| - « Dis donc, tu rentres et tu consultes ce livre de la vitrine sans demander, toi ? - Ben tout le monde fait ça ! - Excusez-la, madame. » |
| Mariole, Mariol ou Mariaule, adj. Qui est tout à fait malin, difficile à tromper ; se dit encore d'un ouvrier très capable. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Notre tour fait dans le parc, nous allâmes chez les éditeurs de contrefaçon ; j'achetai les poésies complètes d'Alfred de Musset, en un volume, et Madame de Sommerville, de Jules Sandeau ; je voulus aussi acheter Mademoiselle de Maupin, roman de votre serviteur; mais j'avoue que cela me fut impossible, par la raison que je ne le trouvai nulle part. Ceci me mortifia d'autant plus que le Bibliophile, l'Alphonse Brot, l'Hippolyte Lucas, et autres gens illustres de ma connaissance, étaient mirifiquement contrefaits, et que je confesse, avec toute l'humilité qui me caractérise , que jusqu'ici je m'étais cru l'égal de ces messieurs. Mon voyage m'a détrompé et fait revenir d'une si folle présomption. Le Bibliophile surtout jouit d'une si grande réputation dans ce pays-là, que les Mauvais Garçons d'Alphonse Royer et de Barbier, la Notre-Dame de Victor Hugo, les deux meilleurs romans que le moyen âge ait inspirés, sont imprimés sous son nom. Les volumes de prose du Spectacle dans un Fauteuil, d'Alfred de Musset, ne sont pas connus en Belgique, et le contrefacteur à qui je les demandais parut tout surpris, et écrivit sur-le-champ à son correspondant de les lui envoyer. Cela ne fait pas grand honneur à la publicité de la Revue des Deux Mondes et aux goûts littéraires des libraires belges. ____________________ L'auteur écrivait cela il y a quelques années : aujourd'hui toutes ses œuvres ont subi les honneurs de la contrefaçon. [Note de l'éditeur.] |
| Marcher, v. intr. Être de l'avis de quelqu'un. Je marche, j'approuve. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |

| Manuscrit belge, s. m. Copie imprimée. On a appelé de ce nom cette sorte de copie peut-être parce que les ouvriers belges, assez nombreux à Paris, ne pouvant autrefois déchiffrer la copie manuscrite, on ne leur donnait à composer que les réimpressions. Aujourd'hui, cette distinction a à peu près disparu. Voici une autre explication de cette expression: en Belgique, il y a trente ans les imprimeurs ne vivaient que de contrefaçons ; on ne composait donc jamais ou presque jamais chez eux que sur des livres. Voilà pourquoi, sans doute, on a donné le nom de manuscrit belge à toute copie imprimée. L'expression est alors plus fine, plus satirique que dans l'hypothèse précédente; elle raille spirituellement l'indélicatesse de nos voisins, qui se procuraient de la copie à trop bon marché. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Mal-nommés, s. m pl. Nom que donnent par dénigrement les ouvriers aux pièces aux ouvriers en conscience. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Malheureux (Tour de). Expression récemment introduite dans les journaux et qui est synonyme de Morassier. (V. Morasse et Morassier.) |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| « Mon cher confrère, « Vous seriez fort aimable d’annoncer dans votre excellente feuille que je commencerai prochainement tel roman dans tel journal. « Puis-je compter sur vous ? « A charge de revanche, mon cher confrère, « Ex imo corde. « Alexandre Dumas » |
| Macchabée, s. m. Un mort. V. Macabre. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Macabre, s m. Un mort - Ce mot paraît venir de ces danses macabres que les artistes du moyen âge peignaient sur les murs des cimetières. La Mort conduisait ces chœurs funèbres. On dit plus souvent Macchabées. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |

