Une historiette de Béatrice X

- « Dis donc, tu rentres et tu consultes ce livre de la vitrine sans demander, toi ?
- Ben tout le monde fait ça !
- Excusez-la, madame. »

Mariole

Mariole, Mariol ou Mariaule, adj. Qui est tout à fait malin, difficile à tromper ; se dit encore d'un ouvrier très capable.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Contrefaçons

A propos de l'article de Boutmy dont le titre est Manuscrit belge, on fait allusion à la contrefaçon qui régnait encore récemment à l'époque ou fut rédigé le Dictionnaire d'argot des typographes. On a déjà mentionné ici cette pratique courante à la période Romantique et dans laquelle on peut dire que les libraires belges s'étaient pratiquement spécialisés. Pour nous en convaincre, invoquons un témoin de poids qui, en l’occurrence, fit preuve d'un assez bel humour lors de son passage à Bruxelles. Accessoirement, cela vient au secours de la deuxième hypothèse de Boutmy dans son article...

Notre tour fait dans le parc, nous allâmes chez les éditeurs de contrefaçon ; j'achetai les poésies complètes d'Alfred de Musset, en un volume, et Madame de Sommerville, de Jules Sandeau ; je voulus aussi acheter Mademoiselle de Maupin, roman de votre serviteur; mais j'avoue que cela me fut impossible, par la raison que je ne le trouvai nulle part. Ceci me mortifia d'autant plus que le Bibliophile, l'Alphonse Brot, l'Hippolyte Lucas, et autres gens illustres de ma connaissance, étaient mirifiquement contrefaits, et que je confesse, avec toute l'humilité qui me caractérise , que jusqu'ici je m'étais cru l'égal de ces messieurs. Mon voyage m'a détrompé et fait revenir d'une si folle présomption. Le Bibliophile surtout jouit d'une si grande réputation dans ce pays-là, que les Mauvais Garçons d'Alphonse Royer et de Barbier, la Notre-Dame de Victor Hugo, les deux meilleurs romans que le moyen âge ait inspirés, sont imprimés sous son nom.
Les volumes de prose du Spectacle dans un Fauteuil, d'Alfred de Musset, ne sont pas connus en Belgique, et le contrefacteur à qui je les demandais parut tout surpris, et écrivit sur-le-champ à son correspondant de les lui envoyer. Cela ne fait pas grand honneur à la publicité de la Revue des Deux Mondes et aux goûts littéraires des libraires belges.
____________________

L'auteur écrivait cela il y a quelques années : aujourd'hui toutes ses œuvres ont subi les honneurs de la contrefaçon. [Note de l'éditeur.]

Théophile Gautier : Caprices et Zigzags : Un Tour en Belgique et en Hollande - (page 67) - 1856

(Le Bibliophile dont il est question dans le texte est très vraisemblablement le Bibliophile Jacob, ce voyage fut effectué en compagnie de Gérard de Nerval, ce qui explique le « nous » dans ce passage)

Marcher

Marcher, v. intr. Être de l'avis de quelqu'un.
Je marche, j'approuve.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Rapport de stage


C’est avec une joie sauvage et presque un plaisir pervers vis à vis des gros nazes dits « modernes » que le Tenancier vous annonce qu’il a pris un plaisir immense à se balader dans deux salons consacrés au livre. Le premier, « L’Autre Livre », sur l’édition indépendante a été l’occasion de découvrir des gens qui aiment ce qu’ils font, toujours prêts à en discuter avec le passant et le curieux qui passait entre les travées. Le second, « Pages » était consacré à la bibliophilie contemporaine, endroit rempli d’artistes et de créateurs, un moment exceptionnel en compagnie de ceux pour qui, également, le livre n’est pas qu’un produit. Quelques jours de bonheurs, puisque votre Tenancier préféré y a campé un moment.
Pour vous faire saliver un peu, aller donc voir par - The Wayfarer – sans doute l’un des coups de cœur du Tenancier pour cette année au Salon Pages qui comptait maintes merveilles.
Ensuite, avant de rentrer, il a conféré avec quelques amis anciens et nouveaux, et ce ne fut pas son plus mince plaisir.
A l'occasion, on vous recausera de tout cela.

