Jours de Catalogue - I

Le lecteur attentif s’en souviendra, je l’avais lâchement abandonné au terme de l’impression d’un catalogue d’éditions originales. L’opération durait plusieurs jours et occupait une grande partie du temps de travail qui, d’ordinaire, était dévolue à la vente, au catalogage, à la réception des ouvrages neufs ou d’occasion (cette librairie s’occupait des deux) et toutes ces sortes de choses.
Les brochures une fois constituées, triées, expédiées, il ne restait plus que l’attente de la réception du catalogue par nos clients – temps de latence qui ressemblait fort à une veillée d’armes au cours de laquelle nous nous employions à préparer la logistique : carton ondulé, feuilles de kraft, ficelle pour les paquets, ultime recouvrement des ouvrages du catalogue avec du papier cristal pour ceux qui auraient échappé à notre vigilance, ou dont la couverture précédente, à nos yeux, avait soudainement par trop jauni.
La durée de notre attente était relativement brève, malgré le fait que nous faisions l’expédition des enveloppes du catalogue au tarif « lent » qui existait encore, à cette époque où la Poste était un service public non soumis aux lois du marché mais plutôt une sorte de modus vivendi entre le délai sourcilleux et le festina lente, le tout régi, vraisemblablement, par un Olympe poussiéreux habité par les dieux Afnor et Cerfa. (Olympe, vraiment ? Plutôt le Walhalla, vu les noms).
Mais cette attente quelque peu affairée était le prélude à un déferlement à côté duquel la Horde d’Or n’était qu’un aimable rassemblement d’adeptes du camping municipal.
En effet, les barbares allaient frapper à notre porte.
Ainsi, le matin du jour J, nous guettions le téléphone et lancions des augures sur celui qui appellerait le premier ou sur le livre qui partirait en premier.
Le catalogue commençait toujours lentement - un ou deux coups de fil, priant de mettre de côté telle originale de Gide, de Maurois, de Mauriac ou, fantaisie inouïe, un beau papier de Martin Du Gard, pas Roger, Maurice, le cousin, l’autre. Ensuite venait le « trou » traditionnel, césure qui indiquait que le service postal du matin était passé, certes, mais qu’il n’avait pas touché ceux qui étaient partis travailler. Car, loin de l’image du rentier, le bibliophile a un emploi dûment rémunéré, ce qui lui assure entre autres la provende de son vice… Les livres réservés rejoignaient une table où devaient s’aligner les piles. Chaque réservation comportait un bout de papier avec le nom du client et la date de réservation. La Haute Autorité de la librairie était sourcilleuse là-dessus : les réservations n’excédaient pas 48 h ! Cette disposition était appliquée avec rigueur et je dirais même avec véhémence. On ne délivrait d’indulgence que pour des raisons impérieuses. On ne plaisantait pas avec les réservations, ah mais !
Arrivait l’heure du déjeuner où les premières salves sérieuses étaient lancées. A pleines bordées, on recevait des mitrailles de commandes : un, dix, quinze livres sortaient du rayon – large de 3,50 m sur 2,50 m de hauteur – pour rejoindre la table des réservations. Arrivaient fugacement quelques drames, pas les plus importants, un Gide déjà retenu, par exemple. Rien n’était encore perdu, on escomptait sur le désintérêt du client ou sur son retard, ce qui reporterait la réservation sur l’autre client. Tout y était encore mousse et pampre, les manifestations de déception ne dépassaient pas les bornes, car l’on était porté par l’espoir.
La fin de l’après-midi voyait les premiers clients arriver ; il sera utile par la suite que l’on revienne sur la typologie du bibliophile. Mais à tout le moins, déjà, on pourrait déceler le Déterminé qui après un bref examen du livre emportait son butin dans une certaine économie de geste et de parole, le Dubitatif qui, après quelques affèteries et manières, ne prendrait qu’une partie de la réservation. Miracle : l’un de ces derniers a laissé le Gide convoité par un autre. Nous téléphonons et sommes immédiatement parés de toutes les vertus. Le soir tombe sur la librairie Delatte, sise au 15, rue Gustave Courbet à Paris, dans le XVIe arrondissement, et sur son catalogue. Demain, les journées dures commenceront.
Et les emmerdeurs, les atrabilaires et les goujats, me diriez-vous ?
Y’en avait aussi.
Et ceci, comme la suite, sera de la même histoire.

(à suivre...)

Tabagisme passif

Il est rare que, dans l'achat d'un lot, on ait l'aubaine de trouver autant de marques-page. Cinq spécimens trouvé dans un premier lot de revues dont quatre dissemblables ! Et il y aura bientôt une autre caisse à ouvrir...
Hasard ou monomanie, ceux-là vantent les plaisirs du tabac.
Après la picole, la tabagie. On se croirait revenus à la belle époque des films noirs de la RKO.

Recto et verso dessinés par René Vincent.
Recto d'après René Vincent - Verso de Poulbot

Recto d'après René Vincent - Verso de Poulbot

Recto par Fabiano, verso par Sepo. A noter que les deux faces sont "tête bêche"

Que peut-on déduire d'une telle trouvaille en telle quantité ? Sans doute que la personne qui s'est séparée des ouvrages ne lisait plus beaucoup ou s'était convertie à la cornaison des livres, comme l'a si bien commenté notre compère Laucou... Ou bien encore que ces ouvrages constituaient un héritage encombrant, ennuyeux et dont il fallait se débarrasser - pour mon plus grand plaisir, et le vôtre si vous m'achetez de temps en temps des livres.
Et, bien sûr :
Fumer, c'est pas bien, comme le dit la loi Évin.

Conseil d'expert

Commençons une nouvelle rubrique informelle et éclectique : celle que les lecteurs de ce blog voudront bien alimenter avec leurs écrits. Le texte ci-dessous fut écrit en réaction à l'article "En voiture, siouplaît !". Il aurait été bien dommage de le laisser cantonné aux commentaires. CLS, c'est Christian Laucou Soulignac et j'espère le trouver souvent ici !

