Vous aussi, à votre manière, emmerdez Berlusconi !

Ordinairement, le Tenancier ne pétitionne pas. Il ne voit pas pourquoi il faciliterait le travail de la police politique française dans ses entreprises de recensement.
Il a cependant fait une exception pour soutenir Lady Long Solo, librairie installée au 38, rue Keller dans le 11e arrondissement de Paris. Comme par ce qui est devenu une habitude en France, cette librairie se voit menacée de disparition sous l’effet d’une hausse brutale du loyer par le fait du nouveau propriétaire de l’immeuble (qui semble être la Fininvest, société berlusconnienne).
On vous laisse le soin d’en savoir plus sur le site même de la librairie :
http://ladylongsolo.com
Comme quoi on peut s’apercevoir que le Tenancier à parfois quelques sympathies pour certains libraires de neuf… Et puis avec un nom pareil, le Tenancier ne pouvait qu'être attentif.

Renauder

Renauder, v. intr. Murmurer, grommeler d'un air de mauvaise humeur ; souvent synonyme de Gourgousser.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où le Tenancier rigole tout seul dans son coin
(et se dit qu'à force, il devrait consulter, à ce sujet)

Lu il y a peu un ex libraire de neuf converti brillamment à l’écriture expliquant que le premier volume de sa série allait être publié en version poche alors que le deuxième volume n’allait pas non plus tarder à paraître en broché
Ce n’est pas la première fois que j’entends – ou que je lis – ce type d’appellation pour ce que l’on appelait auparavant une édition courante (appellation moins honteuse, je trouve), à savoir un format normal, in-12 ou in-8°, du genre des volumes de la Collection Blanche de chez Gallimard. Désormais, l’on dit broché pour ce type de publication, alors que, remarquons-le bien au passage, un ouvrage au format poche est à l’ordinaire tout aussi broché. Mais alors que dit-on pour un ouvrage broché au format courant ? Je veux dire, réellement broché – ne nous embrouillons pas sur le fait que la plupart de la production a désormais un dos collé. Je crois que l’on appelle ça une « couverture souple ». Ce n’est d’ailleurs qu’un détail car, quand ça ne l’est pas c’est à leurs yeux un livre relié, alors que le neuf est à quatre-vingt-dix-neuf pour cent revêtu d'un cartonnage et non d'une reliure, dans ce cas. On connaît aussi la fameuse confusion qui existe entre les tranches et les dos des livres. Beaucoup de libraires de neuf en sont adeptes. Pour revenir au format, on conclura que celui-ci se décline artistement en trois catégories dans l’esprit de cette vaillante corporation :
Le poche
Le broché
Le beau livre
(Il y a aussi le format BD, certes, et l’on peut inférer qu’une merdouille de quarante quatre pages cartonnée et extrêmement normative quant à son contenu, constitue le format d’une certaine médiocrité, en effet.) (*)
Le reste n’existe que peu et doit être assez malcommode à caser dans le carton de retour de l’éditeur.
Autant je puis pardonner au libraire défroqué là-haut parce qu’il nous réjouit avec ses écrits, autant je me permets de rigoler un brin lorsque j’entends ces fameux libraires de neuf prétendre que rien ne saurait se substituer au plaisir de tenir un livre en papier dans les mains alors qu’une tapée de ceux-là ne sait même pas ce que c’est.
Je me dis pour conclure qu’il y a certaines disparitions sur lesquelles je ne pleurerai pas.

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(*) Voir mon explication sur le sujet de la BD dans le sixième commentaire à la suite de ce billet.

Réglette

Réglette, s. f. Petite lame de bois ou de métal, mince et plate, de la hauteur des cadrats, et qui sert à justifier les pages en longueur.
Arroser la réglette. Lorsqu'un paquetier passe metteur en pages, il manquerait à tous ses devoirs s'il ne régalait son équipe ; celle-ci, à son tour, fait une reconnaissance, c'est-à-dire paye la moitié (à revenir) de ce qu'a payé le nouveau metteur.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le temps et le silence - II

Le fait nouveau est que cette guerre contre les désordres du vice impuni (il ne le restera plus longtemps, qu’on se le dise), au nom de l’épanouissement et de la rentabilité psychologique aussi bien que marchande, est menée par une armée de niais rutilant de stupidité et de féroce ambition. Ce sont les imbéciles dont parlait Bernanos. On les reconnaît infailliblement à leur absence de goût, à leur incapacité à user avec tact et justesse du pouvoir dont ils disposent désormais. C’est l’aspect comique de la situation, car il y en a encore un : le pouvoir médiatique n’a rien dans les mains, la substance qu’il prétend transmettre est nulle. Parler de « transmission » est d’ailleurs superflu, cela impliquerait qu’il y a encore, au fond de cette rutilante stupidité, un rapport au passé, une relation à la bibliothèque, un certain savoir des formes antérieures qui poursuivent leur travail quotidien. Or rien de tel n’est constatable. Peu importe notre produit, se disent ces nouveaux imbéciles, l’important est qu’on soit là, aux commandes et que les issues soient bien surveillées. Surtout ne pas laisser entrer un humanoïde compétent par mégarde, car il faut gérer ces détestables problèmes que sont l’attention à ce que l’on écrit, l’exercice du jugement esthétique, le temps nécessaire à la lecture, tellement exaspérant : enfin bref, le travail.

