Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie

Lu dernièrement sur le blog d’une personne déclarant faire le métier de libraire, paraît-il, et qui répondait à un questionnaire :

5) Cite ton auteur préféré et l'auteur que tu ne liras jamais?
[…]
Beaucoup de classiques me tombent des mains. Il m'est par exemple très difficile de lire Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie. Mais pour chacun, je sais qu'il me faudra en lire au moins un.
[…]

J'ai isolé cette somptueuse réponse en vous épargnant le reste car je suis d’humeur charitable, ce soir. Je ne citerai pas la source, je ne suis pas un cafard, en vous certifiant toutefois qu’elle est réelle. On saluera la détermination de ce confrère qui, un jour, se prendra en main, c’est sûr. On le félicitera également pour son honnêteté et euh... sa fraîcheur.
Après, si vous voulez mon avis sur le futur de la librairie, hein…

Postiche

Postiche, s. f. Plaisanterie en paroles ou en actions, bonne ou mauvaise.
Faire des postiches à quelqu'un, Lui faire, lui dire des plaisanteries. Quelquefois Faire une postiche, c'est chercher noise, attraper, faire des reproches.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Japonaiseries

Pour le charme des yeux, voici quelques monogrammes composés par le typographe George Auriol (1863 - 1938), tirés de l'Almanach d'Estienne de 1951.


Puisque ce blog est sous des regards attentifs et exigeants, on remet ces mêmes monogrammes avec les noms de leurs propriétaires. Merci à Mouton à Lunettes, lectrice de ce blog de nous éclairer de cette manière, en typo Auriol.

Poser un ours

Poser un ours. V. Ours.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où, à son tour, le Tenancier accuse les éditions Gallimard

Le Tenancier s’indigne de la forfaiture d’Ernest Hemingway et de la complicité des éditions Gallimard et du coup le Tenancier accuse ! C’est par l’entremise d’André Malraux qu’un jeune écrivain français transmit un manuscrit à l’auteur américain à la fin des années 40. Il n’entendit plus jamais parler de son texte. Pire, il fut refusé par toutes les maisons d’édition et nous savons fort bien que Gaston Gallimard fût à l’origine de l’omerta autour de ce chef-d’œuvre et pire, du refus du manuscrit de la part de tous les éditeurs parisiens ! L’auteur, frustré abandonna une carrière prometteuse dans la littérature et dût s’orienter vers la critique artistique et l’histoire de l’art. Ainsi, un complot ourdi par des gens de lettres français au profit d’un écrivain américain en quête d’un second souffle avait privé la France d’un auteur de tout premier plan au nom d'obscures raisons financières. Notre victime ne put jamais se faire entendre de la spoliation dont il avait été victime.
L’auteur, c’était Gaëtan Picon.
Son roman ?
C’était Le Vieil Homme et l’amer !


(Je sais, c’est pitoyable, mais ça me faire rire).

Porte-pages

Porte-pages, s. m. Papier plié en plusieurs doubles, que l'on place sous les pages ou les paquets simplement liés, pour les transporter sans accident.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où le Tenancier se fait plaisir avec des trucs qui ne font pas plaisir — Où le Tenancier s'interroge — Où le même finit par un adage

