Une historiette de Béatrice XXI

— « Dites-moi, il doit y avoir une erreur : vous affichez 5 € la BD, et celle-ci est marquée 25 €.
— C’est une première édition monsieur. Et vous l’avez prise dans le bac correspondant, et non celui des éditions courantes à 5 €.
— Je vous en prends 2 à 30 €.
— Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe une côte pour ces premières éditions, et mes prix sont bien en-dessous de celle-ci. Mes prix sont fermes.
— Et à 40 les 2 ?
Il est reparti avec un livre de la caisse à 1 €, en comptant bien sa monnaie.
Une heure plus tard, il était de retour :
— « J’ai changé d’avis ».

Taconner

Taconner. v. intr. Hausser une lettre ou un filet en frappant le pied à petits coups de marteau.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Chez l'éditeur


Chez L'éditeur


Histoire arrivée
Personnages :

LOUIS LAZUR, jeune poète légèrement infatué
DUCONNEL, éditeur illettré mais cupide

DUCONNEL — Ah ! vous voilà, mon ami, asseyez-vous, je vous en prie…
LAZUR, s’asseyant ; —
DUCONNEL. — Eh bien, j’ai fait lire votre petit machin. Beaucoup de talent, il paraît. Nous allons faire paraître ça…
LAZUR. — …
DUCONNEL. — Où diable ai-je fourré votre manuscrit ? Ah ! le voilà. La Bru de l’agent voyeur ; c’est bien ça ?
LAZUR, un peu vexé. — Je ne crois pas.
DUCONNEL. — Non, je me trompais. Le voici, le vôtre : Aigles et palombes, sonnets.
LAZUR. — Parfaitement.
DUCONNEL. — Vous me permettez de vous faire une petite observation ?
LAZUR. — Mais comment donc !
DUCONNEL. — Il y a une chose qui me chiffonne dans votre manuscrit, c’est que toutes vos pièces de vers ne sont pas de la même largeur.
LAZUR, un peu effaré. — ???
DUCONNEL. — Mais oui. Toutes sont de la même longueur, mais pas de la même largeur. Ainsi, en voilà une qui tient toute la page, et l’autre à peine la moitié.
LAZUR. — Parbleu : celle-là, ce sont des vers de douze pieds, et celle-ci, de six pieds.
DUCONNEL. — Je ne vous dis pas le contraire, mais je vous assure que ce ne sera pas joli à l’œil… Vous ne pourriez pas arranger ça pour lundi ?
LAZUR, jetant les bras au ciel. — Vous n’y songez pas !
DUCONNEL. — Mettons que je n’ai rien dit. Maintenant pour les conditions. Vous connaissez les conditions de la maison ?
LAZUR, inquiet. — Non.
DUCONNEL. – Eh bien, voici. Vous ferez les frais de l’édition. et puis, si ça se vend un peu, je vous donnerai deux sous par exemplaire.
LAZUR, éperdument estomaqué. — Ah ?
DUCONNEL. — Oui, ce sont les conditions que je fais aux débutants, et ils sont généralement satisfaits.
LAZUR, bien découragé. — Ah ?
DUCONNEL. — Oui… J’oubliais. Il y a dans vos vers quelques expressions que j’aimerais bien vous voir remplacer… Aussi, voici une pièce qui commence par « Les maquereaux… » Ne pourriez-vous pas trouver un autre mot qui signifierait la même chose et qui…
LAZUR. — … aurait le même nombre de pieds.
DUCONNEL. — Parfaitement !
LAZUR, se levant froidement. — Mais cher monsieur, rien de plus facile… On peut mettre « Les éditeurs »…

Alphonse Allais,
in : Le Chat Noir
8 Avril 1895

Tablier (Droit de)

Tablier (Droit de), s. m. Bienvenue payée par les apprentis à leur entrée dans l'atelier. Cette coutume est tombée en désuétude à Paris ; mais elle est encore pratiquée, dit-on, en province, et particulièrement dans le nord de la France.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

