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Le Mystère de l'Abeille, épisode 5

Tout d'abord, mes plates excuses pour ce retard. J'ai reçu un nouvel Envoi Mystérieux (les majuscules ne sont pas de trop) juste avant de partir en vacances de Noël (j'y reviendrais, vous verrez pourquoi…). Et j'ai été passablement débordé depuis mon retour.
Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie, sauf cet épisode : j'ai donc reçu un nouvel Envoi Mystérieux. Comme tous les précédents (à voir ici), croquignolet à souhait, énigmatique au-delà de toute espérance, amusant, pour tout dire, Mystérieux !
Commençons par le commencement, avec une enveloppe qui ne manque pas d'attraits. D'abord parce que, pour la première fois, on peut y voir inscrit mon pseudonyme, cet Envoi étant destiné à "Otto Naumme, aux bons soins de …" (permettez que je taise ici, par pudeur et timidité bien sûr, mon réel patronyme et mon adresse…), manuscrit de la même écriture que la précédente enveloppe reçue. Côté philatélique, après les patchworks abeillo-norvégo-allemano-haddockien et otto-mobile des précédents envois, un nouveau clin d'œil est fait en direction de la Belgique, avec des timbres représentant les Dupont-d et la Castafiore, personnages ô combien illustres de l'univers tintinophile. Quant à ce qui tient désormais lieu de cachet de la poste, une rapide enquête démontre que le 39409A correspondrait à la Côte-d'Or.
Plus impressionnant est le verso de cette enveloppe. Car le dessin qui l'orne, à la gloire du magazine du début des années 70 Combat Non-Violent, démontre tout simplement qu'il s'agit en l'espèce d'une sorte de pièce de collection ! Je ne suis en effet pas sûr qu'il reste tant d'enveloppes de ce type en circulation de nos jours. En tous cas, mon cher ami Tenancier sera d'accord avec moi, voilà de quoi se demander s'il n'existe pas un rapport entre le Mystère et un bon vieil hymne goldorakien de notre connaissance ("Goldoraque lou larzem", des Los Gonococcos, qu'on peut écouter ici, de même que "Mezral oul qu'arodlogue", ici - il faut savoir que Los Gonococcos a réellement chanté celle-ci en concert ! - et ne manquez pas le remarquable autant que sous-estimé "Putaing Con", ici).
Bref… Qu'y avait-il dans cette enveloppe ? Une fois résolu à déflorer cette tranche d'histoire, j'ai donc pu découvrir le contenu de l'enveloppe : un objet emballé dans un papier crépon vert sur lequel était marqué, côté pile, "Un mystère invité !", le côté face servant de support à la phrase "Bon solstice !" (merci, au passage, cher Expéditeur ! Et vous de même, avec un peu de retard !) et un petit papier otto-collant fermant cet emballage crépon. Petit papier sur lequel est écrit (pardon pour la photo un peu floue…) "Credo Ligas" et, en plus petit, "Hecho a mano Jamastran", le tout illustré de deux masques fumant le cigare (ce qui est logique, Credo Ligas est une marque de cigares honduriens).
A l'intérieur de cet emballage, le cœur du sujet, un petit livre de Jean Raine paru en 1970, intitulé "Simulacres d'innocence" et illustré par une "Figure de Victor Brauner". Comme le souligne la couverture, il s'agit du volume 38 de la collection Les Poquettes volantes des éditions Daily-Bul, sises à La Louvière, en Belgique. Et cet exemplaire porte le n° 763 d'un tirage limité à 1 000 exemplaires.
A l'intérieur, la figure de Victor Brauner est titrée "Pour le club Antonin Artaud, ce portrait mytho-lyrique en progression libératrice", et signé le 30 août 1963.
Notre Mystérieux Expéditeur a marqué au moyen d'une pointe en laiton une page précise de l'ouvrage, qui contient un très amusant texte intitulé Les archives, dont le sujet peut se résumer ainsi : "comment lui enlever sa culotte pour le bénéfice de mon musée de la culotte et ce sans l'offusquer ?".
Certains le savent déjà, d'autres, moi le premier, ont eu recours à Internet pour le savoir (par exemple ici), Jean Raine a fait partie du groupe CoBrA en tant que poète, cinéaste et peintre.
Clin d'œil amusant, lors de mes vacances à Barcelone, j'ai visité le (plutôt décevant) musée d'art contemporain de la ville, où un artiste exposait toute une série de clichés représentant les membres de groupes connus (surréalistes, situationnistes, CoBrA, etc.) avec deux constantes : chaque photo représentait un groupe d'hommes plus une femme et la "légende" proposée par l'artiste attribuait des noms féminins à chaque homme tout en baptisant "Unknown" les femmes figurant sur la prise de vue. En soi-même, le "concept" n'a guère d'intérêt, mais le rapprochement avec le Mystère ne manquait pas de sel, d'où ces photos…
Pour conclure, tous ces indices ne me semblent pas nous faire avancer beaucoup vers la solution du Mystère. En matière de CoBrA, on peut même se demander s'il ne se mord pas la queue. Mais, quoi qu'il en soit, j'avoue avoir beaucoup apprécié ce bien joli cadeau dont je remercie chaleureusement le Mystérieux Expéditeur. Mais j'aimerais pouvoir, un jour, le faire de vive voix et non par l'intermédiaire d'un blog, fusse-t-il celui de notre cher Tenancier !

Otto Naumme






















PS : pour les curieux, voici la fin du texte Les archives, à la tourne : Alors, j'ai retenu "La Capture de la Culotte". Mais tout ceci est un rêve. Non le Musée de la culotte n'est pas près d'être fondé.
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Pour les épisodes précédents, c'est ici !

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Chers tous, ce n'est pas pour vous faire lanterner, je vous le promets. Ce sont juste les circonstances qui m'amènent à cela : ma chère facteuse m'a apporté, ce samedi midi, un nouvel envoi Mystérieux !  Et je ne vous en dirai guère plus. Je ne cherche pas à vous faire baver, mais je n'ai pas vraiment le temps d'en dire plus, je pars en vacances avec ma progéniture, retour le 28. Et, promis, je vous dirai tout à ce moment-là.
Mais il y a des choses à dire de cet envoi, bien sûr, entre Larzac et culottes.
J'y reviens dès mon retour, promis-juré.
D'ici là, joyeux Noël à tous...

