Les "offices"
(7e round)


En décrivant le système des offices en librairie, je n’avais pas du tout en tête l'idée d’en faire le procès. Il est du ressort des professionnels de l’instruire s’ils le désirent. Au risque de se trouver confronté à ses propres errements. Au fond, je voulais expliquer un peu quelques aspects du fonctionnement de ce métier et des quelques séquelles plus ou moins graves qui en découlaient. C’était aussi une manière de marquer ma distance vis-à-vis de la béatitude de circonstance qui atteint curieusement nombre de libraires de neuf dès lors que l’on touche au cœur de ce métier ou que l’on feint un tant soi peu de s’en défier. En définitive, à les entendre, on continuerait ainsi à exercer un métier détaché des vicissitudes pour les plus mystificateurs – ou les plus naïfs – ou alors on s’emploierait uniquement à parer les méchancetés inouïes dont les éditeurs les abreuve pour les autres. On l’a bien remarqué à l’époque dans les commentaires qui suivirent ma déclaration sur mon intention de ne plus jamais revenir dans ce secteur là. Démonter ici le système des offices était une manière de prolonger mes affirmations qui paraissaient à d’aucuns plutôt péremptoire à l’époque. Il n’en n’était rien. Si l’on reprend la suite de ces billets et qu’on les inscrive dans la perspective de l’exercice quotidien d’un tel métier, cela devient beaucoup plus éclairant – du moins je l’estime comme tel. Ainsi, le fait de travailler sur une matière qui s’avilissait n’est pas que due à la conjoncture mais bel et bien à l’abdication d’une grande frange du métier face à des impératifs économiques étouffants. J’en ai payé le prix fort dans certains postes que j’ai occupé depuis mes débuts en 1979. C’est devenu une sorte d’écœurement. Par ailleurs, j’ai travaillé longuement dans une librairie qui a refusé ce fonctionnement pervers et qui a proposé une sorte de compromis avec la plupart des distributeurs du livre. Je ne déshonorerai pas son nom en le citant. Elle n’existe d’ailleurs plus du fait d’un départ en retraite. C’était la librairie Delatte – endroit où je considère avoir effectué un deuxième apprentissage et ce pour toutes les dimensions du livre : le neuf, l’occasion, la bibliophilie, etc. Curieusement, le seul qui n’a pu s’accorder de ce compromis était le groupe Hachette. Ce compromis, donc, était simple et diablement contraignant pour les diffuseurs : c’était accepter d’envoyer un représentant systématiquement pour toutes les nouveautés et n’accepter que des commandes insignifiantes la plupart du temps, avec une remise correcte et une faculté de retour des ouvrages. Ainsi donc, cela était fort possible. On ne recevait que ce que l’on demandait, rien de plus, rien de moins et l’on pouvait se permettre quelques erreurs. Les taux de retour demeuraient très corrects, voire en dessous de la norme des offices « normaux ». Signalons tout de même que cette vente était marginale. Cette librairie travaillait également avec un fonds en compte ferme, aussi bien neuf que d’occasion et tirait sa notoriété de l’exigence de la composition de ses rayons.
Une librairie peut tout à fait exister en travaillant en compte ferme. On ne va pas affirmer que c’est facile, on ne va pas affirmer que c’est la panacée. On veut dire simplement que c’est une chose saine. Il est certain que ce retour à cette sorte d’intégrisme est souvent le fait de librairies spécialisées, possédant une clientèle captive, capable de gérer un fonds de livres qui sont souvent à tirage restreint. On travaille ici sur le rare et le pointu. Mais c’est logique. A un stade où le livre commence à opérer une nouvelle mutation vers, disons, son ère postindustrielle, le livre revenu à un contenu culturel exigeant – veuillez lire : sans les merdes hâtives qui vont de l’essai politique au roman adultérin, par exemple – ne persistera que par sa capacité à durer bien plus longtemps qu’un brouillard électronique. On y croit. On y croit d’autant que nombre de ces librairies ont par ailleurs une autre politique vis-à-vis du livre et de son lectorat : entretien d’un fonds, vendeurs qualifiés et concernés qui, restant dans ce secteur-là, pourront espérer arriver à l’âge de la retraite dans la maturité de leur métier et non au chômage sous prétexte d’un salaire trop élevé à débourser pour l’employeur. C’est sans doute de ce côté-là, qu’il faut voir. Commencez à chercher une librairie où les vendeurs ont plus de trente-cinq ans. M’est avis que vous continuerez de les fréquenter après. Bref, une libraire qui perdure est une libraire qui investit et qui a banni la courte vue de son compte d’exploitation.
Pour le plaisir de ses lecteurs et sans doute pour l’honneur de la profession.
Allez, j’ai pas empoché le titre, mais je repars avec Belinda. Et, croyez-moi, ça c’est de la consolation !

Italique

Italique, adj . Penché, tordu. Il a les jambes italiques, il est bancal. Le sens de ce mot vient, sans contredit, du caractère dit italique, qui est penché.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les "offices"
(6e round)