De la Correctionnelle au Paradis


Le métier de libraire tel qu’on l’exerce et tel qu’on aime le concevoir s’apparente un peu à celui d’enquêteur. Ainsi, à partir de données fortuites l’on peut reconstituer un fait qui pourrait très bien passer inaperçu. Ce fut le cas lorsque nous découvrîmes cette absence de rabat à l’un des ouvrages de la Bibliothèque Internationale d’Érotologie. Cela nous entraîna à découvrir que cette absence n’est en aucun cas fortuite mais due très vraisemblablement à la sollicitude de la Chambre Correctionnelle de la Seine vers 1963. Un autre aspect qui ne nous avait pas sauté aux yeux de prime abord me fit du reste proférer une sottise. Dans le deuxième billet consacré à cette histoire, je notais que :
« Certains éditeurs – et précisément pour cette collection – se gardaient bien de mettre une illustration de couverture, histoire de ne pas exciter encore plus Anastasie, espérant sans doute ainsi d’échapper à ses coups de ciseaux. »
L’erreur est d’autant plus flagrante que cette collection n’est pas rarissime et qu’on la croise très fréquemment.
Or, presque simultanément, et en réaction à notre petite enquête, Adrià, fidèle lectrice et correspondante de notre blog publiait de son côté un complément à nos billets avec quelques couvertures de la collection. Force nous était de constater que, contrairement à ce que j’avais déclaré, certains volumes comportaient bien une jaquette illustrée, au moins jusqu’à fin 1962. Il fallait alors conclure que la disparition de la liste des ouvrages sur les rabats était concomitante de ce caviardage… Mais cette affirmation peut tout aussi bien être hasardeuse, d'autant que d'autres éléments venaient semer le trouble...
Dans les documents reproduits par Adrià, le rabat du n° 9 comportait également des lacunes pour les titres des numéros 5,6 & 7 de la collection.
Ensuite, son blog reproduisait également un bandeau qui constituait une sorte de « sceau de garanti », pièce assez rare, du reste. La notification de l’interdiction à l’affichage et à la vente aux mineurs y était explicitée…
Ce qui ressort de tout cela est que chaque publication fut l’objet d’un contrôle de la censure et que le simple constat que nous avions eu à propos de cette absence de rabat aurait dû nous entraîner à une exploration complète de tous les titres parus et de dresser un inventaire des changements opérés sur ceux-ci : disparitions des illustrations de couvertures, mastics, massicotages, bandeaux, papillons, etc. Hélas, pour le moment, nous ne connaissons aucune personne possédant une collection complète. Nous ne désespérons pas d’en trouver une pour trouver d’autres traces et d’autres matières à supputations.
En attendant, on peut se poser la question de l’acharnement de Pauvert à publier une telle collection. L’imagerie d’Épinal voudrait sans doute que celui-ci ait publié ces ouvrages par pur militantisme. On pensera surtout au fait que les trois tomes de l’Érotisme au Cinéma avaient atteint un tirage de cent vingt cinq mille exemplaires vers 1964. On se dit que le confort d’un tel tirage ne pouvait que donner envie de faire durer la chose.
On incite le lecteur à vivement se reporter au billet d’Adrià ici.
Pour les autres billets concernant cette histoire c'est ici et .

Tableautier

Tableautier, s. m. Compositeur qui fait spécialement les tableaux, les ouvrages à filets et à chiffres.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pauvre Dinochau !

Le pauvre Dinochau, qui fut, avant Brébant, et après François Ier, le restaurateur des lettres, aurait pu peupler à lui seuil la maison de Clichy, s’il y avait envoyé tous ses débiteurs. Il a mieux aimé aller mourir à l’hôpital, et peut être qu’il fut allé mourir à Clichy même, si Clichy n’avait été fermé.
On vient de procéder, dans l’étude d’un notaire de la rue Saint-Denis, à l’adjudication des créances « paraissant provenir de la faillite Dinochau », le tout montant çà une somme de près de 110,000 francs, divisés entre une multitude de débiteurs dont beaucoup vivent encore, et dont quelques-uns se sont fait une haute position dans la littérature, les arts, voire, après le 4 septembre, dans l’administration. On trouve côte à côte, sur cette liste, des déportés et des sous-préfets.
O l’honnête cœur ! le brave commerçant ! S’en aller tranquillement mourir à l’hôpital, quand on a pour 110,000 francs de notes à toucher ! C’était d’ailleurs, un homme d’ordre que ce Dinochau. Ses comptes sont très-bien tenus. Il ne les présentait pas, ou, s’il les présentait il ne les touchait pas ; mais il les tenait avec soin : c’était toujours une satisfaction.
Il aimait trop les lettres : c’est ce qui l’a tué. La mère Dinochau, qui dirigeait avec lui le cabaret de la rue Bréda, avait voulu que son fils devint un homme instruit. Dinochau fit ses études au collège de Blois. Au sortir de ses classes, il reprit l’établissement maternel, où sa belle humeur, son goût pour la littérature et ses heureuses dispositions à faire crédit ne tardèrent pas à attirer une foule de clients, mangeant bien, buvant sec et soldant la note en poignée de main. Toute la Bohème du temps à défilé dans ce premier étage de la rue Bréda, sanctuaire interdit au vulgum pecus du rez-de-chaussée, que décorait une glace de 18 francs et un portrait-charge du patron, avec cette inscription typique : « Eh bien ! quand la débouche-t-on ? »
On ne payait pas Dinochau, mais on le tutoyait. Ceux qui lui durent et qui lui doivent encore tant de biftecks et de fricandeaux l’ont laissé choir à l’hôpital, mais après l’avoir rendu immortel. Banville et Monselet l’ont chanté. Il a été pendant vingt ans une de ces figures de Paris. On peut mourir après cela.
Pourtant, un jour, Dinochau s’avisa de présenter sa note à Privat d’Anglemont : il choisissait bien son homme ! Il avait été poussé à cette démarche inconsidérée par Murger, qui lui avait fait croire que Privat venait d’hériter d’une tante millionnaire. La note était de 800 francs. Privat crut d’abord que Dinochau voulait plaisanter. Puis il essaya de prendre la chose en folâtrant : il venait de recevoir à la Revue des Deux Mondes un grand travail, qu’on devait lui payer 300 francs la feuille ; il avait conclu la veille, avec un célèbre bottier des boulevards, un marché d’or pour la rédaction de ses prospectus, etc., etc. Mais enfin, poussé à bout par une insistance gênante, il se leva, et, se drapant avec dignité dans son paletot noisette :
« Dinochau, fit-il de sa voix de rogomme, je te croyais un homme distingué, mais tu n’es décidément qu’un pignouf. Je m’en vais, puisqu’on se conduit avec moi d’une façon aussi mercantile, et l’on ne me reverra jamais plus de ma vie ! »
Devant cette menace terrible, Dinochau resta un moment consterné. Puis il se précipita sur Privat d’Anglemont, qui se dirigeait à pas lents vers la porte, et, le saisissant à bras-le-corps, il le supplia de revenir à sa place et de lui pardonner. Privat n’avait pas de fiel : il revint et demanda une entre-côte, avec une bouteille de corton à 3fr.50.
Un an après, la note était de 1,600 francs. Mais Dinochau ne fit plus à Privat l'injure de la lui présenter.

