Fornax vert - Volume 6

Jules Huret : La dernière absinthe
Brochure 12 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 6
Fornax, MMIII

Faire des postiches

Faire des postiches. V. Postiche.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice - II


A propos des petits cadres, posés par-ci par-là parmi les livres.
« - Quel joli dessin! c'est votre boutique ?
- Oui, ma nièce l'a dessinée quand elle avait 8 ans.
- Et ce dinosaure est très drôle !
- Mon neveu, vous voyez ma famille regorge d'artistes en herbe !
- Et ce monsieur sur la photo ici, c'est votre père ?
- Ah non, lui c'est Samuel Beckett. »

Faire des parades

Faire des parades. V. Postiche.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Big sleep two

Faire des heures en bois

Faire des heures en bois, v. n. Faire des heures non rétribuées. Dis donc, compagnon est-ce que tu fais des heures en bois ? est une question que l'on adresse à un camarade qui s'attarde à l'atelier, quand l'heure du départ a sonné.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

A propos des préoriginales - II

Le dernier billet sur les préoriginales a suscité quelques commentaires qui donnent ici matière à prolongements. Cela fait du reste pas mal de temps que l’on avait négligé les propos concernant la pratique du métier de la libraire d’occasion (je prends ce terme pour faire court…) Si j’en juge par les statistiques de fréquentation des billets, celui-ci n’a pas été négligé, bien au contraire, même si les commentaires furent assez peu nombreux.
Vous ne trouverez pas le premier des commentaires dans le blog lui-même. Celui-ci fut formulé par Julien Mannoni, lequel ajoute fort justement à la suite de mes propos :
« Ajoutons que les préoriginales, quoique parfois plus rares, valent presque toujours moins cher que l’originale correspondante et c’est tant mieux car le bibliophile un peu moins fortuné que ses comparses pourra ainsi se constituer une bibliothèque à (relativement) moindre frais. »
On approuve bien sur ces propos sous réserve d’une remarque à propos de ces préoriginales. La matière des revues est en général de fort médiocre qualité. Nombre de revues qui furent les supports d’auteurs connus avaient été imprimés sur des papiers à base de pulpe de bois, matière qui brunit au cours du temps. Pour cela, il suffit de trouver quelques numéros du Mercure de France - par exemple et parce que c’est encore un peu courant - pour s’en convaincre. Il est évident que l’état du papier rentre en ligne de compte lorsque l’on évalue un ouvrage. Cela dit, Julien souligne fort justement que certains numéros de revues sont plus rares et moins souvent conservés que les premiers tirages d’un livre. Mais enfin, nous pouvons nous dire également qu’une revue ce n’est pas un livre et ne pas l’admettre dans sa bibliothèque sous ce prétexte. Ce que je trouve fort dommage pour ma part.
Bougrelon, alias Christophe, alias la librairie Lis Tes Ratures, a indiqué dans les commentaires que j’avais omis les tirés à part de revues. C’est fort juste. Honte à moi !
Un tiré à part est un texte conforme à l’édition en revue que cette dite revue entreprend de publier, comme une sorte de numéro spécial. Du reste, on indique souvent une numérotation bis à ces publications sur la couverture. Ces tirés à part dépassent parfois l’intérêt restreint des abonnés d’une revue littéraire ou même d’un bulletin scientifique ou d’intérêt local. C’est parfois la seule trace qui nous reste d’une préoriginale, la revue elle-même étant parfois fort mal distribuée ou noyée dans un tel flot d’inintérêt qu’elle a complètement disparu des rayons des libraires ou des bibliothèque de particuliers… Généralement ces tirés à part présente une mise en page identique à la parution en revue. Aucune nouvelle mise en page ou imposition n’a été nécessaire, parfois le numéro des pages disparaît ou nous avons droit à un nouveau foliotage. Le papier est souvent analogue à celui des revues, c’est ce qui rend également ces tirés à part un peu rares du fait de leur fragilité, c’est pour cette raison que nous rencontrons souvent ces plaquettes – car ce ne sont souvent que quelques pages – en bradel (disons « cartonnage » pour faire plus simple) ou en reliure…
Il ne faut surtout pas confondre ces tirés à part avec les extraits de revues que des particuliers peuvent réaliser parfois, pratique qui consiste simplement à débrocher une revue et ne garder que les pages qui intéressent particulièrement l’amateur. Il arrive parfois que plusieurs textes soient artificiellement rassemblés sous une reliure commune, comme un roman en plusieurs livraisons, une série d’articles, etc. Ici, bien sûr, il ne s’agit pas de l’entreprise délibérée d’une revue mais d’une lubie d’amateur. Cela a parfois un certain intérêt, comme le fait de savoir qui a pu constituer ces recueils artificiels.
Il est évident que le terrain de jeu des amateurs de préoriginales se situe principalement entre les milieux du XIXe et du XXe siècle, période ou énormément de revues furent publiés, parfois confidentiellement et de vie fort brève.. Répondons toutefois à Michèle qui s’inquiète du bonheur des futurs bibliophiles que la matière existe toujours jusqu’y compris dans les revues et les bulletins qui continuent à se publier ici et là. L’âge du web n’a pas encore détruit cette envie d’éditer. En revanche, c’est le chercheur qui aura du souci à se faire pour les fameuses variantes dont ils est friand car la rédaction par ordinateur a amoindri quelque peu la distance qui existait entre un texte en revue et en volume, le temps passé à la rédaction et à la relecture s’étant également accéléré. C’est souvent dommage.
Autre oubli remarquable de ma part : comment ai-je pu oublier de vous rappeler ici du remarquable travail de notre camarade SPiRitus sur les petites revues ? Je sais ce qu’il me reste à faire. Je lui demande seulement un peu de temps et d’indulgence…

