui, on a monté et descendu des caisses, réassorti et fait du « dégraissage de stock », c'est-à-dire qu’on met en sommeil des livres en ligne depuis presque huit ans pour pouvoir en mettre d’autres.
Appel des 451
Parce que le support séculaire de la littérature, le livre, s'est prostitué
jusqu'à bientôt son agonie à la veulerie d'esprit de notre époque, à ses
modes mercantiles de bas étage, aux best sellers de la médiocrité
soutenus par les médias, les Amazon et autres grands trusts de
l'édition et de la distribution, tout comme au numérique qui tente -
avec un certain succès - d'usurper son identité et de lui voler ses
titres de noblesse, je tiens à vous informer de l'existence d'une
résistance qui s'organise et vous invite à y participer si votre
conviction de lecteur, d'écrivain, d'ami du livre et de l'écriture, vous en dit.
Commencer, par exemple, son entrée en résistance en lisant ici.
Commencer, par exemple, son entrée en résistance en lisant ici.
Car,
enfin, il est plus que temps de faire entendre nos voix, en pratique,
par-delà jérémiades et constatations impuissantes d'un désastre qui
n'est, en fait, que l'épiphénomène du désastre de la résignation
générale des esprits devant la victoire totalitaire du spectacle, où,
partout, la photocopie a plus de valeur qualitative et humaine que
l'original.
Me suis inscrit ce matin.
Bertrand Redonnet
On a cru bon de reproduire ici - avec son autorisation - le billet de Bertrand Redonnet paru sur son blog.
On vous incite à mentionner cet appel dans vos propres blogs et par
tous les moyens que vous jugerez utiles. Il va sans dire que Le
Tenancier s'est également inscrit.
Anachronisme
Comme vous aimez jouer, et que vous êtes tous assez balèzes, vous n'aurez aucune difficulté à trouver l'anachronisme dans cette image tirée de la très bonne série Rome.
(On peut cliquer sur l'image pour l'agrandir.)
Bon, oui, vous êtes fortiches, mais en définitive, ce n'est pas si compliqué que ça, tout bien réfléchi...
Brochures et crème patissière
S’il est une idée on ne peut plus commune émise par nombre
de personnes, c’est bien celle qui pousserait les libraires à se diversifier
vers l’alimentaire ou la boisson. Ainsi, durant les années 70 on vit l’ouverture
de librairies-salons de thé, provoquant encore maintenant des vagues de
nostalgie, alors que la plupart n’existent plus. Mais, qu’est-ce qui peut bien
déclencher cette sorte de tropisme pour ce type de mélange ? Si l’on se
met du côté du libraire – illusion que j’entretiens à mon égard et à tout
hasard – on imagine à quel point l’exercice peut être périlleux, les liquides,
les pâtes à choux ou les crèmes pâtissières se mariant mal avec le papier.
Essayez donc de bouquiner de cette façon sans que, statistiquement, au bout d’un certain laps
de temps, vous ne tâchiez le livre. Et puis, soyons francs, une librairie est
certes un endroit où vous pouvez vous arrêter, discuter, deviser, enfin tout ce
que vous voulez, en somme, du moment que vous évitiez de jouer les sangsues à
prendre de la place et à parcourir un livre dont le dos finit par être creusé
par votre examen. Une librairie est un endroit où l’on se procure des livres et
ou en fait commerce, fut-ce celui de l’esprit. Pas pour bouffer comme un
chancre, rendre le livre invendable – parce que ne vous leurrez pas, ce n’est
pas tout le temps que le gens venaient feuilleter les livres qu’ils avaient achetés au préalable – et
faire perdre son temps au libraire plus que de raison. Parce que, également,
celui-ci n’a pas que ça à faire, contrairement au deuxième cliché – après le
salon de thé – répandu parmi nos concitoyens qui consiste à penser que le
libraire n’y fait que lire et discuter. Du reste, on devrait convier certaines
de ces personnes à faire un stage dans une librairie pour qu’elle s’en rendent
compte. On vous fera grâce ici et par ailleurs de la comptabilité de ces deux
activités, avec des taux de TVA différents, etc.
Et puis, au fond, cette nostalgie a-t-elle lieu d’être à une époque où le moindre bar branchouille exhibe des bouquins sur ses murs ? Bon, ce sont souvent des rebuts, je vous le concède, mais n’est ce pas ce que l’on trouve à quatre-vingt-quinze pour cent dans les parutions récentes ? Et puis ceux du bar ne craignent plus rien, vous pouvez y aller de bon cœur, avec vos gros doigts gras.