Dinochau, le restaurateur des Lettres, in : « Esquisses et croquis parisiens », par Bernadille (Pseudonyme de Victor Fournel) - 1870

Tableau !

Tableau ! Exclamation par laquelle on exprime la surprise ou la joie maligne que l'on éprouve à la vue d'un accident risible arrivé à un ou à plusieurs de ses confrères.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (38e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site.
Allez donc vous en rendre compte ici.

On n’osait plus y croire, et pourtant cela arriva le 19 février 2012 à 16h57 dans la messagerie électronique du Tenancier. Enfin, Otto envoyait sa liste de 10/18, accompagnée du message suivant :

« Cédant à l'insistance du Tenancier, je me suis également soumis, avec mes modestes moyens, au listage des 10/18 présents dans ma bibliothèque. Où l'on s'aperçoit que l'impétrant ne joue pas forcément dans la même catégorie que nombre des habitués de céans. Cela étant, votre serviteur n'en fait aucun complexe, et même il s'en fout. Il a ses lectures, en voici quelques exemples.
Je reste toutefois très intrigué par l'exemplaire du Démons et merveilles de Lovecraft présenté ici : j'avais une édition bien plus ancienne que je ne retrouve pas mais, en revanche, je ne sais absolument pas d'où sort celle-ci, je n'ai pas le souvenir de l'avoir achetée. Une facétie de Cthulhu ? »

Ce à quoi il ajoutait en aparté au Tenancier :

« J'aurai l'honneur que ça passe dans pas trop longtemps (un peu de favoritisme, quoi...) ? »

Il n’y eut pas de réponse à cette injonction. Mieux le Tenancier se dit in petto qu’Otto attendrait son tour, ce qui serait une leçon à celui qui nous fit attendre. Avec Otto, ce ne serait pas trop tôt de toute façon. Et la raison fut de notre côté puisque nous diffusons ce billet lors du déplacement de l’impétrant — comme il dit — a proximité des nauséabond canaux vénitiens et sûrement vers les plombs qui eux n’ont rien de typographiques. Bien fait. Avouons-le, nous aimons maltraiter Otto. Et nous n’avons d’autre excuse à cette malfaisance que la jouissance que cela nous procure. Et que ceux qui déjugent le Tenancier peuvent demander aux habitués du blog et notamment à ArD ce qu’elle en pense — et ce qu'elle en éprouve.
Place donc, à la liste Otto :

5
Karl Marx
Le manifeste du Parti communiste
(suivi de : La lutte des classes)
Tirage d'octobre 1993
(couverture : Portrait de Karl Marx paru dans la première édition du Capital à la librairie du Progrès, Paris, 1875.

n° 72
Howard Phillips Lovecraft
Démons et merveilles
Tirage de janvier 2007
(couverture : Matthias Grünewald, Démons armés de bâtons du Retable d'Issenheim (détail)

n° 506
Georges Darien
Bas les cœurs !
Tirage du 3e trimestre 1970
(couverture de Pierre Bernard)

n° 583
Howard Phillips Lovecraft
Épouvante et surnaturel en littérature
Tirage du 3e trimestre 1971
(couverture de Pierre Bernard)

n° 675
Maurice Lévy
Lovecraft
Tirage du 1er trimestre 1972
(couverture de Pierre Bernard, doc. Éd. de l'Herne)

n° 1164
André Hardellet
Lourdes, lentes…
Tirage du 3e trimestre 1977
(couverture de Pierre Bernard ; Maillol : "La Côte d'Azur" ; Photo Bulloz)

n° 2019
Fredric Brown
Tuer n'est pas jouer
Tirage de mai 1989
(couverture : Slocombe)

n° 2048
Fredric Brown
Maboul de cristal
Tirage d'octobre 1989
(couverture : Slocombe)

n° 3452
Rupert Morgan
Poulet farci
Tirage de septembre 2002
(couverture : Suzan Werner)

n° 3550
Sarah Waters
Caresser le velours
Tirage d'avril 2005
(couverture : Joseph Granie, The Kiss (détail)

Bien sûr, quand nous écrivons « Liste Otto », c'est par pur esprit facétieux... et aussi parce que nous sentons que la mode est en train de revenir.