Faire de l'épate

Faire de l'épate, v. Faire des embarras: affecter de grands airs de grandes prétentions. Cette expression fréquemment employée dans l'atelier typographique, vient sans doute du verbe épater, dans le sens de étonner, ébahir.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

A propos des préoriginales

Il est une notion qui semble un peu floue pour le néophyte en matière de bibliophilie. Elle concerne les textes non exclusivement littéraires qui paraissent dans les périodiques. Ces textes, lorsqu’il s’agit de première publication en revue, ne constituent pas des éditions originales, cette appellation est réservée aux publications en volumes. Dans ce cas on utilise le terme de préoriginale. Longtemps, la bibliophilie, comme son nom l'indique, ne s’est attachée qu’aux livres et à leur recension. Ce n’est que relativement récemment que l’on s’est aperçu que ce type de publication pouvait receler un intérêt qui allait au-delà de l’intérêt bibliophilique, d’ailleurs, et empiétait largement sur l’histoire du livre et de la littérature. Au jour de ce raisonnement, il était naturel que cela arrive dans le domaine de la bibliophilie puisque celle-ci, bien comprise, s’intéresse également à tout ce qui constitue l’histoire d’un livre ou d’une édition et non à l’objet lui-même. On se réservera plus tard et ailleurs pour ces notions de bibliophilie. Contentons-nous arbitrairement de cela pour le moment, pour plus de commodité.
Mais en quoi une préoriginale pourrait avoir un intérêt ?
Il ne faut pas oublier que nombre de grands auteurs du XIXe siècle, jusqu’au-delà de l’entre-deux guerre, virent leurs textes publiés en revue avant même de paraître chez leurs éditeurs habituels. Cette pratique née avec le feuilleton sera un biais commode par lequel l’auteur pourra réviser son texte, constituant une première mouture sur laquelle se grefferont des variantes, joie intime de l’exégète et de l’universitaire – ce qui se rejoint souvent… Ainsi, par des moyens plus accessibles que les différents états d’un manuscrit, on peut contempler une étape de la création d’un texte. Les repentirs peuvent avoir du reste une signification extralittéraire, de temps à autre : tel nom de personnage change au passage en volume sous la menace de plainte d’un homonyme, tel chapitre disparaît ou apparaît au fur et à mesure des fluctuations politiques, etc. D’autres variantes sont signifiantes pour le bibliophile si cela le met en rapport avec les desiderata d’un éditeur ou une quelconque contrainte éditoriale. Et puis le fétichisme de certains amateurs envers leur idole allant jusqu’à la pochette d’allumettes, on se demande bien pourquoi les périodiques feraient exception à cette manie.
La préoriginale d’un texte se rapporte parfois à un autre phénomène éditorial propre à la période qui couvre le milieu du XIXe siècle : la contrefaçon. Pratiqué en Belgique bien souvent, le procédé consistait à recopier en volume le contenu de ces préoriginales, bien souvent dans un format inférieur et une qualité moindre que l’originale qui allait paraître parfois une semaine ou un mois après cette contrefaçon, de l’autre côté de la frontière, libre de droits d’auteurs, transportés en ballots jusqu’à Paris et vendu à des prix misérables. Ainsi, parfois, le même texte paraissait en trois versions différentes : la préoriginale, la contrefaçon et l’originale. Ainsi, on retiendra de tout cela que la première édition d’un texte n’est pas forcément l’édition originale. Signalons encore que la pratique de la contrefaçon fut en grande partie à l’origine de la création de la Société des Gens de Lettre auxquels plusieurs auteurs « contrefaits » participèrent activement : Balzac, Sue, etc. Un autre auteur abondamment pillé, Théophile Gautier, sut s’en amuser lors d’une de ses escales à Bruxelles, au cours de l’un de ses multiples périples.
Une pratique relativement récente est apparue autour de ces textes. Elle consiste à traquer des textes inédits en volumes d’auteurs anciens plus ou moins connus et à les publier en plaquettes luxueuses ou non. Ce genre de sport se fait souvent avec l’aide de certains libraires érudits ou des collectionneurs. Parfois même ces volumes sont le fait de ces dits libraires, collectionneurs ou/et érudits. Il y a parfois de bonnes surprises comme en témoigne les plaquettes sur l’Absinthe que nous vous présentons ici, de temps à autre. Mais alors, sont-ce des préoriginales ? Certes non puisque ce n’est pas une première édition en périodique.
Une contrefaçon ? Cela ne lèse pas trop l’auteur qui est bien souvent défunt.
Une originale. La chose est gênante puisque celle-ci n’a pas reçu l’aval de l’auteur.
Suggérons alors l’idée d’une originale posthume.
On le voit l’appréhension d’un texte pour un libraire ne va pas de soi et requiert parfois de longues explorations. Il faut savoir ainsi que ces textes publiés en périodiques étaient souvent repris ça et là ; il se peut même que ceux-ci contiennent des variantes par rapport à la première publication. Il arrive même que le circuit de distribution de ces parutions soit parfois bouleversé et que ce que nous tenions pour la véritable préoriginale n’était en définitive qu’une réédition d’un autre périodique qui ne publie ordinairement que des rééditions, justement.
Vous allez certainement nous considérer comme des masochistes… mais qu’est-ce qu’on aime ce genre de chose !