Parler de « l’édition » ou de « librairie » pour ce qui concerne les affaires du livre comme l’on parle des « marchés » dès lors qu’il s’agit de la crise est absurde. C’est une manière de dissimuler, voire de déresponsabiliser les auteurs du problème mais aussi les victimes. Le système des offices est un procédé commercial simple mais dont la mise en œuvre est somme toute complexe parce qu’elle comprend des acteurs multiples, disparates, avec des objectifs qui divergent la plupart du temps (et « divergent », c’est énorme, comme dirait Desproges). On l’a bien remarqué avec le métier de la librairie. La position des professionnels vis-à-vis des offices varie. Elle parcourt tout le prisme, de l’adhésion au refus de ce système. Ici, on a surtout parlé du paroxysme de la sujétion économique que cela impliquait.
Il serait logique que dans cette tentative de décorticage nous rejetions totalement la responsabilité sur « l’édition » jusqu'à nous complaire dans une généralité accusatrice. On aurait tort. La pratique de l’office est majoritairement utilisée par les grands groupes d’édition des maisons moyennes, voire de petits éditeurs, mais qui sont presque tous assujettis à un système de distribution, que nous avons décrit au début de cet épisode, animé la plupart du temps par un binôme diffuseur/distributeur. On ne reviendra pas sur le détail de leur fonctionnement. Il y a là également des gradations de tel à tel autre groupe pour ce qui concerne leur fonctionnement.
Si les acteurs sont quelque peu bigarrés, il y a tout de même pas mal de ressemblances…
D’une certaine manière, l’édition est victime de la pratique des offices à son tour par les effets d’une dépendance qu’elle a elle-même induite : l’avance considérable de trésorerie que procure ce système a entraîné bon nombre de services commerciaux (liés aux diffuseurs) à pousser l’éditorial à accélérer et à diversifier les parutions de nouveautés. Au début de cette accélération, les diffuseurs ne faisaient qu’élargir subrepticement la grille d’office – Vous savez : cette liste de nouveautés qui devait coller à votre activité de libraire – ce qui eut pour résultat une grande agitation parmi les récipiendaires de ces envois. Imaginez donc une libraire spécialisée en littérature recevant des ouvrages de la série des Martine ou des recettes de cuisine (et j’exagère à peine !). Cela provoqua un tollé. Il fallut donc trouver un autre biais.
La solution se trouvait dans l’accélération des parutions de nouveautés et la diminution des tirages. Ainsi, telle nouveauté se trouvait mise à 90 % en place chez les libraires. Le tirage restant servait au réassort d’urgence. On statuait ensuite sur un éventuel retirage au cas où la demande serait abondante. Sinon, on tirait un trait pur et simple sur celui-ci. Cette « rationalisation » avait pour bénéfice secondaire de diminuer considérablement le stock dans les divers dépôts du distributeur. Le flux tendu est aussi une vulgate de la distribution du livre. Rappelez-vous de la durée interminable de certaines œuvres en librairie, comme Désert de Le Clézio, dont je vous ai parlé au début de cette série. Si le lectorat a changé, si celui-ci ne recrute plus autant de personnes capables de se fédérer sur un seul titre, il n’en demeure pas moins que ce manque d’assiduité est entretenu par les maisons d’édition – poussées par leurs services commerciaux – lesquelles ont tout intérêt à accélérer la rotation des titres dans les rayons. On pourrait sans doute ne pas s’en plaindre : plus de livres, c’est plus de variété et de lectures. Mais il est indéniable que, cette production s’accélérant, on ait recours à quelques expédients usités davantage dans la littérature populaire il y a des décennies de cela : recours à des rewriters pour des écrivains à fort tirage, utilisation de nègres (l’affaire Sulitzer/Loup Durand n’était qu’un hors d’œuvre assez modeste), « contractualisation » de la production des auteurs : ainsi ces auteurs issus du polar, transférés avec succès à la littérature blanche et contraints désormais de produire un roman tous les deux ans… de plus en plus consternants. Le vide littéraire ne s’arrête point ici. Citons encore ces produits à un seul usage poussés pour un seul roman, disparus à jamais par la suite (combien de récits porno chic - ou trash - des années 2000, écrits par de jeunes bourgeoises en rupture de ban ont disparu des référencements ?), ces jeunes loups qui ressemblent plus à des lou ravis participant au Barnum de la promotion à l’intérieur d’un groupe qui possède à la fois le groupe de presse, d’édition et également quelques solides ascenseurs. On pourrait rétorquer que ce vide-là n’est pas d’hier. Certes, les Foekinos, Nothomb et autres ne sont pas des modèles canoniques, ce sont plutôt des versions sophistiquées de la mécanique promotionnelle…
Cela nous éloignerait assez de notre sujet si l’on avait en tête que cette omniprésence d’auteurs dans la promotion assurait à l’éditeur un flux régulier de trésorerie, la promotion en question servant moins à la vente des dits ouvrages qu’à assurer leur place dans la prochaine grille de nouveautés. La rotation des titres est essentielle. On peut penser que l’idéal se situe désormais à moins d’un trimestre :
1 mois de promotion dans la presse
1 mois de vente
1 mois de réassort, ou de retours plus ou moins massifs
D’autres signes indiquant cette fuite en avant sont perceptibles. On pourrait attribuer uniquement celle-ci par la prégnance des services commerciaux. N’oublions tout de même pas que nombre de maisons d’édition ont été reprises en main par des gestionnaires ou de personne issues d’écoles de commerce. Je vous avais parlé accessoirement d’un abruti du marketing auquel j’ai eu affaire dans ma vie professionnelle. Ce cador ignare a fait du chemin, il est maintenant directeur général dans une maison connue. Qui cela étonnera-t-il ? Cela fait belle lurette que le livre est une marchandise comme les autres. Et elle ce monde-là n’a pas besoin de connaisseurs du livre.
Du reste, il semble bien que ce système soit en bout de course. La logique libérale veut que le vieux monde cède sa place. Nous assistons à la conclusion d’une histoire qui a commencé dans l’après guerre avec les libraires et qui finira sans eux et sans non plus les éditeurs (au sens traditionnel du terme). Depuis longtemps, la programmation de la dématérialisation des biens et des services était en route.
Plus de stock, plus de distribution, plus de diffusion, plus d’imprimerie, seulement quelques graphistes et un service promotionnel réduit.
Une mise à mort progressive du livre.
Nous en voyons maintenant les débuts. Mais ceci est une autre histoire.
Ne nous quittons pas comme ça, dans ce sixième round. Un peu de vaseline sur le pommettes et les arcades sourcilières et je repars. En attendant c’est Belinda qui se charge du panneau.
Ah… Belinda
Dans le septième et dernier round, on tentera de faire un rêve. Belinda y sera aussi.

Index

Index, s. m. Décision de la Chambre syndicale des ouvriers typographes qui interdit aux sociétaires de travailler dans telle ou telle maison, par suite d'infraction de la part du patron aux règlements acceptés. Les imprimeries à l'Index sont celles où le travail n'est pas payé conformément au Tarif. Les ouvriers typographes qui consentent à y travailler sont désignés sous le nom de sarrasins.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

L'Écroulement de la Baliverna ?


Empilé et dépilé gracieusement par Eva Truffaut

Il pleut !

Il pleut ! v. unipers. Exclamation par laquelle un compositeur avertit ses camarades de l'irruption intempestive dans la galerie du prote, du patron ou d'un étranger. Dans quelques maisons, il pleut ! est remplacé par Vingt-deux. Pourquoi vingt-deux ? On n'a jamais pu le savoir.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Jouez donc plutôt aux courses...