Ceux qui fréquentent ce blog savent combien il est peu destiné à s’occuper de critique littéraire. Il y a assez de monde comme cela pour s’intituler critique ou connaisseur de la chose sans qu’il y ait besoin d’en rajouter comme cela — Cela ne m’intéresse pas, je n’aime pas être ridicule. Il faut toutefois le rappeler de temps en temps : ce qui nous intéresse ici est le livre, enfin une certaine conception du livre, assez informelle, ma foi. Ce n’est pas une raison pour déroger parfois à cela lorsque quelques évidences nous sautent aux yeux ou bien lorsqu’une imprudence est formulée avec la candeur dont sont capables parfois les cuistres qui sévissent sur la toile. Me voici a défendre ci-dessous une personne avec laquelle je n’ai aucune affinité tant littéraire qu’idéologique, à justifier les choix d’un éditeur pour lequel je n’ai aucune ambition de faire plaisir, ne le considérant d’ailleurs pas comme un ennemi non plus. Me voici donc à jouer l’avocat du diable et pas simplement parce que le paradis que l’on veut me vendre me semble frelaté.
Vous avez donc pris connaissance ici d’un billet précédent qui doutait de la sincérité d’un éditeur à propos de la réédition pour son propre compte d’un ouvrage dont les droits étaient détenus par un autre. Cette histoire entre François Bon et les éditions Gallimard ont fait le tour de la toile, à propos du Vieil Homme et la mer. Si vous avez fait le tour, vous conviendrez peut être qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur ces questions. Cependant un autre aspect de la polémique s’est fait jour très rapidement : la traduction vendue par Gallimard serait mauvaise, celle de François Bon serait meilleure et partant devrait absolument remplacer celle, obsolète, de Jean Dutourd. Dans l’esprit des thuriféraires de Bon, il semble même que Gallimard devrait être contraint d’accepter sans ciller le travail de Bon, celle-ci n’ayant aucunement besoin de révision. Par ailleurs, la traduction vieillie de Dutourd ne serait pas à la hauteur de l’oeuvre de Hemingway quoique, au dire d’autres, Le Vieil Homme et la mer ne vaut guère tripette, tout ceci étant surestimé, sans doute par la malice des éditions Gallimard, pourquoi pas… En attendant que tout se beau monde s’accorde là-dessus, rapportons que Dutourd fut directeur littéraire – il avait trente-deux ans – à l’époque de la parution du livre. Certes, cela ne donne guère de gages pour la qualité de la traduction. On aura tout de même quelques doutes favorables quant à la pérennité de son travail si l’on songe que ses petits camarades de jeu s’appelaient Dominique Aury, Jean Paulhan, Maurice-Edgar Coindreau et bien d’autres encore. Il va sans dire que, admettant qu’il ait pu rendre un travail médiocre auprès de l’éditeur, quelques corrections auraient été apportées à ce travail, sachant par ailleurs que la direction de la Collection Du Monde Entier chez Gallimard était collégiale, si l’on peut dire. Ainsi, critiquant Jean Dutourd au travers de cette traduction, il se pourrait fort bien que ce soit le triumvirat cité plus haut que l’on met en cause. C’est que la chose n’est point si aisée, pas tant qu’on voudrait nous le faire croire. Un travail de traduction n’est pas qu’un labeur solitaire – surtout à la maison Gallimard dans les années 50 – le travail de relecture existe, les correcteurs également, une traduction ne passe pas automatiquement de la copie à l’imprimeur. Qui a relu François Bon ? Dutourd, lui, a sûrement trouvé Coindreau ou Aury sur son chemin. Nous n’avons aucune preuve de ce que nous avançons ici de ce côté du clavier, mais ce serait une erreur de porter crédit à la fable du créateur solitaire dès qu’il s’agit d’éditer un ouvrage qui était programmé pour devenir un best seller, ambition avouée par Hemingway, tout comme cela fut le cas pour Steinbeck avec La perle. Il s’agissait donc de ne pas se rater devant un succès annoncé. En vérité on peut même se poser la question de la réelle paternité de la traduction de ce livre. Mais si l’on veut faire le pari d’une forfaiture complète et non d’une assistance plus qu’amicale on se retrouve de nouveau devant l’ombre du traducteur de Faulkner, Steinbeck, Capote, etc. Qui veut prendre le risque d’affirmer la supériorité d’un François Bon face à ce que nous subodorons comme une entreprise multiple et plutôt talentueuse ? Nous émettons donc de sérieux doute sur les jugements catégoriques qui voueraient la traduction de Dutourd à un oubli définitif.
Certes, cette traduction a vieilli. Sans doute aussi parce que le style d’Hemingway dans sa langue originale a pu vieillir également au même rythme. Le problème peut se poser d’une façon plus cruciale pour d’autres œuvres, tel Capitaine des Sables d’Amado dont la traduction argotique française est devenue quasiment illisible. Mais l’argot de la langue originale n’a-t-il pas vieilli de son côté ? Que doit-on faire ? Laisser filer lentement l’œuvre dans l’obsolescence, opérer sur le texte d’une manière chirurgicale, tout revoir de fond en comble ? Au dire de certains autres lecteurs, il faudrait d’emblée écarter la traduction de Bon, pas si excitante que cela. Il en est donc qui ont lu cette traduction. C’est inespéré, étant donné que Publie.net avait déclaré n’en n’avoir vendu qu’une vingtaine. Il serait donc de la responsabilité de l’éditeur d’en proposer une autre. Il se trouve que – et c’est chose vérifiable en mettant le nez dans son catalogue – Gallimard propose de nouvelles traductions, souvent en rapport avec les suites d’une édition en Pléiade, souvent au format poche. On peut sans doute, au jour de cette affaire, augurer d’une nouvelle traduction par un véritable professionnel. Cela existe encore, semble-t-il. Encore une fois, on peut faire l’économie de Bon qui, dans cette affaire ne semble pas – malgré ce qu’il peut en dire – avoir agit par des motifs purement éditoriaux. En effet, il nous apparaît ici que nous avons affaire à une sorte de coup de pub et non de l’exploitation raisonnée d’une œuvre dont on doute qu’elle pourrait contribuer à la subsistance de cet éditeur puisque tant de livres se trouvent d’occasion à un prix dérisoire (0,90 €) sur des sites de vente en ligne et certainement à moins cher ici et là. Le lecteur lambda se moque souvent de l’identité du traducteur et ces révisions, même lorsqu’elles sont nécessaires, ne touchent qu’un public assez restreint, en général (on songe ici à l'exemple de Sous le volcan, de Lowry). A partir de là, seule l’emporte la raison économique, à moins de viser une clientèle captive. La raison sentimentale de cette traduction, évoquée publiquement par François Bon est digne de la Veillée des chaumières, on s’abstiendra par charité d’en commenter la substance plus avant. Par ailleurs, on n’a pas connaissance des talents professionnels de celui-ci dans le domaine de la traduction qui, à nos yeux n’est pas qu’une occupation de dilettante. Suggérons-lui — parce que nous connaissons la qualité de son travail et en avons bénéficié — quelqu’un comme Didier Pemerle, par exemple. Mais il a le choix par ailleurs, un choix très vaste. Il suffit d’y mettre le prix, élément qui différencie le bricoleur du professionnel.
Cela dit, nous attendons vivement une lecture comparative par des traducteurs, cela ferait sans doute avancer le débat.
Mais cette « responsabilité » de Gallimard est-elle réelle, doit-on se préoccuper tant que cela d’une nouvelle traduction ? Peut-être est il préférable de laisser vieillir cet ouvrage tranquillement… et que tout le monde s’occupe enfin de littérature.
Ce ne serait pas trop tôt.

