Et puis Grégory reçut, à son tour, une enveloppe...

Ce matin-là, je descends au garage qui fait office de galerie pour la CAPUT, de fumoir, etc.
J'ouvre la porte coulissante donnant sur la rue, je mets de la musique, je suis prêt à m'installer dans mon fauteuil.
Et je vois, sur le trottoir d'en face, la postière à vélo sortir de son sac une enveloppe que je reconnais immédiatement.
J'avoue que j'espérais secrètement recevoir à mon tour un pli mystérieux.
La postière me tend la lettre avec un grand sourire.
J'admire les timbres : Kupka, Braque, Metzinger. Musique, compotier et cartes, oiseau bleu.
Issus d'un carnet sur les peintres cubistes émis le 16 juillet.
M'auraient bien plu également : Rugby d'André Lhote – ce qui aurait permis de faire un lien avec Pacific 231 –, Le Livre de Juan Gris, Les Trois Poètes de Louis Marcoussis et la Nature morte d'Auguste Herbin.
Le code ROC est encore celui de Castelnau-d'Estrétefonds...

 
Dans l’adresse, le S de « Saint » semble s'envoler...

  
Le livre : Denis Diderot, Lettre historique & politique adressée à un magistrat sur le commerce de la librairie. Allia, 2012.
Livre très intéressant où Diderot défend les privilèges de la librairie (l'éditeur).
Le MEbis s'étant déjà révélé poète, on ne s'étonnera pas que Diderot rime avec Tarot.

 
Le marque-page se trouve page 101 (palindrome). Il s'agit de la reproduction récente d'une ancienne gravure représentant un champignon phallique. Est-ce le phallus impudicus, dit aussi satyre (les ficelles) puant ? Les mycologues fréquentant Feuilles d'automne sauront nous dire. Le phalle est délicatement découpé et collé mais pas entièrement, afin qu'on puisse le soulever pour lire ce qu'il recouvre. Pointé vers « ce que nous désirons tous les deux », il m'a bien ému...

 
La carte postale. Encore du Plonk & Replonk. Série « Au-dessous du réel » – du sous-réalisme ?
Traité de Magnétisme, Hypnotisme et Suggestion est un livre, son tout premier (il n'avait que 21 ans), de Paul-Clément Jagot publié en 1910 chez A. Eichler. Avec une préface d'Alexandre Lapôtre (!), président de la « Société des Hypnotiseurs » (il était également prestidigitateur). Le livre était vendu 0 fr 25 et non 1 fr. Est-ce à dire que l'hippopodame – « avec un d comme dans marshmallow » – mystérieuse (avec son masque, on pourrait dire aussi éléphantomette) fait des prix de gros ?
Je suppose que les mots collés sur la carte sont issus d'une publication de 1910-1911.
Les numéros et le masque ont été tracés au feutre.

 
Au dos de la carte, une légende attribue aux numéros les noms des membres de la confrérie. Je ne saurais dire si les places ont été adressées au hasard mais, pour ce qui est du Tenancier et d'Otto, je les imagine bien ainsi.
Et la phrase sibylline présente les obsessions auxquelles nous sommes habitués :« Pour qu'au terme de la quête, l'image en creux, réfléchie dans les beaux grimoires, se révèle, les élus, empourprés de mystère, en conclave assemblés, arderont le reflet du plus saint. »
Arder (latin ardere, brûler), « vieux mot qui n'est plus en usage que dans cette phrase : Le feu saint Antoine vous arde. » dit Dupinay de Vorepierre en 1860. Un mot pour symboliste, quoi.

 
Je sais, tout le monde sait, n'est-ce pas ?, qui est le MEbis.