— J’ai toutes les originales d'Anatole France sur japon, me disait un jour un grand bibliophile.
... et il ajoutait avec une émotion non feinte, l'œil exorbité, la dextre levée et en enflant la voix :
ET NON COUPÉES !
Car il y a deux sortes de bibliophiles : ceux qui achètent des beaux livres parce qu'ils les aiment, et ceux qui n'achètent des bouquins que pour les mettre en portefeuille ainsi que des valeurs en Bourse, et les vendre au plus haut.
Il serait peut-être plaisant de faire l'apo­logie des seconds qui, dans une œuvre de l'esprit n'apprécient que la qualité de la matière. Mais, sincèrement, je crois que ces gens là sont dans l'erreur.
Je connais bon nombre de libraires spé­cialistes parfaitement avertis, qui se sont lourdement trompés et ont bu, comme on dit vulgairement, de sérieux bouillons. Com­ment l'amateur qui possède beaucoup moins de recoupements, réussirait-il ou le pro­fessionnel échoue ?
Je trouve absurde le quidam qui espère gagner des ors en faisant le commerce illi­cite du livre. C’est un fait que le livre de luxe fait figure de monnaie d'échange et de troc pour beaucoup de gens. Telle personne jetterait à la porte le malotru qui propose­rait de lui acheter le vaisselier de sa salle à manger ou la bergère de son salon mais se montre grandement flattée que le même in­dividu lui offre une somme importante pour tel volume de sa bibliothèque.
Il y a cependant cent autres manières de devenir millionnaire, et avec beaucoup moins de risques : Pourquoi tenter la spécu­lation hasardeuse sur les bouquins de luxe alors qu'on peut, par exemple, s'installer boucher détaillant ou marchand de cercueils avec une certitude de remise et de gain que ne vous donnera jamais le livre.
Peut-être les spéculateurs du livre me diront-ils qu'ils ont le goût du risque ? Alors plutôt que d’acheter des livres pour les revendre, pourquoi ne jouent-ils pas tout bonnement aux courses ?
Les ignorants déclarent qu'on perd tou­jours aux courses, mais les imbéciles après avoir gagné une ou deux fois se persuadent qu'ils vont gagner perpétuellement: ils re­mettent leur chance en jeu une fois de trop et, bien entendu, reperdent ce qu'ils avaient gagné, et même un peu plus.
Il est cependant des gens qui ont gagné aux courses, et qui, leur gain réalisé, se sont retirés du turf et n’ont jamais remis les pieds sur une pelouse. Moi, par exemple.
J'aurai même l'extrême gentillesse, puisque l'occasion s'en présente, de vous indiquer comment j'ai gagné aux courses.
Peut-être personne avant moi n'y avait-il pensé : L'idée m'est venue tout simple­ment de lire tous les jours, pendant une semaine les pronostics de courses et de lire également tous les lendemains les résultats. Cette lecture m'a éclairé : Je me suis aperçu que neuf sur dix des chevaux recommandés par les journaux n'étaient pas ceux qui arri­vaient au poteau.
Quelques minutes de réflexion m'ont alors permis de comprendre que si les chevaux, dits favoris, n'arrivaient presque jamais, c'était que personne — sauf les idiots qui les jouent — n’avait intérêt à ce qu'ils arri­vassent ; à savoir : ni les journalistes sportifs qui ne seraient tout de même pas assez gourdes lorsqu'ils ont un bon tuyau pour le commu­niquer bénévolement à des milliers sinon des millions de lecteurs à seule fin de faire tom­ber la cote ; ni les book qui préfèrent évi­demment payer une fois par hasard à un fou les 400 pour dix d'un tocquard plutôt que 4.000 fois les dix francs de prime d'un favori ; ni les propriétaires, les entraîneurs et les jockeys des favoris qui ont assez de modestie et de jugement pour jouer à coup sûr leurs rivaux.
D'où je conclus que la seule façon de jouer aux courses était de prendre unique­ment les chevaux absolument contre indiqués.
Ayant raisonné de la sorte, je m'amusai à lire le matin des grandes épreuves, tous les journaux donnant les pronostics et à jouer gagnant les deux ou trois chevaux qui non seulement ne figuraient jamais dans les « Études » et les « Pronostics », mais n'étaient point cités ; ou même, dont la présence dans ces grandes épreuves était ac­cueillie par les spécialistes comme une sorte de défi au bon sens, sinon à la plus élé­mentaire pudeur. Je prévoyais Lindbergh...
Je jouai ainsi pendant un mois sans transiger sur mes principes, et mes gains me permirent par la suite de figurer assez honorablement dans la Grande Vie Pari­sienne.
Quittons les chevaux et revenons vivement à nos moutons. S'il me paraît démontré qu'il est normal de gagner aux courses, rien ne me paraît moins probable que de pouvoir réaliser d'importants bénéfices en achetant au prix fort des livres et en les revendant.
Peut-être n'y a-t-il là qu'un quiproquo.
Dans un temps ou les Français n'avaient plus aucune confiance en eux-mêmes, les économistes distingués conseillèrent au menu peuple d'acquérir n'importe quelle marchan­dise et d'aucuns eurent l'idée d'acheter des livres, alors que d'autres accumulaient des complets-vestons ou des mobiliers art-mo­derne. L'année suivante, nul de ces Fran­çais moyens (qui n'auraient eu qu'à gar­der des billets de Banque pour doubler leur capital contrairement aux conseils des crétins d'économistes] ne pensèrent à re­vendre avec bénéfice leurs complets-vestons ni leur mobilier art-moderne, tandis que les acheteurs de livres voulurent se persuader que leurs bouquins — achetés d'ailleurs sans aucun discernement — avaient pris, par suite de la stabilisation monétaire, une valeur considérable... ... Tant pis si les réalités ne correspondirent pas à leurs désirs et si bon nombre de spéculateurs « à la noix » se trouvèrent ruinés.
Disons-le en toute sincérité: le plaisir du bibliophile consiste non pas à vendre mais à acheter. Acheter quand on a « de quoi » et encore plus quand il faut se priver du nécessaire pour s'accorder du su­perflu, voilà où réside le vrai bonheur.
L'agrément du bibliophile authentique, c'est de désirer un livre rarissime, de le rechercher, de fouiner, de dépouiller des ca­talogues, et, le jour ou l’oiseau rare est enfin annoncé à l’horizon, de se précipiter dès potron-minet chez le marchand, le cœur battant, avec la crainte qu'un autre amateur se soit levé plus matin et ne l’ait enlevé; de le trouver —Dieu merci!— sur son rayon, de le prendre en main, de l'examiner, de l'échanger contre une poignée de petits billets crasseux, de rentrer chez lui en le tenant sur son cœur, et, seul à seul avec lui, de le palper, de l’ausculter, de lui dénicher une place d'honneur dans la bibliothèque déjà comble et d'essuyer un reproche amer de la chère épouse qui eût préféré un renard argenté...

Jean Galtier-Boissière : Jouez donc plutôt aux courses...
Préface à Yvonne Périer : Conseils aux bibliophiles
Paris, Émile Hazan, 1930


Signalons que le texte ci-dessus n’est certes pas libre de droit. Le Tenancier le retirera immédiatement à toute demande des ayants droit sans barguigner !

Il n'y en a pas

Il n'y en a pas ! Réponse invariable du chef du matériel, du moins d'après le dire de MM. les paquetiers. Le chef du matériel est chargé, entre autres fonctions, de donner aux paquetiers la distribution et les sortes manquantes. On comprend qu'il soit assailli de tous côtés. On prétend que, d'aussi loin qu'il voit arriver vers lui un homme aux pièces, avant que celui-ci ait ouvert la bouche, il s'empresse de répondre à une demande qui n'a pas encore été formulée par ce désolant: Il n'y en a pas ! Dans quelques maisons, Il n'y en a pas ! est remplacé par Derrière le poêle !