Quitte à corner, autant corner savamment.
Les ouvrages imprimés du 16e au 18e siècle sont merveilleusement cornables, le papier y est doux, relativement mince, solide, appétissant (bien des vers vous le diront). Je ne puis trop m'avancer au sujet des ouvrages du 15e siècle et antérieurs, n'en ayant pas dans ma bibliothèque. J'ai essayé d'aller corner ceux de la BNF, pour voir, mais on est trop surveillé à la réserve précieuse. Les conservateurs et trices n'ont pas la même culture que les corneurs, ils ne les comprennent pas. Ils prennent le cornage pour une dégradation, un délit de lèse-livre, les sots !
Là où les affaires se dégradent, c'est avec les ouvrages du 19e siècle. Pour les Romantiques et avant, ça va encore, ça se tient. Le papier se pique souvent de jolies taches de rousseur mais il est encore, le plus souvent, souple sous la corne. Après cette période, la qualité du papier se dégrade réellement et la cornure réversible devient une activité aléatoire. Le papier, en effet, casse souvent et l'on se retrouve gros Jean comme devant avec son coin de papier à la main.
Je conseille fermement la corne sur tous les ouvrages de très haute bibliophilie du 20e siècle. Le papier s'y plie sans le moindre effort.
Je déconseille en revanche les ouvrages Dada, ces gens là ne savaient pas vivre et imprimaient leurs livres le plus souvent sur des papiers infâmes dont je n'aurais pas même voulu pour un usage d'hygiène intime.
Pour les petits romans, on fera comme on voudra. Mais on se méfiera, la cornission, comme au 19e siècle, peut conduire à la casse.
Il convient enfin de traiter le livre au format de poche. Avec ces modestes ouvrages, l'imagination peut n'avoir plus de limites. La cornerie peut, par exemple, s'exercer alternativement en plaçant le haut ou le bas de la page contre le côté intérieur pour obtenir un ample pli. On peut itou, mais ce n'est plus de la cornaison, arracher les pages au fil de la lecture et les semer un peu, beaucoup, passionément...
Comme on voit, le sujet est vaste et est loin d'être épuisé après ce rapide survol.

cls

Niouzes of ze blogs - 4

Pour ne point encombrer le présent blog, le soussigné tenancier a décidé que cette petite rubrique restera grosso modo mensuelle. C'est bien ennuyeux, parce qu'il y a des choses intéressantes à voir chez les autres blogueurs. Mais il faut savoir se limiter.
Pierre Assouline vient de sortir un ouvrage constitué des interventions des lecteurs de son blog. L'on n'y verrait nul inconvénient si la reproduction des propos avait été soumise à une autorisation préalable de ses auteurs. Ce n'est pas le cas, semble-t-il. Pierre Assouline n'a jamais caché sa volonté de rentabiliser son blog. Des publicités parsèment les pages, on trouve un bouton de commande qui renvoie à un site de vente de livres au bas de chaque article. Nous déduisons que l'auteur du blog est rémunéré à chaque clic de souris sur ce bouton ou bien à chaque transaction conclue. Nous ne voyons pour notre part aucun inconvénient à la pratique du publi-reportage, du moment que la chose soit indiquée clairement à chaque chapeau d'article. Par ailleurs, on aimerait connaître l'implication du journal Le Monde, lequel héberge le blog de Pierre Assouline. On est de toute façon en droit de s'interroger au final sur la pertinence des articles, chargés de collecter un nombre conséquent de lecteurs et d'intervenants. On s'interrogera ainsi sur la récurrence de certains thèmes qui ne doivent rien à l'actualité littéraire mais plutôt à un esprit polémique. Au final, on dira que l'ouvrage cité plus haut, est bien une création à part entière de Pierre Assouline : une manipulation de ses lecteurs pour son plus grand profit.
J'en sais quelque chose, je suis intervenu plusieurs fois sur le site de Pierre Assouline sous le pseudonyme de jtmaston...
Venons en plutôt à des gens qui ont des choses à dire.
Le blog de Fornax revient pour nous parler de la lettre A. Déception : nous attendions qu'on nous parle de Philémon et de l'Océan Atlantique. Tant pis. On aimerait que le sieur Laucou développe son safari photo/typographique. Il a l’œil américain, cet homme !
Autant Fornax flemmardise dans ses productions, autant L'Alamblog distille vite et fort ! Si, lecteur pressé, tu n'as que deux choses à voir sur ce blog, ce serait tout d'abord Les chiffres de l'Édition, assez consternants, et ensuite l'article sur l'édition des Énigmes de Marc Papillon de Lasphrise (1555 - 1599). Quel nom !
Je n'ai pas encore acheté l'ouvrage et ne puis par conséquent vous en donner une idée, comme L'Alamblog. Cependant, j'ai retrouvé un de ses poèmes paru dans l'anthologie intitulée "Les Sonnets" en collection folioplus classiques :

Sonnet en langue inconnue

Cerdis zerom deronty toulpinye,
... Pursis harlins linor orifieux,
... Tictic falo mien estolieux,
... Leulfiditous lafar relonglotye.
Gerefluz tourdom redassinye;
... Ervidion tecar doludrieux,
... Gesdoliou nerset bacincieux,
... Arlas destol osart lurafinie.
Tast derurly tast qu'ent derontrian,
... Tast deportul tast fal minadian,
... Tast tast causus renula dulpissoistre.
Ladmirail reledra furvioux,
... C'est mon secret, ma Mignonne aux yeux doux,
... Qu'autre que toi ne saurait reconnaître.