Et puis, au fond, cette nostalgie a-t-elle lieu d’être à une époque où le moindre bar branchouille exhibe des bouquins sur ses murs ? Bon, ce sont souvent des rebuts, je vous le concède, mais n’est ce pas ce que l’on trouve à quatre-vingt-quinze pour cent dans les parutions récentes ? Et puis ceux du bar ne craignent plus rien, vous pouvez y aller de bon cœur, avec vos gros doigts gras.
Une historiette de Béatrice XXX
Les amateurs de vieux livres
Sic transit gloria
mundi !
Les vieux livres, que le vulgaire traite dédaigneusement de bouquins, font vivre à Paris plusieurs espèces de bipèdes, dignes d’être observés et décrits dans leurs mœurs curieuses, exceptionnelles et fantastiques : on a bien fait l’histoire naturelle des moines, lorsqu’il y avait des moines ! Je n’entends pas prouver ici que la race bouquinante appartienne à la grande famille des bêtes ; j’oublierai même l’analogie de l’odeur du bouquin avec celles de plusieurs animaux à pied fourchu, et je me bornerai à peindre d’après nature les originaux tels que je les ai étudiés en me promenant le long des quais et en pénétrant dans leurs repaires. Si les vieux livres font vivre bien des gens, c’est non seulement par le gain pécuniaire, mais encore par les jouissances qu’ils procurent : il y a d’une part les voluptueux, de l’autre les marchands de volupté ; cette seconde classe, nombreuse et variée, comprend les bouquinistes, les étalagistes, les épiciers ; la première classe réunit une collection de types singuliers sous les dénominations de bibliomanes, bibliophiles et bouquineurs. Certes, Coster et Guttemberg ignoraient, en inventant l’imprimerie, que leur art nourrirait tant de goûts et tant d’industries ; lorsque Faust vendait ses premières bibles sous Louis XI, il ne soupçonnait pas que le prix de sa marchandise devait centupler avec les siècles. Salut, vieux livres, quels que vous soyez, vous qui tapissez les parapets de la Seine, depuis la Grève jusqu’aux Tuileries, vous qui rivalisez avec les parfums du marché au Fleurs, vous qui changez de couleurs et de formes sous l’influence humide des brouillards de la rivière et sous les ardeurs du soleil de midi ; vous qui passez sans cesse de mains en mains avant de trouver un père adoptif ; vous qui reviendrez tôt ou tard à votre station en plein air, jusqu’à ce que vos ruines tombent pièce à pièce dans la hotte du chiffonnier ; salut, vieux livres mes amis, mes consolateurs, mes plaisirs et mes espérances. Vieux livres, vous êtes la dernière passion de l’être intelligent : le cœur qui a cessé de battre à tous les amours retrouve encore pour vous un battement, et le feu sacré de la bibliomanie ne meurt qu’avec les bibliomanes ; l’âge n’a pas de glaces capables de refroidir cette passion, qui a ses excès comme les autres, et qui n’encourt pourtant aucune censure civile ou ecclésiastique : ainsi un prêtre peut être entiché de vieux livres jusqu’au libertinage. De même que les passion sensuelles, celle-ci jouit surtout par les yeux : ouvrages rares ; bonne édition, bel exemplaire, riche reliure, ce sont autant de qualités matérielles que recherche l’amant des vieux livres, pour qui le bonheur est dans la contemplation et la possession. On dirait le véritable amant qui détaille les charmes de sa maîtresse avec une sorte d’orgueilleuse complaisance, en manière de catalogue de bibliothèque : « une brune de vingt ans, de bonne famille, d’un esprit rare, d’une belle figure, de mise élégante ; » mais l’amant ne se contente pas de regarder. Je voudrais avoir toutes les voix des presses qui gémissent à Paris, pour chanter l’épopée des vieux livres brillants de dorures et renfermés dans l’acajou, blancs de poussière et errant sur les étalages, vendus au poids et enfin roulés en cornet ! Que de destinés diverses, illustres ou obscures chez les vieux livres comme chez les hommes ! Que d’injustices et que de sottises ! |
Texte du Bibliophile Jacob
(A suivre)
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