Grégory Haleux
__________
Vantons l'intelligent et subtil blog de Grégory Haleux : Soli Loci

Design : Nineteen Eighty-Four


Répertorié dans Good is dead

Nos 10/18 (44e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Et voici qu'un inconnu du blog vient à son tour me donner sa liste.
Laissons lui la parole :

Bonjour,

Puisqu'il parait que cette plaisante série touche à sa fin, voici une proposition pour tenter de la prolonger encore un peu.
Ma collection est sans doute moins pointue que celle des habitués, mais j'ai essayé de rester dans l'esprit et de ne pas être redondant avec les précédents "bouquets".
Cordialement,

E. F.  (si vous retenez ma proposition, pas la peine de citer mon vrai nom, merci)

Cher inconnu anonyme, merci ! On va même jusqu'à apprécier vos notules qui donnent un surplus d'agrément au triste ordinaire des bibliographies.


778 - Talon de Fer
Préface de Francis Lacassin
Couverture de Pierre Bernard, Jack London en 1910
DL: 2ème Trimestre 1973
AI: 20 avril 1973

Pas le design le plus original de la série des London, mais le roman est bon (même si absurdement privé par Lacassin de son premier chapitre en forme de préface dans cette édition) et pas mentionné jusqu'ici.
1132 - Abbé Jules
Préface d'Hubert Juin
Couverture de Pierre Bernard, Illustration de P. Herman
DL: 2ème Trimestre 1977
AI non mentionné (en Italie)

C'est le seul Mirbeau que je possède. J'aurais aimé (a)voir la série complète...
 
1300 - Le livre de Monelle/Spicilèges/L'étoile de bois/Il libro della mia memoria
Préface d'Hubert Juin
Couverture de Piere Bernard, dessin de Félix Valloton
DL: 1er Trimestre 1979
AI non mentionné (en France)

Bizarrement, Schwob n'est jamais mentionné dans votre anthologie. Il le méritait
 
1568 - Notes d'un veilleur de nuit
Approaching a city, detail, 1946 par Edward Hopper
DL: mai 1983
AI non mentionné (en Suède)
 
1569 - Le roman théatral
Traduit et présenté par Claude Ligny
Construction axonométrique (détail) par Gustav Klucis
DL: septembre 1996
AI: septembre 1996

J'aurais aimé mettre Roman avec Cocaïne, mais il a déjà été montré...
 
2757 - Blasons du corps féminin
Présenté par Jean-Clarence Lambert
Vénus et Cupidon (détail) par Le Primatice
DL: mars 1996
AI non mentionné (en Angleterre)
 
2782 - Dictionnaire des mots rares et précieux
Photo © Dominike Duplaa
DL: novembre 1996
AI: février 2010 (en France)

Belle couverture contemporaine, je trouve.
3056 - Haute Fidélité
Avant Garde Uno (détail) Photo Francis Kompalitch
DL: avril 1999
AI non mentionné (en France)

Encore un joli design un peu abstrait.
3555 - Nostalgie de l'absolu
Joan Miro, Landsape (The Hare), Autumn 1927 (detail)
DL: novembre 2003
AI non mentionné (en France)

Beau titre, volume inédit.
3587 - Bartleby et compagnie
photo © Johnatan Brade / photonica
DL: septembre 2003
AI non mentionné (en France)

Pour compléter la belle série des Vila-Matas.
 
Alors, là, le Tenancier se voit obligé de faire une pause : de plus en plus, vos envois égratignent le contrat. On vous avait dit pas plus de dix titres à chaque fois et je constate que certains s'amusent à déborder. Puisque nous avons un nouveau parmi nous, je ne ferais pas ma tête de lard avec icelui et je vais mettre les deux suivants. Mais gare, la prochaine fois ! 

4507 - Sonate cartésienne
Photo © Helmut Sasse
DL: décembre 2011
AI non mentionné (en France)
Belle photo abstraite, réminiscente du Nick Hornby. Accessoirement, l'un des derniers volumes avant le changement de police calamiteux en décembre 2011.
67 - Rêveries d'un montreur d'ombre
Présenté par Florence Perrier
couverture: scandella@IDSland.com
DL: novembre 2007
AI non mentionné (en France)
Certes, ce n'est pas un 10/18, certes ce type de design n'autorise pas beaucoup de variations et ne va donc pas permettre de prolonger la série avec autant de bonheur, mais c'est ici que se trouve désormais l'héritage spirituel, non ?
____________________
L'aventure continue. Le prochain sera Dominique Hasselmann et ensuite Grégory Haleux. A qui le tour, ensuite ?

