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10/18 à séries : au travail ! (redux)

Je ne sais pas pour vous, mais il y a un je ne sais quel orgueil à tirer du fait que l’un des intervenants réguliers du blog vous expédie des compléments aux billets déjà publiés céans. Ainsi, SPiRitus le fit il n’y pas longtemps et voici que George Weaver se présente lui aussi avec quelques rajouts à un précédent billet. Mais plutôt que de renvoyer fastidieusement le lecteur à un billet ancien, on a voulu ici présenter de nouveau le billet complété, pour votre plaisir, on le sait, car la série sur les 10/18 est la plus suivie de ce blog…



La collection 10/18 comprend aujourd’hui cinq séries : « Domaine étranger », « Domaine français », « Grands détectives », « Fait et cause » et « Bibliothèques 10/18 ».
C’est vers la fin des années 1980, me semble-t-il, que chaque volume publié s’est retrouvé estampillé sous l’une ou l’autre de ces séries (il en existait à l’époque une autre, excellente : « Nuits blêmes »). Tel n’était pas le cas au début de cette entreprise éditoriale : les volumes paraissaient sous la seule marque « 10/18 », sans autre indication particulière. Tout au plus pouvait-on constater que les premiers catalogues proposaient un classement thématique qui répartissait les volumes parus entre « Philosophie, essais et grands textes politiques », « Textes religieux », « Histoire et sciences sociales », « Sciences », « Textes classiques », « Romans et textes contemporains », « Documents et témoignages » et « Récits et romans d’action », mais il n’y avait nulle mention de sous-collection sur les couvertures.

La vogue des séries en 10/18 atteint son apogée dans la deuxième moitié des années 1970. En 1978, outre les actes des colloques de Cerisy-la-Salle, les
Cahiers Jussieu et les anthologies de la Revue d’esthétique, d’Arguments et de Socialisme ou barbarie, on en comptait pas moins de quatorze, plus ou moins fournies :

— « esthétique », dirigée par Mikel Dufrenne
— « l’appel de la vie », dirigée par Francis Lacassin (intégrale de Jack London, mais aussi du Kipling et Constantin-Weyer)
— « l’aventure insensée », dirigée par Francis Lacassin (Le Rouge, Conan Doyle, Stevenson)
— « bibliothèque asiatique », dirigée par René Viénet
— « féminin futur », dirigée par Catherine B. Clément et Hélène Cixous
— « fins de siècles », dirigée par Hubert Juin
— « s », dirigée par Bernard Lamarche-Vadel (ouvrages de philosophie contemporaine, d’esthétique et de critique littéraire)
— « 7 », dirigée par Robert Jaulin (anthropologie, ethnologie)
— « rouge », dirigée par Jean-François Godchau et Alain Brossat
— « noir et rouge », dirigée par Max Chaleil
— « la voix des autres », dirigée par Stanislas Adotevi et Robert Jaulin (textes francophones d’auteurs africains)
— « cause commune », dirigée par Jean Duvignaud (revue publiée en 10/18)
— « la nation en question », dirigée par Alain Le Guyader et Riwanon Jaffrès
— « Jules Verne inattendu », dirigée par Francis Lacassin

Mais les premières séries, très éphémères, virent le jour dès le milieu des années 60. Ce furent, par ordre chronologique, « L’inédit 10/18 » (romans contemporains plutôt expérimentaux), « Bibliothèque 10/18 » (classiques plus ou moins oubliés), à ne pas confondre avec l’actuelle série « Bibliothèques 10/18 », et « Unesco 10/18 », consacrée au patrimoine artistique mondial. En 1969, seuls subsistaient encore quelques titres de la série « Bibliothèque 10/18 », avant une brève résurgence de celle-ci quelque temps plus tard (cf. infra).
Cette série avait fait l’objet d’un soin particulier : les ouvrages étaient cousus, le papier de bonne qualité (les exemplaires qu’on trouve de nos jours ne présentent presque aucune trace de vieillissement), les couvertures étaient sobres, avec une discrète illustration sur fond blanc. En voici la liste numérique :