Otto Naumme


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Le Mystère, épisode 4

Je sors de ma tanière où la honte m'avait poussé à me reclure pour enfin vous dévoiler ce fameux épisode 4 du Mystère (voir ici, pour les précédents épisodes). Et, je vous le garantis, c'est le plus alambiqué de tous, les doigts dans le nez et les mains dans les poches (une posture intéressante mais quelque peu ridicule, au demeurant).
Or donc, le mystérieux Expéditeur a encore frappé ! J'ai reçu il y a quelques jours un envoi qui vaut son pesant d'intrigues.
Le recto de l'enveloppe, tout d'abord : mon adresse, manuscrite de la même manière que la carte postale de Ramona Mirador. Ensuite, une plaque entière de timbres célébrant une expo de voitures anciennes, "Philexjeunes 2000 – Annecy". Le tout cacheté à Ussac Pays de Brive – DCIS, 19. En sus, trois tampons encrés : l'un indiquant simplement la date 1955, les deux autres représentant les sigles de deux marques automobiles, Opel et Volvo.
L'enveloppe elle-même, ensuite : un format A5 environ, des œillets rivetés pour clôre l'envoi (je n'avais jamais vu cela, personnellement, sur une enveloppe) et, tamponné ou imprimé au verso, je ne sais, le logo (du moins j'imagine) d'un magasin nommé Int. Papyrus Center situé à Giza (Gizeh par chez nous) en Égypte !
De quoi déjà se poser pas mal de questions, isn't it ? Mais le plus beau est à venir.
A l'intérieur de l'enveloppe, une protection écologique semblable à celle utilisée dans l'envoi précédent, à la différence que celui-ci est replié et scotché, alors que trois dessins d'interrupteurs on-off ornent ce morceau de scotch…
Mon Expéditeur aimant probablement les poupées russes, sous cette protection figurait un emballage. Et pas n'importe lequel. Ficelé comme un rosbif, un objet de format 15 x 11 recouvert d'un papier d'emballage à l'effigie de James Dean (un rapport avec le 1955 de l'enveloppe ?). En fait une sorte de mini-poster produit par Jean Card & Gift Co., le verso de ce papier au format cahier étant une page de notes.
Après avoir coupé les deux ficelles et déplié James Dean, j'ai enfin pu accéder au contenu de cet envoi : il s'agit d'un petit opus signé Jean Clair (que l'on ne vous fera pas l'injure de présenter) et intitulé (cramponnez-vous) : "De l'invention simultanée de la Pénicilline & de l'Action Painting, et de son sens", ouvrage publié dans la collection Envois par L'Échoppe. Un petit livre non coupé d'une vingtaine de pages au contenu éminemment instructif, où il est question, bien sûr, de pénicilline et d'Action Painting, mais également de champignons (comestibles ou non), de Baudelaire, de transsubstantiation, de pain et de pâtes italiennes, le tout bien évidemment interconnecté de manière très talentueuse. En outre, surprise, deux passages de l'œuvre sont mis en avant par l'Expéditeur au moyen d'un point d'exclamation, tous deux portant sur les pâtes italiennes, tegole, orecchiette et taglierini pour le premier, ripieni pour le second. A en perdre son latin…
Ah ! J'allais oublier. Glissé dans l'ouvrage se trouvait également une carte postale, éditée par les Editions WPS de Marseille. Au recto, un dessin fort priapique d'Elliot Baldovich superposé à un poème en vers intitulé Les pipeaux (et, d'après ce que j'ai pu voir sur le site des Editions WPS, issu de Maldoror…). Au verso, une citation imprimée d'Héraclite, en rapport avec le dessin : "À l'arc le nom du bandeur mais son œuvre est la mort" (avec le o de oe rajouté à la main). En dessous, le message manuscrit (la même écriture que sur les cartes précédentes) indiquant "C'est pas du pipeau !" et signé "Stéphanie de Warchouf". Signature palimpseste, une première version écrite de ce nom ayant été gommée car, on le suppose, masquant mal l'écriture réelle de l'auteur. Quant à ce nom, Stéphanie de Warchouf, il n'est pas sans intérêt, comme le montre l'extrait de ce texte de Bertrand Galimard Flavigny, "Pour apprendre aux dames le calcul et l'orthographe…" : "Il (Pierre-Guillaume Galimard, avec un seul l, note d'Otto) avait, curieusement prit soin de l’ajouter à un autre titre, Vélocifère grammatical, ou La Langue française et l’orthographe apprises en chantant, ouvrage très élémentaire, unique en son genre, mis en vaudevilles et dédié aux demoiselles, signé Mlle Stéphanie de Warchouf « âgée de 15 ans, élève de M. Galimard ». Cette charmante demoiselle, du moins nous le supposons, et pour le moins précoce, n’aurait en fait jamais existé et dissimulerait notre professeur. C’est du moins Julien Tell qui l’affirme dans son ouvrage Les Grammairiens français depuis l’origine de la grammaire en France jusqu’aux dernières oeuvres connues [1520-1874] ; ouvrage servant d’introduction à l’étude générale des langues, paru chez Didot en 1874. Pierre-Guillaume Galimard aurait-il voulu faire un coup commercial en prenant ce pseudonyme féminin ?"

En tous cas, nous voilà donc avec une belle collection d'éléments variés :


- des timbres sur l'automobile ancienne
- un tampon 1955
- des tampons sur l'auto (Opel et Volvo, américano-allemand et suédois donc)


- une enveloppe parlant de papyrus, Giza (Gizeh chez nous) et d'Egypte


- un emballage écolo
- un morceau de scotch avec des dessins d'interrupteurs on-off



- un objet ficelé comme un rosbif



- un emballage James Dean



- un livre de Jean Clair, assez surréaliste (et volontairement)


- une carte postale surréaliste aussi, avec Lautréamont et Baldovich plus Héraclite


- une Stéphanie de Warchouf qui serait soit une gamine surdouée du XIXè siècle, soit le pseudo d'un Galimard et de toutes façons aurait écrit un ouvrage sur l'orthographe en chantant
- un texte "c'est pas du pipeau" qui doit vouloir dire quelque chose...
Comme tout le reste. Mais quoi ???
Juste comme ça, m'est venu à l'idée cette chose : Warchouf aurait donc été un pseudo, en son temps. Et il/elle signe aujourd'hui un texte disant "c'est pas du pipeau !". Ce qui semble nous faire quelque peu revenir au "Je peux mentir" du martien de Fredric Brown.
Certes. Mais où cela nous mène-t-il ? J'avoue ne pas en avoir la moindre idée.
Si quelqu'un en a une, d'idée, je suis preneur.
En attendant, un nouveau grand merci à l'Expéditeur pour cet ouvrage fort intéressant et cette énigme… énigmatique !
Mais bon, un de ces jours, j'aimerais bien savoir de qui il s'agit…

Otto Naumme

Mystère épisode 4 : bientôt sur vos écrans


C'est un lamentable teasing auquel me force le Tenancier, mais ses menaces (privé de jeux de mots pendant un mois) sont telles que j'ai du plier. Donc, me voici en train de faire un teasing, histoire de vous mettre l'eau à la bouche.
Parce que oui ! j'ai reçu un nouvel envoi de notre Expéditeur mystère !
Pour l'instant, je vous livrerai juste (on tease ou on tease pas, hein…) quelques éléments :
- Héraclite
- Gizeh
- 1955
- L'art painting
- Un rosbif.

A très bientôt pour découvrir toute l'histoire. En attendant, je vais cacher ma honte…

Otto Naume

Le Tenancier a décidé de vous faire lanterner un peu, histoire de vous faire réviser le début de l'enquête...

Le Mystère de l'Abeille, épisode 3

Vous ne l'attendiez pas ? Vous n'y croyiez pas ? Vous ne l'espériez même plus ? Et pourtant, il continue à sévir !
Qui ? Le Mystère de l'Abeille, voyons !
Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, nous nous garderons de faire un résumé de l'histoire en les renvoyant d'abord ici puis , qu'ils découvrent les tenants et aboutissants de cette histoire qui passionne la France entière… euh, non, tout le grand Sud… Un département ? Un chef-lieu de canton ? Non, juste les habitués de ce blog ainsi que les impétrants qui passent par ces pages au hasard des développements de ce mystère et de leur éventuelle implication (nous avons ainsi eu le plaisir de lire ici Otto Ganz, que nous saluons du reste s'il revient lire cette suite, ou de contacter le "vrai" RCW, qui a nié être à l'origine du commentaire signé de son nom sur le précédent post…).
Bref, ne faisons pas languir plus longtemps cette auguste assemblée : il vient d'y avoir récidive ! En ce matin d'un lundi pluvieux de novembre (phrase qui me fait comprendre pourquoi Elmore Leonard insiste sur le fait qu'il ne faut jamais commencer un roman en parlant de météo…), ma facteuse habituelle m'a donnée en mains propres une enveloppe qui n'a pas manqué de me surprendre. Comme vous pouvez le constater, pas moins de six timbres l'ornent ! Et pas n'importe lesquels ! De haut en bas, on trouve deux timbres français de 1977 et 1979 – avec des prix en francs (on remarque du reste à quel point le prix du timbre a augmenté en 30 ans…) – représentant l'un une cigale rouge, l'autre – comme c'est curieux ! – une abeille… En dessous, un timbre norvégien (!) de 1979 illustré d'un tableau que j'avoue ne pas connaître. Plus bas encore, un timbre allemand daté de 1975 et parlant apparamment de drogues (je ne comprends pas l'allemand mais si quelqu'un ici peut traduire "Kampf dem Drogen-mißbrauch", je suis preneur…). Pour finir, deux timbres français actuels dont l'un illustré par le capitaine Haddock. Et tous ces timbres frénétiquement tamponnés (on dénombre pas moins de cinq coups de tampon sur l'enveloppe !) d'un cachet indiquant "La Poste 42296A" sans autre mention, de ville ou de lieu (des timbres de 1977 avec un cachet de 2009, cela intéresse peut-être un philatéliste, de même qu'un timbre norvégien avec un cachet français…). A noter également, dans le coin supérieur gauche de l'enveloppe, le sybillin intitulé "Sans Comptes de Retour" en caractères d'imprimerie. Une sorte de rébus passionnant, peut-on présumer…