Faire partie du monde, enfin...

Il est un livre que votre serviteur a beaucoup de mal à relire. Non que le texte ait mal vieilli, non que mon intelligence ou ma cognition aient dégringolé plus que mon âge l’autorise mais tout simplement, à l’instar de quelques autres livres, je l’ai lu à un âge qui nous marque peut-être pour le reste de votre vie. Je ne le possède pas par cœur, loin de là, mais chaque retour sur celui-ci donne un impression de l’avoir lu la semaine dernière : l’histoire reprend chaque fois la même saveur, les mêmes contours, les mêmes plaisirs. Seul le contexte de sa lecture pourrait changer, mais ce n’est pas un élément déterminant pour influencer les conditions d’une relecture, tant ce texte demeure présent. Ce livre-là, ce sont Les Voyages de Gulliver, lus vers quatorze ou quinze ans.
Il est des textes qui vous marquent très tôt.
Ma mère m’a confié que, lors de ses insomnies qui sont parfois longues, elle se remémorait des pages entières des Plaideurs ou d’autres pièces de Racine, ou encore nombre de fables de La Fontaine, toutes ces choses apprises par cœur ou même jouées dans l’enfance et que l’on retient ensuite comme un viatique.
Je songe à ces Aventures de Télémaque, ces Opuscules pédagogiques, également, que Fénelon écrivit pour un prince brouillon et que quelques générations d’enfants lurent également d’abondance. Peut être y eut-il un frisson de modernité dès lors que le lectorat s’élargit : la pérégrination dans les lieux antiques fit place au Voyages extraordinaires, la possession du monde, la science et parfois encore la réminiscence de l’antiquité avec ses héros nyctalopes, ses contrées presque infernales, etc. Tout cela dans un univers parvenu à maturité.
Il s’agissait de lire, d’apprendre, de raisonner, de sentir et d’aborder ces mystérieuses lectures adultes, bouts d’univers qu’il nous arrivait de voler à la lampe ou au réduit : lectures illicites, où même triviales, frissons agréables. Il y en avait d’autres encore, plus abordables et plus autorisées, mais peut être tout aussi cruelles. Qui n’a pas le souvenir de l’exécution de Milady, le couteau dans l’épaule de Jim Hawkins, et quoi d’autre encore, dont on ne songeait pas à nous protéger, encore heureux : nous apprenions avec un certain bonheur la cruauté du monde.
C’est donc pour ces raisons pas toutes entièrement formulée – mais débrouillez-vous avec ça - que j’emmerde à pied à cheval et en voiture les éditeurs et les écrivaillons qui produisent du livre pour ado, parce que jamais leurs petites saloperies ne survivront avec autant de ténacité dans les mémoires et n’ouvriront aucune porte vers ce que nous voulions, nous : faire pleinement partie du monde, enfin…

Littérature de gare ?

About (Edmond).

Dans une société toujours en chemins de fer (même quand elle n'y est pas), et beaucoup trop pressée pour lire attentivement et avec suite, il faut écrire à son usage, de manière à ce qu'elle comprenne et même s'intéresse, si cela se peut, à ce qu'elle lit, en pensant au sort de ses colis et de ses affaires. Il faut enfin une littérature de transport, de défaite et de pacotille, et M. About l'a compris !... M. About est un des auteurs qui se vendent le mieux entre l'enregistrement d'une malle et le coup de cloche du départ et il s'enlève !... Sac de peu d'idées, commode à porter.

Jules Barbey d’Aurevilly
in : Les Œuvres et les hommes (1ere série): Les Romanciers (1865)
Cité dans : L’Esprit de J. Barbey d’Aurevilly (1908)

Curieux... qu'est-ce qui me fait penser que ce genre de littérature ne rôde pas que dans les salles des pas perdus, désormais ?