— 261-262 : Abbé Prévost : Histoire d’une Grecque moderne. Présentation par Robert Mauzi
— 263 : Hölderlin : Remarques sur Œdipe / Remarques sur Antigone. Présentation par Jean Beaufret
— 264 : Sainte-Beuve : Mes poisons. Présentation par Henri Guillemin
— 265 : Jean Cocteau : Entretiens avec André Fraigneau
— 272-273-274 : Senancour : Oberman. Présentation par Georges Borgeaud
— 281-282 : Amiel : Journal de l’année 1857. Texte édité et présenté par Georges Poulet
— 293-294-295 : Louvet de Couvray : Les Amours du Chevalier de Faublas. Présentation par Michel Crouzet
— 308-309 : Joseph Joubert : Pensées. Présentation par Georges Poulet
— 321-322-323 : Le Romantisme allemand. Études publiées sous la direction d’Albert Béguin
— 331-332 : Madame de Staël : Dix années d’exil. Présentation par Emmanuel d’Astier
— 337-338 : Fontenelle : Histoire des oracles. Présentation par Willy de Spens
— 348 : Léon Chestov : L’homme pris au piège. Présentation par Boris de Schloezer
— 368 : Edmond Dujardin : Les lauriers sont coupés. Introduction par Olivier de Magny. Préface de Valery Larbaud
— 373-374 : Novalis : Henri d’Ofterdingen. Présentation par Julien Gracq
— 375-376 : Jean-Paul : Vie de Fibel. Traduction et présentation par R. Kopp et Claude Pichois
— 391-392 : Lamarck : Physiologie zoologique. Présentation par Jean-Paul Aron
— 403-404 : D.-H. Lawrence : Homme d’abord. Essais choisis et présentés par Marcel Marnat. Traduction par Thérèse Aubray
(À partir de ce numéro, je ne dispose plus de précisions sur les préfaciers)
— 405-406-407 : Stendhal : Romans abandonnés
— 414-415-416 : Hölderlin : Hypérion ou l’ermite de Grèce
— 419 : Nikos Kazantzaki : Ascèse


Le catalogue de l’automne 1975 mentionne en outre sept autres titres, non numérotés, qui étaient déjà annoncés comme étant parus en 1973, selon la liste que j’ai trouvée dans le n°760, La contre-révolution bureaucratique. La collection est alors dirigée par Olivier de Magny.*

— Maurice Scève : Œuvres poétiques complètes (2 tomes)
— Custine : Aloys. Précédé de : « Un martyr du romantisme : Custine », par Philippe Senart
— Balzac, Baudelaire, Barbey d’Aurevilly : Sur le dandysme. Présentation par Roger Kempf
— Georg Büchner : Lenz, Le messager hessois, Caton d’Utique, Correspondance. Traduit de l'allemand par Henri-Alexis Baatsch. Préface de Jean-Christophe Bailly
— Diderot : Essai sur les règnes de Claude et de Néron (2 tomes). Présenté par Roger Lewinter
— Saint Ignace de Loyola : Les exercices spirituels. Préface de Roland Barthes
— Louis-Claude de Saint-Martin : L’homme de désir. Édition établie et présentée par Robert Amadou

Dans le catalogue qui clôt la réédition du n°663 (The favourite game de Leonard Cohen, 1ère éd. dans la collection en 1972) imprimée le 20 mai 1976, un titre supplémentaire complète cette liste, sans numéro lui non plus :

— Gerard-Manley Hopkins : Carnets – Journal - Lettres. Traduits et présentés par Hélène Bokanowski et Louis-René des Forêts**

Dans le catalogue suivant que je possède, daté du 31 décembre 1977, plus aucun de ces titres n’apparaît et la collection n’est même pas mentionnée.