Symbole (Avoir, Demander)

Symbole (Avoir, Demander), V. Avoir, demander crédit. Cette expression nous paraît venir de celle-ci: Passer devant la glace. Comme on sait, Passer devant la glace , c'est payer au comptoir, derrière lequel se trouve d'ordinaire une glace. Dans cette glace, on y voit son portrait, son image, son symbole. Avoir symbole, c'est donc, par ellipse, avoir la permission de passer devant cette glace redoutée sans s'arrêter. On peut donner encore une autre étymologie : les pièces de monnaie portent sur une de leurs faces la représentation, le symbole d'un souverain quelconque, ou une autre figure. De là peut-être l'expression. Nous livrons ces conjectures à la sagacité de quelque Du Cange de l'avenir. D'autres proposent une étymologie beaucoup plus simple et peut-être plus naturelle : Symbole est, dans un certain sens, synonyme de Credo, le Symbole des Apôtres. De Credo à Crédit, la distance est courte. Choisissez.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une solution transparente

Ce que c’est beau d’avoir des lecteurs obéissants ! Ainsi, dans le dernier petit jeu que je vous proposais, je demandais aux professionnels de s’abstenir de donner la solution. Ce fut respecté. Mais c’était sans compter sur l’esprit de malice qui les animait et qui procédait par vastes allusions - des sortes, comme aurait pu dire Boutmy. En tout cas, ceux qui avaient un doute quant à la nature des illustrations ne devraient plus en avoir. Reste à dissiper le voile de l’ignorance pour le néophyte.
Les illustrations représentées ici n’existent en réalité pas sous cette forme, ce sont des filigranes que l’on retrouve dans les papiers produits par des moulins. Vous connaissez certes les filigranes qui transparaissent dans les billets de banque. C’est exactement le même principe. Ces filigranes sont en quelque sorte les marques de chaque moulin de papier. Ils servent également à identifier les formats des feuilles. Ainsi, tout bêtement, le format raisin est orné d’un filigrane représentant… une grappe de raisin, bien sûr. On vous a déjà amplement parlé du format de papier et subséquemment de celui des livres. Pour y revenir, cliquez ici.
Reste un petit mystère. Ces marques de filigranes – ainsi que la marque d’éditeur de notre autre petit jeu - ont été prélevées sur un ouvrage américain d’Ersnt Lehner : Symbols, signs & signets, mais pour le cas qui nous occupe ici, nous n’y trouvons que des renseignement sur la localisation et la date, sans plus d’explications. L’un d’entre vous saura-t-il donner plus d'informations, comme le nom du moulin, le format ?

Lübeck (1559)

Naples (1436)

Pays Bas (1578)

Pavie (1453)


Pour être complet sur le sujet, il faudrait ici faire un long développement sur la façon de faire un filigrane. On a préféré s’en sortir lâchement en reportant le lecteur vers un petit site pas très joli mais assez bien fait sur le sujet :
Papetiers,Filigranes et Moulins à papier
On ne se fera pas faute d’en causer un jour, tout de même.

Sorte

Sorte, s. f. Quantité quelconque d'une même espèce de lettres.
Au figuré, Conte, plaisanterie, baliverne.
Conter une sorte, c'est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l'infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut, » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c'est bien, soit; je n'en crois pas un mot. » — « Il paraît qu'il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore: « Le prote va mettre en main l'Histoire de la Chine (1) dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12 .» C'est une scie qu'on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde.
On dit aussi « Le pape est mort! » quand on entend remuer l'argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.
Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s'écrie: « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t'aimait ? » comme s'il reprenait tout à coup un dialogue commencé.
Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n'est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu'ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l'attitude d'un compositeur dans son dur.
« Quand un compositeur n'est pas matineux, dit l'auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C'est l'assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu'on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l'on peut trouver. »
Voici une autre sorte en action dont la victime s'est longtemps souvenue. C'était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s'y égarer et d'acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l'atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales: il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu'un jeune fiancé gagna à cette loterie d'un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l'enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive; notre jeune homme se hâte d'endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous, » s'écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d'yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau; c'en était un véritablement.
On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d'un moment pour s'esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s'assied à sa place en grommelant. L'amoureux typo, s'apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l'emmène à la cuisine, et quelle n'est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose.
L'oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête.
Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu'il ne soit pas possible de voir ce qu'il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s'essaye à jeter une pièce de monnaie; mais il n'atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l'avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis... comment dire ? remplis d'ordure.
Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu'à nos jours.