Michel Crépu : Ce vice encore impuni - 2006

Registre (Faire le)

Registre (Faire le), v. C'est, en imprimant la retiration, faire tomber exactement les pages l'une sur l'autre.
Au figuré, c'est verser le contenu d'une bouteille de façon que chacun ait exactement sa part.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice XVII

- « Mais il a un défaut ce livre ! Je vais devoir couper les pages pour le lire moi ! Vous me faites un prix ? »

Réclame

Réclame, s. f. Mot qui se mettait autrefois à la fin d'une feuille, dans la ligne de pied, et qui se répétait au commencement de la feuille suivante.
Vérifier la réclame, c'est s'assurer que la fin d'une feuille concorde bien avec le commencement de celle qui suit immédiatement.
Au figuré, Ce qui reste dans une bouteille après que chacun a eu sa part : Ne t'en va pas, il y a la réclame, c'est-à-dire : il en reste encore un peu pour chacun de nous.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le discours de la méthode pour les cons

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Jacques Sternberg
in : Mépris - n° 1 - 1973

Rangs

Rangs, s m. pl. Tréteaux sur lesquels les casses sont placées. Un rang est disposé pour deux compositeurs.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le temps et le silence - I

La « société spectaculaire marchande » n’a de complaisance que pour les marchandises susceptibles de circuler à grande vitesse et donc de laisser sur leur passage la plus grande quantité possible de plus-value. Il en va bien entendu de la sorte pour les marchandises culturelle qui, même si elles sont hors de sens et sans contenu, n’ont d’autre fonction que d’alimenter, de manière ininterrompue les circuits de l’échange et, le temps de leur passage, de faire illusion. On ne leur en demande pas plus.

Alain Nadaud : Malaise dans la littérature, 1992

Ranger

Ranger, v. a. Mettre en pâte. Ce mot est employé ironiquement et par antiphrase. Lorsqu'un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s'écrier, en appuyant sur le dernier mot: Ce n'est rien ; c'est la conscience qui Range !

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Raboter

Raboter, v. a. Chiper, en général.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (35e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez vous en rendre compte ici.

Quatrième livraison, de Fabrice Lefaix, qui anime le blog Au temps de l'Œil Cacodylate. Il y en a encore en attente de sa part.
Ici encore, c'est un envoi réduit à sa plus simple expression étant donné qu'il ne comporte aucune indication de publication. A vous de compléter, si cela vous amuse...

Cause Commune 1976/1 : Les Imaginaires
n° 1063

Marc Jimenez : Adorno : art, idéologie et théorie de l'art
n° 759

Ernst Jünger : Le problème d'Aladin
n° 1909

Nikos Kavvadias : Le quart
n° 2492

Imre Kertész : Être sans destin
n° 3589

Gilbert Lascault : Figurées, défigurées. petit vocabulaire de la féminité représentée
n° 1171

Gilbert Lascault : Écrits timides sur le visible
n° 1306

Marc Le Bot : Figures de l'art contemporain
n° 1125

Gustave Le Rouge : La princesse des airs - 1 & 2
n° 1075 & 1076

Gustave Le Rouge : Le prisonnier de la planète Mars
n° 1077

Vous pouvez toujours envoyer vos couverture, bien sûr, mais il faut que vous sachiez que cela prendra un peu de temps et qu'il faut prendre bien soin d'envoyer vos images à un format correct accompagné d'un maximum de renseignements bibliographiques (achevé d'imprimé, traducteur éventuel, nombre de pages, etc. Plus il y en a, plus c'est amusant.)

Que t'ès

Que t'ès. Riposte saugrenue que les compositeurs se renvoient à tour de rôle, quand l'un d'eux, en lisant ou en discourant, se sert d'un qualificatif prêtant au ridicule. Donnons un exemple pour nous faire mieux comprendre. Supposons que quelqu'un dans l'atelier lise cette phrase: « Sur la plage nous rencontrâmes un sauvage... » un plaisant interrompt et s'écrie : Que t'ès ! (sauvage que tu es !). C'est une scie assez peu spirituelle, qui se répète encore dans les galeries de composition plusieurs fois par jour.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Londres 1940


Transmis par Eva Truffaut

Quantès ?

Quantès ? Corruption de Quand est-ce ? Lorsqu'un compositeur est nouvellement admis dans un atelier, on lui rappelle par cette interrogation qu'il doit payer son article 4 ; c'est pourquoi Payer son quantès est devenu synonyme de payer son article 4. Cette locution est usitée dans d'autres professions.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où on la coupe au Tenancier - Où celui-ci est fumace - Où il finit par une sentence.