Note du 11 mars 2011 :

* Merci à Adria Cheno, qui par ses commentaires a permis de préciser des noms de préfaciers ou traducteurs.
** Merci à Francis Ester d’avoir reproduit la couverture
de ce volume dans sa propre sélection — Nos 10/18 (14e partie) —, ce qui nous a permis de préciser les responsables de cette édition.

10/18 à séries : au travail !

Heureux mortels !
Voici une nouvelle pénitence de George Weaver qui vient enrichir notre connaissance des 10/18, ce qui va accessoirement faire de notre blog la référence sur cette collection. Nous ne pouvons que nous en féliciter.
__________

La collection 10/18 comprend aujourd’hui cinq séries : «Domaine étranger», «Domaine français », «Grands détectives», «Fait et cause» et «Bibliothèques 10/18».
C’est vers la fin des années 1980, me semble-t-il, que chaque volume publié s’est retrouvé estampillé sous l’une ou l’autre de ces séries (il en existait à l’époque une autre, excellente : «Nuits blêmes »). Tel n’était pas le cas au début de cette entreprise éditoriale : les volumes paraissaient sous la seule marque «10/18», sans autre indication particulière. Tout au plus pouvait-on constater que les premiers catalogues proposaient un classement thématique qui répartissait les volumes parus entre «Philosophie, essais et grands textes politiques», «Textes religieux», «Histoire et sciences sociales», «Sciences», «Textes classiques», «Romans et textes contemporains», «Documents et témoignages» et «Récits et romans d’action», mais il n’y avait nulle mention de sous-collection sur les couvertures.
La vogue des séries en 10/18 atteint son apogée dans la deuxième moitié des années 1970. En 1978, outre les actes des colloques de Cerisy-la-Salle, les Cahiers Jussieu et les anthologies de la Revue d’esthétique, d’Arguments et de Socialisme ou barbarie, on en comptait pas moins de quatorze, plus ou moins fournies :

— « esthétique », dirigée par Mikel Dufrenne
— « l’appel de la vie », dirigée par Francis Lacassin (intégrale de Jack London, mais aussi du Kipling et Constantin-Weyer)
— « l’aventure insensée », dirigée par Francis Lacassin (Le Rouge, Conan Doyle, Stevenson)
— « bibliothèque asiatique », dirigée par René Viénet
— « féminin futur », dirigée par Catherine B. Clément et Hélène Cixous
— « fins de siècles », dirigée par Hubert Juin
— « s », dirigée par Bernard Lamarche-Vadel (ouvrages de philosophie contemporaine, d’esthétique et de critique littéraire)
— « 7 », dirigée par Robert Jaulin (anthropologie, ethnologie)
— « rouge », dirigée par Jean-François Godchau et Alain Brossat
— « noir et rouge », dirigée par Max Chaleil
— « la voix des autres », dirigée par Stanislas Adotevi et Robert Jaulin (textes francophones d’auteurs africains)
— « cause commune », dirigée par Jean Duvignaud (revue publiée en 10/18)
— « la nation en question », dirigée par Alain Le Guyader et Riwanon Jaffrès
— « Jules Verne inattendu », dirigée par Francis Lacassin