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 9

Ernest Baudrimont : Altérations & falsifications de l'Absinthe
Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 9
Fornax, MMVII

Homme de bois

Homme de bois, s. m. Dénomination ironique qui sert à désigner un ouvrier en conscience ; il est corrigeur, homme de conscience ou chef du matériel. Se dit aujourd'hui à peu près exclusivement de celui qui fait les fonctions avec un metteur en pages.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice VII

- « Bonjour, tous vos livres sont à 1 euro c’est ça ?
- Non monsieur, seulement ceux dans la caisse devant la boutique. »

Hazard !

Hasard! Expression elliptique et ironique qui peut se traduire par: Cela arrive par hasard! pour dire: Cela arrive très fréquemment. Aujourd'hui, on emploie plus souvent H !.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Épigraphe pour un livre condamné

Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique.

Si tu n'as fait ta rhétorique
Chez Satan, le rusé doyen,
Jette ! tu n'y comprendrais rien,
Ou tu me croirais hystérique.

Mais si, sans se laisser charmer,
Ton œil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m'aimer ;

Âme curieuse qui souffres
Et vas cherchant ton paradis,
Plains-moi !... sinon, je te maudis !

Charles Baudelaire

Hareng

Hareng, s. m. « Nom que donnent les imprimeurs aux compagnons qui font peu d'ouvrage. Ce nom vient de l'Allemagne. » (Momoro.) Cette expression n'est plus usitée. En Allemagne, ce mot est synonyme de Gras ; on dit: il a reçu son hareng (hærring) pour: il a reçu son savon, son suif, son gras. V. ce mot.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les "offices"
(5e round)


On pourrait croire, tout au long des épisodes consacrés au système des offices en libraire, que je me borne à ne décrire qu’un emballement structurel qui serait à la longue fatal à la librairie. S’il est indéniable que les circuits économiques qui ont été mis en place depuis la guerre ont favorisé la dépendance économique du détaillant par rapport à de grands groupes d’édition, il ne faudrait pas pour autant déduire que le libraire est impuissant face à ce procédé qui l’asservit. Il peut s’en affranchir en refusant tout nettement son implication dans ce circuit commercial.
Certes, ce refus lui fera perdre quelques avantages par rapport à ses concurrents encore abonnés aux offices, comme des remises plus confortables, le retour des ouvrages. Il lui faudrait alors prendre conscience que tout ce qu’il commande – en compte ferme – serait une prise de risque, un engagement qui pourrait consacrer un repli de ce dit libraire vers des formes plus conservatrices, moins audacieuses. Mais la question est : comment un libraire qui adhère au système des office peut-il être concerné, puisque rien de ce qu’il reçoit dans ce cadre n’a été vraiment un choix initial ?
Ainsi, d’un côté, nous aurions une race de libraires austères, frileux, parcimonieux mais connaissant pertinemment ce qu’ils défendent. De l’autre un boutiquier qui ne vivrait que de l’éphémère des parutions et des remises en vente.
On a conscience à ce point que le trait est forcé, voire caricatural, car on rencontre nombre de professionnels des deux camps visant aux qualités de l’autre.
Revenons donc à ce libraire qui aurait renoncé aux système des offices. Son enjeu serait de maintenir sa trésorerie tout en répondant aux demandes de sa clientèle. La question d’abord se pose, évidente : un libraire a-t-il le devoir de suivre systématiquement l’actualité, de posséder tout ce dont on parle et même plus dans son fonds ? Bien naïf celui qui pourrait le croire puisque l’on en est à plusieurs centaines de titres de littérature – pour ne citer que cela - parus et répertoriés mensuellement par les bulletins du Cercle de la Librairie. Or, on se doute que même un libraire important adepte des offices ne peut tout absorber. On fera donc son deuil de ces chimères. Ce fantasme qui remonte probablement au mythe de la Bibliothèque d’Alexandrie est commun et se retrouve tantôt dans la supposée complétude de la FNAC ou de la « compétence universelle » des sites de vente électronique. Mais de là à la parcimonie extrême que l’on prêterait à notre libraire janséniste…
Mais après tout, qu’est-ce qui compte ?
Actuellement, la prescription des ouvrages ne se fait plus par l’intermédiaire des libraires. Leurs conseils ne sont plus prépondérants. A une redoutable majorité, l’amateur qui franchit le seuil d’une librairie sait ce qu’il veut par le biais de l’injonction des médias. Ainsi, nous voyons que, dépouillé du choix de son fonds, le libraire se voit aussi privé de la possibilité de défendre ce qu’il vend. Et d’ailleurs, quel intérêt ? D’où, du reste, un certain consensus sur l’absence de nombre de libraires à ce qui est pourtant primordial dans n’importe quel commerce de détail : le conseil ! Gageons qu’un libraire contraint de recentrer ses commandes aura a cœur de vendre des ouvrages qu’il connaît, ne serait-ce que parce qu’il travaille sans filet. En résumé, un libraire qui refuse ce système-là doit reconquérir une clientèle sur un choix restreint, durable (car amener un lecteur honnêtement sur un type d’ouvrage qui n’appartient pas au domaine de la manipulation, du marketing ou de la publicité prend énormément de temps, parfois) et accepter de ne plus courir après l’actualité littéraire (qui ressemble plus en définitive à un défilé de modes) sinon que pour des auteurs qui lui siéent et dont il sait qu’ils auront un impact sur une clientèle qu’il connaît parfaitement.
Sans nul doute, cette évolution vers une certaine responsabilité économique occasionnerait quelques dégâts. On verrait nombre de libraires disparaître de par le fait que, tout à coup, les personnes qui tiennent certaines librairies ne seraient en définitive pas faites pour ce travail, soumis aux aléas d’un choix personnel et au travail d’un fonds véritable (car ce fonds-là n’est plus constitué non plus de livres retournables !) avec une rotation lente. Je pense même que la France se découvrirait tout à coup un grand désert culturel si par un coup de baguette magique on supprimait le système des offices. A moins d’une lubie initiée par un quelconque gesticulateur précoce, on voit mal, du reste comment une telle chose pourrait se produire – de toute façon, nos ministres chargés du commerce sont des amis de la culture.
Par ailleurs, il va de soi que le système des offices, s’il apporte un lâche confort au libraire, est une facilité dont les maisons d’édition ont su faire usage et même fructifier tout au long des années. Comme le remarquait un commentateur d’un précédent billet, ce système a pour avantage d’avancer une trésorerie considérable à l’éditeur, lui permettant même de faire de la cavalerie durant les périodes difficiles. Mais cet aspect si flagrant n’est pourtant pas un bénéfice si spectaculaire. En entérinant les offices à la suite des libraires, les éditeurs ont mis le doigt dans un engrenage dont on s’amusera à décrire les effets dans un billet à venir (car nous ne pensiez tout de même pas vous débarrasser de moi comme cela, non ?)
Revenons encore une fois sur ce fameux libraire en compte ferme. Vous risquez de ne pas trouver chez lui un grand nombre d’ouvrages inutiles : sujets triviaux et rebattus, illustrés médiocrement légendés, premiers jets de romans hâtivement imprimés, proses d’almanach, souvenirs de starlettes, etc., tout bonnement parce que cette marchandise est périssable. Si vous le désirez vraiment, il vous commandera (cela fait partie de son métier et ne peut dignement vous le refuser) ce genre de chose.
A tout le moins, vous rencontrerez certainement quelqu’un qui a lu (et ce n’est pas une tautologie, hélas), dans un endroit qui présente une collection d’ouvrages choisis par ses soins ou ceux de ses collaborateurs éventuels lesquels ne sont plus des manutentionnaires (certaines libraires « à offices » ont un salarié dévolu à la préparation des retours et rien qu’à cela…) Vous devrez vous attendre à une longue discussion, à devoir répondre à quelques discrètes injonctions. Les premiers temps risquent de n’être guère concluants, car il faut du temps pour connaître une personne et plus encore ses lectures. Vous n’achèterez peut être rien la première fois. Mais vous aurez envie d’y retourner, ne serait-ce que parce que l’on a fait attention à vous et que l’on a des chances de se souvenirs de vous la prochaine fois.
Ah zut, je suis en train de décrire un libraire de livres d’occasion, comme George…
Mais, je vous rassure, malgré mes propos pessimistes, je puis vous garantir que ces libraires de neuf existent également.
Allez, je rejoins mon tabouret pour cracher mon protège-dents dans le bassinet. Je respire un grand coup, faut que je soigne mon uppercut… J’ai dû encaisser un mauvais coup, la fille qui porte le numéro a une drôle d’allure.