Manuscrit belge

Manuscrit belge, s. m. Copie imprimée. On a appelé de ce nom cette sorte de copie peut-être parce que les ouvriers belges, assez nombreux à Paris, ne pouvant autrefois déchiffrer la copie manuscrite, on ne leur donnait à composer que les réimpressions. Aujourd'hui, cette distinction a à peu près disparu.
Voici une autre explication de cette expression: en Belgique, il y a trente ans les imprimeurs ne vivaient que de contrefaçons ; on ne composait donc jamais ou presque jamais chez eux que sur des livres. Voilà pourquoi, sans doute, on a donné le nom de manuscrit belge à toute copie imprimée. L'expression est alors plus fine, plus satirique que dans l'hypothèse précédente; elle raille spirituellement l'indélicatesse de nos voisins, qui se procuraient de la copie à trop bon marché.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Please Plant This Book

Certains d’entre nous ici aiment Richard Brautigan.
Il fallait signaler à l’intention du curieux un ouvrage qu’il publia au printemps de 1968, « Please Plant This Book » dont un certain Andrew Stafford a entrepris d’en reproduire une version électronique. On vous laisse découvrir l’ouvrage en question ici en regrettant de ne point posséder réellement ces petits moments quelque peu mélancoliques.


Pour les même curieux, un court périple en livre dans la région de la baie de San Francisco où figure le livre de Brautigan : ici même (et d'où on a subtilisé la reproduction ci-dessus).

Malheureux (Tour de)

Malheureux (Tour de). Expression récemment introduite dans les journaux et qui est synonyme de Morassier. (V. Morasse et Morassier.)

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Contribution majeure à l'histoire de la lithographie

Lors de la publication de l’un de ses romans, le directeur du journal qui le donnait en feuilleton, dit à Dumas :
« Pour que votre roman réussisse, il faudrait peut être faire des annonces en province ?
— Des annonces payées, répond Dumas : vous n’y pensez pas. Laissez-moi faire, j’aurai toute la réclame voulue ! »
Deux jours après, tous les rédacteurs en chef des journaux de provinces recevaient le petit poulet suivant :

« Mon cher confrère,

« Vous seriez fort aimable d’annoncer dans votre excellente feuille que je commencerai prochainement tel roman dans tel journal.
« Puis-je compter sur vous ?
« A charge de revanche, mon cher confrère,

« Ex imo corde.
« Alexandre Dumas »

A la lecture de ce billet, où Dumas le traitait de cher confrère, le rédacteur ne tenait plus de joie et, bien entendu, annonçait avec éloges le feuilleton de Dumas.
Ce dont il ne se doutait pas, c’est que la lettre était une circulaire habilement lithographiée.
Ou l’art de se faire douze cents amis en cinq minutes.

X.L.C.B : En marge de la littérature
Paris - A. Messein, 1910

Macchabée

Macchabée, s. m. Un mort. V. Macabre.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le Goulp

Non, le Tenancier n'est pas tombé dans le Goulp. Il est simplement pris par des obligations semi-professionnelles.
Il revient bientôt. Profitez-en donc pour revoir certains vieux billets.