Une historiette de Béatrice XXIX


— « Tiens mon fils, il faut que tu lises ça !
— C’est quoi ? Zola ?
— Et Vian aussi, un philosophe allemand.
— Ah ?
— Dites-lui vous madame ! Il ne jure que par son Confucius, il y a quand même autre chose que les arts martiaux dans la vie ! »

Les fins d'une collection

Roland C. Wagner laisse derrière-lui une collection extrêmement importante d’ouvrages de science-fiction après sa mort.
Ainsi, il est certain qu’il possédait l’intégrale de la collection Anticipation aux Éditions Fleuve Noir. Il est à gager que sa bibliothèque contenait également l’intégrale de nombreuses autres collections. On me pardonnera de ne point les citer car il n’est pas dans mon propos de discourir sur le contenu détaillé d’une bibliothèque de science-fiction, fût-elle d’une complétude exceptionnelle. Que l’on me croit sur parole pour le besoin de ce sujet et cela suffira. J’ai connu Roland lorsque nous avions une vingtaine d’années et j’ai connu cette bibliothèque déjà abondamment garnie. L’on peut présumer que trente ans après elle n’avait pas diminué.
Pour ma part, j’ai cédé longtemps à ce virus de la complétude dans la même sphère littéraire, à chercher les volumes qui me manquaient dans telle ou telle série. Il y avait chez moi moins un virus de collectionnite que le souci d’être au courant de ce que je traitais à l’époque dans une émission de radio. La bibliothèque de Roland obéissait également à cet impératif, d’autant qu’il était critique, mais également écrivain. La différence est ténue, elle réside dans le fait que beaucoup continuent de compléter leurs rayonnages tandis que j’ai vendu quatre-vingt quinze pour cent de ce que je possédais sur le sujet il y a plus de dix ans. La question se posait donc d’une façon étrange puisque je n’obéissais qu’à des raisons utilitaires : que tirerait donc un amateur forcené d’une bibliothèque qui ne rassemblerait qu’un genre – ou peu s’en faut – et quelle serait donc sa façon d’appréhender celle-ci ?
Bien évidemment, qui songerait à lire une telle collection in extenso ? Certains exégètes l’on fait. Roland l’a sûrement fait pour les Anticipation. Mais la encore, cela répondait en partie à un besoin utilitaire. Le cœur de la question se trouvait dans le plaisir que l’on pouvait bien trouver à cette lecture. Sans doute l’exemple ici était-il biaisé : Roland tirait visiblement une véritable jouissance de cette lecture… sans doute assez perverse, il est vrai.
Peu importe, pouvais-je soutenir enfin que la complétude n’amenait pas forcément un plaisir effréné si l’on se mêlait de tout lire ? Je pense que je serais suivi par une majorité des lecteurs ici présents sur cet avis. Le cas particulier de l’œuvre complète d’un auteur ne relève pas de cette question. Là, il est question d’intimité avec un auteur et ailleurs c’est le lien lâche et plutôt absurde d’une manie de tout accumuler, un fait pulsionnel plutôt que passionné. Que ferait donc un lecteur raisonnable avec une bibliothèque complète ? L’exemple de Roland était-il alors raisonnable ? Oui, car il n’était pas un lecteur béat et sans discernement et pourtant on peut gager que sa bibliothèque fut l’une des plus lues de celles possédées par des lecteurs (nous avons tous des livres non lues dans nos rayonnages, reste à en déterminer la proportion…)
Il fallait donc discerner sûrement deux choses différentes dans les rapports de Roland avec la lecture de ces séries intégrales :