Hannetonné

Hannetonné, adj Atteint de cette maladie spéciale qu'on nomme hanneton. La définition donnée par Alfred Delvau n'est pas exacte. Pour lui, un hanneton est un homme qui « se conduit comme un enfant. » Ce n'est pas cela : le hannetonné agit en vertu d'une idée fixe, et on sait que les enfants n'ont guère de ces idées-là.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Si ça vous démange, vous avez toujours un Index !


« emile Zola. Opéra omnia (Décrets des 19 sep­tembre 1894, 25 janvier 1895, 27 août 1896, 1er sep­tembre. 1898).
Emile Zola (1840-1902). Fils d'un ingénieur italien, né à Paris. Il entra en 1864 à la maison Hachette et prenant comme modèles Musset, Flaubert et Taine, il s'essaya à écrire et ne tarda pas à devenir le plus célèbre des romanciers naturalistes.
Ses œuvres sont tellement ignobles que ses amis mêmes finissent par en avoir la nausée. On y trouve une habile facture, mais elles sont toujours immorales et fausses, souvent d'une obscénité et d'une crudité répugnantes.
Son ouvrage principal est intitulé Les Rougon-Maquart et comprend de nombreux volumes. Dans tous ses romans, il y a un milieu, une brute et un chœur composé de braillards. Tous ses héros sont des mons­tres : les ouvriers dans L’ Assommoir ; les hommes du monde débauchés dans Nana ; les bourgeois viveurs dans Pot bouille ; les mineurs dans Germinal ; les paysans dans la Terre ; les financiers dans L’Argent : les soldats dans la Débâcle, etc., etc.
Sur la fin de sa vie, il fit une trilogie anticatholique intitulée les Trois Villes : Paris, Lourdes, Rome, et une trilogie matérialiste : Vérité, Travail, Fécondité, Après avoir pris une part 'considérable à l'affaire Dreyfus, il mourut misérablement le 28 septembre 1902. »

Ce petit passage est gracieusement offert aux ultramontins au petit pied, aux moralisateurs du web, à ceux qui se prennent pour Léon Bloy, ou qui ont encore de la tisane vichyste au bord des lèvres, histoire de leur inspirer un modèle !
Les autres le liront aussi car l'ouvrage de l'abbé Bethléem fut aussi déterminant pour lire "ce qu'il ne faut pas" que le fut Le Secret du Confessionnal pour la sexualité.
C'est dire.

Hanneton

Hanneton, s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue.
Avoir un hanneton dans le plafond, c'est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte.
Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c'est, nous l'avons déjà dit, la passion de l'art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet; car il tourne au profit de l'humanité. Combien de veuves, combien d'orphelins, combien de pauvres vieillards ou d'infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d'autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu'il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci: Un bon typographe, connu de tout Paris, d'humeur égale, de moeurs douces avait le hanneton de l'improvisation. Quand il était pris d'un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l'aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s'étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu'il avait improvisé de cette façon et qu'il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d'une bouteille pleine d'eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise. » C'est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu'il frise le coup de marteau.
Un autre a le hanneton de l'agriculture : tout en composant, il rêve qu'il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d'Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu'il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d'ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu'il cultive; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l'approche du siège de Paris. Vous voyez d'ici la chèvre !
Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s'en va, et, s'arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l'angle d'un mur; puis, d'une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute: « Une voiture ! une voiture ! » jusqu'à ce qu'un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé.
Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu'il croit applicables à son affection. Nous l'avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s'exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir... cocher.
Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n'a été inventé qu'en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu'il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné,
Sur les humides bords des royaumes du Vent,
de nombreux rhumes de cerveau.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (28e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

« — J'ai fait le compte, me dit Gustave Le Rouge, J'ai eu huit millions de lecteurs. »
Voici donc l'inventaire, que l'on a tendance à penser complet, des ouvrages de Gustave Le Rouge en 10/18. Ces livres sont issus de la bibliothèque du Tenancier. Tous font partie de la série « L'aventure insensée ». On ne résiste pas au plaisir de reproduire les titres des différentes parties du Mystérieux Docteur Cornélius, qui correspondent aux livraisons des parutions originales !
Cela va de soi, ce billet est amicalement dédicacé à SPiRitus...



Le Mystérieux docteur Cornélius
Tome I - n° 971
1 - L'Énigme du «creek sanglant»
2 - Le Manoir aux diamants
3 - Le Sculpteur de chair humaine
Préface de Jean Hamon
a.i. : 30 avril 1975 - Couverture de Pierre Bernard
Tome II - n° 972
4 - Les Lords de la Main Rouge
5 - Le secret de l'île des pendus
6 - Les chevaliers du chloroforme
a.i.: 30 avril 1975 - Couverture de Pierre Bernard
Tome III - n° 991
7 - Un drame au Lunatic-Asylum
8 - L'Automobile fantôme
9 - Le Cottage hanté
10 - Le portrait de Lucrèce Borgia
Présentation de Blaise Cendrars
a.i. : 10 septembre 1975 - Couverture de Pierre Bernard
Tome IV - n° 992
11 - Cœur de Gitane
12 - La croisière du Gorill-Club
13 - La Fleur du Sommeil
14 - Le Buste aux yeux d'émeraude
Préface de Francis Lacassin
a.i.: 12 septembre 1975 - Couverture de Pierre Bernard
Tome V - n° 1003
15 - La Dame aux Scabieuses
16 - La Tour Fiévreuse
17 - Le Dément de la Maison Bleue
18 - Bas les Masques !
Préface de Raymone Cendrars
Bibliographie de Francis Lacassin
a.i. : 22 octobre 1975 - Couverture de Pierre Bernard