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Henri Lhéritier continue ses promenades dans la littérature française de la deuxième partie du XIXe siècle. Tartarin de Daudet n'a pas eu le bonheur de lui plaire. Il faut tout de même signaler que Daudet a parfois écrit des pages sensibles et qui ne sont pas des copies de Dickens ou d'autres de ses contemporains. Comme Henri Lhéritier n'a pas d'a priori, on retrouvera certainement cet auteur sous un meilleur jour, sous son clavier.
Pour conclure, voici un endroit qui saura séduire tout amateur de bonne littérature puisqu'il s'agit du blog de Pierre Michel, entièrement consacré à Octave Mirbeau, puisqu’il en est le spécialiste déclaré. Bien que présenté sous la forme d'un blog - sans doute pour des raisons d'économie - il s'agit bien plutôt d'un site embryonnaire sur la vie et les oeuvres de ce gigantesque auteur. Je suis comblé, pour ma part, puisque je vais contempler l'étendu de mon ignorance "mirbelienne" en regardant la bibliographie mise à disposition en format PDF, entre autres. 594 pages !
Mazette !
On le visitera également pour contempler les couvertures des multiples éditions françaises et étrangères. Certaines remarquables et d'autres franchement hilarantes.

Henry Fonda, le serial killer et la colle de poisson

Eh bien voilà : vous avez par mégarde arraché la couverture de votre bouquin, ou alors vous l'avez fait tomber et le cartonnage s'est déboîté. "Pas de problème, vous dites-vous, je vais le ré-pa-rer !"
Et avec quoi, s'il vous plait ?
Mmmmmhhhh ?
Avec du ruban adhésif, c'est ça ?
Bravo.
Compliments, c'est réparé.
Vous l'avez bardé d'adhésif au dos, vous avez rapproché les lèvres béantes des pages et bien lissé avec votre doigt la bande transparente qui doit les lier pour l'éternité. Mieux encore, pour qu'il soit désormais protégé, vous l'avez recouvert d'une couverture plastique ou, moindre mal, de papier cristal que vous avez aussi fixé avec le même adhésif au revers.
Fier de votre œuvre, vous replacez votre prestigieux travail dans votre bibliothèque et vous n'y pensez plus.
Vous avez raison de ne plus y penser.
J'envie votre état natif, sans remords.

Car vous venez de tuer un livre.

Le ruban adhésif, autrement appelé "Scotch" - mais je préfère être impartial et mettre cette cochonnerie sous son titre générique et non sous l'une de ses marques - est le fléau du libraire. Tenez : le soussigné préfère faire cinq heures de train bondé avec un gosse qui hurle à côté de lui plutôt que de supporter la vue d'un livre réparé de cette manière, c’est dire !

"Un pari de milliardaire", de Mark Twain, une édition de 1925 bonne pour la poubelle...
Le joli livre que vous avez "restauré" il y a peu devient vraiment solidaire du ruban adhésif au bout de peu de temps, c’est même immédiat le plus souvent. Impossible de l'en séparer car la chance d'arracher le papier en-dessous est à peu près de 150 %. Vous allez avoir le temps de macérer dans vos regrets. En effet, l'opération qui suit est un peu plus lente mais tout aussi inéluctable. Par capillarité, le papier va absorber la substance collante, laquelle a déjà commencé à changer de couleur en virant au jaunâtre et bientôt au brunâtre. Enfin, la partie transparente en matière vraisemblablement dérivée d'un plastique commence à se rigidifier, à subir une sorte de vulcanisation, elle commence à se détacher laissant sous elle une bande marron et parfois - c'est amusant ! - encore collante ou bien poisseuse. Phénomène qui n'est pas sans intérêt : les livres qui côtoient ces belles restaurations sont ainsi collés à celles-ci avec le risque de voir un arrachage de la surface des couvertures... Ainsi, l'on bousille trois bouquins d'un coup au lieu d'un en utilisant cette bombe à retardement qu'est la dégradation progressive du ruban adhésif.

Si l'on est attentif, on verra la marque de l'adhésif qui a traversé ce côté-ci de la couverture...
Ah, ces pages de garde collantes, parce que vous avez utilisé ces mêmes adhésifs pour maintenir du papier cristal ! Mais pourquoi faire, Grands Dieux, le cristal tient tout seul ! (Je vous ferai une démonstration, un de ces jours). C'est comme mettre une ceinture avec des bretelles... et se faire descendre par Henry Fonda (1). Bien sûr, la matière collante a traversé la couverture et vous vous retrouvez avec des bandes brunes sur celle-ci. Y a-t-il un réconfort à tout cela ?
En toutes choses, il faut voir le côté positif : vous avez des chances de garder cet ouvrage jusqu’à la fin de votre vie, car aucun confrère n’en voudra. Ainsi, perpétuel compagnon de vos regrets, il vous suivra jusqu’à votre sénescence, voire au-delà. Comme il n’est nul luxe inutile – et le livre fait précisément partie de ces choses superfétatoires dont on ne saurait se passer (sauf ceux qui se gobergent de leur ignardise, bien sûr) – je vous conseille de faire de vos expérimentations hasardeuses en matière de restauration un joli bûcher in-octavo pour vous accompagner aux cieux. Ainsi, ces mêmes remords se disperseront avec vos cendres.

On se demande ce que le bricoleur a voulu faire en consolidant le bord du deuxième plat...

Un strip-tease revu par un Grand Guignol pour libraires

Mais ne restons pas sur ces funèbres considérations.
S’il n’y a guère de remède aux brunissures infligées par ces bandes adhésives, il faut se dire que cela n’a guère d’importance pour un livre de poche. A moins, bien sûr, d’y tenir pour des raisons sentimentales. Se pose également la question de la pérennité de certains ouvrages apparemment courants à leur sortie et qu’un quelconque purgatoire a raréfié. Ceux-là sont des victimes potentielles. Le problème se pose de moins en moins au fur et à mesure que l’on remonte cette hiérarchie mouvante du livre de valeur. Il est parfois des exceptions...
Les alternatives aux adhésifs sont réduites. Si vous jugez que votre ouvrage est digne de subir une restauration, adressez-vous à un relieur. Il saura vous proposer une restauration certes un peu voyante, parfois, par rapport au résultat immédiat et flatteur des rubans adhésifs. Il s'agira ici d'apposer une bande de papier de soie enduite de colle à poisson. Mais ces restaurations ont l’avantage d’être réversibles, la plupart du temps. Très souvent, même, l’habileté de l’artisan vous permettra de prolonger la vie de vos livres et même de ne plus vous rappeler où il fut restauré. Enfin, si la colle à poisson et le papier de soie ne vous satisfont pas alors que vous avez arraché malencontreusement une couverture, posez-vous la question d’une reliure ou d’un bradel. Mais tout ceci est déjà un autre sujet.
Alors la prochaine fois, avec vos réparations, réfléchissez-y à deux fois : ne provoquez pas le serial killer qui sommeille chez votre libraire.