- Cette recherche de la complétude, propre aux collectionneurs, trait que l’on trouve également chez les compilateurs issus d’un certain socialisme utopique ou libertaire au XIXe…curieusement partagé par les amateurs – et les auteurs - de SF mais qui s’en étonnerait au bout du compte ?
- Le plaisir trouvé dans cette sorte de contrainte en faisant, en quelque sorte, une lecture transversale de ces collections. Qu’on s’en explique : il est certain que Roland ne fut pas un admirateur de Maurice Limat ou de certains autres auteurs d’Anticipation, pour rester dans cet exemple là, tout en ayant tout lu d’eux. Assurément, B.R. Bruss ou Kurt Steiner ont pu retenir ses suffrages. C’est qu’ici le lecteur affectif, l’homme de goût dépassait l’homme de devoir, le devoir consistant à tout posséder, bien sûr… Ainsi dans une seul pièce se trouvaient superposés deux motifs parfaitement intriqués, deux schémas ou deux voies dont l’une indécelable pour qui ne connaissait pas celui qui l’avait constituée, et qu’imparfaitement ceux qui le côtoyaient, même quotidiennement. La bibliothèque de l’homme de goût se situait ainsi au beau milieu d’un choix trop visible, hors de portée, dans la mémoire et le cheminement intellectuel de son possesseur !
Cette partie de bibliothèque est donc morte avec Roland.
Voici donc que tous ces livres, rassemblés au nom d’une passion pour un genre, ne peuvent transmettre ce que son possesseur avait choisi de distinguer. L’exigence de la collection impose que l’on ne puisse se séparer d’un seul volume, fut-il mauvais, voire haïssable, pour celui qui l’aura collationné. Et voici que cette contrainte impérative a noyé totalement ce que le lecteur/jouisseur avait pu distinguer, à la restriction qu’il n’ait pas tenu un journal de lectures ou des annotations dans les dits livres, ce dont nous doutons fortement.
J’avais émis modestement – comme on le sait, j’étais depuis pas mal de temps éloigné de Roland C. Wagner – l’idée que ses livres pouvaient peut être faire l’objet d’une exposition permanente dans une salle d’une bibliothèque municipale : Clamart ou Cognac, puisque ce sont deux ville avec lesquelles il était lié. Or, si cela devait être fait, on doute que cela puisse perpétuer sa mémoire ou constituer une quelconque valeur testimoniale. La collection semble être un fait détaché de notre moi, en définitive. Cette salle n’accueillerait que le fruit d’un labeur patient, d’un recollement, d’une victoire sans doute, mais pas l’émanation de son propriétaire. Autant que ces livres retournent à une nouvelle vie.
Pour connaître un peu Roland, il faudra continuer de le lire.
Il va de soi que la question outrepasse son cas particulier. Il est des degrés dans l'accumulation et rares sont celles qui sont le fruit d'un aveuglement qui voudrait que le thème dépasse l'intérêt intellectuel ou la jouissance. Quand bien même, nos bibliothèques personnelles ne se soustraient pas toutes à l'attrait de l'uniformité des dos dans un rayonnage... c'est une tentation, un jeu. Seulement, restons lucides quant à cette manie : c'est une passion un peu vaine qui devrait être marginale, peut être, l'essentiel demeurant dans ce qui nous tient solidaires à nos livres, je veux dire à l'intérieur de ceux-ci et de ce que nous en laissons aux autres. Vous voilà prévenus : si vous m'invitez chez vous, je regarderai votre bibliothèque et je regretterai bien qu'elle ne soit constituée que de collections.