Et dans l'enveloppe, me demanderez-vous ? Eh bien, dans l'enveloppe, une protection Renz Wire Pack "résolument écologique" (ce dont nous félicitons l'expéditeur) protégeait une carte de format A5 éditée par les Editions Robert & Lydie Dutrou (des éditeurs-imprimeurs spécialisés dans les ouvrages d'art et réalisant apparamment de très belles choses, voir ici et intitulée "L'image entre les lignes". Au verso, de la même écriture que la précédente carte reçue (celle des "cent mots"), le texte "Du Grand Hôtel des Valises, un rebondissement d'expériences indivises" et la signature "πemporpag octobre." (lire la lettre grecque pi en premier caractère). Quelqu'un(e) qui doit bien s'amuser. En effet, le seul "pemporpag" que l'on peut trouver sur Internet est un personnage de World of Warcraft, de race "undead" (mort-vivant, quoi !) et appartenant à la guilde des Gladiators. Ce qui ressemble furieusement à un clin d'œil au premier commentaire du précédent article consacré à ce Mystère, commentaire où l'estimé Georges WF Weaver soupçonnait "Quelqu'un qui connaît Jimmy Gladiator, à mon avis."





Un nouvel envoi, donc, qui, on peut le dire, ne nous fait pas avancer vers une résolution de notre énigme. L'on sait simplement que l'impétrant suit le Mystère sur les Feuilles d'automne de notre ami Tenancier et qu'il connaît une belle liste de maîtres-artisans de l'imprimerie et de l'édition (et qu'il doit bien rigoler…). A défaut d'avoir démasqué l'auteur de cette amusante mystification, il faut avouer que la découverte de tous ces éditeurs et auteurs est un réel plaisir. En plus, quelque part, cela me manquait. J'en étais à me dire "tiens, quand vais-je de nouveau recevoir un courrier mystère ?". J'ai été comblé. Mais fichtre, je me sens bien en peine de démêler cet écheveau et de trouver la solution du Mystère de l'Abeille. Si quelqu'un a une idée, il est le bienvenu…

Otto Naumme

La suite du retour du mystère de l'Abeille 2

Ça continue ! Je dirai même plus, ça s'amplifie, ça s'aggrave, ça devient fou !
Pour ceux qui n'auraient pas suivi, petit retour en arrière : j'ai commis il y a quelques temps sur le blog de notre cher Tenancier un petit post intitulé "Le mystère de l'Abeille" où j'expliquais que j'avais reçu de manière anonyme un ouvrage de Jacques Abeille et que j'aurai bien aimé en connaître l'expéditeur pour au moins pouvoir l'en remercier.
Depuis lors, personne ne s'est dénoncé, mais j'ai continué à recevoir des envois toujours aussi anonymes autant qu'étranges. Premier d'entre-eux, un ouvrage nommé (et je respecte la typographie de l'ouvrage) "!!!Contre la propriété sentimentale!!!" d'un certain Otto Ganz (évitons les jeux de mots malheureux sur le beau ou la boîte à…), paru aux éditions L'Âne qui butine.

Un livre étonnant, insérant, en pages de garde et imprimé sur une sorte de papier calque (le Tenancier serait bien plus à même de déterminer de quel papier il s'agit exactement…), une liste comptable manuscrite.


Question contenu, cet ouvrage livré non coupé se laisse lire, même si le propos est volontiers foutraque, provocateur et empli d'impétuosité. Avec ce petit livre broché était également livrée une carte postale assurant la "promo" de l'éditeur et gravement intitulée "le diurétique dialogue entre Manneken-Pis & Betty Page". Montage original et amusant (des jeux ondins ?), il faut le dire.




Je commençais à me poser de nouvelles questions lorsque m'est arrivée, toujours par la poste, une nouvelle carte postale "signée" de "Ramona Mirador" et n'ayant pour seul texte que "C'est pas moi !", si l'on excepte un lettrage "gothique" de l'adresse (qui restera confidentielle au grand désespoir de mes admirateurs, mais je tiens à préserver ma vie privée des cris des fans en délire…). Difficile d'en savoir plus, le cachet de la poste ne faisant guère foi en l'occurrence, cette carte semblant avoir été envoyée depuis… la Poste ! Avec ça, nous voilà bien rendus.



Inutile de dire que je commençais à ne plus trop comprendre et à soupçonner quelqu'ami bibliomane de profession de vouloir se payer ma tête, malgré toutes ses dénégations. Et ne voilà-t-il pas que, tout dernièrement, je reçois – le jour de mon anniversaire qui plus est (oui, Otto Naumme est né sous le signe de la Balance) une nouvelle carte postale des plus anonymes. Ici, pas d'art "brut" comme sur la carte de Ramona Mirador (qui me surveille ?), mais plutôt une "liseuse fin de siècle" et, au verso, pas de cachet de la poste (!), un timbre à l'effigie de Babar (je sais que j'ai des rondeurs, mais quand même !) et ce texte : "Cent mots rivaliseront sans fleurs, ce jour-là." Dois-je le préciser, cette écriture m'est inconnue mais je pense que l'auteur de ce mot l'a masquée, comme le laisse supposer le fait que l'adresse a été écrite puis gommée et copiée une nouvelle fois.


Toujours est-il que je ne sais toujours pas de quoi il retourne et qui est mon (ou ma) mystérieux(se) expéditeur(trice) d'ouvrages et de cartes postales. Si tant est qu'il n'y ait qu'une personne pour se livrer à ce jeu énigmatique. Bien sûr, il n'y a pas de quoi s'angoisser : on me souhaite mon anniversaire, on m'envoie des livres ! Mais avouez qu'il y a quand même de quoi se poser des questions, en premier lieu "qui peut bien m'envoyer tous ces courriers ?".
En tous cas, s'il(elle) se décide un jour à se dévoiler, qu'il(elle) sache que nous en rirons ensemble, qu'il(elle) sera remercié(e) et que ce sera ma tournée !
Mais, bon sang, qu'il(elle) se dénonce ! Ca trouble, à la longue…

Otto Naumme

Le mystère de l'Abeille

Tout dernièrement, il y a une dizaine de jours pour être – presque – précis, j'ai reçu par la poste Séraphine la kimboiseuse, de Jacques Abeille. Un petit ouvrage d'une trentaine de pages (vous apprécierez au passage mon amour de l'exactitude…) édité par l'Atelier In8, sis à Serres Morlaas (dans les Pyrénées Atlantiques). Envoi qui m'a ravi car, les lecteurs assidus de ce blog le savent (les autres, de toutes les manières, s'en foutent, et à raison), je n'avais jusqu'alors jamais lu les écrits de ce monsieur et projetait de le faire, suite à tout ce que j'avais pu en lire sur les articles à lui consacré par notre cher Tenancier (que je remercie au passage de m'ouvrir ses pages).
Et j'ai réellement apprécié cette découverte. Certes, cette Séraphine n'est pas un immense monument de la littérature, mais l'équivalent d'un bibelot ciselé avec un goût infini par un artiste dit "mineur" (on se demande bien quel critique "majeur" peut se permettre ce genre de considération…). Ou d'une confiserie mélangeant habilement quelques douceurs et des saveurs plus épicées, gingembre ou muscade. Bref, une petite perle d'histoire doucement érotique et fort joliment troussée. De quoi donner envie d'aller plus avant dans la découverte d'un écrivain qui mérite ce nom.