(1) – « Je ne fais pas confiance en un type qui porte à la fois des bretelles et une ceinture », la citation est approximative. A vous de deviner dans quel film. Fastoche…

Hips !

Voici ce que j'ai trouvé ce soir dans un exemplaire de L'Atlantide, de Pierre Benoit :

Recto

et verso

Il faut signaler que la maison Nicolas avait coutume de soigner ses catalogues et diverses publications. On retrouve parfois en vente des exemplaires de Monseigneur Le Vin, illustrés par des artistes comme Carlègle, ou d'autres un peu moins connus.
Le dessin, ici, est signé Loupot, et non Draeger, comme je l'avais hâtivement indiqué auparavant...
Naturellement, la consommation abusive d'alcool, etc., etc.

Irène Autin

J'ai connu Irène Autin il y a huit ans en rejoignant une boîte basée à Paris qui faisait de la vente de livres sur Internet. Nous y avions le même emploi, à la différence que je me déplaçais dans toute la France et même à l'étranger alors qu'elle se promenait dans la région parisienne. Notre fréquentation était donc quelque peu épisodique, ponctuée par mes retours, moments où je retrouvais mon bureau contigu au sien.
Je dois dire qu'elle et moi avions redouté de nous rencontrer. Lorsque je suis arrivé dans ce boulot, elle avait pris quelques congés. J'avais le sentiment obscur que j'allais à son retour me retrouver dans une sorte de compétition comme j'en avais déjà rencontré par le passé, à essayer de se coincer sur quelques sottises ou points de détail. Je sus par la suite qu'elle redoutait la même chose. En fin de compte, ma surprise fut extrêmement heureuse lorsqu'elle arriva dans la même pièce que moi. J'espère qu'il en fut de même pour elle sur mon compte.
Je fis la connaissance d'une personne cultivée, alerte et faisant preuve d'une rare empathie, qualité qui, dans l'emploi qu'elle occupait, avait contribué à lui procurer pas mal de succès. En effet, notre travail consistait à 50% à se faire engueuler. Il fallait reconnaître d'ailleurs que c'était avec raison, bien que ce ne fut pas du fait de nos actions propres. Je crois qu'Irène par sa qualité d'écoute avait acquis un grand potentiel de sympathie et arrivait ainsi à fréquemment inverser les dispositions fâcheuses de ses interlocuteurs.
Je suis parti de ce boulot relativement rapidement. Non que je m'y ennuyais particulièrement, mais les raisons de perdurer à cet emploi avaient été obérées par de mauvaises prémices et également de fausses promesses. Avouons tout de même que ce passage nous permis de révolutionner notre manière de voir la vente par Internet, vision acquise sans que notre employeur de l'époque put en tirer un quelconque mérite. Irène en partit beaucoup plus tard, sans doute avec ce même sentiment d'inachèvement et en tout cas, d'après ce que je puis juger d'elle, par un grave sous emplois de ses capacités.
Car Irène Autin est une libraire. Nous avons en cela une carrière quelque peu parallèle et assez particulière puisque nous sommes venus au métier en travaillant chez ceux qui allaient devenir nos confrères. Le fait est rare, nombre de ceux-là ne peuvent avoir un salarié à leur côté. La règle du libraire d'occasion ou de bibliophilie est plutôt d'être seul dans sa boutique. Ainsi, nous avons eu la chance de nous former au métier chez d'autres personnes et non de bâtir notre métier de toutes pièces...
Ce départ d'Irène n'était d'ailleurs pas un drame mais plutôt une chance : en peu de temps elle reprit une librairie et continue actuellement son activité avec un certain bonheur.


Cette librairie se situe au 114 de la rue Blomet, dans le 15e arrondissement de Paris. Elle s'appelle La Lettre Écarlate. En face, vous y trouverez également un relieur. Ce n'est pas une grande librairie. Il s'agit d'une petite boutique telle que l'on est coutumier d'en rencontrer lors de pérégrinations parisiennes, de ces boutiques faites pour les flâneurs et les nonchalants. Le bobo en 4X4 ne pourra pas l'apercevoir à travers ses vitres fumées : cela va trop vite. Et, du reste, cet engeance lit-elle ? Je veux dire : lit-elle des vrais livres ?


Irène possède de vrais livres dans sa librairie : littérature, beaux arts, et également pas mal d'ouvrages dont on sait qu'elle aimerait faire sa spécialité : les enfantina. On ne lui donnera pas tort : les ouvrages pour enfants ont toujours présenté un potentiel créatif que ne pouvait guère égaler la production courante, tant par la typographie, la mise en page et même les textes, servis par des auteurs prestigieux, parfois.


Mais ses autres rayons valent la peine d'un détour, pourvu que l'on ne vienne pas avec une idée préconçue. Le plaisir d'une librairie comme celle-ci réside dans la rencontre inopinée et non dans la liste de commissions à faire. C'est du reste ce que toute personne sensée devrait faire dans une librairie d'occasion ou de bibliophilie : se laisser porter par la rencontre avec son contenu et avec le libraire.


