Et Rimbaud vint.
C’était en effet un portrait du poète sur carte postale qui était joint aux plaquettes anti-électorales… Tout d’abord, avant d’aller plus loin, il me faut remercier chaleureusement mon expéditeur de cette trouvaille et je me demande si un détail de cette carte ne fut pas déterminant dans le choix de celle-ci à cause de l’humour subséquent qu’elle recèle. C’est que ce très beau portrait fait par Etienne Carjat proviendrait de la collection personnelle de François-Marie Banier… Que le portrait du « Clochard Céleste » soit détenu par un photographe giflé par un SDF me ravit au plus haut point. Le destin réserve bien des tours et ferait presque croire à une justice immanente.
Au verso de la carte, à la partie réservée à la correspondance est sommairement dessiné ce que l’on suppose un miroir ou un cadre. A l’intérieur de celui-ci on trouve le texte suivant :
Et
tourne la
PSYCHÉ
que
JE se
joue de
L’AUTRE
…
Certes, « Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !» — notre expéditeur connaît le minimum du corpus rimbaldien pour que l’allusion fit mouche. Ce n’était pas trop difficile, ce texte est tellement connu….
Continuons donc plus avant dans cette extrait de lettre de Rimbaud à Georges Izambard (Mai 1871) :
« Vous n’êtes pas
Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie toujours. — Mais je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni trop de la pensée […] (s’ensuit le poème
Le Cœur supplicié)
Notez bien que l’italique du mot enseignant n’est pas de mon fait et se trouve dans la transcription que je possède.
Mais que dire alors de ce double sens que l’on peut prêter au mot psyché, « miroir » et également « ensemble des phénomènes psychiques », qui nous renvoie à la fois à ce miroir qui « ferait bien de réfléchir » et à cette fameuse tempête de crânes proposée par la
Société Secrète de Ceux Qui Tirent les Ficelles.
Bien sûr le rapport est dans La Lettre du Voyant citée en partie plus haut… Ici, l’avertissement se veut clair : nous aurons beau chercher, il se peut que notre quête soit vaine et que nous nous perdions tous dans la stérilité et le soupçon.
Ou alors que nous avons ici des aveux complets !
Complets, vraiment ?
Quelle désolation que cette carte délivrant un tel message, si
nous ne la considérions que dans son unicité. Or, la tension générée par celle-ci
pourrait sans doute trouver un apaisement dans le lien avec cette histoire qui n’en finit pas de resurgir dans notre blog mais également avec les autres items, je veux parler des autres éléments qui accompagnaient cet envoi. La chose était flagrante, j’avais également fait le rapprochement, et c’est curieusement SPiRitus — qui, ai-je besoin de le dire, n’est point éloigné de la chose poétique et de l’enseignement ? — qui y fit allusion dans l’un de ses messages. La figure du Pape, dans les arcanes du Tarot, apparaissait de façon flagrante sur l’enveloppe. Cette disposition était-elle voulue ou le fruit des caprices du pliage ? Que l’enveloppe ne fut pas constituée d’une seule feuille rempliée mais bel et bien de deux pièces accolées laissait croire que c’était bien volontaire. Mais quelle était donc la signification de cette mise en évidence et en quoi pouvait-elle se rapprocher du portrait de Rimbaud ? C’est que l’expéditeur aurait pu tout aussi bien mettre une autre carte. Pas n’importe laquelle : L’Étoile. Mais nous allons y revenir. Pourquoi tout à coup ce Pape évoqua-t-il pour moi la figure d’André Breton, « Pape du Surréalisme », quant à lui, et en quoi cela avait-il un rapport
avec Rimbaud et l’identité de mon expéditeur ? Sans doute que mettre en évidence
l’arcane 17 eut été trop évident à exposer, ou bien que cette image ne figurait pas sur ce papier d’emballage, impossible donc à utiliser. En tout cas c’était désigner Breton d’une façon trop évidente… Il faut remonter à 1949 et l’affaire de
La Chasse Spirituelle pour saisir le cheminement et peut être la clé de l’affaire. A la parution de ce faux Rimbaud manigancé par Pacal Pia, le seul à aller à contre courant de l’admiration générale pour ces poésies de Rimbaud miraculeusement exhumées fut André Breton, un autre voyant (« Être voyant et se faire voyant : il ne s’est agi pour nous que de découvrir les moyens de mettre en application ce mot d’ordre de Rimbaud », cité d’après
Position politique du Surréalisme, mais on est vivement prié de vérifier, s’il vous plaît, je n’ai plus la source chez moi). La dénonciation de Breton dévoila l’identité des faussaires, Akakia Vala et Nicolas Bataille,
un homme et une femme.
Au terme de cette amusante enquête je ne puis m’empêcher de songer au lapsus d’ArD qui lia tout de suite la réception de la lettre à un Mystère sans que rien ne le lui suggérât et le petit mot de SPiRitus faisant allusion a l’arcane du pape dans l’un de ses messages.
Je ne tirerai pas de conclusion flagrante, la certitude ne se trouvera que dans l’aveu des protagonistes…
Une dernière chose en attendant de vous lire à mon tour. J’avais mentionné dans le premier message qu’il me restait quelque chose à vous dire à propos de l’enveloppe : c’est le cachet de la poste, bien sûr qui donne la localisation du Centre de traitement du courrier.
Le voici (reconstitué à l’aide de mon compte-fil, tant l’encre était pâle sur ce fond bariolé) :
13102A
Il correspond au Centre de Pau, sis au 124, avenue de Buros.
Je me demande bien qui demeure à Pau, n’est-ce pas, mon cher SPiRitus ?