Le seul "souci", si je puis employer ce terme, c'est que je n'ai pas la moindre idée de qui m'a envoyé cet ouvrage ! Le livre n'était accompagné d'aucun mot ou indication d'expéditeur. Le seul endroit où j'ai jamais parlé de ma curiosité à l'égard de Jacques Abeille, ce sont les pages de ce blog. Et, à ma connaissance, seul notre Tenancier connaît le patronyme qui se cache derrière le pseudonyme d'Otto Naumme. Et, bien que passé à la Question (la vraie, la dure, l'authentique, la seule reconnue par l'Eg…, euh, pardon, je dérape…), ce cher Tenancier maintient envers et contre tout qu'il n'est pas à l'origine de cet envoi.
Et donc de m'intriguer (j'ai failli dire "tourmenter" mais le mot est quand même trop fort) : qui peut bien être à l'origine de cet envoi ? S'il lit ces lignes, que le coupable se dénonce. Il sera remercié de son initiative ! Ah mais.

Otto Naumme

Colloque (suite...)

Vous avez pu lire au début de ce mois la première partie du colloque entre Otto et votre serviteur. En voici la suite...

Le Tenancier : Effectivement le travail de conseil est crucial. Ce qui est particulièrement curieux, c’est que le libraire met de plus en plus d’obstacles entre son conseil et le client qui vient lui rendre visite. Il semble qu’il y ait une étrange rupture de dialogue entre les deux. Ainsi, on voit des papillons manuscrits égayer les rayonnages et les étals, prétendant constituer une accroche pour le chaland. La parodie serait facile qui commenterait « Ainsi parlait Zarathoustra » de la même façon. On imagine : « Philosophe un peu difficile mais qui dit des choses justes ». Plus anciennement, et j’y ai déjà fait allusion sur ce blog, il y avait les Tables Apostrophes, qui mettaient en évidence les livres passés à l’émission dans la semaine. Imaginez que c’était plutôt la cata quand le sujet de l’émission n’était pas vendeur… Par ailleurs, énormément de clients, la majorité, en fait, n’ose plus en passer par le libraire, sûrement jugé comme « intellectuel » et donc incapable de se mettre à niveau. En réalité, ce métier a tellement été sacralisé que l’on en a oublié qu’il était assuré par des gens normaux qui avaient pour mission de satisfaire des clients. Cet abandon, volontaire ou non, du rôle de prescripteur a des effets en retour catastrophiques. On entre dans une librairie parce que l’on a parlé de ce livre à la téloche, et l’on vitupère si l’on ne le trouve pas parce qu’un présentateur a déclaré qu’on pouvait le trouver dans TOUTES les librairies. De là, une image faussée et perverse de la librairie de neuf : dépôt de livre qui fait vivre une bande d’intellectuels ratés qui n’ont pas su faire autre chose de leur vie, et qui sont infoutus de faire correctement leur travail. Et cette description, entendue parfois, est à peine une caricature. Il semble bien, au final que tout le monde a peur de dialoguer, de se tromper, alors on remet cette compétence à d’autres : presse, télévision (qui selon moi tient du spectacle et non de l’information…) ou même publicité. La faute en incombe essentiellement au libraire qui – je l’ai vu parfois – se retenait de défaire quelques illusions sur son activité et en a renforcé d’autres par paresse et même par mégalomanie personnelle. Il faut que vous sachiez, Otto, que nombre de libraires ont inventé ce métier et qu’ils sont à l’origine de rééditions cruciales, de redécouvertes d’auteurs indispensables… et autres fariboles émises par des personnes aimables au demeurant mais qui n’ont jamais quitté leur comptoir.
Attention, tous ne sont pas comme ça. Il reste également des amateurs de librairie qui viennent discuter avec les vendeurs. Il reste encore des libraires qui savent lire et qui se mettent au courant de ce qu’il paraît. Mais la manifestation de ce fait devient rare. Quand cela arrive, une relation spéciale se développe, connaissant vos goûts, le bon pro saura aller dans votre sens mais également vous fera déraper parfois vers des choses que vous ne soupçonniez pas. En retour, le client fera de même. Je dois une partie de ma bibliothèque à toutes les personnes avec qui j’ai dialogué lors de l’exercice de mon travail. Détruisons un mythe : un bon libraire n’a pas le temps de lire pendant son travail. Trop occupé à autre chose. Mais il emporte du travail à la maison. Et il a de la mémoire. Celle-ci se bonifie avec le temps. Et il la met à votre disposition.
Il reste, Otto, que votre recherche de livres partait d’un autre type de prescription : le conseil amical, il est parfois difficile à satisfaire s’il concerne un livre épuisé…

Otto préparant son intervention...

Otto : certes, je suis et resterai toujours difficile à satisfaire, même par les mains calleuses d'un libraire qui a "pour mission de satisfaire des clients". Pour ce qui concerne l'aspect "dialogue", il y a du vrai dans ce que vous dites, l'on cherche – et pas seulement en librairie – à s'affranchir de cette horrible perte de temps que constitue l'échange d'idées avec l'impétrant qui a l'audace de vouloir réfléchir plutôt que de dégainer sa carte bancaire avec la grâce du pistolero de bande dessinée. Il est vrai que dans mes lointaines contrées, ce travers est, heureusement, moins marqué. L'on peut échanger des idées sur la littérature dans sa librairie préférée comme papoter de la pluie et du beau temps avec la caissière du supermarché sans se faire insulter par ceux qui vous suivent dans la queue. Mais, en ville, il faut aller vite. Et c'est aussi pour cela que vendeurs comme acquéreurs potentiels foncent à ce qu'ils considèrent comme l'essentiel. Et inclinent vers le pré mâché, voire le prédigéré. Que ce soient ces fameux papillons dont vous parlez (et effectivement d'une incommensurable vacuité) ou ces ouvrages "recommandés" au JT ou à une quelconque émission littéraire, ils sont, entre autres, la convergence vers le "fast book", qui conduira forcément à ce que l'acheteur s'affranchisse du libraire : pourquoi s'emm… à se déplacer alors qu'on obtient strictement le même non-service sur Internet ?
Ayant été moi-même libraire il y a fort longtemps et pendant un court laps de temps (j'emmenai du travail à la maison, comme vous dites, mais oubliais un peu souvent de le ramener… Mais ce n'est pas cela qui m'a amené à quitter l'établissement, je le précise…), j'ai vu une sorte de résumé de ces divers aspects : les petites dames très gentilles et très âgées qui se ruaient sur l'étal des Harleq… le jour de leur sortie, prenant les six nouveaux titres du mois sans même en lire la couverture, réflexe conditionné ; les fameuses et si vraies tables Apostrophe, avec leur public tout aussi pavlovien ; leur équivalent "nécro" : incroyable ce qu'un mort peut vendre mieux que de son vivant, surtout si c'est tout frais ; les amateurs qui viennent parce qu'ils savent qu'ils trouveront ce qui les intéresse et que vous pourrez leur donner des conseils.
En parlant de conseil, il est vrai que celui des amis n'est pas forcément le plus opportun, le risque n'étant pas nul qu'un ouvrage soit épuisé. Mais l'avantage de l'amitié, c'est que l'on peut prêter l'œuvre en question. Et qu'un peu de frustration n'est pas forcément mauvais pour le teint. Et, cher Tenancier, quelle autre source de conseil pourrait-on accréditer ?