Les aventures de la Bibliothécaire,
un roman-photo - 5e épisode


Par Eva Truffaut

Macabre

Macabre, s m. Un mort - Ce mot paraît venir de ces danses macabres que les artistes du moyen âge peignaient sur les murs des cimetières. La Mort conduisait ces chœurs funèbres. On dit plus souvent Macchabées.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Ma sœur


L’autre fois j’ai eu un long coup de fil avec ma sœur. A cette occasion je lui ai indiqué que je venais d’achever Big Sur de Kerouac. Intriguée par ce titre qu’elle ne connaissait pas, elle crut que je parlais de Miller qui avait fait un titre similaire. Je la détrompais et lui signalais même qu’une certaine Lilian Bos Ross avait commis également un Big Sur dans les années 40, semble-t-il. Un lieu inspirant, indéniablement.
Il y avait comme une sorte de tendresse de la part de ma sœur à découvrir que j’avais lu un auteur qu’elle aimait beaucoup. La discussion roula également sur tout une littérature qui n’est plus beaucoup lue à l’heure actuelle – du moins par rapport à la fréquentation d’antan : Miller, Durrell, Lowry, Kerouac, auteurs que l’on retrouve assez facilement pour quelques uns d’entre eux à vil prix. Cela fait drôle, tout de même. On pense que la littérature est une chose intangible, invariable, bref un truc qui devrait procéder de l’accumulation et non de la substitution. Kerouac était avant vous et existera sans doute bien après… mais certains autres s’évaporent au bout d’une génération. On en trouve les scories dans le rayon des abandonnés, à côté de livres qui n’ont jamais eu de succès. Notre espèce est fort peu sentimentale pour ce qui concerne la littérature, contrairement à nos individualités qui s’accrochent parfois aux primes engouements de la jeunesse. Cela s’appelle aller de l’avant pour la généralité et des regrets pour nous même. En somme, j’ai été une bonne surprise pour ma sœur à mentionner cette lecture, je rentrais ainsi dans cette impalpable cénacle des interlocuteurs, comme un cap dépassé ou mieux : un passage de tropique, sans cérémonie ni Neptune et comme au-delà du langage familiale, un métalangage, en somme. Certes, cela arrive pour chaque rencontre ou les affinités littéraires se révèlent. Le plus curieux, et le plus exotique est que cela se soit passé à l’intérieur du lien familial et d’une façon extrêmement ténue. Mais cela devait bien finir par arriver, à force de ne plus fréquenter aucune nouveauté on en revient à ce que l’on tient d’essentiel et de ce que l’on a vu dans sa carrière et dans les bibliothèques des autres (et sans doute enfoui en lointaine remembrance, dans la mômerie), avec ce sentiment de pouvoir approfondir ce que l’on a guère connu que par la paume des mains ou d’un regard superficiel - même dans la bibliothèque de ma frangine sur laquelle je peux parfois avoir l'air de me moquer.
N’empêche, il y avait cette subtile reconnaissance de ma sœur. Il est des choses pour lesquelles on ne vit pas forcément. Mais c’est un plaisir délicat quand elles arrivent.

Louvetier

Louvetier, s. m Celui qui fait des dettes, qui a des loups. Ce terme est pris en mauvaise part, car le typo auquel on l'applique est considéré comme faisant trop bon marché de sa dignité.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Règlement de compte à Book City


Loup-phoque

Loup-phoque, s. m. Celui qui est hannetonné. Ce mot a été nouvellement introduit dans l'atelier typographique. L'orthographe que nous donnons ici est-elle exacte ? Nous ne savons; peut-être est-ce LOUP-FOC ou LOUFOC.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les aventures de la Bibliothécaire,
un roman-photo - 4e épisode


Par Eva Truffaut

Loup

Loup, s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même.
Faire un loup, c'est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l'atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l'atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice IX

Devant le coin romans (classement alphabétique) :
- « Et comment je fais pour trouver un roman écrit par un anonyme ?
- Quel titre cherchez-vous ?
- Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée. »

Lire

Lire, v. a. Indiquer sur une épreuve, à l'aide de signes particuliers, les fautes qu'on y découvre. Lire et corriger sont pour le correcteur des mots synonymes.
Lire en première, Corriger la première épreuve, celle qui est faite immédiatement après le travail du compositeur.
Lire en seconde ou en bon, Corriger l'épreuve déjà lue par l'auteur et sur laquelle il a écrit: bon à tirer.
Lire au pouce, Corriger en première sans l'aide d'un teneur de copie.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

10/18, encore...