Faire chauffer de l'eau chaude

Faire chauffer de l'eau chaude. Expression ironique que l'on adresse au compagnon qui, restant longtemps penché sur le marbre pour corriger une composition chargée, semble y être collé. Un frère charitable lui propose alors de faire chauffer de l'eau chaude. Le plâtre, déjà mécontent de sa situation, gobe alors un bœuf pyramidal. Ce montage manque rarement son but et devient quelquefois l'occasion d'attrapances plus ou moins vives ; la victime en effet réplique souvent : « Imbécile, comment veux-tu faire chauffer de l'eau chaude ? » À cette réponse prévue, les rires augmentent... et le bœuf s'accroît.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Marronnier

On a les divertissements que l’on peut.
Ainsi – est-ce l’effet de mon grand âge – je goûte assez les quelques distractions répétitives que l’on trouve bien souvent à la télévision sous forme de séries qui, invariablement, présentent les mêmes structures scénaristiques, tartes à la crème et autres clichés calibrés pour la grande consommation. Le jeu, en l’espèce est de faire mine de faire dans le second degré, d’apprécier avec un je ne sais quoi dans l’affect, du genre « complice », « copain », « pas dupe », enfin une attitude quelque peu tolérante voire paternaliste vis-à-vis de la culture bis, alternative, populaire, machin, truc et cela sans avouer tout haut que l’on prend plaisir parfois à regarder ces sombres merdes en jouant les patates soufflées sur son sofa. Quelques médias complaisants relaient des analyses pleines de pathos, jargonnantes, sur ce qu’on bien voulu nous transmettre – pardon : nous signifier - les membres de ce prolétariat infernal que sont les scénaristes de séries pour téloche. De toute façon, ce ne pourra être pire que ce que j’entendis il y a presque vingt cinq ans lorsque le phénomène apparut, avec des Alain Carrazé, par exemple. Maintenant, ils sont tout de même nettement plus intelligents. Ça sauve un peu.
Dont acte.
Mais je digresse, je digresse, et vous ne voyez pas où je veux en venir…
Donc, je vous disais : j’aime bien la répétition.
Ainsi, je supporte très bien la succession des mauvaises annonces de notre gouvernement, puisque cela fait longtemps que je me suis fait une raison.
Cela fait également un bail que je ne m’inquiète plus de la cuistrerie répétitive des commentateurs de certains blogs (celui d’Assouline, pour l’instant, n’a pas quitté mon top ten, et cela me réjouis quelque part).
Et puis il y a cette répétition dont je m’étonne que peu de personnes s'en soient avisées jusqu’à maintenant. Cela me donne - avec un sentiment pénible, toutefois - une piètre opinion de mes contemporains. En effet, tous les ans, à période fixe, revient comme un marronnier une affaire de plagiat, phénomène consubstantiel de la production « littéraire contemporaine ». Le fait arrive toujours de la même façon, un article rédigé par un audacieux journaliste dénonce, on évoque le scandale sans jamais préciser qui est scandalisé (a mon avis, personne, tout le monde s’en contrefout). Justification plus ou moins molle, plus ou moins motivé de l’accusé, la mayonnaise monte un peu et disparaît relativement rapidement à la venue de la rentré littéraire. Certes, au-delà, de ces histoires assez minable de plagiat se profile quelque chose de plus éloquent : l’incapacité de nombre d’auteurs que l’on penserait suffisamment aguerris à se renouveler d’un roman à l’autre puisque le besoin se fait sentir de pomper le voisin, sans trop de précautions, du reste. A moins que le nègre soit paresseux, ce qui est une autre histoire. C’est qu’un romancier professionnel a besoin de produire :