Le Tenancier : Mon Otto, toute personne sachant lire est une source de conseil, bien sûr ! Je ne botte pas particulièrement en touche en vous annonçant cela. J’estime que le livre est encore le véhicule d’une certaine convivialité. Si un livre est épuisé, c’est là qu’interviennent plus efficacement les libraires d’occasion dont je fais partie et dont j’espère dire deux mots un peu plus tard.
Pour ce qui est du prescripteur spécialisé, il est évident que nombre de libraires de neuf ont renoncé à ce rôle par la force des choses ou par désillusion, comme nous venons de l’entrevoir. Il existe par ailleurs tout un réseau élaboré de promotion du livre… mais est-ce encore en rapport avec le fameux conseil que vous semblez tant solliciter ? Le Critique Littéraire fait partie de ce réseau. Comme le journalisme dont il fait partie, il est désormais difficile de faire la part de son indépendance et de la sujétion dont il peut être parfois victime, ou acteur consentant. Comment faire des critiques dans un journal qui fait partie d’un grand groupe de communication et qui englobe à la fois les secteurs de la presse et de l’édition ? Comment ne pas se poser la question de la mansuétude de rubriqueurs devant les merdes épouvantables qui paraissent à un rythme régulier dans l’édition française ? On passera sur les complicités et les renvois d’ascenseur systématiques qui ne défrayent même plus les chroniques (car ce style de dénonciation est tout aussi parfaitement intégré à cette même machinerie) pour se poser la question de l’enjeu économique de la publication d’un livre.
En effet, publier un « best-seller » est un enjeu industriel considérable.
Tout commence avec la commande du papier, son acheminement à l’imprimeur qui, lui, veille à ce que ses machines tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le livre, une fois imprimé, est acheminé dans les différents centres régionaux du distributeur. En amont de tout cela, alors que le livre est encore à l’état d’épreuve, l’éditeur, ou son diffuseur, envoi ses représentant vers tous les points de vente du livre pour engranger les « mises en place ». En réalité, il s’agit de faire parvenir un certain nombre d’ouvrages sur les points de vente le jour officiel de la parution avec un léger stock qui permettrait de faire le pont avec une éventuelle réimpression sans qu’il y ait réelle rupture. Comment, à partir de ces colossales manœuvres, les sommes investies, ne pas comprendre que l’éditeur ne fera pas tout pour que la promotion de son livre réussisse ? Et, à partir de ce constat, comment ne pas estimer que le critique littéraire est considéré comment un élément du plan de promotion de ce dit éditeur ? Le sont-ils tous ? Certes non. Vous avez le droit et même le devoir de vous interroger sur les raisons que la critique d’un journal féminin s’extasie sur le dernier Musso ou le dernier Marc Lévy, vous avez raison de ne pas être dupe du chroniqueur de ce newsmagazine qui entre en pâmoison à propos du récent BHL ou de "l’essai" d’Alain Minc. Leur point commun ? Pas besoin de lire ces critiques, on pourrait les écrire soi-même. Mais, dans un autre sens, les articles que je lis dans des journaux comme La Quinzaine Littéraire m’ont fait découvrir des choses considérables… C’est que l’on assiste désormais à une course à deux vitesse qui différencie certaines catégories de vendeurs de livres, d’éditeurs, d’écrivains (Les Annuels, comme j’appelle ces derniers : ceux qui sont tenus contractuellement à écrire un livre par an : Pennac et Picouly, par exemple… mais il y en a d’autres types) et puis les autres pour qui ses considérations sont inenvisageables, faute de moyens et également par goût. Parce qu’un éditeur de poésie ou de sciences humaines – par exemple - ne fait pas du livre-kleenex en général…
Je parlais de la mise en place des livres chez les libraires, entre autres. Il faut que je vous remémore une chose à propos de votre déconvenue dans cette librairie. Si vous ne trouvez pas forcément un endroit qui correspond à vos critères littéraires, il faut que vous vous rappeliez que le fonds d’une librairie de neuf contemporaine est la résultante d’un choix dont le libraire n’est presque plus du tout maître, fait qui renforce le phénomène promotionnel dont je vous parlais à l’instant.
Depuis très longtemps, une pratique a cours dans la librairie de neuf, pratique sollicitée par le libraire lui-même à l’origine. Il s’agit de l’Office.
A l’origine, le commerce de la libraire était relativement simple. Maître à bord, le libraire commandait ses livres en fonction de ses espérances de vente et de ses goûts, bref, de ceux qu’il estimait pouvoir défendre sans problèmes aucun. Seulement, beaucoup de nouveautés échappaient ainsi au professionnel, incapable d’investir dans le flot de nouveautés croissantes au sortir de la guerre. La solution résida dans un accord passé avec les distributeurs du livre. Tous les mois – ou dans un intervalle plus rapproché – le libraire recevrait d’office – d’où le nom – une certaine quantité de livres nouveaux selon une grille préétablie entre le libraire et le représentant. Avec le temps, ces grilles s’affinèrent, les conditions financières s’ajustèrent en fonction de la nature de la libraire, des livres, etc. Mais, cet arrangement n’a strictement rien à voir avec le dépôt. Cette dernière disposition permet au libraire de payer l’éditeur une fois que le livre a été vendu. Dans le système de l’Office, le libraire paye le colis qu’il vient de recevoir… Quel intérêt alors ?
Eh bien, vous avez la possibilité de retourner ces ouvrages en cas de mévente jusqu’à une échéance d’un an. Dans ce cas, ils ne vous sont pas remboursés mais crédités sur votre compte chez le distributeur ou l’éditeur. Ce système ingénieux avait tout pour plaire au départ… Seulement, les temps ont changé.
L’arrivée de l’édition-kleenex a accéléré la mise en place des offices avec des contenus dont la finalité est non de vendre des nouveautés mais de faire de la trésorerie au profit des producteurs du livre (Dans les colis, il y a eu souvent du n’importe quoi ! J’ai connu des libraires qui avaient un employé qui ne s’occupait que de confectionner les retours vers l’éditeur…) La masse financière immobilisée ne se dirige plus vers les petites structures, qui sont incapables de gérer le monstrueux mécanisme des offices (certains petits distributeurs ont sombré corps et bien face à un taux de retour phénoménal et des éditeurs incapables de faire face à celui-ci…) Enfin, le choix à la disposition de la clientèle de la librairie se standardise : 90% du fonds de la majorité des librairies – et c’est une évaluation optimiste – est issu de ce système des Offices. Cela veut dire que vous allez retrouver grosso modo les mêmes ouvrages partout. Cela veut dire que si un éditeur met le paquet sur un auteur dont il est assuré de la vente, vous retrouverez ce livre PARTOUT ! Cela veut dire encore que le libraire – parfois à son corps défendant – n’est plus qu’un élément impersonnel de ce dispositif de production du livre. Rien de plus. Certes, certains s’expriment sur d’autres ouvrages. Mais se sont souvent des nouveautés qui sont également inscrites dans la grille d’Office. En réalité, nombre de ces confrères sont enferrés dans un système dont il est extrêmement délicat de sortir. Ayant abandonné par ailleurs leur rôle de prescripteurs, comment peuvent-il s’abstraire de ce mécanisme pervers sans risquer la survie de leur entreprise ?
Il en résulte également que le libraire est de plus en plus vu comme un relais incommode de la distribution finale du livre. Internet est la panacée pour les grands groupes, en attendant la dématérialisation du livre. Ce que les thuriféraires de cette dématérialisation (quelqu’un comme François Bon, par exemple) n’ont pas l’air de percevoir, c’est que tout ceci n’est guère que l’illustration d’une doctrine économique post-industrielle et non une révolution technologique. Le libraire de neuf, certains critiques littéraires – je veux parler des vrais, cette fois-ci – appartiennent au vieux monde. C’est à eux de réagir et de créer les conditions de leur pérennité en prenant la tangente. En tout cas, il y a une sévère remise en question d’une certaine économie du livre à faire.
Et c’est urgent.