Ça débordera toujours…
ou la victoire de l’anacladistique !

Les bibliothèques, comme la nature, ont horreur du vide.


Le Tenancier – qui est un sage – l’avait prédit : ça débordera toujours !

J’avais bien quelque espoir, pourtant, lorsqu’il y a deux semaines, j’ai décidé de ranger ma bibliothèque, de lui donner tort. Lorsque je dis « ma bibliothèque », je veux parler de celle qui ceint les neuf petits mètres carrés de mon bureau et qui constitue le cœur de ma « collection ». Car, ma bibliothèque, il faut bien l’avouer, a depuis longtemps débordé mon espace personnel pour investir d’autres pièces de la maison. Ainsi, trouve-t-on dans le salon, des livres d’art, monographies et catalogues – plusieurs volumes, notamment, de « la septième face du dé », la collection surréalistographique de Filipacchi –, les imposants fac-similés de revues parus chez Jean-Michel Place (Documents, Nord-Sud, La Révolution surréaliste, Le Surréalisme au service de la Révolution, etc.) ; la chambre conjugale recèle quelques curiosa ; la chambre d’amis servant de dépôt aux manuels scolaires, à la littérature jeunesse, aux dictionnaires, aux classiques, accueille également les revues actuelles auxquelles je suis abonné ou que j’achète régulièrement, des livres de la petite voire de la micro-édition, la poésie en poche, et les 10/18.
Et mon bureau, alors ? Le bureau s’encombre pour mon plus grand plaisir de titres qu’il est possible de classer en trois ensembles : la littérature symboliste – largement ouverte puisque y figurent aussi bien Catulle Mendès que Jules Romains, Charles Vildrac, Jules Supervielle, etc. –, la littérature surréaliste, les petites revues. Avant d’entreprendre mon rangement estival, ma bibliothèque respectait déjà cette répartition que j’ai, dans la mesure du possible, conservée. Le premier mode de classement adopté répond donc à une bipartition historico-littéraire (symbolisme/surréalisme) et à une séparation selon le type de publication (livres/revues). Or, jusqu’ici j’avais choisi d’enrayonner mes livres d’après le seul ordre alphabétique, ce qui, à l’usage et à l’usure, avait fini par ne plus me satisfaire. D’autant que l’équation : 1500 bouquins et 800 revues (comptabilité parfaitement approximative) pour 20,50 mètres de rayons m’oblige à pratiquer presque systématiquement le double rayonnage, au moins pour les livres, rendant l’accès de la moitié d’entre eux bien difficile.
Il s’agissait donc de trouver un nouveau classement qui permît de faciliter la recherche et la consultation de tous les bouquins, malgré l’obligatoire double-rayonnage. Après avoir longuement observé les piles de bouquins jonchant le sol, comme de petites tours de Babel qu’un faux mouvement du deus ex biblioteca aurait suffi à effondrer, je décidai d’appliquer la méthode suivante, qui n’a rien de très originale : je conservai d’abord la bipartition générale symbolisme/surréalisme ; dans la bibliothèque surréaliste, je dédiai un rayon aux livres consacrés à André Breton, un autre à quelques collections (« Le désordre » de chez Losfeld ; la petite « collection S », des éditions Maintenant). Je pris soin ensuite de séparer les études, et autres ouvrages de documentation, des œuvres surréalistes proprement dites. Ce système fut également appliqué à la bibliothèque symboliste, plus fournie. Les œuvres d’abord, de Paul Adam à Willy ; puis, la documentation minutieusement classée comme suit : 1. les anthologies ; 2. les monographies et biographies ; 3. les études sur le symbolisme ; 4. les volumes de souvenirs ; 5. les recueils d’articles de critiques contemporains ; 6. les bibliographies et ouvrages consacrés aux petites revues ; 7. les histoires de la poésie entre 1870 et 1940 ; 8. les enquêtes recueillies en volumes ; 9. les correspondances. Je réservai, en outre, un petit rayon à la collection « La Phalange » dirigée, chez Messein, par Jean Royère, collection que je m’amuse à compléter depuis quelques années. Naturellement, je consacrai un double rayonnage débordant à Remy de Gourmont, et deux rayons simples, isolés, – à tout seigneur tout honneur – à Saint-Pol-Roux. Je rangeai enfin les Pléiade, toujours utiles au chercheur, sur un niveau d’étagère.
Je parvins, de la sorte, à libérer un peu d’espace. Mais je ne m’étais pas encore attaqué au rangement des petites revues qui, depuis des mois, s’empilaient sur mes tables de travail ou à même le sol.
Pour cet ensemble-là, j’aurais pu privilégier un classement alphabétique ou chronologique rationnellement légitime. Mais, plus que les livres, les revues font apparaître une difficulté matérielle dont il faut tenir compte : la multiplicité des formats. Certaines ne dépassant pas la dizaine de centimètres de hauteur quand d’autres surpassent la trentaine. Difficile donc de faire entrer certains titres dans un classement alphabétique ou chronologique. Je choisis alors un classement par format, fort peu satisfaisant – car il me contraint, cherchant un titre, à me souvenir de son format – mais plus pratique. Bien évidemment, le classement par format se double, sur chacun des rayons, d’un classement alphabétique. Impossible, dans ces conditions, de doubler les rayons, et le lit des petites revues déborda sur le peu d’espace que six heures de travail avaient permis de libérer sur les étagères de livres. Comme quoi, ça débordera toujours !