Signalons que le blog Une folie polaire tente de dresser l'inventaire de la présence de Verne en 10/18. Si vous avez des informations supplémentaires à lui fournir, faites en part au Tenancier qui transmettra (possible texte de Butor, par exemple ou autre production faisant référence à Verne).


Lignes à voleur

Lignes à voleur, s. f. pl. Lignes composées d'une syllabe ou d'un mot de trois ou quatre lettres qu'il était possible de faire entrer dans la ligne précédente en espaçant moins large. Les lignes à voleurs, sont faciles à reconnaître, et elles n'échappent guère à l'oeil d'un correcteur exercé, qui les casse d'ordinaire impitoyablement. Les lignes étant comptées pleines, on conçoit l'intérêt du compositeur à n'avoir qu'un mot à mettre dans une ligne. Toutefois c'est le fait d'ouvriers peu soigneux.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 10

Valentin Magnan : Vertige et épilepsie absinthiques chez les animaux
Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 10
Fornax, MMVII

Lignard

Lignard, s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pétition

Ainsi la TVA pour le livre neuf va passer de 5,5 % à 7 %, recta, comme la "solution" de Sherlock, en somme. Le Tenancier s’était pourtant promis de ne pas revenir si tôt sur le terrain du livre neuf, vu qu’il avait collé des tartines sur le sujet des offices il y a peu. Mais, que voulez-vous… la crise (qui n’en n’est pas une, simplement un petit ajustement du système pour ceux qui la drivent), l’actualité... On a vu ça et là un léger mouvement pour s’indigner – mot à la mode - de cette augmentation, voire inciter à faire une pétition pour faire reculer le gouvernement. On se doute bien que le soussigné Tenancier se gardera bien de pétitionner, gardant sa signature éventuelle plutôt pour sortir un condamné du couloir de la mort. C’est comme ça. Si on se met à pétitionner à tout va, plus aucune signature n’a de valeur et l’on condamne le ci-dessus à une double peine : la mort et le foutage de gueule.
Bien.
Revenons à la TVA avant que je ne m’énerve. Parfois il faut savoir tendre l’oreille dans une conversation. C’est ainsi que sur ce sujet quelques personnes que je me flatte de compter comme des amis intervinrent sur le sujet. Il m’a suffit de retranscrire et de compresser un peu. Comme je ne leur ai pas demandé leur autorisation, je garde l’anonymat des intervenants, ils se dénonceront s’ils le veulent :
« […] Parmi toutes les mesures de rigueur du triple-A, celle-là ne me semble pas dramatique. Ça fait 30 cts sur un bouquin à 20 euros, 10 cts sur un poche. Je ne vois vraiment pas le problème, mais tous les auteurs, libraires, éditeurs et lecteurs hurlent au scandale. Le paquet de clopes prend 30 ou 50cts et tous se la bouclent, même ceux qui fument un paquet par jour alors qu'ils lisent au mieux un livre par mois. Les mutuelles augmentent, les pauvres trinquent encore et toujours et personne ne bouge. L'égoïsme et le politiquement correct sont d'insupportables constantes de cette société de merde pleine de pauvres d'esprit manipulés par les médias. Votez, veaux, élisez vos maîtres (le rose verdâtre est si joli) et crevez dans votre inamovible médiocrité ! »

« Les "pauvres", et bien, nous lisons gratos en bibliothèque! Sinon, on a arrêté nos mutuelles et oui, on passe notre petit pognon à fumer et à boire, ça nous délasse et ensuite, on baise, c'est gratuit! Merde, la vraie vie et les vrais gens, c'est pas des pétitions de bobos !!! »

« […] D'autant qu'il y a quand même pas mal d'autres secteurs qui subissent les mêmes hausses sans moufter... Que bien plus qu'un petit élan corporatiste, c'est d'une unité contre les incompétents actuels qu'il faudrait bénéficier. Et puis bon, une activité qui est au point de risquer de crever pour 1,5 % de hausse, c'est qu'elle ne va pas bien du tout du tout. Et que le mal est beaucoup plus profond que ça. Au lieu de chouiner là dessus, feraient bien de se pencher sur le pourquoi du comment... »

Qu’ajouter après cela ?
Et vous, les pétitions, ça va ?