- Le tirage moyen des romans baisse régulièrement, cela fait moins de droits d’auteur.
- Pas mal d’auteurs connus ont un contrat d’édition qui les oblige à produire régulièrement (tous les deux ans, vu le rythme de certains), à ce compte, tout est bon pour remplir des lignes.
Foi de Tenancier qui a trempé dans le livre neuf, je ne puis que vous conseiller une ou deux choses : lisez donc des premiers romans. Vous aurez moins de risques. Quoique. Préférez les auteurs rares et intelligents. A ce titre, cela m’étonnerait qu’un auteur comme Pierre Michon ait recours à ce procédé. Lisez un classique. Lisez un auteur qui a du talent et c’est beaucoup plus rare que vous ne le pensez, surtout lorsqu’il accomplit une œuvre (oui, bon, j’avais Nadaud sur les lèvres).
Ou bien, encore : lisez donc ces plagiaires. Cela vaut les séries télé, parce qu’en fait, ce sont généralement des productions peu glorieuses qui sont pompées. De plus, cette littérature industrielle saura vous apporter le confort de la répétition dans le plagiat et nous n’aurons plus de nouveau qu’à faire preuve de cette distanciation indulgente que nous avons vis-à-vis des séries qui passent à la téloche. De plus cela donnera une contenance à nombre d’entre nous.

Faire balai neuf

Faire balai neuf, v. Changer de conduite... quand celle qu'on a laisse à désirer. Il est rare que le balai neuf soit bien solide.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Big sleep

Fade

Fade, s. m. Avoir son fade c'est dans une distribution de liqueurs ou de comestibles être bien servi.
Dans d'autres argots le même mot signifie Argent. Avoir son fade veut dire alors : Recevoir son compte.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Elle est connue, mais je ne m'en lasse pas

On raconte que Mauriac a reçu la dépêche suivante : ENFER N’EXISTE PAS STOP POUVEZ VOUS DISSIPER STOP PREVENEZ CLAUDEL STOP AMITIÉS GIDE
On croit que c’est une farce de Roger Nimier.

Jean Galtier-Boissière : Mémoires d’un parisien – III, 1963 – p. 296
Et à propos de Gide, on peut aller voir

Faces (Avoir des)

Faces, (Avoir des), V. Avoir de l'argent sans doute parce que la monnaie, qu'elle soit d'or ou de billon porte le plus souvent l'effigie, la face d'un souverain.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice


Il est entré d'un pas assuré, sa fille derrière lui. Il tient de la main gauche 2 boîtes de la pâtisserie machin, et me montre du doigt de la main droite le Hetzel en vitrine.
Par curiosité je voudrais connaître le prix du Jules Verne. Ouille le collectionneur sérieux. Bonjour monsieur, je l'attrape et vous réponds de suite.
S'engage illico une conversation sur ces fameuses éditions, illustrations, cartonnages, éléphants, bannières, globes dorés. Enfin plutôt un monologue. J'acquiesce de-ci de-là, ce qui semble lui convenir.
Pendant ce temps, sa fille se plonge dans une BD.
Une fois le livre reposé dans la vitrine, le voilà qui enchaîne avec une verve égale sur les BD en voyant sa tête blonde. AH les premières éditions d'Astérix, auriez des Tintin en première édition, je les revends sur internet ?
- Dis Papa, tu peux m'acheter une BD stp, elles sont à 5 euros?
- Ah non alors, j'en ai plein à la maison et tu ne les regardes même pas.
- Papa, stp, celle-là me plaît vraiment!!!
- Je te dis que non. Dites, vous n'en auriez pas des moins chères, à 1 ou 2 euros?
- Non monsieur.
J'ai offert la BD à la jeune lectrice, largement payés par son sourire et ses baisers spontanés.