SPiRitus


Gourmont, anthologies et monographies symbolistes

Saint-Pol-Roux

La Revue des idées s'invite dans la bibliothèque symboliste

Du côté des petites revues

Petites revues et grandes petites revues



Cela fait longtemps qu'on ne vous l'avait fait remarquer : SPiRitus est l'animateur de deux blogs forts intéressants :

Les féeries intérieures
Les petites revues

... qui éclaireront sans doute les néophytes sur la bibliothèque de notre ami..

Design : The Essential Tales of Chekhov



Répertorié dans The Book Cover Archive

D'un certain bonheur fugace procuré par les Pages Jaunes...

Parfois, comme ça, cela devient trop facile, de se moquer. Ainsi, recevant la lettre des Pages Jaunes après une sollicitation de leur part pour me coller dans leur annuaire, je me demandais soudainement si cette entreprise était un repère de demeurés ou alors si l’inculture si commune à notre contemporanéité avait trouvé là son apothéose. Que l’on en juge par la lettre ci-après :

(Cliquez sur l'image)

En effet, mon numéro de SIRET ne correspond pas à l’activité professionnelle déclarée par bibi auprès de ces flèches, semble-t-il.
Voici mon numéro qui n’est nullement confidentiel : 478-785-553 00015. Or, c’est un autre code qui compte pour définir l’activité professionnelle (même si le SIRET permet de le déduire), c’est le code APE.
Le code de mon activité est le :

4761/Z
Commerce de détail de livres en magasin spécialisé.

Ce qui est extrêmement différent du métier de libraire, comme vous en conviendrez !!! Je n’ai pas le code APE de ces zozos, mais je me dis que leur numéro ne doit pas être trop difficile à retenir puisqu’il devrait être à la hauteur de leur Q.I., à deux chiffres. Ce qui suffit fort bien a une moelle épinière dotée d’un écran et d’un téléphone.

La clé du Mystère ?

La clé du mystère serait-elle ici ?


« En fait, la tâche de déchiffrer les histoires une à une m’a fait jusqu’à présent négliger la particularité la plus saillante de notre mode de narration, à savoir que chaque récit court à la rencontre d’un autre, et tandis qu’un des convives progresse sur sa lancée, un autre parti de l’autre bout avance en sens opposé [...] »

« Plus les histoires deviennent embrouillées et tirées par les cheveux plus les cartes ainsi éparpillées trouvent leur place dans une mosaïque bien rangée. Est-ce seulement le fait du hasard, ce dessin, ou bien l’un d’entre nous n’en construit-il pas avec patience l’assemblage ? »
Mouton à Lunettes

Une historiette de Béatrice XXVIII

— « Auriez-vous quelque chose des éditions Trucmuche ? Vous connaissez cette maison d’édition ? »
Avec l’assurance du châtelain s’adressant à la gueuse, regard appuyé.

Oui, bon...

Vous savez ce que c'est, le syndrome tahitien. On a du mal à revenir et, franchement, de plus, là, ça ne vient pas pour vous faire un billet intéressant. Je voudrais bien, pour ne pas vous décevoir, mais, sérieux, je cale. Et puis, entre nous, en ce moment, parler de livres m'ennuie un peu. Il est même curieux que cela ne soit arrivé qu'au bout de quinze jours de vacances, si vite. Sans doute que j'étais déjà un peu ailleurs avant mon départ.
Allez, on va se dire que ce n'est pas grave. Les petites pannes, c'est pas dramatique, ça nous est tous arrivé un jour et il ne faut pas en faire un drame.
Quand même, ça m'inquiète, ça.
Je devrais consulter.