Ici, vous y trouverez peut être Irène Autin derrière son bureau, continuant le labeur quotidien qui consiste à cataloguer ses ouvrages pour Internet. N'ayez pas peur de la déranger et payez-vous le bonheur d'un conseil de sa part. Et puis, achetez-lui un livre, non parce que c'est une vile boutiquière - ceux-là ne tiennent pas longtemps - mais parce vous aurez su vous laisser convaincre que ce livre-là pouvait tout à fait vous convenir.
Peut-être y resterez-vous un quart d'heure, un heure... Sans doute y reviendrez-vous. C'est ce que l'on vous souhaite.


Irène Autin incarne pour moi une certaine rectitude professionnelle dans le sens où elle se montre capable de douter. La possibilité de remettre en question nos connaissances, la curiosité qui en est le corollaire sont inscrits génétiquement dans notre profession. La part de doute que nous pouvons montrer parfois ne peut être prise pour une faiblesse que pour les incultes et les crétins. Notez que c'est avec assurance que je vous le dis ! Cette disposition d'esprit lui permet de conserver intacte son sens du dialogue et son intuition professionnelle.
Profitez-en !

Chleuasmes et coquecigrues

Une petite remarque en passant : ce blog n'est ni destiné à parler de littérature ni de haute bibliophilie. Du moins pas systématiquement de ces sujets. Il serait en effet très facile d'en appeler à mes ressources bibliographiques et assommer mon lecteur de références dans lesquelles il finirait par se perdre. De même, il me serait également aisé de ne causer que de livres extrêmement rares réservés à des bibliophiles de haute volée. Il suffirait à cette fin de me plonger dans mes réserves de catalogues de confères. Et enfin, je ne vois pas pour quelle raison je me limiterais à un genre ou à une époque si je me trouve l'envie de m'en évader.
C'est pour cela que, dès le départ, je suis demeuré flou sur la "ligne éditoriale" : j'y parle de livres et je tente de faire de mon mieux.
Cette remarque est née du constat de la profusion de blogs émanant de professionnels et dont le contenu n'est en fait réservé qu'à des pairs. Alors, chers lecteurs, si je dérape, si je deviens abscons ou parfois trop technique (il en faut tout de même un peu...), merci de me le faire remarquer.
Veuillez considérer tout ceci comme des coquecigrues qui entraînent de toute façon bien des remords à son auteur, après coup.

En voiture, siouplaît !

Qui ne l'a pas fait ? Qui ne s'est pas servi de son ticket de métro ou de bus comme marque-page ?


Petit hommage à ceux qui ne cornent pas...