Lézardes

Lézardes, s f. Raies blanches produites dans la composition par la rencontre fortuite d'espaces placées les unes au-dessous des autres. On y remédie par des remaniements.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le Tenancier a mangé un lapin...

Nous venons d'apprendre la disparition de Bruno Leclercq.
Nous nous joignons à la tristesse de ses amis et de ses proches.
Pour ceux qui ne savent pas encore qui il était, allez simplement ici. Certes, il n'était pas qu'un blog et j'ai désormais le regret d'avoir sans cesse remis l'occasion de le revoir. C'était une personne dont on s'honorait d'être le confrère.

Plus le cœur à grand chose ce soir.

Larrons

Larrons. V. Voleurs, s. m. pl.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (29e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Troisième intervention de SPiRitus à notre petit jeu. Et là, avec tout le respect que je lui porte, il charrie un peu, celui-là. Nous étions convenus tous que vous ne fourniriez que dix exemplaires de couvertures (les différents tomes d'un titre comptant pour un volume), et voilà que celui-ci m'intime quasiment l'ordre d'en mettre plus ! Heureusement qu'il ma fait une lettre bien tournée pour faire passer la pilule. Sachez donc que, la prochaine fois, si vous voulez m'en passer plus de dix, il vous faudra me faire une demande versifiée, pas moins, car il ne sera pas dit que je me serai embêté à vous mettre tout ça en page sans que vous trasnpiriez un peu de votre côté !

Mon cher Tenancier,

Je vous avais prévenu. Je me suis pris au jeu. Ou plutôt, la dysdizuitomanie m’a pris. Le virus, la plupart du temps, dort… mais lorsqu’il se réveille, comme assez récemment dans le grand et bel espace de la Manufacture à Montolieu, gare ! il distrait le bibliophile qu’il hante des rayonnages d’originales pour projeter son regard et ses mains sur d’interminables rangées de dos blancs marqués du chiffre fatal. Treize nouveaux volumes selon mon cœur ont ainsi rejoint les précédents. Et ces treize-là, je vous les livre, et vous prie de ne pas amputer cette liste pour la conformer au cahier des charges, car tel est le prix que doit payer votre culpabilité dans cette mienne, désormais, bibliomanie : accepter mes séries successives de 10/18 telles que je vous les adresserai. Et vos habitués auront la joie ou le déplaisir de voir ainsi se former, au fur et à mesure des billets, la bibliothèque portative d’un bel esprit.

SPiRitus

Remontons le temps...


N°141
Alphonse ALLAIS
LE CAPTAIN CAP / ses aventures, ses idées, ses breuvages
1964
[couverture : de Hans Troxler]

N°469/470
Georges DARIEN
BIRIBI
Préface d’Auriant
1970
[couverture : de Pierre Bernard]

N°714
Pierre Jean JOUVE
EN MIROIR (Journal sans date)
Nouvelle édition de Pierre Jean Jouve
1972
[couverture : de Pierre Bernard – Photo Ina Bandy]


N°971
Gustave LE ROUGE
LE MYSTERIEUX DOCTEUR CORNELIUS 1
Préface de Jean Hamon
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1975
[couverture : de Pierre Bernard]

N°972
Gustave LE ROUGE
LE MYSTERIEUX DOCTEUR CORNELIUS 2
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1975
[couverture : de Pierre Bernard]