Mais les premières séries, très éphémères, virent le jour dès le milieu des années 60. Ce furent, par ordre chronologique, « L’inédit 10/18 » (romans contemporains plutôt expérimentaux), « Bibliothèque 10/18 » (classiques plus ou moins oubliés), à ne pas confondre avec l’actuelle série « Bibliothèques 10/18 », et « Unesco 10/18 », consacrée au patrimoine artistique mondial. En 1969, seuls subsistaient encore quelques titres de la série « Bibliothèque 10/18 », avant une brève résurgence de celle-ci quelque temps plus tard (cf. infra).
Cette série — dirigée au début et jusqu’en 1968 (n°419) par Michel-Claude Jalard — avait fait l’objet d’un soin particulier : les ouvrages étaient cousus, le papier de bonne qualité (les exemplaires qu’on trouve de nos jours ne présentent presque aucune trace de vieillissement), les couvertures étaient sobres, avec une discrète illustration sur fond blanc. En voici la liste numérique :
  • 261-262 : Abbé Prévost : Histoire d’une Grecque moderne. Présentation par Robert Mauzi
  • 263 : Hölderlin : Remarques sur Œdipe / Remarques sur Antigone. Présentation par Jean Beaufret
  • 264 : Sainte-Beuve : Mes poisons. Présentation par Henri Guillemin
  • 265 : Jean Cocteau : Entretiens avec André Fraigneau
  • 272-273-274 : Senancour : Oberman. Présentation par Georges Borgeaud
  • 281-282 : Amiel : Journal de l’année 1857. Texte édité et présenté par Georges Poulet
  • 293-294-295 : Louvet de Couvray : Les Amours du Chevalier de Faublas. Présentation par Michel Crouzet
  • 308-309 : Joseph Joubert : Pensées. Présentation par Georges Poulet
  • 321-322-323 : Le Romantisme allemand. Études publiées sous la direction d’Albert Béguin
  • 331-332 : Madame de Staël : Dix années d’exil. Présentation par Emmanuel d’Astier
  • 337-338 : Fontenelle : Histoire des oracles. Présentation par Willy de Spens
  • 348 : Léon Chestov : L’homme pris au piège. Présentation par Boris de Schloezer
  • 368 : Edmond Dujardin : Les lauriers sont coupés. Introduction par Olivier de Magny. Préface de Valery Larbaud
  • 373-374 : Novalis : Henri d’Ofterdingen. Présentation par Julien Gracq
  • 375-376 : Jean-Paul : Vie de Fibel. Traduction et présentation par R. Kopp et Claude Pichois
  • 391-392 : Lamarck : Physiologie zoologique. Présentation par Jean-Paul Aron
(À partir de ce numéro, je ne dispose plus de précisions sur les préfaciers)
  • 403-404 : Lawrence : Homme d’abord
  • 405-406-407 : Stendhal : Romans abandonnés
  • 414-415-416 : Hölderlin : Hypérion ou l’ermite de Grèce
  • 419 : Nikos Kazantzaki : Ascèse
Le catalogue de l’automne 1975 mentionne en outre sept autres titres, non numérotés, qui étaient déjà annoncés comme étant parus en 1973, selon la liste que j’ai trouvée dans le n°760, La contre-révolution bureaucratique. La collection est alors dirigée par Olivier de Magny.
  • Maurice Scève : Œuvres poétiques complètes (2 tomes)
  • Custine : Aloys
  • Balzac, Baudelaire, Barbey d’Aurevilly : Sur le dandysme
  • Georg Büchner : Lenz, Le messager hessois, Caton d’Utique, Correspondance
  • Diderot : Essai sur les règnes de Claude et de Néron (2 tomes)
  • Saint Ignace de Loyola : Les exercices spirituels
  • Louis-Claude de Saint-Martin : L’homme de désir
Dans le catalogue suivant que je possède, daté du 31 décembre 1977, plus aucun de ces titres n’apparaît et la collection n’est même pas mentionnée.

George Weaver

Nos 10/18 (4e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "

Au tour de George Weaver lui-même qui - coquetterie ou élégance - s'est dispensé de mettre une quelconque indication bibliographique sinon que les numéros. Contentons-nous de cette quasi mutité qui nous change des habitudes de notre pilier, dans ses commentaires.