Encore quelques remarques :
— Reprochant à Gallimard de diffuser une traduction obsolète, certains réclament même de la remplacer immédiatement par une autre — de préférence celle de leur champion. C’est confondre ici le métier d’éditeur avec celui de service public et être singulièrement déconnecté de certaines réalités…
— On a également reproché à Dutourd la nature de ses opinions, comme si cela avait une influence sur la qualité de son travail, inférant sans doute que l’on ne fait jamais meilleure littérature qu’en étant de gauche. On en rit encore. On l’a traité ici même de « vieux mondain ». A ce compte-là, j’aurais bien aimé faire partie de cette exquise mondanité qui le contraint à rencontrer Bachelard, peu avant son entrée chez Gallimard. Certes, Dutourd était devenu le vieux con que l’on sait. Pour autant, et heureusement pour nous tous, on voit mal comment un tel jugement peut être fait sur ce qu’il était devenu et non ce qu’il fit à l’époque. A ce compte, ce serait juger le Rochefort communard à l’aune du boulangiste qu'il devint, dans un registre plus extrême… C'est sans doute la vérification de l'adage qui dit que « lorsque l'on veut, on peut » !
____________________

C'est arrivé plus vite qu'on l'espérait : merci à Grégory Haleux, de Cynthia 3000
de s'être livré au petit jeu des comparaisons en ouverture des commentaires.

Pomper

Pomper, v. intr. Travailler avec une grande ardeur. Ce n'est pourtant pas la même chose qu'être dans son dur ; c'est surtout travailler vite et pour peu de temps.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : The Fall



Répertorié dans The Book Cover Archive

Pompe (Avoir de la)

Pompe (Avoir de la), V. Avoir du travail en quantité suffisante.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Motif de fierté

Nous venons de dépasser les 100 000 pages consultées sur ce blog.


Champagne !

Pomaquer

Pomaquer, v. intr. Se faire prendre, se faire pincer. Mot à peu près tombé en désuétude.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où l'on s'amuse d'une pétition

Les caractères optimistes trouvent toujours matière à se distraire en contemplant l’indignation d’autrui et encore plus si elle véhémente. Ainsi donc, un éditeur virtuel - François Bon – se voit menacer de poursuites par Gallimard au sujet d’une traduction du Vieil homme et la mer que ce Bon aurait livré au public sans l’assentiment du propriétaire des droits du vieil Hem’ (comme l’appelait affectueusement Bukowski). Les thuriféraires de François Bon ont décidé de lancer une pétition.
Nous en rions d'aise.
Et puis, à vrai dire, rien ne nous consterne dans cette annonce :
— Un véritable éditeur sait sur quelle période courent les droits d’un livre qu’il vise. Au besoin, il se renseigne à ce sujet. On en en conclut ici que François Bon est simplement un baltringue dans le métier, car on peut penser que même un simple metteur à part dans une maison d’édition aurait l’idée de faire cette démarche.
— François Bon semble méconnaître la législation sur les droits d’auteur. C’est fâcheux pour une entreprise — n’oublions pas que Publie.net est une SARL, malgré son aura « militante » — qui est censée rémunérer ses auteurs. Cette désinvolture n’incite guère à la confiance.
— En n’affichant qu’une vingtaine de téléchargements pour cette traduction, ce même personnage joue sur du velours. Gallimard ne peut prétendre décemment à un dédommagement pour un tel préjudice et Bon peut jouer les victimes avec un risque on ne peut plus relatif.
— Vingt téléchargements, vraiment ? On reste interloqué sur ce que recèle cette révélation. Cette maison d’édition ne serait donc qu’une coquille vide ?
— La menace de fermer Publie.net est encore plus risible, alors que son PDG vient de conclure des accords d’édition « papier » avec Amazon. Tout à coup, il nous semble bien que cette histoire de droits autour du Vieil homme et la mer, sente la manœuvre pour remettre en question la gestion des droits d’auteur pour le numérique au profit des groupes de distribution.
— Cette même menace de fermeture nous rappelle fort quelques rodomontades auxquelles le régime politique actuel nous a familiarisé : sentimentalisme, idées simples, discours émotionnel… cette entreprise nous semble du coup fort dans l’air du temps et apparaît en décalage par rapport aux opinions affichées de son PDG mais également peu en phase avec la gestion responsable qu’on serait en droit d’attendre. En effet, se tromper d’une telle manière dans l’administration des droits d’une œuvre est pardonnable pour un fanzine, tout au plus. On rappelle que la législation actuelle en la matière date de 1995(*)…Notre époque s’habitue à tout, y compris à l’oubli et aux effets de manches. On constate également qu’elle est toujours aussi réceptive aux vieilles ficelles de la manipulation médiatique.
— Sans préjuger de la qualité ou de la pertinence d’une telle loi à cet endroit, on s’amuse de voir une maison d’édition clamant vouloir défendre les auteurs et ne respecter que des dispositions qui l’arrangent. On espère que les ayants droit vivants ont un relevé régulier de leur compte. On espère aussi que François Bon ne soit pas pillé par un autre éditeur. On ne sait jamais. Cela dit, nous serions attentifs à ses réactions dans ce cas.
— Enfin, puisqu’il faut mettre quelques bornes à notre amusement et en laisser aux copains — on se dit que la contestation de Monsieur Bon qui consiste à jeter 156 volumes de la Pléiade à la benne est bien dérisoire par rapport à ce qu’il entreprend au travers de sa société.
On espère, et on souhaite, que la plupart des éditeurs électroniques sauront vite adopter une certaine déontologie et des rapports pacifiés avec les autres éditeurs et les ayants droit, tant il est vrai que ce débat doit être ouvert sans cet activisme au petit pied, quelque peu ridicule. Ces soixante-dix ans de droits sont aberrants, c’est sûr. Cela doit se régler autrement que par des foucades médiatiques. La littérature et la culture méritent mieux que cela. Du reste, elle n’a pas vraiment besoin d’un François Bon.
Inutile de vous dire que le Tenancier refuse catégoriquement de pétitionner en faveur d’une telle mascarade.
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(*) — Un commentaire expédié par Otto — le quatrième sur la liste — corrige un peu mon propos sur la pérennité du droit d'auteur de l'ouvrage d'Hemingway. Je le remercie de cette précision, songeant que, de toute façon, cela n'altère en aucun cas mon point de vue.