(A suivre)

Colloque

La librairie a son université d'été. Le Tenancier s'est déplacé récemment dans la région toulousaine et a rencontré Otto Naume pour deviser sur le livre et le métier de libraire. Le travail fut pénible et harassant et à ce titre les images qui accompagnent de loin en loin cette discussion peuvent choquer un public délicat. Ce colloque sera publié en plusieurs parties afin de ne point lasser la patience de nos lecteurs.


Le Tenancier : Cher Otto, je vous ai accompagné avant mon séjour toulousain à une librairie de neuf. Vous deviez y faire quelques emplettes. Vous aviez sur vous une liste d'ouvrages que l'on vous avait conseillés. Ce qui m'a un peu intrigué, c'est que vous sembliez entrer dans cet endroit avec la certitude que vous alliez trouver ce que vous cherchiez. C'est peut-être une impression que vous infirmerez volontiers... En tout cas, vous m'avez semblé dépité en sortant de la libraire : deux ouvrages fournis sur la liste, sur cinq. Par ailleurs vous avez acheté d'autres ouvrages.

Otto : Vous avez bien vu, cher ami Tenancier. Vous m'amenâtes dans une librairie située sur le Bld Saint-Germain, de grandes dimensions, apparemment bien approvisionnée. Dès lors, pour moi, il était presqu'évident que je trouverai assez facilement mon bonheur en ces lieux. Disons qu'un petit 4 trouvés sur 5 cherchés m'aurait semblé normal, d'autant que les livres que j'avais sur ma liste avaient été chroniqués les semaines précédentes dans diverses revues et n'étaient donc pas, a priori, d'obscurs écrits totalement improbables. Et, effectivement, j'étais un peu déçu en sortant de n'avoir trouvé que deux des cinq ouvrages cherchés. Dépité également, je vous l'avais dit sur le moment, de l'attitude des libraires rencontrées : aimables, certes, mais visiblement peu au fait de certaines choses littéraires (je ne pensais pas que Lucien de Samosate était si peu connu…) et, surtout, bien peu commerçantes. Ni l'une ni l'autre des libraires consultées ne m'a proposé de commander les ouvrages cherchés ! Ou proposé des ouvrages similaires à ceux que je cherchais. Alors, oui, j'ai acheté d'autres ouvrages, certains parce qu'ils m'ont tenté (il ne faut pas que j'entre dans une librairie…), d'autres parce que vous me les avez conseillés, et que j'écoute souvent vos conseils. Mais, quelque part, une petite voix me disait "t'as vu, tous ces bouquins, t'as pu les repérer sur un site de vente en ligne y'a deux heures, t'aurais pu les commander sans te taper les bouchons et en plus un peu moins cher" (les fameux 5%). Bon, je ne vais pas agir de la sorte, je vais plutôt aller commander mes bouquins à ma librairie favorite de Toulouse (plutôt spécialisée polar, SF, mangas et BD, mais ils sont pas "exclusifs"). Mais pour un qui agira comme moi, combien se reporteront sur Alazone ou sur Amapag ?

Otto Naume (a g.), le Tenancier, (a dr.) en plein travaux

Le Tenancier : Cher Otto, vous cédez ici à un fantasme bien courant, ce qui m’étonne de vous. En effet, on a toujours tendance à penser qu’une bonne librairie vous fournira tout ce que vous désirez. On est forcément loin du compte si, de plus, l’on y entre avec une liste. C’est que, de plus en plus, la librairie est considérée comme un lieu de stockage et non un lieu de découverte. Votre liste, en partie le démontre. Il y a, de prime, un obstacle. Si grande soit-elle, la librairie ne peut héberger tous les ouvrages parus. Rappelons qu’il y en a au bas mot 3000 par mois, tous genres confondus, certes, mais aussi un fonds d’ouvrage disponibles en France qui est énorme. Deux ouvrages ? Estimez-vous heureux, presque. Je ne pense pas que vous auriez fait un meilleur score ailleurs.
Ensuite, je suis bien d’accord avec vous. Si l’accueil fut on ne peut plus correct, il semble que ces vendeuses étaient découragées à l’avance sur le fait de commander les ouvrages. Ce pourrait sans doute être le fruit d’une certaine incompétence. Je crois qu’il faut considérer également le fait que les gros distributeurs sur le net font une concurrence sévère sur ce plan. En effet, même si la transmission des commandes se fait électroniquement, désormais, il y a des délais incompressibles, que sont le traitement des commandes par le distributeur et l’acheminement jusqu’à la librairie. Ces délais sont considérablement raccourcis chez les prestataires du net qui ont là une logique industrielle dans la chaîne de traitement des commandes. Le pli a sans doute été pris sous la menace d’une réplique attendue : « Ça ira plus vite sur le net ». Je nuancerai moins, en revanche, votre appréciation sur le manque de ressort de ces deux vendeuses qui, si elles ont su vous orienter efficacement vers certains rayons, n’ont pas paru très dégourdies pour vous orienter vers des ouvrages de votre goût, voire de vous sonder à ce propos. Ce qui devrait encore faire la force des quelques librairies de neuf qui existent encore, réside dans le fait qu’elle est occupée par des êtres humains qui ont dû lire quelques ouvrages dans leur vie. Je vous sais assez curieux pour vagabonder ailleurs que dans votre liste. Le fait même que, devant elles, vous regardiez autre chose eût pu les stimuler. Ce ne fut pas le cas. Aucun dialogue n’a été entamé. Au lieu de vous entraîner devant les rayons pour chercher les livres que vous désiriez, elles se sont plantées devant un ordinateur. Cela démontre le manque endémique de formation de la plupart des libraires en matière de vente. En réalité, il me semblait avoir affaire à deux bibliothécaires. On rentre tout à fait dans la perspective de la librairie française actuelle : le manque de vendeurs réellement qualifiés à cause d’une sous-rémunération due à une activité de peu de rapport. Pourtant, c’est bel et bien là que se trouverait la solution pour les libraires de neuf : garder des vendeurs expérimentés et avec de la bouteille. Cher Otto, avez-vous souvent rencontré des vendeurs en librairie qui ont plus de 40 ans qui ne soient pas à la tête du magasin ?
Pour votre librairie spécialisée, ce ne devrait pas être une gêne de vous commander des livres hors de sa spécialité : elle a accès aux mêmes réseaux que tout le monde.