n° 61

n° 73

n° 184 -185

n° 198 - 199 - 200

n° 385

n° 586

n° 1494

n° 1660

n° 1821

n° 2187

Comment perdre son temps pendant 10 ou 18 ans

Voici la pénitence de George Weaver !
Sous ce pseudonyme brownien se cache un confrère qui intervient souvent dans les commentaires de ce blog à grand renfort de jeux de mots, lesquels remplissent d'aise notre ami Otto, autre habitué.
On a d'autant plus de plaisir ici à accueillir un de ses textes qu'il nous raconte un tentation bien commune de la part des libraires. A une différence près : il a sauté le pas pour une aventure assez longue, ma foi. Nous voici donc à partager les affres d'un bibliographe, une expérience qui ressemble un peu à la conception du roman d'aventures selon Mac Orlan, l'histoire ne se finit jamais sans quelque amertume...
Pour visiter le blog de George, c'est ici
(Pour cette pénitence, on aura la patience d'en rechercher les raisons dans des billets antérieurs...)
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Une étrange et obsédante manie a commencé à m’envahir au milieu des années 80 : il m’apparut évident qu’il fallait à toute force reconstituer la liste chronologique de l'intégralité des ouvrages publiés dans la collection 10/18 (Union Générale d'Édition) jusqu'à fin 1985, du n°1 (Descartes, Discours de la méthode, suivi des Méditations métaphysiques) au n°1735 (Lewis, Sam Dodswort), la suite n'étant guère difficile à retracer. Au départ ce n’était qu’un jeu d’oisif, c’est juste que ça m’intriguait un peu, ces trous (parfois de vastes gouffres) que j’apercevais dans les listes numériques (ce qui signifiait à l’époque « classées par numéro »…) qui clôturaient la plupart des volumes jusqu’au milieu des années 70. Mais peu à peu, à mesure du rétrécissement de l’inconnu, c’est devenu une véritable obsession.

Un travail de bénédictin forcené, vu l'absence totale de catalogue général de la collection. Des journées entières, dans les années 80, alors que le monde basculait inexorablement vers celui de maintenant, passées dans le lacis discret des travées du troisième étage de Joseph
Gibert, à délicatement arracher, en fin de volumes soigneusement choisis, les précieuses listes indiquant les ouvrages disponibles à la date d'impression ; à hanter les librairies vétustes pour tenter de récupérer d'anciens bons de commande 10/18. Des semaines (au total, sur une quinzaine d'années) à se bousiller les yeux sur les caractères microscopiques de ces fameuses listes, à percer de pesants mystères, à repérer errances, incohérences et revirements dans l'attribution des numéros aux volumes de la collection.

Le Ferdydurke de Gombrowicz, dans sa délicieuse première traduction (signée «Brone », c'est-à-dire l'auteur lui-même aidé d'amis argentins guère plus francophones), avait été réédité en 10/18 sous le n°385-386. Lorsque Christian Bourgois en a demandé une nouvelle traduction à Georges Sédir, les mollets sont devenus des cuisses et l'ouvrage a été réédité sous le n°741.

De même, Les infortunes de la vertu, de Sade, a connu deux éditions dans la collection : l'une, sous le triple numéro 239-240-241, suivie de Historiettes, contes et fabliaux ; puis une édition simple, sous le n°399.

De même pour la correspondance entre Héloïse et Abélard, d'abord parue sous le titre Lettres au n°188-189, puis rééditée (dans une version sans doute complétée) au n°1309 avec inversion de l'ordre des auteurs (Abélard et Héloïse, Correspondance, dans la série "bibliothèque médiévale" dirigée par Paul Zumthor).

Un abrégé du livre de Norbert Wiener, Cybernétique et société, avait été publié dès les débuts de la collection, sous le n°56. Lorsqu'en 1971 Christian Bourgois et Dominique de Roux décidèrent de le rééditer dans son intégralité, il fut annoncé sous le n°547-548. Mais c'est l'essai de François Perroux, Indépendance de la nation, qui reçut ce numéro. Le texte intégral du Wiener parut un peu plus tard, sous le n°569-570.

Le texte de Perec, Lusson et Roubaud, Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go, qui a longtemps figuré au catalogue (bizarrement assorti d'une interdiction à la vente aux mineurs !), n'est en réalité jamais paru dans la collection. Pareil pour L'art magique, de Breton.

