Toquade

Toquade, s. f. Manie, dada, fantaisie, inclination. Ce mot, généralement usité dans le langage du peuple de Paris, a été introduit dans l'atelier typographique et ne paraît pas y être né.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Interlude interlope

Et puis le Tenancier se retournant sur le travail accompli se dit d'un air décidé, retroussant ses manches, pour donner le change :
« Arrêtons-nous un peu : raisonnons sur notre avance, faisons le compte des amitiés perdues et des mésaventures, des soupirs et des engagements et allons nous coucher pour quelques jours. »
Et le Tenancier s'exécuta car il est fidèle à sa parole.

L'Âme du Bibliophile

Nous avons reçu ceci de SPiRitus :

Cher Tenancier,

Vous savez combien je me plais à fréquenter ces lieux tout entiers dédiés au livre et combien je vous sais gré de les entretenir en parfait jardinier. Aussi vous ne m’en voudrez pas si je me permets un reproche. Car, voyez-vous, après avoir longtemps et attentivement arpenté les chemins nombreux et parfois mystérieux de votre domaine – car votre jardin, n’est-ce pas, est plutôt à l’anglaise – je m’aperçois qu’il y manque un parterre de fleurs rares, fleurs du Japon, pourpre cardinalice, violet-évêque, ou vert-enfer, fleurs de Hollande, et fleurs de Chine, fleurs bleu de France et fleurs de Corée. Il y manque, dis-je, de ces fleurs exotiques, improbables, inconnues du commun, et qui poussent, dans nos contrées, exclusivement sous serre, acclimatées par la folie ou le génie – c’est tout un – d’un amoureux des exemplaires uniques. Mais ces fleurs existent-elles toujours ? Si oui, sans doute un peu fanées, et dans l’herbier de quel amateur voué corps et âme à son étrange passion ? Si non, n’est-il pas de votre devoir d’immédiatement tracer dans ce petit coin de vos terres, ce petit coin là-bas, laissé à l’abandon – dans l’attente de quelle résurrection ? – le carré virtuel où piquer leur souvenir ? Et les curieux qui ne manqueraient pas de s’arrêter, intrigués par le parfum tour à tour subtil et agressif de ces absentes de tout bouquet, y découvriraient, gravé sur un panonceau de bois d’if, le nom de l’excentrique botaniste qui osa, contre la nature, ces exquises et bizarres fleurs de papier : M. Remy de Gourmont.
Vous savez, cher Tenancier, combien j’aime ce fantôme-là, et pour vous inciter à le laisser hanter votre jardin, souffrez que je creuse le premier sillon en vous offrant, non pas l’esprit du botaniste, mais

L’âme du Bibliophile

Il n'est pas toujours facile de pénétrer dans l'âme d'un bibliophile, de démêler les raisons pour lesquelles il convoite un livre, en dédaigne un autre. Le bibliophile est un être fort subtil et beaucoup moins fol que le public ne le croit. Fini, le temps où on pouvait encore se le représenter sous les traits dessinés par La Bruyère, enfermé dans sa tannerie et couvant d'un œil jaloux des livres magnifiquement reliés et qu'il n'ouvrait jamais. Fini de se le figurer comme un maniaque n'ayant d'autre motif à préférer une édition que la faute d'impression qui la dépare. Le bibliophile contemporain doit être un homme de goût, avoir des lettres et savoir se décider autant pour des motifs littéraires que pour des motifs matériels ou de pure curiosité. Il doit suivre la mode, nécessairement, mais avec prudence et ne pas craindre de dédaigner ce qu'elle prône sans raisons valables, de rechercher ce qu'elle néglige. Il doit avoir, ce qui a trop manqué à beaucoup de ses prédécesseurs, l'esprit critique, ne pas moins se connaître en littérature qu'en papiers et en parfaits tirages. Son affaire est de conserver intacts des livres dont le texte offre une valeur certaine, de les conserver avec toute la fraîche apparence qu'ils eurent à leur apparition. C'est de là que vient l'extrême importance qu'ils attachent à leur couverture et vraiment il faudrait être un barbare pour se moquer d'un tel souci, car la couverture est une peau et jamais écorché ne fut très séduisant. C'est grâce aux bibliophiles que l'on saura un jour comment étaient faits nos livres et quelle était leur beauté extérieure, car seuls ils exigent des papiers durables et seuls ils savent les vêtir avec soin. Tous les écrivains doivent aimer les bibliophiles.

(in Le Chat de misère, Paris, Société des Trente, Albert Messein, 1912, p. 67-68)

Toc-toc

Toc-toc, adj. Un peu toqué, hannetonné.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : Mutant Materials in Contemporary Design



Répertorié dans The Book Cover Archive

Tirer

Tirer, v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l'opération nécessitée par l'impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l'imprimeur tire, en effet, le barreau.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice XXII

Quand un client me dit qu’un livre est moins cher chez le voisin, je lui conseille d’aller vite l’acheter là-bas. Néanmoins c’est immanquablement à moi qu’il l’achète. Les gens sont bizarres.