Poivreau

Poivreau, s. m. Ivrogne. Le mot poivreau tire évidemment son origine du poivre, que certains débitants de liquides ne craignent pas de mêler à l'eau-de-vie qu'ils vendent à leurs clients. Ils obtiennent ainsi un breuvage sans nom, capable d'enivrer un boeuf. Que d'anecdotes on pourrait raconter au sujet des poivreaux ! Bornons-nous à la suivante : Un poivreau, que le « culte de Bacchus » a plongé dans la plus grande débine, se fit, un jour entre autres, renvoyer de son atelier. Par pitié pour son dénuement, ses camarades font entre eux une collecte et réunissent une petite somme qu'on lui remet pour qu'il puisse se procurer une blouse. C'était une grave imprudence; notre poivreau, en effet, revient une heure après complètement ivre.
— Vous n'êtes pas honteux, lui dit le prote, de vous mettre dans un état pareil avec l'argent que l'on vous avait donné pour vous acheter un vêtement?
— Eh bien! répondit l'incorrigible ivrogne, j'ai pris une culotte.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

« Une vidéo peu recommandable »

Les anciens habitués de ce blog ne peuvent méconnaître les Éditions Deleatur pour lesquelles nous avions confectionné la bibliographie complète - excepté un volume « fantôme » - pour ses minilivres. On savait peut être un peu moins que cette dite maison d’édition est tenue par le sympathique et talentueux Pierre Laurendeau. Plutôt que de blesser trop avant sa modestie, on a choisi de reprendre un court entretien issu d’une entreprise que nous vous invitons prestement à découvrir ici (qui recèle également des documents remarquables comme une interview de Le Gloupier !). On verra ci-dessous que l’éditeur-écrivain à toujours plusieurs arcs à bander…


Le titre de ce billet vient de Pierre Laurendeau, nous lui en laissons la responsabilité...

Pointu

Pointu, s. m. et adj. Disposé à prendre les choses par leur mauvais côté, et, par suite, insociable, grincheux, désagréable. Ce travers n'est pas étranger aux typographes ; mais le mot n'appartient pas exclusivement à leur langue.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice XVI

- « Tu as vu ? Il est dédicacé à Jacques Chancel !
- Penses-tu, c’est quelqu’un qui a fait une blague. »

Pocher

Pocher, v. intr. Prendre trop d'encre avec le rouleau et la mettre sur la forme sans l'avoir bien distribuée. Peu usité.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La Pieuvre par neuf
troisième tentacule, troisième tronçon



Du Grand Hôtel des valises, un rebondissement d’expériences indivises.
Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'abeille, épisode 3

George entre en case.

Le 11 novembre 2009, jour de paix.
George est arrivé sur ce blog à peine un mois auparavant (au deuxième tentacule). Déjà on opine qu’il a l’œil à la pêche. À ce stade, j’ignore ses pratiques de fin limier. D’une petite anecdote qui a eu lieu dans sa boutique la veille, il va faire un torpilleur !
Il commente :
« Cher Tenancier, un éditeur-imprimeur que nous connaissons tous deux est passé me prendre hier La négresse blonde et m'a incidemment laissé entendre qu'il connaissait le fin mot de ce mystère…»
Rien de plus, mais… rien de moins. Illico, je comprends qui est cet imprimeur éditeur, c’est CLS, pardi !
George — en débarquant sur Feuilles d’automne — avait signifié en commentaire pour se présenter à notre cher Tenancier qu’ils avaient une connaissance en commun en la personne de Christian Laucou. Amusée, je ne réagissai pas.

