Où le Tenancier rigole tout seul dans son coin
(et se dit qu'à force, il devrait consulter, à ce sujet)

Lu il y a peu un ex libraire de neuf converti brillamment à l’écriture expliquant que le premier volume de sa série allait être publié en version poche alors que le deuxième volume n’allait pas non plus tarder à paraître en broché
Ce n’est pas la première fois que j’entends – ou que je lis – ce type d’appellation pour ce que l’on appelait auparavant une édition courante (appellation moins honteuse, je trouve), à savoir un format normal, in-12 ou in-8°, du genre des volumes de la Collection Blanche de chez Gallimard. Désormais, l’on dit broché pour ce type de publication, alors que, remarquons-le bien au passage, un ouvrage au format poche est à l’ordinaire tout aussi broché. Mais alors que dit-on pour un ouvrage broché au format courant ? Je veux dire, réellement broché – ne nous embrouillons pas sur le fait que la plupart de la production a désormais un dos collé. Je crois que l’on appelle ça une « couverture souple ». Ce n’est d’ailleurs qu’un détail car, quand ça ne l’est pas c’est à leurs yeux un livre relié, alors que le neuf est à quatre-vingt-dix-neuf pour cent revêtu d'un cartonnage et non d'une reliure, dans ce cas. On connaît aussi la fameuse confusion qui existe entre les tranches et les dos des livres. Beaucoup de libraires de neuf en sont adeptes. Pour revenir au format, on conclura que celui-ci se décline artistement en trois catégories dans l’esprit de cette vaillante corporation :
Le poche
Le broché
Le beau livre
(Il y a aussi le format BD, certes, et l’on peut inférer qu’une merdouille de quarante quatre pages cartonnée et extrêmement normative quant à son contenu, constitue le format d’une certaine médiocrité, en effet.) (*)
Le reste n’existe que peu et doit être assez malcommode à caser dans le carton de retour de l’éditeur.
Autant je puis pardonner au libraire défroqué là-haut parce qu’il nous réjouit avec ses écrits, autant je me permets de rigoler un brin lorsque j’entends ces fameux libraires de neuf prétendre que rien ne saurait se substituer au plaisir de tenir un livre en papier dans les mains alors qu’une tapée de ceux-là ne sait même pas ce que c’est.
Je me dis pour conclure qu’il y a certaines disparitions sur lesquelles je ne pleurerai pas.

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(*) Voir mon explication sur le sujet de la BD dans le sixième commentaire à la suite de ce billet.

7 commentaires:

  1. Quand il est colère, le Tenancier est beau !

    Otto Naumme

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  2. Mais, Otto, je ne suis pas en colère !

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  3. En tout cas ici aussi, le terme "broché" est réellement apparu dans la bouche de certains de mes clients depuis quelque temps. C'est descendu jusqu'à Bayonne! Il est presque toujours employé de travers, également. Je me joins donc aux rires.
    Béatrice

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  4. Voilà qui illustre l'évolution de la langue qui navigue désormais couramment sur plusieurs registres de langages à la fois quand elle n'évolue pas inexorablement vers des termes du registre technique, un peu comme l'apoplexie devenue «accident cardiovasculaire» en passant par le stade intermédiaire de l'hémiplégie, ou la « mort naturelle » transformée en «arrêt cardiaque» quand elle n'est pas dite «subite».

    Un peu de « broché » coincé entre un format poche et un critère esthétique (beau livre), voilà qui caricature plutôt bien le règne de l'approximation ou de la confusion.
    Il est dans le vent, votre libraire...

    ArD

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  5. Autant j'aime passer régulièrement sur ce blog et lire les points de vue du Tenancier ; autant je suis surpris d'une telle méchanceté envers la BD qui ne saurait se réduire à quelques merdouilles cartonnées.

    Mais bon, cela mérite discussion.

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  6. Cher Anonyme, me voici de nouveau à enfreindre une règle édictée dans ce blog (si si, la notice sur fond gris, sur la colonne de droite) qui veut que je ne réponde pas aux commentaires anonymes. Il faut tout de même que j'éclaircisse une chose fâcheuse à propos de la BD. Ce que j'ai dit là n'était pas forcément une méchanceté. Que je vous dise : j'ai été le dernier éditeur anthume de Jean-Claude Forest (même si c'était pas tout à fait de la BD), ma mômerie s'est déroulée entre les histoires du sus-nommé (comme le splendide Mystérieuse matin midi et soir) et d'autres histoires qu'un coup de Lune de la rédaction de Pif gadget avait permis de laisser passer jusqu'à mes yeux. Il y eut ensuit Métal Hurlant et je ne vous ferait pas l'injure de vous citer ce que l'on y trouvait. Je suis de cette génération qui n'a jamais été innocente en matière de BD et qui considère Tintin comme une littérature de vieux con rance - eh oui, désolé - pour qui Polonius de Tardi fut une claque dans la gueule, entre autres. Cette période enthousiasmante s'est prolongée un peu dans les années 80. Nombre de livres ébouriffants ont atterrit sur les étals des librairies générales. Jamais autant l'inventivité ne fut plus justement et abondamment soumise à l'appréciation du public... Alors, lorsque je parle de production formatée, je sais de quoi je parle pour l'avoir constaté. Si le terme de "normalisation" recèle quelques relents historiques douteux, il s'applique néanmoins aux changements qui ont présidé à la production "grand public" en la matière. Ainsi, à côté de cette novation narrative induite par de nombreux dessinateurs, arrivait également une production qui flattait le goût du confort comme ces Passagers du Vent de Bourgeon : de l'aquarellé, une histoire gentille, du 44 pages. Cette normalisation n'est pas fortuite. Format et pagination ne sont plus des variables, laize et calage en machine (pourquoi croyez-vous que l'encrage n'est plus si important et se ressemble d'une BD à l'autre ?) sont chiffrables et les histoires sont optimisées pour remplir les objectif de vente dans un panel de lecteur bien défini (un peu de cul "soft" dans Bourgeon, ou alors la classique histoire du "Cordonnier qui devient Prince" dans les Lanfeust). Vous pouvez certes me citer des exceptions, des productions marginales. Mais que voit le lecteur dans les librairies généralistes auxquelles je fais allusion dans ce présent billet ? Bien évidemment, nous pouvons tous entrer dans une libraire spécialisée et voir que l'inventivité existe toujours... Mais il existe également des libraires qui savent ce qu'est un in-octavo et même des gens qui pense que - contrairement à Télérama - Philip K. Dick n'est pas l'aune de l'orthodoxie en matière de fiction spéculative. Vous serez d'accord avec moi que cette normalisation est le lot des machines à gagner du pognon. On peut le déplorer comme on peut d'en arranger. La troisième voie - rarement suivie - serait de gagner ce fameux pognon avec élégance. Et, visiblement, dans la BD, ça coince de ce côté.
    Et puis, bons sang, cher Anonyme, prenez un pseudo, c'est tout de même pas difficile.

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    1. En effet, ce n'était pas vraiment difficile de rester anonyme et de choisir un pseudo.
      Merci de la réponse argumentée à laquelle je souscris, et qui, je l'avoue, me donne un peu honte en repensant à tout ce que j'ai pu apprécier dans le monde de la BD.

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Ah oui, au fait... Le Tenancier ne répondra plus aux commentaires anonymes. Prenez au moins un pseudo.

Donc, pensez à signer vos commentaires, merci !

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