(1) Cette sorte rappelle un fait véritable : l'immensité des publications chinoises; ainsi, d'après le World, le Sec-Coo-Tswen-Choo ne comprendra pas moins de 160,000 volumes.
C'est une encyclopédie dont le plan fut conçu à l'origine par l'empereur Kien-Long, vers le milieu du XVIIIe Siècle, et dont l'exécution fut confiée par lui, vers 1773, à une commission de savants et d'érudits chargée d'en faire les compilations. Durant le siècle qui s'est écoulé. 78,716 volumes ont été publiés. De ce nombre, 7,353 tomes ont rapport à la théologie ; 2,152 traitent des quatre ouvrages classiques de la Chine et de la musique ; 21,626 sont historiques, et les 47,004 volumes restants traitent de la philosophie et des sciences.
Les souverains qui ont successivement régné sur le Céleste-Empire ont toujours été entourés de littérateurs, de collectionneurs et de lecteurs de livres.
L'empereur actuel possède une bibliothèque de 400,000 volumes et a donné l'ordre de réunir tous les poèmes écrit sous l'une des dynasties, pour être publiés en 200 volumes.
L'épaisseur des ouvrages n'en fait pas le prix: les livres imprimée se vendent très bon marché en Chine. Ainsi, un ouvrage historique en 24 tomes coûte seulement de 0 fr 80 à 4 francs.



Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : Religion Explained



Répertorié dans The Book Cover Archive

Sonnettes

Sonnettes, s. f. pl. Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d'une forme qu'on lève de dessus le marbre. Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu'elles ne restent pas debout comme ces dernières.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Encore un petit jeu...

Encore un petit jeu puisque vous avez l'air d'y prendre goût :
Ici, nous avons la reproduction de quatre illustrations qui avaient une fonction précise, du reste cette pratique perdure encore. Á vous de trouver quelle est la fonction de ces... signes, marques, logos ? Une nouvelle fois, on invite les professionnels à ne pas intervenir, histoire de laisser chercher nos lecteurs...

Singe

Singe, s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n'est plus guère usité aujourd'hui et qui a été remplacé par l'appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.
« Les noms d'ours et de singe n'existent que depuis qu'on a fait la première édition de l'Encyclopédie, et c'est Richelet qui a donné le nom d'ours aux imprimeurs, parce qu'étant un jour dans l'imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l'on tirait, et s'étant approché de trop près de l'imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l'auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l'auteur d'appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d'appeler les compositeurs des singes, (Momoro.) — Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d'hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d'hommes du barreau.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Histoire de rabats (suite)

On a tort, parfois, de ne pas se pencher sur les commentaires de ce blog. Ainsi, grâce à Aurélien nous avons appris dans le billet consacré à la Bibliothèque Internationale d’Érotologie que « Érotologie de la Chine » avait été rédigé en réalité par le sinologue Jacques Pimpaneau. Une intervention de ce cher George Weaver – un des piliers de ce blog – venait aussi confirmer les pas si subtiles traces de censure dont avait été victime cette collection. Reproduisons encore ici la remarque de George :

J'ai sous les yeux les deux volumes ultérieurs de la Bibliothèque Internationale d'Érotologie, parus en 1964 :
— n°13 : Anatole Jakovski, Eros du dimanche (achevé d'imprimer le 17 mai 1964)
— n°14 : Patrick Waldberg, Eros modern'style (7 juin 1964)
Les deuxièmes rabats de ces deux ouvrages sont semblables entre eux mais diffèrent de celui du n°12, présenté ci-dessus : les titres sont désormais remplacés par des astérisques, qui renvoient à une précision au bas du rabat : « * N. B. Les titres en blanc sont le fait de la Censure. »
Je me souviens que dans les catalogues Pauvert de l'époque, la présentation de la collection était similaire.
En outre, dans chacun de ces deux volumes est inséré un papillon qui précise non sans malice, en dessous d'une gravure évoquant une manière d'ex-libris : « La mutilation de cette jaquette — suppression de titres des ouvrages — est due aux injonctions libellées au nom de l'Ordonnance du 23 décembre 1958 sur les "Publications destinées à la Jeunesse"… » (ce n'est évidemment pas moi qui souligne mais l'éditeur).
Enfin, si le premier rabat du n°13 présente une illustration semblable à celles des précédents volumes, sur celui du n°14 l'image est plus petite et on lit en dessous la liste des quinze titres suivants, annoncés pour la période 1964-1966. Licence autorisée par le fait que ces volumes n'existaient pas encore ?