George clôt son commentaire avec des points suspensifs qui n’auront de cesse de me laisser accroire que CLS a dévoilé le mystérieux expéditeur que je suis. Mince, ça n’était pas au programme, mais alors pas du tout du tout ! Je savais que CLS parcourait vaguement ce blog, mais comment imaginer un seul instant qu’il se rendrait chez un libraire qui s’appelle George Weaver, et qui lui raconterait qu’il passe beaucoup de temps à éclaircir un mystère sur Feuilles d’automne ! Nom d’un mimosa, la poisse… Si vous saviez comme je vous en ai voulu, cher George. Secrètement. Maudits points de suspension !
Le Tenancier vole à mon secours en s’évertuant à faire avouer à George ce que Christian Laucou aurait bien pu lui dire. George est très rassurant. Toutefois, un bon farceur se doit de s’assurer en permanence qu’il n’a que des hommes de confiance à ses côtés. Je vérifie.
« — Cher Christian,
M'aurez-vous « vendue » auprès de votre bouquiniste en achetant La
négresse blonde ?(!) Depuis le début, je sais que vous êtes mon seul « péril » éventuel.
— Absolument pas. J’ai simplement dit à G. que je savais qui c'était, sans préciser plus avant et en faisant une moue. Il n’a pas insisté. Mais il n'est pas plus bête qu’un autre (moi en l’occurrence), il lui suffisait de faire le recoupement entre les cartes postales des Dutrou et votre commentaire sur mon propre site au sujet de la Métairie. Vous vous êtes vendue vous même, Madame.
Cela dit, je dois vous préciser que cela fait deux ou trois jours que je ne suis pas allé sur le blog d’Yves et que je ne sais absolument pas ce qu’après ma visite George a bien pu y écrire pour vous dévoiler. »
Eh oui, CLS avait raison : fin octobre, j’avais laissé un commentaire sur son blog ; j’y avais évoqué ce fameux atelier d’arts graphiques la Métairie La Bruyère où j’avais acheté la fameuse carte qui constituera le socle de ce 3e tentacule.
George aurait donc lu mon commentaire sur le blog de CLS une dizaine de jours auparavant au cours de la visite de CLS à la librairie, George aurait abordé le Mystère avec CLS à la boutique en vue d’obtenir une information. Bref, George aurait établi le lien entre le Mystère et moi.
Le poisson était ferré, il n’avait plus qu’à griller.
Sauf que… George ne savait rien du tout en fait. Cherchez l’erreur !

ArD
(Illustration de Sabine Allard)

Plâtre

Plâtre, s. m. Simple paquetier, et plus spécialement mauvais compositeur.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : The Old Moderns



Répertorié dans The Book Cover Archive

Planquer des sortes

Planquer des sortes, v. Cacher les lettres ou sortes qui entrent en grande quantité dans un travail en cours d'exécution. L'ouvrier qui planque des sortes cause un préjudice à tous ses compagnons, qui ne trouvent plus celles qui devraient être dans des casses ou bardeaux d'un usage commun.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (34e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez vous en rendre compte ici.

Au tour de François T. Documentaliste à l'Éducation Nationale en province, homme paisible et doux en apparence, celui-ci trompe bien son monde car le côté Jekyll recèle quelques accents troublants : bassiste (avec plein d'autocollants) de groupes comme NFI ou Tear Of A Doll, adepte de courtes suffocations musicales, il anime désormais un blog spécialisé intitulé Tuning Razorblade, assez nostalgique mais de bon aloi. Curieux, tout de même, on s'attendrait, d'un blog portant sur de la musique jouée très fort, au corpus basique et bas de plafond du critique musical singeant les pages de Rock & Folk. Il n'en n'est rien ici : digressions sur le Velvet Underground côtoient quelques considérations sur Guy Debord, Devo ou Cioran sans d'ailleurs que cela soit une pose de la part du rédacteur. Mieux, il les comprend, contrairement aux critiques sus-nommés. Le Tenancier apprécie. Mais il est un peu tendancieux sur ce coup-là.
François à d' autres facettes encore, mais ceci est une autre histoire.
Le choix qu'il nous présente ici paraîtra quelque peu déséquilibré en faveur de Burroughs, tant pis pour vous et tant mieux pour le Tenancier qui ne s'en lasse toujours pas.

Bataille : Le bleu du ciel
n° 465
04/03/1985

Burroughs : Nova express
n° 662
11/04/1975

Bataille : Ma mère
n° 739
30/06/1978

Bataille : Madame Edwarda - Le mort - Histoire de l'oeil
n° 781
1er trimestre 1977

Miller : Jours tranquilles à Clichy
n° 788
18/02/1977

Burroughs : Les garçons sauvages
n°1142
12/02/1984

Burroughs : Exterminateur !
n° 1163
3e trimestre 1977

Perec : Les choses
n° 1426
10/1991

Burroughs : Queer
n° 1903
février 1988

Burroughs : Junky
n° 1904
février 1988

Il reste encore du monde à attendre derrière. Ce présent opus sur les 10/18 a tout de même attendu cinq mois. Le retard se résorbe, mais soyez patients.

Pilleur de boîtes

Pilleur de boîtes, s. m. Celui qui pille la casse de ses camarades. V. Fricoteur

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pour commencer




DICTIONNAIRE DES AUTEURS DE LA PLÉIADE
Jean-Jacques Thierry
Nrf – Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade »
in-12, reliure cuir souple éditeur, Rhodoïd, étui cartonné
nombr. illustr., index, 372 p.


CE VOLUME, RÉALISÉ D’APRÈS LA MAQUETTE DE MASSIN, AVEC UNE ICONOGRAPHIE RÉUNIE PAR DOMI-
NIQUE RAOUL-DUVAL, A ÉTÉ TIRÉ PAR
LA S.I.D.I. À LEVALLOIS, SUR OFFSET SIRÈNE ARJOMARI, LE 4 MAI 1960


premier « album de la Pléiade »
(ne portant pas de numéro — le plus recherché,
donc le mieux coté, par les collectionneurs)



« Le format de la Pléiade est d’une ordonnance militaire — et les couleurs des siècles, comme celles des régiments, n’admettent pas l’injustice. Autant de galons sur chacune de ses manches d’uniformes qui se succèdent sur les bibliothèques et sont l’intendant militaire Stendhal, le général de Laclos, l’historiographe Racine, les canonniers Apollinaire et Courier, le mousquetaire Saint-Simon ; même des civils impénitents comme La Fontaine ou Villon se trouvent bien de ce voisinage. »

Roger Nimier (« Avertissement »)




Tout commence par la lettre A et naturellement par un dictionnaire... Remercions ici Jacques Barbaut de revenir sur notre propre facétie sur la Pléiade et également pour son blog, Barbotage, que l'on aime fréquenter, pour sa poésie et son humour, qui adoucissent les mœurs de votre ci-devant Tenancier.