N°1002
Marcel MARTINET
LES TEMPS MAUDITS suivi de LA NUIT
Préface de Nicole Racine
Préface de Léon Trotsky pour La Nuit
1975
[couverture : de Pierre Bernard]

N°1164
André HARDELLET
LOURDES, LENTES…
Préface de Pierre Seghers
1977
[couverture : de Pierre Bernard – Maillol : La Côte d’Azur – Photo Bulloz]

N°1226
Hugues REBELL
LES NUITS CHAUDES DU CAP FRANÇAIS suivi de LE MAGASIN D’AUREOLES et FEMMES CHÂTIEES
Préface d’Auriant – Postface d’Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1978
[couverture : de Pierre Bernard]

N°1228
Hugues REBELL
LA NICHINA
Préface d’Auriant – Postface d’Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1978
[couverture : de Pierre Bernard]

N°1245
Gustave LE ROUGE
LE SOUS-MARIN « JULES VERNE » suivi de LA RUE HANTEE
Préface, bibliographie et notes de Francis Lacassin
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1978
[couverture : de Pierre Bernard]

N°1662
Jules RENARD
JOURNAL (tome 4)
Avertissement de Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1984
[couverture : La Place Saint-Augustin (détail) par Caillebotte]

N°1918
René BOYLESVE
LA BECQUEE
Préface d’André Bourin
Série « Fins de Siècles » créée par Hubert Juin et dirigée par Jean-Baptiste Baronian
1988
[couverture : Mère et enfant (détail) par Edouard Vuillard]

N°1937
Gustave LE ROUGE
LA DAME NOIRE DES FRONTIERES suivi de L’ESCLAVE AMOUREUSE
Préface et bibliographie par Francis Lacassin
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1988

Signalons que ce jeu ne sarrêtera que pour deux raisons :
- L'extinction de ce blog
- Le manque de participants
D'autre part, désormais, si vous voulez mettre plus de dix couvertures, il va falloir montrer votre motivation en suivant les exigeances du Tenancier, ah ah ah ah ah ! (rire machiavélique)

Lardée

Lardée, s. f. « Composition remplie d'italique et de romain. » (P. Vinçard.) Vieilli.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les aventures de la Bibliothécaire,
un roman-photo - 2e épisode


Par Eva Truffaut

Lapin (Manger un)

Lapin (Manger un), v. Aller à l'enterrement d'un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l'issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd'hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin.
Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d'une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait: c'était la pensée attristante qu'il n'assisterait pas au repas de ses funérailles; en un mot, qu'il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l'automne d'antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s'envolèrent vers le bas Meudon et s'abattirent dans une guinguette au bord de l'eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N'est-ce pas gentil ça (1) ?
C'est jeudi. Il est midi; une trentaine de personnes attendent à la porte de l'Hôtel-Dieu que l'heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l'une d'elles, un typographe, « dans l'asile de la souffrance. » Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écoeurantes qu'on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit n° 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir; c'est le faux noyé dont il a été question à l'article Attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s'approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d'espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête: « N-i-ni, c'est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m'ennuie... Je tâcherai d'aller jusqu'à demain soir... parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin.» Cela ne vaut-il pas le Plaudite ! de l'empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ?

(1) Le typographe auquel il est fait allusion ici s'appelait Genty ; il est mort depuis que ces lignes ont été écrites.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fiches de police

Décidément, il est beaucoup question d’Eva Truffaut dans ce blog. Mais je pense que peu d’entre vous trouverait à s’en plaindre tant elle sait attirer notre intérêt avec de simples images. La série sur la bibliothécaire que nous avons entamée figure parmi les démarrages les plus fulgurants. Comme quoi on se demande pourquoi votre serviteur maltraite autant son clavier pour faire l’intéressant.
Tout cela pour attirer votre attention sur un billet tout récent d’Eva sur l’un de ses blogs dans lequel elle nous montre des fiches de police de quelques artistes renommés. On pense tout de suite au billet où je reproduisais des notices de police de la période pré-révolutionnaire qui figurent dans l’ouvrage de Robert Darnton.
Cliquez donc sur la série ci-dessous, cela vous conduira tout droit vers le billet d'Eva en question.