George Weaver

Votre Tenancier s’est déplacé sur les lieux pour prendre de fort mauvais clichés – et il vous prie de bien vouloir l’en excuser - des ouvrages en question, vous les trouverez au bas de ce billet. On notera que les deux volumes présentés ici sont des cartonnages et non des ouvrages brochés. Les deux présentations cohabitaient, revêtues chacune d’une jaquette dont on peut soupçonner aisément qu’elle servait aux deux. Il n’y a donc aucun décalage chronologique qui serait suggéré par cette différence. Ces deux volumes font immédiatement suite à ceux présentés dans le précédent billet puisque « Érotologie de la Chine est le onzième volume de la collection et « L’Érotisme d’en face » le douzième. Ce que nous livre donc George se situe bien dans la continuité d’une contrainte imposée à l’éditeur, à savoir :
— Massicotage du rabat du numéro 11
— Mastics sur la liste du numéro 12
— Disparition des titres dans la liste des numéros ultérieurs
Évidemment, les foudres de la censure ne pouvaient tomber que sur des livres déjà publiés et on état fort aise de mettre les titres d’ouvrages qui n’étaient alors pas parus sur le rabat auquel George fait allusion. Tout cela doit passer au tribunal correctionnel, semble-t-il et doit être jugé sur pièce. On voit ici que le mécanisme de la censure est accepté comme un élément de la pratique éditoriale, jouant sur la présence des noms d’auteurs, sur ce qui peut être exposé ou non… Rappelons que nombre de ces ouvrages étaient interdits à l’exposition au terme du jugement. D’autres jugements plus sévères encore les interdisaient à la vente. Il nous semble d’ailleurs que Le Petit Livre Rouge des Étudiants et Lycéens demeure toujours sous le coup de cette interdiction. Pour en avoir consulté un, par hasard, on se représente assez en quoi ce petit manuel représentait aux yeux du pouvoir de l’époque : la sédition et la liberté, de quoi effrayer, c’est sûr…
Certains éditeurs – et précisément pour cette collection – se gardaient bien de mettre une illustration de couverture, histoire de ne pas exciter encore plus Anastasie, espérant sans doute ainsi d’échapper à ses coups de ciseaux.
A l’exploration de cette collection de chez Pauvert, on reste assez rêveur sur l’innocuité apparente de ces publications. C’est que nous regardons cela avec cinquante ans de recul, cinquante années au cours desquelles le puritanisme ou l’hypocrisie en la matière ont plutôt reculé. C’est ainsi que nombre de publications érotiques figurent sans malaise dans les rayonnages des librairies.
Pourvu que ça dure.

Sibérie

Sibérie, s. f. Se dit de rangs situés à l'extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n'a aucune espèce d'accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l'atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu'à l'initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L'attrape science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas! n'était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d'une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L'un d'eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu'ils furent pris d'une panique soudaine bien justifiée. On venait d'entendre le frôlement d'une robe qui n'était autre que celle de la patronne, laquelle n'entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s'apercevant que l'un deux était couvert, et comme elle tenait au respect: « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l'interpelle. Aussitôt le roi de pique, la dame de coeur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l'atelier.
(Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame... L'enfant promettait!)

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice XX

— « Est-ce que vous rachetez les livres scolaires ?
— S’ils sont anciens, oui.
— Ah oui ils sont anciens, ils ont bien une dizaine d’années !
— C’est-à-dire que ceux que je rachète ont au moins 50 ans…
— 50 ans ? Mais enfin, ils doivent être complètement dépassés !!! »

Services

Services, s. m. pl. Mot usité dans cette formule à peu près invariable du typo en quête de travail : Monsieur, je viens vous offrir mes services pour la casse.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Histoire de rabats

Cet après-midi même, m’adonnant au pointage d’une des nombreuses caisses dans lesquelles je stocke mon fonds, je retombais sur deux ouvrages plutôt agréables et sympathiques et qui faisaient partie de la fameuse « Bibliothèque Internationale d’Érotologie », à savoir L’Érotisme d’en face et Érotologie de la Chine. Vous savez ce que c’est dans ces cas là, on se perd, on se disperse, on ne sait pas quand on se retrouve. Mes goûts me portèrent plus à ce moment aux chinoiseries représentées là plutôt qu’aux manifestations gourmandes montrées ici, quoique l’imagination y fût aussi féconde et aussi troublante ma foi, bien que l’option sexuelle différât. Y’a pas de raisons. La santé et la vigueur sont des bienfaits auxquels nous avons tous droit.
Mais enfin, les réflexes du métier reprirent leurs exigences, et il me fallut bien délaisser le droit du cuissage pour celui de la curiosité professionnelle. C’est ainsi que je remarquais que le second rabat de la jaquette d’Érotologie de la Chine était plus court que le premier rabat. La chose était curieuse, la découpe en semblait régulière et n’était pas le résultat du travail d’un particulier, saisi sans doute par la beauté d’une image, ou sa puissance évocatrice ; la Chine étant une grande nation, dans bien de ses œuvres.
Une vérification s’imposait donc avec l’autre titre. L’avantage de cette collection réside dans une assez grande homogénéité dans la présentation (c’est dedans qu’il arrive que ça se complique). Si le premier rabat correspondait en taille et par le thème de l’illustration, il me fallut constater que le second ne ressemblait pas du tout à l’autre volume. Ici, c’était la liste de la collection qui était, euh… exposée. On comprendra mon hésitation sur le terme puisque les deux tiers des titres étaient caviardés. C’est ainsi que j’eus l’explication de ce rabat raccourci. L’éditeur, peut être pressé par la censure avait sans nul doute jugé plus économique et opportun de massicoter ce bout de jaquette alors que l’autre volume imprimé trois mois après avait pu être corrigé par ces élégants mastics noirs chez l’imprimeur même. On peut donc songer que Jean-Jacques Pauvert eut – mais c’était régulier – la visite du bras séculier de la République pour lui intimer l’ordre de faire disparaître ces titres du catalogue.
Ainsi, une fois de plus, nous avions ici un rappel discret de la censure qui régnait sous le règne de Mongénéral. Jean-Jacques Pauvert, n’est guère disert sur la collection qu’il hébergeait et je n’ai pas trouvé trace de cette péripétie dans son ouvrage, La Traversée du Livre. Pire, sans doute, c’est le mépris affiché par le même envers Lo Duca (le directeur de la collection) dans un chapitre court mais détestable intitulé « L’érotisme des années 60 ».
Reste en tout cas, à travers cette collection, un étrange reflet de l’érotisme comme une pratique confidentielle, interdite à l’affichage et à la publicité, couverte par la chape de plomb de la bienséance qui régnait alors, ambiance qui ne peut être vraiment ressentie désormais que dans quelques pays dictatoriaux et dans la tête de quelques intégristes de tous poils.
Allez, en cadeau, quelques images artistiques…
Érotologie de la Chine
Premier rabat
Second rabat
L'Érotisme d'en face
Premier rabat
Second rabat