Je ne vends pas de livres anciens

- "Bon, on s'résume : vous vendez des livres anciens ?
- Euh... non.
- Vous vendez des livres neufs alors ?
- Non plus. Je vends des livres modernes."
A ce stade, certains interlocuteurs ont déjà décroché. Pour la plupart, le livre ancien est une chose qui n'est plus disponible.
Un point, c'est tout.
Mais, ce genre de généralisation finit toujours par froisser quelqu'un, parce que vraiment pas conforme à la réalité du commerce de livres en France. Comme nous sommes emplis de cette longanimité qui fait les grands buveurs ou les grands mystiques, nous allons vous débroussailler un peu tout cela. Notons, pour les puristes, que nous allons travailler à la hache, instrument qui résoud les conflits dynastiques en Angleterre, les déviances trotskistes au Mexique et fait très bonne figure dans Shining. On le voit, c'est un outil dialectique puissant mais guère nuancé.
Charge, donc, à ces puristes de finir aux ciseaux de couture ce que nous aurons déjà essarté.
Qu'est-ce qu'un livre ancien ?
Eh bien, c'est un livre qui présente quelques singularités, dont la principale est d'avoir été imprimé avant la Révolution, ce qui représente tout de même une période extrêmement longue. Pour autant, on ne peut confondre les premiers livres imprimés (dénommés "incunables" pour tout ce qui précède 1500) et les oeuvres du Marquis de Saint Evremond publiées en 1714 à Londres, par exemple : différence de formats, de techniques et de contenus, bien évidemment. Et donc, différence de valeur. Le commerce de livres anciens ne s'improvise pas. Il faut une solide culture classique, la maîtrise du latin est la bienvenue. On travaille assez souvent sur des pièces plutôt exceptionnelles. La raison en incombe au temps qui décime les rangs des tirages, à ces mêmes tirages assez réduits (à raison de l'alphabétisation des époques concernées, et des techniques d’impression). Même dans le livre ancien, il existe des spécialités bien déterminées, liées aux périodes : incunables et un peu après, ouvrages du XVIIe et XVIIIe, ouvrages scientifiques (pensons à l'Encyclopédie, à Buffon, à Linné, etc., ouvrages souvent superbement illustrés, du reste !), ouvrages reliés "aux armes", etc.
Précisons brièvement que ces armes constituent en quelque sorte le blason que le propriétaire fait apposer sur ses ouvrages. A défaut de connaissances approfondies, le libraire concerné se devra de posséder nombre d'ouvrages d'héraldique pour identifier tel ou tel ouvrage. Du reste, certains de ces ouvrages ont un pedigree, une "traçabilité", pour parler comme les cadres de l'agroalimentaire, qui permet de retracer leur pérégrination de propriétaire en propriétaire. Souvent, devenus précieux - encore plus précieux qu'ils ne le furent à l'origine pour quelques-uns - ils ont figuré dans les inventaires d'héritages, de dispersions, dans les catalogues de vente. On devine donc le caractère chaque fois exceptionnel de ce type d'ouvrage et l’on comprend qu'il fasse l'objet de la plus grande attention des bibliophiles concernés, la valeur ajoutée étant dans ces cas précis le fait que ces ouvrages furent en possession de personnes connues, voire célèbres.
Il est tout de même encore possible d'accéder à des livres anciens à des prix raisonnables, à ces petits in-16° modestes et cependant curieux et attachants. L'état de ces livres, hélas, n'est pas souvent de la première fraîcheur. Il reste cette sensation du toucher du papier ancien, de la façon dont le livre même s'ouvre sous nos yeux, et le texte, cela va de soi !
La période révolutionnaire va bouleverser l’ancien monde et aussi apporter quelques changements au livre. On assiste aux premières tentatives d'impression à bon marché et en quantité avec des techniques telles que la stéréotypie. Les reliures vont changer d'aspect, les ornements et l'architecture des reliures va évoluer. Peut-on parler encore de livres anciens ? Pré-modernes ? « Anté-romantiques »? Voici une question à laquelle j'aimerais avoir un éclaircissement satisfaisant. Si quelqu'un parmi vous... Bien sûr, je répercuterai la réponse !
Pour brève que fut cette période intermédiaire, elle va être une période de mutations intenses : quelques dynasties de libraires (en ce temps-là, la notion d'éditeur n'existe pas vraiment, c'est le libraire qui se charge de la publication des livres) vont développer une véritable politique de production, telle la dynastie des Lebel pour des ouvrages religieux, par exemple.
En matière de livre, tout est pratiquement en place pour une révolution industrielle : essor de l'alphabétisation, mobilisation de capitaux importants pour des entreprises de presse ou d'édition et enfin la capacité technique sous la forme de presses à vapeur (Koenig et Bauer en 1813)
Ainsi, cet essor technique qui allait favoriser la presse populaire des deux côtés de l'océan (Greeley et Gordon Bennett à New York, Girardin à Paris) va provoquer la naissance de plusieurs phénomène éditoriaux :
La naissance du feuilleton dans la presse, bien sûr.
L'individuation (1) de la notion d'auteur - La société des gens de lettres est un paraphénomène de ce changement de statut.
L'apparition de dynasties d'éditeurs : Mame à Tour, Hachette, Firmin Didot à Paris, etc.
On abandonne la reliure en cuir traditionnelle pour l'emploi de cartonnages polychromes illustrés - souvent des récits édifiants pour ce qui concerne les ouvrages de chez Mame.
Cette période du Livre Romantique va également connaître les débuts ou la systématisation de nombreux procédés de reproductions graphiques : gravures sur acier, eaux-fortes, etc., favorisant ainsi la diffusion des images.
Arrive enfin le livre moderne. Datons sa naissance vers 1848. A ce moment, l'univers éditorial se met en place. Nous voyons la disparition progressive du libraire comme commanditaire d'édition, la notion de droit d'auteur est amplifiée, l'édition devient un métier à part entière. A côté de Didot et Hachette, l'on voit apparaître ou bien se confirmer des noms qui vont perdurer très longtemps : Hetzel, Calmann-Lévy, etc. Le livre se diversifie, l'ouvrage broché - avec une couverture papier - remplace de plus en plus la reliure destinée désormais aux ouvrages de luxe sur les étals de librairies.
Le livre moderne, sa disparité, son abondance, va aussi galvaniser la création littéraire. C'est l'impression en masse à un coût relativement réduit qui va favoriser l'essor de jeunes écoles littéraires et de créations marginales. C'est aussi cette production de masse qui va favoriser l'apparition du "Best Seller", de l'auteur comme "Monstre Sacré" et de son ombre, qu'est "l'Écrivain Maudit". C'est aussi l'essor de la production bibliophilique qui va créer des essais originaux qui perdurent avec quelque éclat de nos jours en matière de création de livres. Cette explosion du livre pourrait être, par analogie, comparée à l'explosion du Cambrien, commentée par Stephen Jay Gould...
Evidemment, dans le Livre Moderne, il n'est pratiquement pas de frein à celui qui voudrait se spécialiser : Histoire, Philosophie, Littérature, Sciences, Belles Lettres, Illustrés, etc.
Ces spécialités feront l'objet d'une autre blogueuse promenade.
On résume :
Livres Anciens : avant la Révolution
Livres Romantiques : Avant 1848
Livres Modernes : Après 1848.
Les amateurs éclairés constateront plusieurs lacunes et imprécisions. N'ayant en aucune manière prétention à tout connaître de son métier (2), le soussigné serait enchanté qu'on lui communique précisions et corrections.
En tout cas, je ne vends pas de livres anciens. Où alors, qu'exceptionnellement.
Vous voilà prévenus.

(1) - Ce terme est utilisé notamment par Sartre à propos de Baudelaire...
(2) - Pour corriger toutes les sottises que j'ai pu proférer, le lecteur qui voudra en savoir plus et qui a du temps devant lui consultera avec bonheur l'Histoire de l'édition française en quatre volumes publiée par Fayard et le Cercle de la Librairie. Il existe d'autres ouvrages plus spécialisés et plus précis encore. On les citera à l'occasion.

Beaux poches et poches momoches

Il arrive que, lorsque l'on fait l'acquisition d'une bibliothèque, la profusion des ouvrages ne permet pas de discerner correctement des opuscules ou des productions marginales. Il se trouve également que l'oeil, habitué à certaines récurrences de formes exerce une sorte de dissonance cognitive vis à vis de formats exotiques, ou en-dehors du brouet ordinaire des imprimés contemporains à large diffusion. Il arrive encore que, tout simplement, l'on arrive point à concevoir qu'un livre d'une collection de poche puisse être soigné au point de devenir un objet bibliophilique.
Certes, la bibliophilie s'exerce dans les recoins des pauquettes (1). Exemple : La Chandelle Verte, de Jarry, est l'édition originale collective de divers articles. Le poche est momoche (s'cusez : je me désaltère d'allitérations) et n'a pas vraiment d'attraits à part sa particularité éditoriale, perceptible seulement par les amateurs de 'Pataphysique, de Jarry et par le libraire qui veut sortir sa science. On le voit, peu de monde, donc, surtout dans la dernière catégorie...
Et on le constate accessoirement : pour la modestie, je ne crains personne.
Mais la bibliophilie, c'est aussi et d'abord l'émotion. C'est le contact charnel avec le livre. Bien sûr, la sensualité du toucher du livre ne saurait se comparer à celle de la soie, quoiqu'il y ait autant de prétextes à l'érotisme dans le livre que dans les étoffes...
Donc...
Il y peu, j'ai fait l'acquisition d'une assez importante quantité de livres : romantiques, post-romantiques, poésie, philosophie, théâtre, etc. Tout ceci fut emballé et stocké et est ressorti au fur et à mesure du catalogage des ouvrages. Opération relativement lente car nombre de ces articles méritent une vérification, un "recollement", pour parler en bibliothécaire. Ainsi, ces ouvrages ne sont véritablement découverts que lors de l'ouverture des cartons. C'est un moment particulièrement plaisant, une chose dont je ne me lasse jamais depuis trente ans que je fais ce métier. Il faut alors regarder de plus près les ouvrages, trier le bon grain (pour le whisky single malt) et la patate à vodka russe. Dans le cas présent, nous sommes dans de jolis lots, promettant quelques ivresses...
Hier, j'ai ouvert un de ces cartons et j'y ai découvert trois ouvrages de poche en langue anglaise publiés récemment. Soudainement, j'ai eu envie de posséder ces livres. Pure coincidence, au premier abord, que les auteurs soient intéressants. Ce qui m'a impressionné, c'était le soin apporté à l'élaboration des couvertures : papier à grain, ni ciré, ni pelliculé, gaufré pour faire ressortir le décor ou les éléments typographiques (2).