Piller

Piller, v. intr. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons. C'est voler.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pétition

Vous l’avez certainement constaté, les Aventures de la Bibliothécaire se sont achevées à son 14e épisode sans que nous ne sachions bien ce qu’il lui est advenu. Tout cela est de la faute d’Eva Truffaut ! Le Tenancier incite donc ses lecteurs à pétitionner ci-dessous pour lui réclamer la suite.
Pourvu qu’elle n’ait pas mis sa menace à exécution vis-à-vis de cette pauvre jeune femme en réalisant ce qui est représenté sur ce cliché parvenu au Tenancier, il y a quelque temps, par les mêmes voies que les autres images…

Piger la vignette

Piger la vignette, v. Regarder avec complaisance quelqu'un ou quelque chose de divertissant.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Librairie

Librairie.

Depuis longtemps la librairie méconnaît les plus nobles conditions de son existence. Intermédiaire entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent, mais avant tout marchande comme son époque, elle ne tient compte que de ses profits à faire et elle ne se préoccupe plus du côté élevé de sa fonction, et de l’influence très légitime qu’elle pourrait exercer sur l’esprit de son temps et sur son expression, la littérature. Écouler des livres mauvais parce que le goût dépravé du public les demande, travailler par là, en sous-œuvre, à la corruption de la pensée, sans autre souci que de tirer la monnaie de son commerce, voilà tout pour ces marchands d’opium en ballots, qui ont — à peu d’exceptions près — remplacé les grands libraires d’autrefois…
… Mais pour ne pas parler de ces hommes trop rares dont nous avons le souvenir et dont nous n’avons plus la race, les Estienne, les Alde Manuce, les Elzévir, etc., il y en eut, en dessous de ceux-là, beaucoup d’autres qui avaient au moins l’art de leur industrie, et pour qui l’unique et suprême question n’était pas de vendre et de gagner, n’importe à quel prix !
… Franklin (qui, par parenthèse, était un libraire) disait souvent que « si les fripons savaient le profit qu’il y a à être honnête homme, ils seraient tous honnêtes gens par friponnerie. » Ne peut-on pas modifier le mot de Franklin, et dire aussi qu’en matière de librairie, si on savait ce que doivent rapporter les sens et la préoccupation littéraires, chaque libraire s’efforcerait d’être littéraire, par intérêt bien entendu de commerçant ?

Jules Barbey d’Aurevilly
in : Romanciers d’hier et d’avant-hier (1904)
Cité dans : L’Esprit de J. Barbey d’Aurevilly (1908)

Pige

Pige, s. f. Tâche que doivent faire, pour être admis à la commandite, les compositeurs de journaux. La pige est de 30, 35, 40 et 42 lignes à l'heure.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La Pieuvre par neuf
troisième tentacule, deuxième tronçon


Du Grand Hôtel des valises, un rebondissement d’expériences indivises.
Éd. Robert & Lydie Dutrou

Voir : Le Mystère de l'abeille, épisode 3

Le 7 novembre, Otto capitalise le m de « mystère ». Dorénavant, ce sera le Mystère : presque m’en trouverais-je flattée s’il n’était que quelques heures plus tard le Tenancier ternît mon image et parle de canular. George le valeureux me tire d’affaire en ripostant qu’il ne s’agit pas de « canular », mais d’une « énigme ludique ».
Otto, malgré lui, nous confie que si l’on venait à trouver l’auteur de ce Mystère, on en aura fini de rigoler. Il n’empêche, la tentation le ronge et dans les jours qui s’ensuivront, le Mystère connaîtra son premier péril, puisque Otto contactera les deux éditeurs que j’avais chargés de lui expédier un livre de façon anonyme. C’était ignorer qu’un bon mystérieux expéditeur travaille en amont. Pis, il va même jusqu’à téléphoner à son ami Roland Wagner dont le Tenancier a emprunté les initiales pour signer un commentaire ! Heureusement que Roland Wagner et moi… ne nous connaissions pas. Notons que cet homme n’avait encore jamais signé un seul commentaire sur Feuilles d’automne, mais c’est vrai qu’un bon ami du bon vieux temps, ma foi, ça peut débarquer de façon mystérieuse. On apprend au passage des détails succulents qui pourraient laisser penser qu’il s’agit de digressions. Ainsi sait-on que Otto, lorsqu’il a rencontré Roland Wagner pour la première fois, portait un costume vert et un chapeau pas vert. J’avais eu quelques détails par le Tenancier sur les goûts vestimentaires d’Otto ; il m’a donc suffit de commenter dans ce sens, et Otto m’a confirmé qu’il aimait le vert. Il fallait bien que je vérifie un peu si le Tenancier ne me contait pas des sornettes. Mettez-vous à ma place : s’il en trompait un, il pouvait bien en tromper deux, hein !