Le bruit court — mais est-il avéré ? — que Corti envisagerait de ne plus éditer de livres non coupés à l’avenir. Quant j’écris « non coupé », lisez par là que nombres d’ouvrages mis en vente par cet éditeur partageaient encore cette rare qualité avec quelques autres de ne pas être massicotés aux tranches. On pourrait croire que ce ne sont qu'afféteries snobinardes. On pense au contraire, de ce côté du clavier, que ces feuillets non coupés témoignent de la lointaine histoire du livre, au même titre que la valeur du point typographique ou les proportions des marges, par exemple. Que d’autres éditeurs aient opté depuis longtemps pour une tranche mécaniquement découpée n’infère pas que ces derniers aient raison. Pas plus qu’ils aient tort, d’ailleurs. Les pratiques évoluent et nous nous contentions de ces quelques éditeurs qui nous conviaient à cette joie du dépucelage des pages gracquiennes ou de celles de la Petite Collection Romantique, pour rester chez Corti.
Navré, l’on s’apprêtait à augurer ce renoncement comme un possible diktat de la machine, lubie probable d’un brocheur, raison obscure et, du reste, dont on se serait aperçu bien après coup tant la frénésie des nouveautés nous est désormais si lointaine. Ce serait alors sans compter sur la farce qui s’est montrée ici plutôt généreuse dans le ridicule et la sottise.
Des nouvelles ici et là nous sont parvenues, informations que l’on voudrait bien que l’on nous vérifie, selon lesquelles l’éditeur renonçait à cette pratique pour la bonne raison que nombre de libraires de neuf renvoyaient les ouvrages, au prétexte qu’ils étaient défectueux.
Oui, vous avez bien lu, désormais, pour une certaine quantité de libraires de neuf, un livre non coupé serait forcément défectueux. Dans cette hypothèse — et restons-y pour le bien de notre fiel — il faut bien admettre que si Corti prend une telle décision, c’est que le phénomène n’est pas isolé et touche une quantité suffisante de livres pour que l’éditeur s’en inquiète et envisage de revoir l'élaboration matérielle de ses futurs ouvrages alors que, dans la production des livres contemporains, Corti se distinguait précisément par cette aimable coquetterie… Inutile de me répandre ici sur les raisons historiques du livre non coupé. Que l’ignare passe son chemin, que celui qui veut savoir trouve quelques bribes dans ce blog et surtout chez d’autres plus fournis encore. Car les moyens de connaître et de savoir manquent encore moins qu’avant !
Cela fait surgir tout de même quelques questions sur le métier actuel de la librairie de neuf :
Votre serviteur, par exemple n’a jamais eu de formation spécifique au livre, il a appris sur le tas. Il a pourtant assimilé très vite certaines particularités de son métier et de ce qu’il vendait. L’apprentissage est fait pour cela. D’où sortent donc les trous de balle responsables de ces retours ???
Sachant que, responsable des retours où même simple vendeur, vous avez peu de chance de rater un livre de chez Corti car, la production étant modeste en quantité, il est tout de même curieux que vous échappiez à un Gracq qui, je le rappelle encore, est non coupé… Dans quel bouclard travaillent ces gens qu’ils n’aient jamais vu un tel ouvrage de leur vie ?
Que le mouvement soit si général et pousse un éditeur à réviser sa position sur les ouvrages non coupés me laisse à penser que la librairie de neuf a perdu totalement le sens de son histoire. Qui forme ces gens ? Quelle est la qualité de cet enseignement ? Qu’ont-ils retenu ? Comment sont-ils recrutés ?
La libraire française est-elle devenue une telle infâme pétaudière que le plus petit commun dénominateur dicte la loi de l’oubli envers ses clients en imposant des normes de nivellement aux éditeurs ? Le rôle de passeur du libraire de neuf n’est-il devenu que celui de l’information et non de l’émotion du livre ? A quoi va-t-on passer, après ? A des normes afnor pour les formats, pour perdre moins de places dans les caisses ?
Vous voulez que je vous dise ?
Je ne pensais pas vivre cela : savoir que Corti renoncerait à ses livres non coupés. Je m’attendais à tout, même à lire un petit connard se proclamant libraire déclarer que « les classiques lui tombaient des mains » ; ça, j’arrive à le vivre. Je pensais même voir un certain type de livres disparaître plus tôt et j’ai été étonné d'une si lente agonie. Je pensais voir de drôles de choses, mais ce petit fait m’est arrivé direct comme un shuto bien sec sur la nuque, un petit message très évident et très clair :
Pas besoin du numérique pour tuer le livre.
Le con s’en charge.

Prote

Prote, s. m. Chef d'une imprimerie.
Prote à manchettes. C'est le véritable prote; il ne travaille pas manuellement; son autorité est incontestée. Il représente le patron vis-à-vis des clients tout aussi bien que vis-à-vis des ouvriers.
Prote à tablier, Ouvrier qui, en prenant les fonctions de prote, ne cesse pas pour cela de travailler manuellement.
Prote aux gosses, le plus grand des apprentis.
Prote aux machines, Conducteur qui a la haute main sur les autres conducteurs d'un même atelier.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883