(Vignettes tirées de L'Érotologie de la Chine)

Sentinelles

Sentinelles, s. f. pl. Lettres qui tombent d'une forme quand on la lève et qui se tiennent debout sur le martre.
Dans un autre sens, on appelle sentinelle le verre de vin que viendra boire un peu plus tard un compagnon qui ne peut actuellement sortir. Aussitôt que cela sera possible, celui- ci relèvera la sentinelle posée et payée par son camarade.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le "Grand Prix de la littérature d'évasion" - Nice, 1978

J’ai moi-même, à la Foire du Livre de Nice en 1978, créé et présidé un prix littéraire dont le jury, aréopage prestigieux, était composé des farceurs habituels : Robert Sabatier, Hubert Juin, Régine Deforges, Jean-Jacques Brochier, Franz-André Burguet et de l’inhabituel André Still (académicien Goncourt et prix Staline réunis). Ce dernier, je l’avoue, afin d’obtenir son dédouanement du comité central, fut incorporé au jury après la fin des délibérations.
Nous avions constaté que la totalité de l’édition traditionnelle, avec un bel ensemble de prémonition du marasme actuel, du chômage, de la crise de l’énergie, d’un rationnement possible de l’essence, du désespoir des ouvriers (entre autres ceux de Denain ou de Longwy) tentaient d’amener les acheteurs virtuels sur les chemins euphorisants du dépaysement, des explorations et des aventures extraordinaires. Nous ne voguions plus que sur des radeaux à la recherche de « L’île au trésor », nous ne nous déplacions plus que par lévitation avec un Uri Gehler et ne sortions de l’hexagone que pour y rencontrer zombis, gourous, cannibales pygmées et autres jivaros
J’ai donc créé le « Grand Prix de la littérature d’évasion » qui fut décerné par douze voix sur treize à Jacques Mesrine pour son évasion de la prison de la Santé, la treizième voix se portant sur Spaggiari, diplomatique tribut destiné à honorer la ville de Nice dont nous étions les hôtes.
Le lendemain, le journal L’Aurore faisait part de cette manifestation culturelle en écrivant qu’une idée d’aussi mauvais goût ne pouvait venir que d’Éric Losfeld. Cela m’aurait beaucoup chagriné de lire cette phrase dans Le Monde, Le Quotidien ou Le Matin.
Cela dit, je n’ai aucune admiration excessive pour Mesrine : en revanche, l’impuissance et les rodomontades de la police créent chez moi un état d’intense jubilation. Je ne lui accorderai toutefois qu’un pronostic assez pessimiste avec le handicap qu’il a d’être recherché dans un pays qui, par morale, désir de l’ordre, vénalité, connerie, possède un indicateur sur quatre habitants. C’est — hélas pour lui — une statistique officielle.
Personnellement, si, au détour d’une rue, j’entends des cris : « C’est Mesrine ! C’est Mesrine !! » d’emblée, aussi sec, je me planque, non pas pour me préserver de sa trajectoire, mais par crainte de ce qu’on attribue généralement aux enfants, aux vieillards et aux gâteux : LES BAVURES !!

Éric Losfeld : Endetté comme une mule, ou : La passion d’éditer – Belfond, 1979

Scie

Scie, s. f. Mystification; plaisanterie agaçante. N'est pas particulier au langage des typographes.
On appelait autrefois scie, dit Vinçard, ce qui sert à disposer les garnitures.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Solution...

Notre petit jeu a suscité quelques réactions, guère visibles ici puisqu’elles furent publiées sur Facebook où il arrive que votre serviteur mette un lien avec les billets de ce blog. On le regrette, tant le média précité se prête à l’éphémère, ce qui est moins le cas ici, du moins l’espère-t-on.
C’est donc « La cousine », pseudonyme qui recouvre le nom d’une véritable cousine du Tenancier qui a trouvé rapidement à quoi correspondait l’illustration :



Il s’agissait en effet de l’un des nombreuses marques utilisées par Geoffroy Tory.
Je reproduis ici son commentaire :