Otto : cher Tenancier, j'entends bien vos remarques, je ne confonds pas librairie et entrepôt, ni ne demande à l'une d'elles, aussi importante soit-elle, de ressembler aux rayons présumés quasi-exhaustifs (on peut toujours présumer, hein…) de certaines chaînes de distribution auto-proclamées "agitatrices" (c'est à la mode, de s'agiter. Agir, en revanche…). Mais l'on en revient à ce qui semblerait devoir être la vocation, je dirais même la justification, d'une librairie de neuf ayant pignon sur rue de nos jours : le conseil. Ce qui passe, en premier lieu, par le fait de lire, pas forcément tous les livres, il y a évidemment impossibilité, mais au moins les chroniques des quelques magazines et pages de journaux pouvant encore prétendre au rang de référence en matière de critique littéraire. Si Machin parle en bien de l'ouvrage Truc, cela devrait titiller l'œil du libraire et le pousser à commander la chose. Mais il semble que le seul ouvrage commandé ces derniers temps soit La princesse de Clèves, ce qui, malgré les probables charmes de l'ouvrage (jamais lu), n'augure rien de bon pour la littérature actuelle. Et permet de comprendre le niveau des aimables boutiquiers à qui l'on peut s'adresser. Et il est vrai qu'à ce niveau, comme à bien d'autres, c'est d'avoir des vendeurs quelque peu expérimentés qui apparaît comme la solution. Pour en revenir à ma librairie toulousaine (Album pour la nommer), l'on m'y suggère régulièrement des auteurs que je ne connais pas – certes, je suis bon public, et bon acheteur, donc plus intéressant que le mec qui achète son polar à 12 euros et se barre. Et l'on s'aperçoit vite que les divers vendeurs (qui sont les mêmes depuis que je fréquente l'endroit, 3 ans environ) ont des connaissances sur ce qu'ils vendent, qu'ils ont des passions et qu'ils les font partager. L'humain, quoi. Et cela donne forcément plus envie d'aller acheter chez eux qu'ailleurs. Mais c'est vrai qu'en province, on prend plus le temps de discuter. Et que la personne derrière vous dans la queue ne se met pas à râler parce que le vendeur est en train de parler avec vous. Au pire, il viendra même partager ses connaissances sur la discussion.
Quant à acheter un livre sur le Net, cela ne me viendrait pas à l'idée. D'abord parce que je trouve la totalité des sites de ce type mal foutus et plutôt décourageants pour l'acheteur. Ensuite parce que je n'ai que foutre de leurs suggestions à la noix de type "les autres lecteurs qui ont acheté cet ouvrage ont aussi aimé…" : l'avis du libraire peut m'intéresser, celui des autres acheteurs, ben… Rien d'élitiste là-dedans, mais je vois mal comment un programme informatique peut voir quoi que ce soit de qui je suis, de ce qui m'intéresse dans un ouvrage, des affinités que je peux avoir. D'autant que ces "suggestions" sont très limitatives. J'aime le rigolard Westlake et le très sombre Jim Thompson. Avec ça, il me suggère quoi, le programme ?
Par ailleurs, une boutique en ligne ne peut pas remplacer un vrai magasin, avec tous ses trésors entassés dans des rayons, que l'on prend plaisir à sortir de leur cachette pour les découvrir, souvent les rejeter après lecture de la quatrième de couverture, parfois les garder. Parce que le titre ou la couverture vous a attiré (comme celle de ce récit d'un aventurier capturé par les indiens Patagon sur lequel j'ai craqué lors de cette incursion germanopratine), parce que l'argumentaire au dos vous a séduit, bref parce que vous venez de faire une trouvaille. Que vous n'auriez jamais faite sur le Ouèbe : sur le Net, tous les livres de la Terre sont présents mais vous ne les voyez pas ; dans une librairie, les x milliers d'ouvrages présents sont là, sous vos yeux, attendant d'être découverts. Une histoire de sentiers battus, en quelque sorte…

(A suivre)

On ferme


En franchissant le seuil de l'O. J. Bar & Grill situé sur l'Amsterdam Avenue, Dortmunder se rendit tout de suite compte de l'atmosphère sombre et résignée qui régnait sur les lieux. Accoudés au comptoir, les quatre habitués avaient le nez plongé dans leur bière, et ils se taisaient ! Une première sans doute depuis le temps qu'ils fréquentaient l'établissement. Comme prostrés, n'échangeant même pas un regard, lampant de temps à autre une toute petite gorgée de leur verre. Rollo, derrière son comptoir, semblait lui aussi différent. Comme toujours, il était en train d'essuyer un verre avec un torchon douteux, mais son geste mécanique dénotait un réflexe pavlovien né d'une longue pratique plus qu'une quelconque motivation. Les yeux perdus dans une lointaine contrée où probablement les zincs ne désemplissaient pas, il ne vit même pas Dortmunder se diriger vers l'arrière-salle où l'attendaient Kelp et les autres. Il passa devant la cabine téléphonique depuis longtemps hors service, une ficelle pendant lamentablement, orpheline de la pièce de 25 cents qu'elle perçait auparavant. Levant un œil, Dortmunder entraperçut le Pointer ornant la porte des toilettes pour hommes se balancer la tête en bas, seule une vis retenant encore le panonceau à la porte.
Dortmunder ouvrit la porte de l'arrière-salle. Ses murs étaient dissimulés par des empilements de caisses de bouteilles de bière et de soda, le centre de la pièce étant occupée par une table circulaire recouverte d'une sorte de moquette depuis longtemps rongée par l'humidité, les brûlures de cigarette et les coudes s'y étant frottés. Seul éclairage de la pièce, une ampoule pendait, sa lumière à peine attenuée par un abat-jour circulaire en métal nu.. Tout autour de la table, les chaises étaient occupées par les acolytes de Dortmunder. Au centre, face à la porte, ce qui prouvait qu'il avait été le premier à arriver au rendez-vous, Stan Murch, le chauffeur rouquin, salait une nouvelle fois sa bière d'un air distrait, comme s'il n'avait pas encore trouvé le trajet optimal pour rejoindre l'aéroport JFK. A sa droite, Tiny Bulcher avait posé sa tête en forme de missile sol-air sur une main qui aurait pu sans souci combler à elle seule le gouffre budgétaire d'un pays de moyenne importance. Il leva les yeux vers Dortmunder et le salua d'un "bonsoir, John" sépulcral, à l'extrême limite de l'infra-basse. Les autres étaient là également, Ralph Winslow, Wally Whistler, Fred et Thelma Larz, Gus Brock et, enfin, Andy Kelp. Aucun ne parlait, aucun ne souriait.
Dortmunder s'assit sur la seule chaise encore libre, qui pourtant tournait le dos à la porte. Après tout, vu ce qu'ils venaient faire aujourd'hui, que risquait-il à se positionner ainsi ? Après avoir jeté un regard circulaire à l'assemblée, Dortmunder se racla la gorge et soupira :
- Je vois que tout le monde est au courant.
- Oui, répondit Tiny. Andy nous l'a dit en arrivant.
- Rollo vous a précisé l'heure ?
- Ouais, sussura Andy d'un timbre atone. Huit heures, dans dix minutes.
- Le temps de boire le dernier…
Quelques minutes plus tard, ils sortirent tous, à la queue leu leu, l'air abattu, un peu comme si un juge venait de les condamner à une peine de vingt ans de réclusion. L'un après l'autre, ils se dirigèrent vers Rollo et le saluèrent avant de sortir. Celui-ci se tourna alors vers les habitués et leur dit, d'une voix qu'il aurait voulue plus neutre :
- On ferme.

Oui, l'O.J. Bar & Grill d'Amsterdam Avenue vient de fermer définitivement. Et c'est vraiment la plus mauvaise blague qu'ait jamais faite Donald Westlake…


Otto Naume

Un p'tit coup de madame Soleil…

Le tenancier aime bien que l'on se mêle de ses affaires, surtout lorsqu'elles regardent le livre. C'est ainsi que vous allez découvrir ci-dessous un texte d'Otto Naumme qui, dans la vraie vie, est plutôt concerné par le présent article puisqu'il a longtemps été journaliste - et encore un peu - dans le domaine de l'informatique. De quoi ouvrir un débat copieux, on l'espère...