En fin de bien des volumes des années soixante, le pamphlet de Mitterrand, Le coup d'État permanent, figure au n°396 du catalogue. C'est en fait un autre roman de Sade, Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, qui est paru sous le n°396-397. Le texte de Mitterrand avait semble-t-il été édité auparavant, sous le n°296. Dans ces listes, une faute de frappe sur un seul chiffre peut conduire le bibliographe minutieux à des abîmes de perplexité.

Mais ceci n'est rien par rapport aux numéros fantômes, aux exaspérants trous dans le suivi de la numérotation.

Au cours de l'année 1969, le n°436 a été escamoté, après la parution des quatre tomes du Traité d'économie marxiste d'Ernest Mandel : aucun titre n’y correspondait*. Ce n'est qu'en 1977 (comme quoi certains, au sein de l'UGE, se souciaient tout de même de la continuité de la numérotation…) que ce numéro a été rajouté sur le volume suivant, Heureux les pacifiques de Raymond Abellio, initialement n°437-438 et ainsi devenu n°436-437-438, mais en réalité 436°°° puisqu'à cette époque, sans doute pour alléger la présentation, le principe de la numérotation multiple avait été abandonné : les volumes parus antérieurement et réimprimés n'étaient alors plus désignés que par leur premier numéro d'origine, suivi d'un nombre d'étoiles correspondant à la quantité de numéros initiaux.

Pendant longtemps, le n°1000 n'a jamais existé. Bien des années plus tard, il a été attribué à la réédition dans la collection du texte de Vernon Sullivan, J'irai cracher sur vos tombes, sous la signature de son véritable auteur.

Le triple numéro 597-598-599 désigne dans quantité de catalogues le recueil du cinéaste Dziga Vertov, Articles, journaux, projets. Mais cet ouvrage, sans doute longtemps ajourné, ayant en fait paru sous le n°705, aucun livre réel ne correspond au triple numéro susdit.

Pour clore cette passionnante aventure, voici la liste des numéros de la collection dont je ne sais toujours pas à quels livres ils sont censés correspondre, ni même si ceux-ci existent :

426-427

466

619 à 621

787

878

952

961

968

1066

1561

1610

1634

1659

1666

1733

1734

(en réalité, il se peut que j’aie déjà réduit les incertitudes concernant ces sept derniers numéros, après le n°1066. Mais cette partie de ma reconstitution du catalogue se trouvant sur le disque dur d'un antique notebouque auquel je n’ai plus touché depuis 2003, et dont la pile d'horloge a apparemment fondu sur la carte-mère, je suis présentement dans l'incapacité d'y accéder…)

Une dernière précision. En 2003, j’ai fait l’effort de me traîner à l’accablant Salon du Livre de Paris. Passant devant le stand des éditions Christian Bourgois, j’y aperçois l’éditeur, seul, plongé dans la lecture du Monde. Ni une, ni deux, je fonce droit sur lui et lui expose en quelques mots mon problème. Il a dû me prendre pour un fou furieux, malgré mon calme apparent, mais il m’a très gentiment expliqué qu’il existait un moyen très simple de le résoudre. Sa secrétaire des années 60 l’avait toujours suivi, malgré les remous éditoriaux, et il se trouve qu’elle conservait depuis le début un exemplaire de chaque volume de cette collection : tous reposaient sagement sur les rayonnages de sa bibliothèque personnelle, rangés par ordre numérique ; il se ferait un plaisir de lui communiquer ma requête, il suffisait que je lui adresse un petit courrier pour le lui rappeler…

Je ne l’ai jamais fait. C’était trop facile, après toutes ces discrètes années de recherche fébrile — d’un coup, j’ai eu la flemme.

Et maintenant, Bourgois n’est plus, et je ne connais même pas le nom de cette secrétaire providentielle.

George Weaver
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* C’est à cette occasion que je me suis aperçu qu’il était extrêmement difficile de prouver l’inexistence d’une chose matérielle, ou seulement d’établir la quasi-impossibilité de son existence.