La cousine :
Geoffroy Tory et Gilles de Gourmont, Paris, 1529.
Livre imprimé sur papier. 2o. Reliure en veau marbré, XVIIIe siècle
Provenance : « ex libris sancti Joannis Carnutensis [Chartes ?] 1709 » ; saisie révolutionnaire ?
Paris, BnF, Réserve des livres rares. Rés. V. 516, f. 43v°-44r°
© BnF
L’aboutissement de la digression sur « l’escripture faicte par Images », commencée aux pages précédentes, est l’explication et la présentation de la « devise et marque » de Tory, le célèbre « Pot cassé ». Apparue en 1523 à la fin de l’épitaphe que l’humaniste consacre à sa petite fille, l’image symbolise d’abord le départ de l’âme enfantine pour le royaume des Cieux. En la prenant comme marque de libraire, Tory donne une signification plus générale aux éléments symboliques : le vase cassé représente la fragilité de l’existence, promise à une fin certaine, le toret qui brise le vase figure le destin (et permet un jeu de mots avec Tory), le livre fermé par trois cadenas signifie le mystère de chaque existence et les fleurs symbolisent les vertus, qui ne restent qu’un temps dans les mémoires, mais que Dieu, sous la forme des rayons de soleil, nous invite malgré tout à pratiquer. Tory convertit l’expression d’une douleur en invention graphique et identitaire. Mêlant une image, des devises et un texte explicatif, la page constitue deux ans avant Alciat l’un des tout premiers emblèmes imprimés français.

La cousine ne s’est pas cassé la tête et a tout de même été pomper sur le site de la BNF, exactement ce que l’on reproche aux élèves un peu flemmards. N’avez-vous point honte, cousine ? On la félicitera tout de même sachant que le livre ancien n’est pas précisément au cœur de son activité.
La notice reproduite explique beaucoup de choses sur la symbolique de cette marque d’éditeur, laquelle renseigne sur le métier de Tory et son histoire personnelle, c'est-à-dire la perte d’un enfant. On ne reviendra pas ici sur l’art et le métier de Geoffroy Tory mais on dirigera le curieux vers cette page :
http://geofroy.tory.free.fr/
laquelle nous semble la plus complète que l’on puisse trouver sur la toile (*).
Si la marque d’éditeur semble se calquer sur l’héraldique en vigueur en ces siècles, il ne faut pour autant pas la relier systématiquement à cette pratique. Sans donner de précision chronologique, un Adrian Frutiger – dans L’Homme et ses signes – atteste que la marque d’un commerçant ou d’un artisan remonte à une époque très ancienne, pratique du reste attestée dans les fouilles archéologique sur certains sites préhistoriques. On sait que la pratique de la marque d’éditeur s’est perpétuée jusqu’à nos jours. On retrouve, par exemple, le dauphin des éditions Robert Laffont encore, ça et là, dans des ouvrages relativement récents. La marque a été progressivement remplacée par le logo chez la plupart des éditeurs contemporains…
On vous soumettra de temps en temps quelques jolies marques anciennes.

p.s. : On incite très vivement le lecteur à se reporter aux commentaires du billet précédent qui initiait le jeu et plus précisément à celui - très pénétré, si je puis dire - du dénommé Michel Onfreud...
____________________

(*) - Merci à Fabrice Picandet du blog e-gide pour avoir suggéré ce lien

Sarrasiner

Sarrasiner, v. intr. Faire le sarrasin.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Petit jeu


Le Tenancier ne se fait pas d'illusions et sait bien que les connaisseurs auront reconnu l'origine et la fonction de la gravure ci-dessus. Que ceux-ci prennent le temps de donner une explication un peu conséquente, alors, elle sera reproduite ci-dessous. Bien entendu, nous attendons une définition générale et également une identification précise...
Que les autres prennent la peine de gamberger.
(Tout compte fait, nous allons consacrer un billet à la réponse...)

Sarrasinage

Sarrasinage, s. m. Action de sarrasiner.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (37e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Cinquième livraison, de Fabrice Lefaix, qui anime le blog Au temps de l'Œil Cacodylate. Il semble que celui-ci ait pris le parti de dévaliser l'intégralité de sa bibliothèque pour notre plaisir.
On a récupéré les numéros sur le nom de fichiers des couvertures. Certains manquent, à vous de compléter. Un autre billet est à suivre, de ce même Fabrice, dans quelques temps.


Jack London : Histoires des siècles futurs
n° 863

Enrique Vila-Matas : Étrange façon de vivre
n° 3539

Enrique Vila-Matas : Le voyage vertical
n° 3710

Enrique Vila-Matas : Le mal de Montano
n° 3807

Jean Monod : Les barjots
n° 579/580/581

Vladimir Nabokov : La transparence des choses
n° 1454

Jean-Michel Palmier : Sur Marcuse
n° 420

Jean-Michel Palmier : Wilhelm Reich
n° 460

Marcelin Pleynet : Transculture
n° 1335

Poèmes d'amour des XIIe et XIIIe siècles
n° 1581

On continue ici d'accueillir vos billets sur le sujet. Ne manquez cependant pas de donner le plus de précisions possibles sur les ouvrages, comme dans le billet précédent, de Grégory Haleux (Nos 10/18 - 36e partie)