Ainsi, le triple et le double filet qui encadre le titre du Hazlitt est légèrement creusé, chaque lettre bénéficie du même traitement. Là ou l'édition commune et sans imagination nous collerait une énième reproduction d'une toile, les maquettistes ont choisi la sobriété d'une présentation typographique que je trouve pour ma part extrêment harmonieuse et évocatrice !


Et que dire du Ruskin, dont les entrelacs de ce rouge si caractéristique constituent un rappel efficace de la période Préraphaëlite, de ces revues comme The Yellow Book où l'on découvrait les dessins de Beardsley.


Si le Thorstein Veblen semble un peu en décalage avec sa couverture, il demeure tout de même attrayant. Le manque d'appréciation en incombe à ma méconnaissance de cet auteur.
Le papier intérieur est correct, l'impression est "Set in Monotype Dante"- typographie agréable pour des essais un peu anciens, bien que ces catactères ne furent crées qu'en 1950.
Et tout ceci, Messieur-Dames, se trouve dans une collection de poche, oui oui ! En somme "l'émotion bibliophilique" peut également se ressentir sur ce type d'ouvrage, parce que l'on ne trouve qu'exceptionnellement ce genre de soin apporté à une production importante. Certes, la collection Penguin Books - Great Ideas ne doit pas être une collection de best sellers. Il n'en demeure pas moins qu'un éditeur de grande diffusion a choisi un classicisme paradoxalement audacieux car en désaccord avec la vulgate qui est apparemment en vigueur dans les sections marketing et "artistiques" de nombre d'éditeurs de livres de poche.
Il est des courages payants.
Celui de faire des beaux livres - même en poche - en fait partie.

(1) - A ne pas confondre avec les "Poquettes volantes" qui est une collection de l'éditeur Daily Bull.
(2) - On excusera d'ailleurs l'aspect tremblé de la couverture de l'ouvrage de Hazlitt, le scanner a également enregistré ce gaufrage. Le photographe n'avait donc pas picolé pour cette fois.

Niouzes of zeu blog'z - 3

Les articles de l'Alamblog arrivent à la cadence d'une mitrailleuse. Je n'ai même pas eu le temps de mentionner le résultat du concours estival. A vous de chercher, donc, qui était le mystérieux personnage de la photographie présentée tout au long de l'été. Auteur diablement intéressant, remis en mémoire grâce au Préfet Maritime, qu'il en soit remercié ici. Le dernier article en date traite d'un ouvrage commis par Pierre Daix sur les Lettres Françaises. Tout cela ne rehausse point l'opinion que nous avions sur ce personnage...

Henri Lhéritier fait ses vendanges. Cela ne l'empêche pas de lire. Le dernier ouvrage chroniqué est un livre d'Abel Hermant. Il émane une sorte de bonheur paisible de la lecture de ce blog, à déguster en même temps qu'une bouteille en provenance de la propriété du susdit.

Je ne fréquente que très rarement le blog de Pierre Assouline car certains systématismes me rasent. De même, j'estime que la chose devrait rester une pratique amateur, ce qui n'est pas le cas de ce blog qui, si l'on ne prend pas les bonnes dispositions électroniques, finirait par ressembler à un maillot du Tour de France. On le fréquentera exceptionnellement en soutien au tenancier, poursuivi par la veuve de Borges. Si l'on veut en connaître quelques détails supplémentaires, on se reportera aux archives du dit blog.

Enfin, ceci n'est pas un blog, mais un fort joli site, consacré à Gus Bofa. Nous le recommandons chaudement !


Les sanglots de Tarzan




Je viens d'apprendre la nouvelle du décès de Francis Lacassin.
Un simple hommage, au passage, à une personne sans laquelle je n'aurais pas eu quelques joies de lectures en compagnie de Gustave Le Rouge, de Fantômas, de London...
Merci.