Et voilà ce que c'est de traîner…
Il paraît que la procrastination peut devenir un art, le grand Oscar Wilde ne disait-il du reste pas : "je ne remets jamais au lendemain ce qui pourrait être fait le surlendemain !" ?
Mais bon, il est des circonstances où, à force de remettre, l'on finit par se faire doubler. Je ne compte ainsi même plus le nombre de semaines depuis que j'ai promis pour la première fois à l'auguste Tenancier de ce blog de lui pondre un petit texte sur les livres électroniques et ce que pouvait m'inspirer la "vogue" de ces ersatz de culture lyophilisée, qui sont au "vrai" livre ce que les cola états-uniens sont au champagne…
Bref. A force de traîner, voilà donc que j'ai été lâchement débordé par un très sympathique article de Jean-Luc Porquet dans le Canard Enchaîné de ce jour, intitulé "Coucou, rev'là l'ibouque !". Où il est mis le doigt sur toutes sortes de "tares" de ces gadgets électroniques. Ainsi, après avoir relevé dans la pub de l'un de ces outils cet argument-massue : "(il) aura deux boutons de navigation situés à droite de l'écran pour les droitiers et deux autres à gauche pour les gauchers", l'auteur se fait cette limpide réflexion : "Dire que jusqu'ici, pour feuilleter un bouquin, on n'avait même pas besoin d'un seul bouton !". Je n'aurai pas dit mieux pas plus que je n'aurai mieux exprimé nombre d'opinions habilement étayées du sieur Porquet.
Honte à moi donc d'avoir traîné… Mais puisque me voilà enfin devant "l'œuvre", qui plus est avec le "poids" de cet article à ne pas répéter, autant évoquer ce fameux livre électronique et soumettre quelques idées à son sujet. Avec, en premier lieu, une certitude, qui n'a rien de "bien" ou de "mal", n'est juste qu'un fait : le livre électronique va se développer et se répandre de par le monde. Demain ou dans dix ans, je n'en ai pas la moindre idée. Mais, un jour ou l'autre, une immense part des écrits produits par écrivains, essayistes, biographes et même, euh, comment dire, noircisseurs de papier (un terme qui sera alors galvaudé…) ne sera plus mise à la disposition du public sous forme de support papier imprimé mais uniquement électronique. L'on pourra télécharger un roman comme aujourd'hui un album de musique ou un film. Avec les mêmes possibilités : légalement ou non… Le "piratage" de livres électroniques tiendra surtout au prix des ouvrages : si le roman "dématérialisé" est vendu aussi cher que sur papier, ou avec un trop faible différentiel de prix, l'on sait d'avance ce qui se produira. Un autre problème à soulever, c'est l'existence actuelle (amenée très certainement à perdurer) de plusieurs formats de lecture, bien évidemment incompatibles entre-eux : on ne peut lire avec "l'e-book" Machin le roman "Truc" prévu pour être lu sur le lecteur Chose. Donc, de petits malins se chargeront de transposer le fichier d'un format vers l'autre et de le proposer gratuitement sur le Ouaibe…
L'on en viendra par ailleurs à l'impression à la demande. C'est déjà le cas pour l'auto-édition voire, je crois que l'un des habitués de ce blog en sait quelque chose, de certains éditeurs, loin d'être les pires. Un "contenu" (roman, essai, etc.) sera disponible à un prix plus ou moins élevé, voire gratuitement, en téléchargement ; pour ceux qui le souhaiteront, une impression sera possible. Mais c'est plus cher ! Et il ne s'agira pas, dans l'immense majorité des cas, d'ouvrages de bibliophilie, destinés à durer. L'on parle là d'impression numérique laser sur papier d'entrée de gamme, façonné au moindre coût. Evidemment bien plus destiné au roman de gare (aussi respectable soit-il) qu'au livre d'art. Et l'on oubliera bien évidemment les velin et reliures pleine peau : même si cela devenait possible, les coûts d'impression à l'unité de tels ouvrages seraient probablement exorbitants.
Bon. Donc, le livre électronique, porteur d'autant de défauts qu'on puisse en trouver, va s'imposer, qu'on le veuille ou non. Au détriment du livre papier ? Oui et non. Bien sûr, nous aurons droit au couplet "vert" sur l'économie de papier et les arbres "sauvés" – en oubliant juste au passage les moyens particulièrement "écologiques" servant à produire de l'électricité (charbon, pétrole ou nucléaire). Bien sûr également, les aspects "pratiques" du livre électronique – la possibilité de pouvoir trimballer 15 ou 20 ouvrages sur son livre en permanence, avec en sus un accès à Internet pour télécharger d'autres œuvres – ne manqueront pas de faire en partie pencher la balance vers ces nouveaux supports. Mais le livre tel que nous le connaissons aujourd'hui ne risque pas plus de disparaître que le papier n'a disparu de nos bureaux suite à l'avènement de la micro-informatique. Tout simplement parce qu'il ne répond pas aux mêmes besoins.
Le roman de gare, le "best seller de l'été", le livre de recettes, la biographie de Tartempion de la StarAc ou la nième profession de foi de tel escroc politique (pléonasme) peut bien être dématérialisé, cela n'a aucune importance. C'est le fast-food de la littérature, des "trucs" que l'on peut avoir envie de lire mais qui n'ont aucune valeur matérielle : rares sont les personnes qui auront envie de conserver ces ouvrages pour leur contenant (même si les collectionneurs "fous" du Fleuve Noir Anticipation ou de la Série Noire sont l'exacte antithèse de ce propos…). De fait, qu'ils soient sur papier ou sur écran importe peu.
De l'autre côté, il y a tout ce qui fait l'attrait d'un livre "papier", que je ne ferai pas l'affront de détailler aux lecteurs de ce blog, ils savent bien mieux que moi pourquoi ils aiment et, pour certains, produisent de tels ouvrages. Mais l'on évoquera tout de même des raisons "logiques" : un livre d'art, un ouvrage mêlant texte et photos ou même faisant appel à une mise en page originale (pensons à Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes), voilà qui n'est pas prêt de pouvoir être praticable sur un écran de "livre électronique", quand bien même ces écrans s'agrandiraient et gagneraient en souplesse d'utilisation.
Pour les éditeurs, le papier est aussi, s'ils se montrent moins obtus que leurs confrères du disque et du cinéma, un bon moyen de différenciation et de marge. Un roman électronique, c'est un roman, point. Le même sur papier, cela peut être l'opportunité d'apporter des "bonus", par le biais d'une mise en page, d'éléments ajoutés, bref de tout un tas de petites choses qui permettent de commercialiser le livre plus cher tout en titillant chez le lecteur le besoin d'appréhender, de posséder, de conserver. Le côté sensuel du livre, en quelque sorte (face à l'électronique, le papier est effectivement le régime sensuel…).
Reste à déterminer ce que va devenir le métier de libraire dans un tel contexte. Si 80 % ou plus de la production est dématérialisée, comment existera-t-il ? Dans l'ancien, tel que le pratique notre cher Tenancier, l'évolution ne se ressentira probablement pas. Après tout, il commercialise d'ores et déjà ses livres du XIXè siècle via Internet. Et ces ouvrages attireront toujours des collectionneurs tant qu'ils existeront (ah, l'acidité du papier…). Pour le libraire de neuf, en revanche, la situation risque d'évoluer. Vers une activité à mi-chemin entre le libraire actuel et l'éditeur à façon ? Peut-être. Mais forcément avec une ouverture sur Internet, par où il fera preuve de sa capacité de conseil et diffusera des ouvrages à télécharger. Mais aussi via sa boutique traditionnelle, pour présenter et écouler les livres sur papier qui continueront à être produits. Mais les mutations du métier risquent d'être lourdes, et aussi difficiles à digérer pour les "vrais" libraires que le fût l'arrivée sur leur marché des grandes surfaces puis des marchands (de tapis) en ligne.
Bref (si l'on peut dire vu la taille du poulet…), voilà une prospective qui tient tout à fait de madame Soleil (quand même plus sexye qu'Elisabeth Teissier, non ?). Pas plus étayé, pas plus sûr. Et puis bon, on verra bien, hein ?

Otto Naumme