La princesse des airs
(En collaboration avec Gustave Guitton)
Tome I - n° 1075
Préface de Francis Lacassin
a.i. : 2 juin 1976 - Couverture de Pierre Bernard
Tome II - n° 1076
Bibliographie de Francis Lacassin
a.i. : 20 mai 1976 - Couverture de Pierre Bernard

Le prisonnier de la planète Mars
n° 1077
Préface de Françis Lacassin
a.i. : 10 juin 1976 - Couverture de Pierre Bernard
La Guerre des vampires
n° 1078
Postface de Pierre Versins
Bibliographie de Francis Lacassin
a.i. : 10 juin 1976 - Couverture de Pierre Bernard


La Conspiration des Milliardaires
(En collaboration avec Gustave Guitton)
Tome I - n° 1148
Préface et répertoire des personnages par Francis Lacassin
d.l. : 2e trimestre 1977 - Couverture de Pierre Bernard
Tome II - n° 1149
d.l. : 2e trimestre 1977 - Couverture de Pierre Bernard
Tome III - n° 1159
d.l. : 2e trimestre 1977 - Couverture de Pierre Bernard

Le sous-marin « Jules Verne »
et
La rue hantée
n° 1245
Préface, bibliographie et notes de Francis Lacassin
d.l. : 2e trimestre 1978 - Couverture de Pierre Bernard

Todd Marvel, détective milliardaire
n° 1797
Préface et répertoire des personnages par Francis Lacassin
a.i. : août 1986 - Couverture : reproduction de la couverture du premier fascicule (1923)
L'Amérique mystérieuse
n° 1800
a.i. août 1986 - Couverture : reproduction de la couverture du douzième fascicule (1923)

La dame noire des frontières
suivi de
L'esclave amoureuse
n° 1937
Préface et bibliographie par Francis Lacassin
d.l. : juin 1988

La reine des éléphants
suivi de
La vallée du désespoir
n° 1938
Préface et bibliographie par Francis Lacassin
d.l. : juin 1988 - Couverture : illustration extraite du Journal des voyages


Signalons que ce jeu ne s'arrêtera que pour deux raisons :
- L'extinction de ce blog
- Le manque de participants
On encourage vivement ceux-là à préparer des bibliographies thématiques quand ils le peuvent...

H !

H ! Exclamation ironique qui est employée dans une foule de circonstances. C'est l'abréviation du mot hasard, dont on se sert également. H ! ou hasard ! est employé ironiquement et par antiphrase pour dire qu'une chose arrive fréquemment. Un poivreau vient-il promener sa barbe à l'atelier, H ! s'écrient ses confrères. Quelqu'un raconte-t-il une sorte un peu trop forte, son récit est accueilli par un H ! très aspiré et fortement accentué.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice -VI

- « Houlala, tu as vu tous ces livres ?
- Ben oui papa, on est dans une librairie. »

Guitare (Avoir une sauterelle dans la)

Guitare (Avoir une sauterelle dans la), V. Avoir le cerveau un peu détraqué. V. Hanneton.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les "offices"
(4e round)


A la relecture des précédents billets sur les offices, je constate que j’avais sans doute omis un facteur déterminant pour faire sentir à quel point le système de distribution des livres avait changé. Ce constat repousse au moins d’un billet le vif de notre sujet. Mais, après tout, pourquoi pas ? Vous n’êtes pas pressés, je pense…
Pour évoquer celui-ci, je vais me contraindre à ne parler que de ma propre et modeste expérience.
Je suis arrivé dans le métier, véritablement, en 1979, après avoir fréquenté les métiers de la restauration. J’avais dix-neuf ans et, bien qu’étant déjà au fait du monde du travail, j’apprenais à ce moment un nouveau métier, de nouvelles perspectives et surtout une sorte de respect que l’on témoignait pour celui-ci, respect qui n’était pas tout le temps dû au serveur de restaurant que j’étais auparavant. A cette époque, le paysage littéraire français était assez différent, de par les personnalités qui occupaient la première place et de par la méthode par laquelle on vendait leurs ouvrages. Certes, les offices – puisque c’est toujours notre sujet – existaient avec leurs cortèges d’abus et d’énervement. Il m’est arrivé à l’époque de refermer des cartons entiers de retours au distributeur. Il y avait cependant un ennui qui existait à l’époque et que je ne crois gère retrouver désormais si d’aventure je retournais en librairie de neuf. Expliquons-nous. On, vous a décrit l’office comme une mise à disposition des nouveautés, on vous en a décrit le mécanisme, stipulant qu’une date limite devait être observée pour le retour des ouvrages. Au-delà d’un an, l’ouvrage restait chez vous si vous aviez oublié de le retourner. Or le problème se posait à l’époque. Que faire avec Désert, de Le Clézio, qui continuait de se vendre très régulièrement plus d’un an après sa parution ? Certes, la permanence des ventes d’autres ouvrages n’était pas systématique. Certains livres, après un premier mouvement, stagnaient dans les rayons et étaient retournés sans remords. A cette époque, il fallut bien se résoudre de continuer de conserver Désert mais en quantité moindre, faire plus attention, ne pas risquer de trop commander, ne pas immobiliser trop d’argent. Mais on continua de vendre ce titre encore un long moment. L’ouvrage eut énormément de succès, il fut aux « meilleures ventes » en 1980 sur les listes professionnelles ou de certains magazine (presque tous, je pense). Signalons que ce ne fut pas le seul livre dans ce cas, d’autres continuèrent de se vendre avec constance bien après leur date théorique de retour.
Alors quoi ?
Eh bien, je pense que tel phénomène ne se reproduirait désormais plus. La durée de vie d’un livre en librairie s’est rétrécie à un mois, voire deux. Le temps du livre qui, en des périodes anciennes, excédait le temps de la vie d’un homme, ne dure plus que le temps de quelques inspirations. Il semble que nous pouvons dire adieu à des tirages pharaoniques qui duraient parfois une cinquantaine d’années (ainsi, il suffisait à un bibliophile fauché et attentif de récupérer des originales sur papier d’édition à même le catalogue de chez Gallimard ou du Mercure de France…) et constater qu’aujourd’hui les tirages moyens suffisent seulement à couvrir la mise en place des ouvrages en librairie, plus quelques exemplaires pour un éventuel réassortiment. Si l’édition continue une progression de son chiffre d’affaire, cela tient au fait que la production a évolué. Plus de gros tirages sur quelques titres, mais une multiplicité de parutions à tirages ajustés. Plus clairement, au lieu de 5 livres à 10 000 exemplaires (ce qui est déjà coquet, tout de même) on en aura 10 à 5000 (ce qui serait le tirage moyen d’un premier roman, s'appliquant également aux auteurs confirmés). Si, par miracle, un titre venait à faire un carton – ou un Goncourt, les prix ont encore leurs moutons – l’imprimerie moderne peut pallier les ruptures de stock en 48h.
La réalité est là : on mise désormais sur des livres à obsolescence rapide et non autour d’une œuvre. L’éditeur ne travaille plus sur la pérennité de son catalogue mais sur la gestion précise de ses dépôts, avec cette obsession du passif au bilan de fin d’année.
Il fallait qu’avant de continuer plus avant l’on évoque cette durée accélérée. Si le domaine du livre avait peu ou prou échappé à la logique de la production industrielle, ce n’est certainement plus le cas à l’heure actuelle. Cette accélération temporelle se constate à tous les niveaux de la production du livre comme pour l’auteur, parfois prisonnier d’un contrat qui lui impose la production d’un livre tous les deux ans. Peu importe qu’il soit hâtif et mauvais – on a capitalisé sur sa réputation… Sinon, un « auteur-savonnette » (à l’image de ce qui se fait dans l’industrie du disque) fera aussi bien l’affaire. A jeter après usage unique. Constatons aussi que cette production calibrée ne saurait excéder un certain nombre de pages : 250 étant une pagination idéale pour différente raison : temps d’occupation sur la machine, calibrage de la quantité de papier nécessaire et également le temps passé à lire l’ouvrage pour pouvoir passer à un autre titre. Pour cela, au besoin, des rewriters seront là pour aider à élaguer ce qui dépasse.
Évidemment, lorsque l’on arrive dans le métier de libraire avec une sorte d’idéal, on déchante au fur et à mesure que l’on voit apparaître tout cela. Mais que je rassure tout le monde. Au bout d’un moment, on en part, et on peut aboutir à un autre temps du livre, celui ancien ou d’occasion (mais cette histoire d’obsolescence est également en train d’envahir ce domaine, on en parlera un jour, avant la fin de ce blog, je pense).
Là encore, nous avons l’air de nous éloigner du système des offices. C’est qu’il fallait élargir le tableau de nouveau. Maintenant que j’ai évoqué cette accélération, on voit à quel point le système des offices devient un outil redoutable pour les commerciaux et surtout un certain type de « gestionnaire »…
Après avoir évoqué cet « épiphénomène », on va tout de même retourner au mécanisme lui-même en ayant conscience que le système des offices n’est pas du tout la cause mais un moyen. On évoquera aussi la cause.
Voici que les soigneurs viennent agiter leurs serviettes autour de moi. Je prends une nouvelle goulée d'air, j’attends le signal de la reprise et je reviens après les 3 minutes réglementaires.