Vince et les albums de la Pléiade

La manie de la collection provoque parfois d'étranges symptômes chez celui qui est atteint de cette affection chronique. Ainsi, votre serviteur, collectionneur de Vince, ne peut s'empêcher de se rêver au fond du décor, à l'instar de son idole, comme une Norton, mécanique dérivant dans les ruelles humides et obscures, feutrée et féline et en un mot : classe.
Mais ce n'est pas de Vince Taylor dont je veux parler ici.
La bizarre affection dont je veux vous entretenir est cette suspension de la critique dès qu'il s'agit de l'objet de la passion, en matière de livres. Passe encore la recherche compulsionnelle de toutes les oeuvres produites sous le nom d'un auteur, autour d'un thème ou même de la production d'un éditeur. Mais que penser de la collection... d'une collection ? Il est certes assez logique de trouver une cohérence, de vouloir trouver un ordre dans le chaos. En ce sens, le collectionneur tente de donner un sens et un cadre à son existence de collecteur. Mais... pourquoi cette chose si peu subtile : toutes ces mêmes couvertures, ces mêmes pages, ces mêmes dos ? Pourquoi cet alignement quasi militaire qui fait ressembler une bibliothèque à une caserne après la dégustation du bromure de nos grand-pères ?
Ainsi, les albums de la Pléiade représentent pour moi le paroxysme de cet ordre militaire, de cette sorte de fixation du mètre linéaire sous la domination d'une chaine d'arpenteur pour archiviste dépressif et indifférent. Car, c'est devenu une conviction, l'album de la Pléiade ne se lit pas, pour le collectionneur. Qui, parmi ceux-là sont réellement intéressés à la fois par Pascal, Faulkner ou les écrivains de la Révolution ? Et qui alors serait satisfait de la lecture de certains de ces albums ? Certes, certains biographes sont plus inspirés que d'autres, certes l'intérêt iconographique est souvent au rendez-vous... mais à ce compte il est plus économique et intéressant d'acquérir un volume de la collection "Ecrivains de toujours", rédigé par un spécialiste qu'un album de la Pléiade rédigé par un écrivain maison, à n'en pas douter honorable mais guère en rapport avec la forme apparemment pérenne de l'objet. Car c'est à cet endroit que cela gêne aux entournures.

Exemple éloquent : si la qualité de l'ouvrage est irréprochable sur le plan de l'iconographie, on préfèrera le petit bouquin ci-dessous, tout de même plus complet...

... et ce complément plaisant, ce petit ouvrage ci-dessous, à recommander également. Il suffit de voir le nom des photographes...


Revenons à ce qu'est l'Album de La Pléiade.
Ce volume est offert par le libraire pour tout achat de trois ouvrages de la Pléiade. Cette opération promotionnelle se répète depuis 1960. Lorsque j'écris que l'album est offert par le libraire, ce n'est point une vue de l'esprit car ils sont bel et bien facturés par l'éditeur. L'album ressemble à un volume de la collection en nettemment plus mince. Cela avoisine les 250 pages, la plupart du temps. La reliure reprend la même apparence que la collection : curir souple s'apparentant au chagrin, de couleur marron (la même que pour la série du XXe siècle), étui cartonné qui deviendra illustré par la suite... bref : totalement superposable à la série mère. Lors de la Quinzaine de la Pléiade et bien que la plupart des libraires s'en défendent - et que la majorité est sincère, du reste - ces albums sont vendus, et non distribués avec 3 volumes de la Pléiade. La chose ne devrait empêcher personne de dormir. Cette ruée absurde sur l'album de la Pléiade concourre à la notoriété de la collection mère qui le mérite. Je l'apprécie pour sa compacité, son exhaustivité, etc. Moins pour son aspect bibliophilique. Ce n'est d'ailleurs pas ce que je lui demande.
Cette ruée éfrénée vers l'album, tous les ans, a attisé un mécanisme pervers : la collection absurde. Le libraire que je suis se satisfait toujours que l'on veuille posséder un livre, que l'on veuille même en posséder une série, même si, comme je le disais plus haut, je suis intrigué par ce systématisme. Je vends volontiers ceux que j'ai réussi à acquérir par ailleurs (rarement, et uniquement chez des particuliers !). Cependant je me refuse à participer à l'escalade des prix à laquelle nous avons assisté ces dernières années.
Que l'on en juge :
1960 - Dictionnaire des auteurs de la Pléiade - 400,00 €
1962 - Album Balzac : 450,00 €
1963 - Album Zola : 450,00 €
1964 - Album Hugo : 380,00 €
...
2002 - Album Queneau : 50,00 €
2003 -Album Simenon : 35,00 €
etc.
Ces prix ont été relevés sur un site de vente professionnel et ne sont même pas les plus élevés. Disons également que les derniers prix sont raisonnables.

Une soixantaine d'euros pour cet album chez les confrères... Pas la peine de me le demander, toutes ces images proviennent de ma bibliothèque et non du fonds de la libraire.

Ces albums n'ont jamais fait l'objet d'un tirage réduit, même si la Quinzaine de la Pléiade était, semble-t-il, plutôt confidentielle à ses débuts. En tout cas, si le tirage de ces ouvrages ne fut pas très grand, il n'atteint jamais les tirages bibliophiliques. Alors, pourquoi ces prix absurdes ? Pourquoi 450,00 € pour une biographie de Balzac par Jean Ducourneau dans une reliure industrielle, et dont la rareté est vraiment relative ? En effet, j'en ai croisé au moins trois en deux minutes, sur Internet.
Les sommes proposées sont, à mon avis, hors de propos et ne relèvent même plus de la fantasmatique mais bien du cabanon. A qui faut-il jeter la pierre ? Au libraire ? Au collectionneur ? A la vente sur internet ? Dédouanons les sites de vente : le phénomène fut initié avant le début du commerce électronique des livres.
Accusons alors le mauvais goût qui fait prendre les livres de la Pléiade pour des livres de luxe. Accusons les libraires de neuf qui partagent ce mauvais goût avec les éditeurs parce que la tradition du livre s'est délitée depuis bien longtemps. Accusons-nous nous même, puisque nous avons tous l'envie d'écouler à bon compte et le plus facilement possible des choses qui ne nécessitent point trop d'efforts.
Et moi, entre la roulette de l'enfer et les trompettes de la mort, j'enfile mon habit de nuit , mes gants noirs et je vais tourner au-dessus de la ville à la recherche d'un lot à acheter...

Au Marquis de la dèche

Dans la série des bouts de papiers que l'on peut trouver dans les livres, en voici un découvert entre les pages d'un roman de Ponson du Terrail, il y a quelques années :


Cela se passerait de commentaires... mais j'aimerais tout de même que l'on me dise la différence entre une "Chaussète russe" et une "Chaussete française".
J'ai considéré cette rencontre comme un moment particulier de poésie odorante.