Enfin, SPiRitus me laisse souffler, admettant que je me suis fort habilement dégagée de sa liste de suspects dans laquelle il me versait «sans autre procès» et tente de recentrer Otto sur un suspect de son environnement proche.
Pourtant, SPiRitus, si vous saviez comme vous disiez vrai lorsque vous écriviez ceci : « À l'évidence, nous devons attendre le fin mot de l'histoire de son auteur lui-même, qui s’ingénie à brouiller les pistes en les multipliant, et à faire porter le chapeau, trop visible, à d'autres, fort nombreux. »

Les commentateurs franchissent une belle étape : au soixantième commentaire, ils conviennent d’un commun accord que le Mystérieux Expéditeur est un lecteur régulier de Feuilles d’automne. Enfin!

Je profite de l’allusion du Tenancier à Molyneux pour risquer le dévoilement d’un détail qui me concerne. Ce détail, ce sera Lurs. Car au fond, tout ce Mystère n’est-il pas serti de perles destinées à mettre les commentateurs sur la piste du coupable ?
Dans ce sens, une commentatrice nouvelle (Oulipo Terre) procède à une analyse graphologique de mes quelques mots manuscrits : en quatre points. Si le premier point est erroné (mon écriture ne serait pas naturelle, ah mais non, pas du tout !), les autres, ma foi, recèlent de la vérité, aussi ténue soit-elle : l’écriture serait féminine, l’outil employé laisse penser plutôt à une artiste qu’à une plasticienne (« connais-toi toi-même! », ce vieil adage qui m’avait échappé), et, et… les expériences indivises seraient une piste importante. Eh bien, oui, sans le voir, elle voyait juste, sauf qu’elle ne voyait pas la piste. Otto confirme : l’écriture, puisqu’elle présente des tracés un peu arrondis, de par sa finesse et sa rigueur, il la déclare comme provenant d’une femme. Rappelons que je suis alors à peu près le seul commentateur féminin régulier de ce blog, notamment sur le Mystère et qu'avec ce diagnostic graphologique, je vois l'étau se resserrer sur moi. Je n'en mène pas large.

Je livre un autre détail en volant au secours de Mademoiselle Naumme qui, bien qu’apprenant le russe, ne distingue pas Petrograd : j’envisage quelques caractères cyrilliques d’imprimerie lui sont plus familiers que l’écriture cursive. Otto est intrigué, constate que ArD aurait des caractères cyrilliques sur son clavier, pourtant, mais ne va pas au-delà. Il tenait une piste pourtant, aussi minime fût-elle. Si ArD écrivait en cyrillique sur son clavier, éclaircissait des horizons obscurs à sa fille sur l’écriture russe, il aurait pu pousser un peu plus avant…

« L’épair du Mystère est censé s'affiner par élimination des suspects numéros 1, plutôt que par ciblage ? », signé Rouletabille. George, je vous confesse que ce commentaire qui éveilla vos soupçons, était de moi. Et vous frôlâtes la reine de la ruche, lorsque vous écriviez : « Si cette phrase recèle vraiment des indices (en admettant que Rouletabille soit cet Expéditeur qui nous roule dans la farine et nous prend pour des billes) (…) Il faudrait alors procéder par illumination, plutôt que par ciblage (et d’ailleurs, que peut signifier ce dernier terme ? Comment cibler ?)… ». Oui, comment cibler ? Eh bien en se renseignant un peu plus à fond sur les idiosyncrasies des commentateurs réguliers de ce blog, pardi ! Auprès du Tenancier, par exemple : il m’en a bien confié à moi des détails sur les chapeaux d’Otto. Quand le Tenancier a commenté que IrwIn Molyneux avait un passe-temps, il vous livrait un détail. Que ne l’avez-vous exploité, hein ?

Laguiole enfariné et Laguiole affûté commentent. Je ne saurai jamais de qui il s’agit. Qu’ils se dévoilent, ah mais !
ArD
(Illustration de Sabine Allard)

Piausseur

Piausseur, adj. Qui conte des piaux, qui fait des mensonges.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le Maître de Forges