| Louvetier, s. m Celui qui fait des dettes, qui a des loups. Ce terme est pris en mauvaise part, car le typo auquel on l'applique est considéré comme faisant trop bon marché de sa dignité. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Loup-phoque, s. m. Celui qui est hannetonné. Ce mot a été nouvellement introduit dans l'atelier typographique. L'orthographe que nous donnons ici est-elle exacte ? Nous ne savons; peut-être est-ce LOUP-FOC ou LOUFOC. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Loup, s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même. Faire un loup, c'est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l'atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l'atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup ! |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Lire, v. a. Indiquer sur une épreuve, à l'aide de signes particuliers, les fautes qu'on y découvre. Lire et corriger sont pour le correcteur des mots synonymes. Lire en première, Corriger la première épreuve, celle qui est faite immédiatement après le travail du compositeur. Lire en seconde ou en bon, Corriger l'épreuve déjà lue par l'auteur et sur laquelle il a écrit: bon à tirer. Lire au pouce, Corriger en première sans l'aide d'un teneur de copie. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Lignes à voleur, s. f. pl. Lignes composées d'une syllabe ou d'un mot de trois ou quatre lettres qu'il était possible de faire entrer dans la ligne précédente en espaçant moins large. Les lignes à voleurs, sont faciles à reconnaître, et elles n'échappent guère à l'oeil d'un correcteur exercé, qui les casse d'ordinaire impitoyablement. Les lignes étant comptées pleines, on conçoit l'intérêt du compositeur à n'avoir qu'un mot à mettre dans une ligne. Toutefois c'est le fait d'ouvriers peu soigneux. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Lignard, s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
« […] Parmi toutes les mesures de rigueur du triple-A, celle-là ne me semble pas dramatique. Ça fait 30 cts sur un bouquin à 20 euros, 10 cts sur un poche. Je ne vois vraiment pas le problème, mais tous les auteurs, libraires, éditeurs et lecteurs hurlent au scandale. Le paquet de clopes prend 30 ou 50cts et tous se la bouclent, même ceux qui fument un paquet par jour alors qu'ils lisent au mieux un livre par mois. Les mutuelles augmentent, les pauvres trinquent encore et toujours et personne ne bouge. L'égoïsme et le politiquement correct sont d'insupportables constantes de cette société de merde pleine de pauvres d'esprit manipulés par les médias. Votez, veaux, élisez vos maîtres (le rose verdâtre est si joli) et crevez dans votre inamovible médiocrité ! »
« Les "pauvres", et bien, nous lisons gratos en bibliothèque! Sinon, on a arrêté nos mutuelles et oui, on passe notre petit pognon à fumer et à boire, ça nous délasse et ensuite, on baise, c'est gratuit! Merde, la vraie vie et les vrais gens, c'est pas des pétitions de bobos !!! »
« […] D'autant qu'il y a quand même pas mal d'autres secteurs qui subissent les mêmes hausses sans moufter... Que bien plus qu'un petit élan corporatiste, c'est d'une unité contre les incompétents actuels qu'il faudrait bénéficier. Et puis bon, une activité qui est au point de risquer de crever pour 1,5 % de hausse, c'est qu'elle ne va pas bien du tout du tout. Et que le mal est beaucoup plus profond que ça. Au lieu de chouiner là dessus, feraient bien de se pencher sur le pourquoi du comment... »
| Lézardes, s f. Raies blanches produites dans la composition par la rencontre fortuite d'espaces placées les unes au-dessous des autres. On y remédie par des remaniements. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Lever les petits clous. V. Composer. Un bon leveur est un ouvrier qui compose habilement et vite. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Larrons. V. Voleurs, s. m. pl. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Mon cher Tenancier, Je vous avais prévenu. Je me suis pris au jeu. Ou plutôt, la dysdizuitomanie m’a pris. Le virus, la plupart du temps, dort… mais lorsqu’il se réveille, comme assez récemment dans le grand et bel espace de la Manufacture à Montolieu, gare ! il distrait le bibliophile qu’il hante des rayonnages d’originales pour projeter son regard et ses mains sur d’interminables rangées de dos blancs marqués du chiffre fatal. Treize nouveaux volumes selon mon cœur ont ainsi rejoint les précédents. Et ces treize-là, je vous les livre, et vous prie de ne pas amputer cette liste pour la conformer au cahier des charges, car tel est le prix que doit payer votre culpabilité dans cette mienne, désormais, bibliomanie : accepter mes séries successives de 10/18 telles que je vous les adresserai. Et vos habitués auront la joie ou le déplaisir de voir ainsi se former, au fur et à mesure des billets, la bibliothèque portative d’un bel esprit. SPiRitus |
| Lardée, s. f. « Composition remplie d'italique et de romain. » (P. Vinçard.) Vieilli. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Lapin (Manger un), v. Aller à l'enterrement d'un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l'issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd'hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin. Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d'une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait: c'était la pensée attristante qu'il n'assisterait pas au repas de ses funérailles; en un mot, qu'il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l'automne d'antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s'envolèrent vers le bas Meudon et s'abattirent dans une guinguette au bord de l'eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N'est-ce pas gentil ça (1) ? C'est jeudi. Il est midi; une trentaine de personnes attendent à la porte de l'Hôtel-Dieu que l'heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l'une d'elles, un typographe, « dans l'asile de la souffrance. » Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écoeurantes qu'on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit n° 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir; c'est le faux noyé dont il a été question à l'article Attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s'approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d'espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête: « N-i-ni, c'est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m'ennuie... Je tâcherai d'aller jusqu'à demain soir... parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin.» Cela ne vaut-il pas le Plaudite ! de l'empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ? (1) Le typographe auquel il est fait allusion ici s'appelait Genty ; il est mort depuis que ces lignes ont été écrites. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |

| L'absinthe ne vaut rien après déjeuner. Locution peu usitée, que l'on peut traduire : Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. Dans cette locution, on joue sur l'absinthe, considérée comme breuvage et comme plante. La plante possède une saveur amère. Avec quelle amertume le compagnon restauré, bien dispos, se voit obligé de se coller sur le marbre pour faire un travail non payé, au moment où il se proposait de pomper avec acharnement. Déjà, comme Perrette, il avait escompté cet après-dîner productif. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| - Fantômas ! - Vous dites ? - Je dis… Fantômas. - Cela signifie quoi ? - Rien… et tout ! - Pourtant qu’est-ce que c’est ? - Personne… mais cependant quelqu’un ! - Enfin, que fait-il ce quelqu’un ? - Il fait peur !!! | |
| Kif-kif. Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l'atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe. Dans le patois algérien, kif- kif signifie semblable à : kif-kif bourico, semblable à un âne. Les compositeurs l'emploient pour dire qu'une chose est la même qu'une autre: C'est kif-kif, c'est équivalent, c'est la même chose. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| J'y fais. J'y consens, j'approuve. On dit J'y fais comme synonyme de Je marche. V. Marcher. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Justification, s. f. Longueur de la ligne, variable suivant les formats. Au figuré, Prendre sa justification, c'est prendre ses mesures pour faire quelque chose. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |
| Jacques (Aller à Saint-). v. Faire des bourdons. « Un compositeur que l'on envoie à Saint-Jacques, dit Momoro, est un compositeur à qui l'on indique sur ses épreuves des remaniements à faire, parce que celui qui corrige les épreuves figure avec sa plume une espèce de bourdon aux endroits omis pour indiquer l'omission. » C'est sans aucun doute de cette grossière représentation de l'espèce de long bâton sur lequel s'appuyaient les pèlerins à Saint-Jacques-de- Compostelle que vient le mot Bourdon. Il faut ajouter que l'expression Aller à Saint-Jacques est actuellement presque inusitée. V. Aller en Galilée, en Germanie. |
| Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883 |