Je ferme les commentaires sur ce billet de manière à vous contraindre à vous manifester sur son blog...

L'absinthe ne vaut rien après déjeuner

L'absinthe ne vaut rien après déjeuner. Locution peu usitée, que l'on peut traduire : Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. Dans cette locution, on joue sur l'absinthe, considérée comme breuvage et comme plante. La plante possède une saveur amère. Avec quelle amertume le compagnon restauré, bien dispos, se voit obligé de se coller sur le marbre pour faire un travail non payé, au moment où il se proposait de pomper avec acharnement. Déjà, comme Perrette, il avait escompté cet après-dîner productif.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

L'Insaisissable a 100 ans !!!

Le Tenancier n’est pas porté sur les célébrations et trouve que généralement les commémorations tournent bien souvent au festival des opportunistes et des faux derches.
Il fera cependant une exception pour compenser la consternation éprouvée tout au long de cette année devant le peu d’allant à se rappeler la naissance de l’Insaisissable !
Par respect pour l’œuvre, je prie d’ailleurs mes lecteurs de se dispenser d’évoquer les conneries hunebelliennes et de vous rappeler l’étrange émotion dégagée par les films de Feuillade et la lecture prolongée des Livres populaires à 65 centimes sous la couverture de Starace.


Et puisqu’il faut un passionné, je ne puis qu’inciter le curieux à se procurer l’indispensable livre sur l’Insaisissable par AlFu.
Allez donc ici.

- Fantômas !
- Vous dites ?
- Je dis… Fantômas.
- Cela signifie quoi ?
- Rien… et tout !
- Pourtant qu’est-ce que c’est ?
- Personne… mais cependant quelqu’un !
- Enfin, que fait-il ce quelqu’un ?
- Il fait peur !!!

Kif-kif

Kif-kif. Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l'atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe.
Dans le patois algérien, kif- kif signifie semblable à : kif-kif bourico, semblable à un âne. Les compositeurs l'emploient pour dire qu'une chose est la même qu'une autre: C'est kif-kif, c'est équivalent, c'est la même chose.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les aventures de la Bibliothécaire,
un roman-photo - 1er épisode


Par Eva Truffaut

J'y fais

J'y fais. J'y consens, j'approuve. On dit J'y fais comme synonyme de Je marche. V. Marcher.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice VIII

- « Je vous félicite pour votre caisse à 1 euro, on y trouve aussi de très bons livres.
Un tour dans la boutique plus tard :
- Dites, je me demandais, ce très bon livre à 9 euros est en état très moyen, vous ne le mettriez pas dans la caisse à 1 euro ? »

Justification

Justification, s. f. Longueur de la ligne, variable suivant les formats.
Au figuré, Prendre sa justification, c'est prendre ses mesures pour faire quelque chose.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Books to go
Tellement mieux que Pizza Hut

Image transmise par Eva Truffaut

Jacques (Aller à Saint-)

Jacques (Aller à Saint-). v. Faire des bourdons. « Un compositeur que l'on envoie à Saint-Jacques, dit Momoro, est un compositeur à qui l'on indique sur ses épreuves des remaniements à faire, parce que celui qui corrige les épreuves figure avec sa plume une espèce de bourdon aux endroits omis pour indiquer l'omission. » C'est sans aucun doute de cette grossière représentation de l'espèce de long bâton sur lequel s'appuyaient les pèlerins à Saint-Jacques-de- Compostelle que vient le mot Bourdon. Il faut ajouter que l'expression Aller à Saint-Jacques est actuellement presque inusitée. V. Aller en Galilée, en Germanie.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883