Grebige

Grebige ou Grebiche, s. f. Cette expression, usitée seulement dans quelques ateliers, au Moniteur universel, par exemple, désigne la ligne de pied qui contient le nom d'imprimerie suivi ou précédé d'un numéro d'ordre ; c'est sans doute le nom même de celui qui fit cette petite innovation.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (27e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Nous avons reçu ce mot de SPiRitus, nous le reproduisons tel quel :

Mon cher Tenancier,

Faut-il donc que je vous aime pour continuer de vous adresser des billets (et des doux, hein !) que votre cruelle indifférence persiste à ignorer ! Car, voici la quatrième sélection de 10/18 que je vous envoie, alors même que vous ne publiâtes que la première, il y a déjà fort longtemps, à cette époque où je ne désespérais pas de vous séduire, et où, manquant de finesse, j’employais pour cela les gros moyens : Sade, Trotsky, Louÿs, Bataille. Ah, comme elle me fit plaisir l’apparition de cette inaugurale liste emmi vos feuilles d’automne – n’était-ce pas comme passer discrètement la main dans votre pipero-saline chevelure ? – et comme elle me fut un encouragement à poursuivre en cette voie ! Je m’attachai, depuis lors, à affiner mes goûts dans le seul but de vous proposer des listes, toujours plus pertinentes, toujours plus susceptibles de vous plaire. Je croyais naïvement et sincèrement y être parvenu. Lorsque vint la trahison. Une trahison répétée et multiple. Avec Eva, avec Dominique, avec Francis, avec Adria. Combien d’autres ? Tous, vous les couchâtes sur votre blog, me laissant seul à son pied, mouillant de mes larmes intarissables le monticule de mes chers 10/18.
Ah, mais n’allez pas croire à des reproches ! Je vous sais trop d’une santé généreuse et insatiable pour ne pas comprendre que vous ne puissiez vous satisfaire d’une même nourriture, toujours. Je ne vous en veux pas, allez ! En voulez-vous la preuve ? Jetez donc un œil ci-dessous : une liste, encore, mais qui manqua de peu de cadrer.


N° 453
Noël ARNAUD
LES VIES PARALLELES DE BORIS VIAN
1970-1976
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 768
ARRABAL
LE PANIQUE
1973
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 797
Georges DARIEN
L’EPAULETTE
1973
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 974
Joris-Karl HUYSMANS
EN MENAGE
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1975
[couverture : Les gaillardes d’arrière (détail) par Félicien Rops]

N° 1148
Gustave LE ROUGE
LA CONSPIRATION DES MILLIARDAIRES 1
Préface et répertoire des personnages par Francis Lacassin
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1977
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 1172
R.-L. STEVENSON
LE CREUX DE LA VAGUE
Traduit par Théo Varlet
Suivi de documents réunis par Francis Lacassin et traduits par Jacques Parsons
Série « L’aventure insensée » dirigée par Francis Lacassin
1977
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 1262
LAURE
ECRITS, FRAGMENTS, LETTRES
Texte établi par J. Peignot et le Collectif Change
1978
[couverture : de Pierre Bernard]

N° 1724
Jules RENARD
SOURIRES PINCES
Introduction par Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1985
[couverture : Le pont d’Argenteuil (détail) par Caillebotte]

N° 1807
Maurice BARRES
LE CULTE DU MOI
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1986
[couverture : Enterrement du comte d’Orgaz (détail) par le Greco]

N° 1814
Edmond de GONCOURT
OUTAMARO HOKOUSAÏ
Préface d’Hubert Juin
Série « Fins de Siècles » dirigée par Hubert Juin
1986
[couverture : Kobaki Kokye soulevant la moustiquaire sous laquelle dort son meurtrier (détail) estampe d’Hokousaï]

N°1992
***
LE XIXe EN 10/18 – Tome II (1855-1900)
Textes littéraires français choix établi par
Jacques et Colette Beaufort, Jacques et Brigitte Cazeaux, Jean-François Dècle, Jean-Noël Pascal, Jacques Spiess
1989
[couverture : Autoportrait de Baudelaire]

Rhââââ ! J'vous jure ! J'ai beau dire qu'il y a du monde dans la file d'attente et voici qu'on me fait de la relance sur les reproches ! Il arrivent même que l'on m'adresse des réclamations alors que je n'ai rien reçu du tout. Alors, rappelons avec patience que vous pouvez m'envoyer vos fichiers à l'adresse qui se situe en bas à gauche de ce présent blog, mais qu'il faut savoir attendre ! Prenez en de la graine pour la présentation ci-dessus. SPiRitus m'a demandé de bouleverser l'ordre de parution de ses 10/18, le dernier billet envoyé se trouvant ci-dessus. Je suis obéissant, je m'exécute. Et comme je suis faible, je fais une dérogation exceptionnelle à la règle qui veut que l'on ne mette que dix couvertures (les différents tomes pouvant compter pour un). Non que je me sente fautif, notez bien, mais il est vrai qu'un quiproquo avait retardé la publication de l'un des billets. Ça va pour cette fois, mais n'y revenez pas, hein !
Au fait, pour qui ne connait pas le magnifique travail de SPiRitus, c'est ici.