Tirage

Tirage, s. m. Action de tirer, d'imprimer. Les éditeurs donnent souvent le nom de nouvelle édition à ce qui n'est qu'un nouveau tirage, et particulièrement quand l'ouvrage est cliché.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

L'Orbe et la Roue

Votre Tenancier a remarqué que les petites devinettes étaient fort prisées dans nos parages. En voici une simple. On vous demande qui a été le maquettiste des couvertures de cette collection et ce que sont en réalité ce cercle et cette ellipse.
Et si vous étiez bavards, en plus, sur le sujet, nul ne songerait à s’en plaindre.



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Deux jours après :

C’est George Weaver, dans une correspondance un peu contrainte avec le Tenancier — puisque George ne peut intervenir directement sur le blog pour le moment — qui s’est approché le plus de la solution. Il ne fait d’ailleurs aucun doute qu’en attendant un petit peu, on aurait trouvé complètement la solution. George, donc, indique Massin comme étant le créateur de la couverture de cette collection mais bute sur la nature de l’image. S’il semble bien que celle-ci laisse simplement libre cours à l’imagination et à l’interprétation — ce qui prouve à quel point Massin a compris le mécanisme mental qui concoure à la lecture d’un récit de SF — l’image d’origine est nettement plus prosaïque puisqu’il s’agit d’un travail à partir d’une balle de tennis tombant sur le sol et son ombre due à un éclairage transversal. Il amusant de savoir à quel point cette image suscita quelques controverses et quel fut l’étonnement amusé de votre Tenancier lorsqu’il l’apprit.
George dans la foulé a donné un, lien vers un forum débattant sur les déclinaisons de couvertures de la collection, à l’instar d’Aria Cheno qui était sur la même piste. On se dispensera de donner le lien en signe de désaccord. Notre amour du livre ne se satisfait point de la compilation idiote et de la vague décérébration qui y préside, le plaisir passant tout de même et également par celui du contenu. Le Tenancier est désormais pubère, il se satisfait fort de ne point être exhaustif.
Un autre lien cependant fut donné, lien que j’avais abordé par un autre biais et qui nous livre une réflexion d’un amateur du genre et libraire d’histoire, Frédéric Blayo. On se permet d’en reproduire ici l’introduction :

La collection « Présence du Futur » est morte. Et je suis triste. Je me souviens de tous ses volumes, qui ont accompagné ma découverte de la SF, de ses couvertures si reconnaissables, de son air un peu collet monté et élitiste, genre SF intello, sans extraterrestre borgne à trois seins et vaisseaux fumants sur la couverture. Je me souviens que mes parents voyaient d'un bon oeil la collection, alors qu'un Anticipation Fleuve Noir avec une couverture de Brantonne faisait se lever un sourcil courroucé. Je me souviens de « Présence du Futur »...

Le néophyte jettera un œil sur la suite ici.
Ajoutons que le titre de ce billet est un hommage fugace à un auteur de SF : Michel Jeury.
Enfin, le Tenancier remercie ses deux enquêteurs , George et Adria.

Thomas

Thomas. Nom générique sous lequel on désigne, dans quelques imprimeries de province, l'ouvrier typographe et spécialement le pressier. Il existe une pièce de théâtre qui a pour titre Thomas l'Imprimeur.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

T'es nouveau, toi ? Il me semble pourtant t'avoir déjà vu quelque part...


6 septembre 1944

Gallimard est un gros malin. Il ne sera pas arrêté comme Grasset car, lui, jouait habilement sur les deux tableaux. Pas fou, le vieux ! A la Nouvelle Revue Française, deux bureaux se faisaient face : le bureau de Drieu, membre dirigeant du parti Doriot, collabo sincère, directeur de la revue « N.R.F. » pro-nazie, et celui de Jean Paulhan, résistant de la première heure et fondateur, avec Jacques Decour, du journal clandestin antiboche Les Lettres françaises.
Le « percheron qui se pique à la morphine » comme l’appelait Cocteau est un as du double jeu.

Jean Galtier-Boissière : Mon journal depuis la libération (1945)

Têtes de clou

Têtes de clou, s f. pl. Vieux caractère usé, bon à mettre à la fonte.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Deuxième récapitulatif








Tasse

Tasse, s. f. Verre, demi- setier.
Allons prendre une tasse, allons boire un verre.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : Like you'd understand, anyway



Répertorié dans The Book Cover Archive

Taquer

Taquer, v. intr. Frapper avec le marteau sur un morceau de bois nommé taquoir, pour égaliser le niveau des lettres d'une forme en baissant celles qui pourraient remonter.
Par ext. et au fig. Frapper quelques coups légers avec le composteur sur le bord de la casse, quand un compositeur conte une piau. C'est une façon de protester contre ce qu'il dit; c'est un diminutif de roulance.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883