LE MAITRE DE FORGES




MONSIEUR,
qui se dispose à faire à madame la lecture du MAÎTRE DE FORGES.
— Tu y es, Coco ?
MADAME.
— Oui, Coco.
MONSIEUR.
— Je commence. Nous étions arrivés au moment où Philippe Derblay se dispose à quitter la chambre nuptiale.
(Il lit.)
« Vous venez en un instant de détruire tout mon bonheur, dit Philippe d'une voix émue, et je pleure madame, je pleure !... »
(S'interrompant.)
Mon Dieu que c'est joli, ce Maître de Forges ! et comme c'est humain ! Voilà soixante et onze fois que je le relis ; n'importe ! c'est toujours avec la même admiration.
(Il lit.)
« Mais c'est assez de faiblesse, continua Derblay qui se leva et essuya du revers de la main une larme restée au bord de sa paupière. Vous parliez tout à l'heure de payer votre liberté. Hé bien ! je vous la donne pour rien!... »
(S'interrompant.)
Ce qui me plaît là-dedans, c'est que c'est bien écrit. Ah ! la forme ! la forme ! il n'y a que ça ! Tu le comprendras quand tu sera plus familiarisée avec la littérature.
(Il lit.)
« Tout lien... »
(S'interrompant.)
Oh ! et puis tu verras ; la fin est encore plus chic !...
« Tout lien est rompu entre nous. Adieu madame, voici votre appartement, voici le mien. A compter d'aujourd'hui, vous n'existez plus pour moi ! »
(S'interrompant.)
Et quand on songe qu'il y a des gens qui n'apprécient pas Georges Ohnet!... Faut-y être bête !
MADAME.
— Tu es assommant, tu sais, avec tes interruptions continuelles.
MONSIEUR.
— Excuse-moi, ma chère amie. C'est l'enthousiasme qui me les arrache.
(Il lit.)
« ... n'existez plus pour moi. Ainsi parla le maître de forges, et, se retournant, il fit voir à Mlle de Beaulieu... »
(Il tourne la page.)
« ... quelque chose d'énorme dont la fière jeune fille resta étonnée et troublée. »
MADAME.
— Quoi ? Quoi ? qu'est-ce qu'il lui fait voir ? C'est dégoûtant, cette histoire-là !
MONSIEUR.
— Ne fais pas attention ; j'avais passé une page.
MADAME.
— Mouille donc ton doigt
MONSIEUR.
— Rétablissons.
(Il lit.)
« ... et se retournant, il fit voir à Mlle de Beaulieu plus de dédain hautain que de réel mépris. »
MADAME.
— A la bonne heure.
(La lecture continue.)
MONSIEUR,
qui s'interrompt brusquement de nouveau.
— Quelle connaissance du cœur humain ! Comme cette Claire de Beaulieu éprouve bien ce que nous éprouverions à sa place ! Et quelle noblesse dans l'expression !... Ah ! le mot juste ; tout est là !... Et on parle des symbolistes ! Tiens, Coco, veux-tu que je te dise ? ils me font suer, les symbolistes !
(Haussement d'épaules.)
Où en étais-je ? Ah oui !
(Il lit.)
« Le châtiment était terrible mais non disproportionné avec la faute. La jeune femme pu...
(Il tourne la page.)
... ait des pieds... »
MADAME.
— Comment ! la jeune femme...
MONSIEUR.
— Mais dame... — Ah ! pardon ! chère amie, j'ai encore passé une page.
MADAME,
agacée.
— Mouille donc ton doigt !
MONSIEUR.
— Rerétablissons...
(Il lit.)
« la jeune femme pu... nie dans ce qu'elle avait de plus sensible : son orgueil... »
MADAME.
— A la bonne heure !
(La lecture continue.)
MONSIEUR,
s'interrompant encore.
— Fais bien attention, nous voici arrivés au point culminant du récit, et c'est ici que le psychologue se révèle magistralement dans le charmeur.
Écoute ça :
« Alors je ne sais plus ce qui s'est passé en moi, expliquait Claire à la Baronne de Préfond qui l'écoutait avec une attention extrême, je me sentis envahie de sen...
(Il tourne la page.)
... sues... »
MADAME.
— de sangsues ? envahie de sangsues ?...

MONSIEUR.
— Mon Dieu... Oh ! que je suis bête... j'ai encore passé une page.
(Il lit.)
« de sen... timents » chère amie, de sentiments !...
« Je me sentis envahie de sentiments contraires à ceux qui m'avaient agitée jusqu'alors. »
MADAME.
— A la bonne heure. Mouille donc ton doigt.

(La lecture s'achève. Minuit sonne.
Monsieur renvoie la suite au prochain numéro
.)

(La scène du coucher.)
(Nuit complète.)

MONSIEUR,
d'une voix qui se meurt.
— Que la peau de ton épaule est douce, chère enfant !
(Long silence.)
Puis :
MADAME,
que, sans doute, poursuit une idée fixe :
— Mouille donc ton doigt...



Georges Courteline
Coco, Coco & Toto


Piausser

Piausser, v. intr. Dire des piaux, mentir.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Design : Dark Knight



Répertorié dans The Book Cover Archive

Piau

Piau. s. f. Conte, plaisanterie incroyable, menterie.
Conter une piau, c'est mentir, faire un conte invraisemblable. Nous ne connaissons pas l'origine de cette locution.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice XV

- « Et si je vous règle en espèces, vous me le laissez à 30 au lieu de 40 ?
- Non, monsieur. Chèque ou espèces, ça ne change rien. »

Petit-qué

Petit-qué, s. m. Le point- virgule; il est ainsi nommé parce que ce signe (;) remplaçait autrefois le mot latin que dans les manuscrits et les premiers livres imprimés.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Transports

Transports



On lit beaucoup en allant ou en revenant de son travail. On pourrait classer les lectures selon le mode de transport : la voiture et le car ne valent rien (lire donne mal à la tête) ; l'autobus est mieux adapté, mais les lecteurs y sont plus rares que ce qu'on aurait pu penser, sans doute à cause du spectacle de la rue.
Le lieu où l'on lit, c'est le métro. Cela pourrait presque être une définition. Je m'étonne de ce que le ministre de la Culture, ou le secrétaire d'État chargé des Universités, ne se soient pas encore écriés : « Cessez, Messieurs, cessez de réclamer de l'argent pour les bibliothèques : la vraie bibliothèque du peuple, c'est le métro ! » (tonnerre d'applaudissements sur les bancs de la majorité).
Du point de vue de la lecture, le métro offre deux avantages : le premier est qu'un trajet en métro dure un temps presque parfaitement déterminé (environ une minute et demie par station) : cela permet de minuter ses lectures : deux pages, cinq pages, un chapitre entier, selon la longueur du trajet. Le second avantage est la récurrence bi-quotidienne en penta-hebdomadaire des trajets : le livre commencé le lundi matin sera terminé le vendredi soir...




Georges Perec
Lire : esquisse socio-physiologique

(1976)
in : Penser/Classer

Pâté de veille

Pâté de veille, s. m. Collation que l'on fait dans les ateliers le premier jour des veillées. Hélas ! comme beaucoup d'autres coutumes, le pâté de veille est tombé en désuétude.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883