Grate

Grate, s. f. Abréviation de gratification. La journée des typographes, dans les ateliers de Paris, est de dix heures. Quand un ouvrage est pressé, le prote fait quelquefois travailler un ou plusieurs ouvriers en dehors des heures réglementaires ou les jours fériés. Ces heures supplémentaires donnent droit à une gratification que le Tarif fixe à 25 centimes par heure. C'est ce qu'on appelle la grate. Elle a été établie surtout en vue de provoquer le maître imprimeur à occuper le plus possible d'ouvriers. Il a, on le comprend, un moyen facile d'échapper à la gratification : c'est de mettre sur le même ouvrage un nombre d'hommes suffisant pour qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir recours aux heures supplémentaires. Tous le feraient assurément, si trop souvent l'espace ne leur manquait.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Enquêtes littéraires

C’est un fait solidement établi qui veut que, dans les démocraties, il ne peut en aucun cas exister de police qui se permettrait de surveiller les mœurs et les opinions de ses concitoyens au motif de police secrète ou dans l’objectif de traquer un "ennemi intérieur". Fariboles que tout cela, puisque la démocratie garantit le pluralisme et la diversité des opinions. Elle ne saurait ainsi avoir d’ennemis, tout au plus des contradicteurs ou, au pire, des contestataires, rien que l’éducation et le langage policé ne sauraient rendre à merci, en somme. Laissons donc ces habitudes de police à l’Ancien Régime, lesquelles apparaissaient immarcescibles et soumises aux désirs du potentat, naturelles à l’époque, inconcevables actuellement.
Dans ces dites période, la police établissait des rapports fort intéressants et qui peuvent servir désormais à faire une sorte de portrait particulier des lettres. Robert Darnton, dans son Bohème littéraire et Révolution – Le monde des livres au XVIIIe siècle (1983), reproduit quelques une des fiches de police établies quelques temps avant la Révolution. On ne résiste pas à l’envie de les montrer ici à notre tour.

CORSAS : « Avocat non inscrit sur le tableau, est propre à faire toutes sortes de vilains métiers. Chassé de Versailles et mis à Bicêtre [prison pour délits infâmes] par un ordre de la main du roi pour y avoir corrompu des enfants qu'il avait pris en pension, il est venu se retirer dans une chambre au quatrième étage rue Tiquetone. Corsas a fait des libelles contre M. de Brunville et a été lui proposer de découvrir ceux qui les lui ont fait faire. Il est d'intelligence avec un garçon imprimeur de l'imprimerie Polytype, lequel a été chassé des autres imprimeries. On le soupçonne d'y avoir fait imprimer des ouvrages obscènes. Il colporte des livres prohibés. Il se vante d'être soutenu par des conseillers au Parle­ment. »

CARRA : « Est un méchant écrivain qui prétend avoir acquis beaucoup de connaissances dans les pays étrangers qu'il a parcourus en sortant d'une ville de province de France, où il a eu dans sa jeunesse un procès criminel pour vol avec effraction. Il est ivrogne. Carra fait des libelles et des projets; il va souvent à Passy chez un Américain insurgé [Franklin ?] ; il est en liaison avec Corsas, chassé de Versailles et mis à Bicêtre. »

AUDOUIN : « Se disant avocat, faiseur de nouvelles à la main, colporteur de livres défendus, il s'est associé avec Prudhomme, Manuel et autres mauvais auteurs et colporteurs. Il est de tout métier; il sera espion quand on le voudra. »

DUPORT DU TERTRE : « Qui fait solliciter un emploi dans les bureaux de la police, est un avocat peu employé au Palais, quoiqu'il ne soit pas sans mérite. Il n'a pu réussir à obtenir une place dans les Domaines. Il occupe un médiocre appartement au troisième étage. Il ne respire pas l'opulence. On en dit géné­ralement du bien; il a une bonne réputation dans son quartier. »

DELACROIX : « Avocat, écrivain, a été rayé du tableau des avocats. Il fait des mémoires dans de mauvaises affaires ; et quand il n'a pas de mémoires à faire, il fait de méchants ouvrages. »

MERCIER : « Avocat, homme bizarre, farouche; il ne plaide ni ne consulte. Il n'est pas sur le tableau, mais il prend le titre d'avocat. Il a fait le Tableau de Paris en quatre volumes et autres ouvrages. Ayant peur de la Bastille, il s'en est allé, puis il est revenu, et il voudrait s'attacher à la police. »

MARAT : « Hardi charlatan. M. Vicq d'Azir demande, au nom de la Société Royale de Médecine, qu'il soit chassé de Paris. Il est de Neuchâtel en Suisse. Beaucoup de malades sont morts dans ses mains, mais il a un brevet de médecin qu'on lui a acheté. »

CHÉNIER : « Poète insolent et violent. Il vit avec Beauménil de l'Opéra, qui dans le déclin de ses charmes en est devenue amoureuse. Il la maltraite et la bat, au point que ses voisins rapportent qu'il l'aurait tuée, s'ils ne fussent venus à son secours. Elle l'accuse de lui avoir pris ses bijoux; elle le dépeint comme un homme capable de tous les crimes, et ne cache pas qu'elle a eu le malheur de s'en laisser ensorceler. »

FRERON : « Qui n'a ni l'esprit ni la plume de son père, est généralement méprisé. Ce n'est pas lui qui fait l'Année Littéraire, quoiqu'il en ait le privilège. Il y emploie de jeunes avocats sans causes. C'est un insolent et un lâche qui a reçu bien des coups de bâton dont il ne se vante pas, et tout novissime de la main du gros Desessarts, comédien, qui dans une de ses feuilles avait été appelé ven­triloque. Il est lié avec Mouvel, chassé de la Comédie pour fait de pédéras­tie. »

PANIS : « Jeune avocat, suivant le Palais, protégé par M. le président d'Ormesson à cause des parents de Panis, qui sont ses fermiers, est employé par Fréron à l'Année Littéraire. Panis a pour maîtresse une femme flétrie par la main du bourreau. »