Voici une historiette de Béatrice Kontrapas, bouquiniste à Bayonne et dont c'est la première intervention ici. Le Tenancier en redemande.

Étouffer un perroquet

Étouffer un perroquet v. Expression pittoresque pour dire : Boire un verre d'absinthe, sans doute à cause de la couleur verte de ce funeste breuvage.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

L'été est une région inintéressante

Il est curieux comme certains moments recèlent quelque amertume. On dirait que, à point nommé, cycliquement, le même cortège d’embarras, de nouvelles emmerdantes, de désastres intimes, de contraintes arrivent, comme par la volonté des astres ou de par la trame de fumeux complots. Parfois, cela s’adresse à nous même, nous rendant insulaire et amer au milieu des gens odieusement heureux. Il arrive toutefois que l’empathie traverse nos semblables. On n’est plus seul par la grâce d’un signe à travers la brume des sentiments. Parfois, aussi, ça ne marche pas. Souvent même. On finit par avoir l’habitude, on se blinde ou on pleure, mais seulement pour l’usage. Au bout d’un certain temps, ça glisse : les morts, la désertion, les amis qui se sauvent par diverses portes qui ne sont parfois pas trouvées au hasard. Ou bien parce que l’on a trouvé une porte commode, soi même. L’été est de ces moments là, c’est le temps ou les choses et les êtres vous désertent : ici un fil se coupe dans la douleur, là une ombre s’estompe. L’été nous rend soudainement vieux, échoué et paradoxalement sec. On voudrait sauter l’été et passer directement dans cette arrière saison du vacancier gracquien, cet instant de bascule, encore dans l’attente, les premières fraîcheurs et cette idée de ne pas revenir, enfin pas entièrement, avec cette obscur tentation du lâchez-tout, comme un mot sur le bout des lèvres… En attendant, ce sont les autres qui nous lâchent. Les joueurs ont déserté la table. Le jeu ne vaut plus rien.
Et puis ce sont des personnes que vous n’avez jamais croisées mais qui faisaient parti du paysage qui décident de passer la main, tel Dominique qui veut fermer son blog. Il se pensait sans doute l’égal de Paul-Louis Courier alors que c’était dans la descendance – modeste, certes, mais réelle – de Restif de La Bretonne ou de Fargue qu’il fallait l’attendre. Mais nous sommes rarement lucides sur ce que nous sommes. Ainsi, il clôt son périple pour de mauvaises raisons. On écrit pour soi et, éventuellement, pour des happy few. Rien de ce qui concerne « l’audience » ne devrait concerner un honnête homme. Rien des ratiocinements du monde n’aurait dû le concerner autant que le fumet des trottoirs qu’il aime tant et avec tant de justesse.
Et puis il y a le poids des jours, la tâche sur laquelle on épuise sa patience. Tout à coup, on se retrouve devant le travail à faire, les échéances. On a envie d’être loin, loin du monde, loin de la violence du monde…
Et puis ce billet sur un autre blog qui provoque notre profond déplaisir.
On se dit tout à coup que, devançant l’échéance que l’on s’était fixée, il vaudrait mieux sans doute clore ici. Certes, il faut se méfier de soi. Bierce, dans Le Dictionnaire du Diable affirmait que seul, c’était être en mauvaise compagnie. Oui, certes, mieux vaut attendre…
Cependant, j’attendrai d’une autre manière, quelques jours, une semaine voire deux, on verra bien ; me renfermer pour protester des silences, des abandons, des disparitions – parfois insondablement tristes, comme celle de Perdita, et d'autres fort bienvenues – et de ce monde devenu odieux et ce par mon propre mutisme.
Ça vous fera les pieds.

Étoffes

Étoffes, s. f. pl. Écart entre le prix de revient et le prix marqué sur la facture du client. Les étoffes sont, en général, de 50 à 60 pour 100. Elles sont destinées à couvrir les frais généraux, l'usure du matériel, l'intérêt du capital engagé, et le restant, plus faible qu'on ne croit en général, constitue le bénéfice réalisé.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le Bouquiniste - II


Dégoté sous un pile par Eva Truffaut

Équipe

Équipe, s. f. Réunion d'ouvriers pour composer un journal quotidien.
Personnel nécessaire pour le fonctionnement d'une presse mécanique.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Où le Captain Cap fait luire...

CHAPITRE XXXVII

Où le Captain Cap fait luire aux yeux
des auteurs et des éditeurs une séduisante aurore.

Bien que fort exagérée par certains pleurnichards, toujours stupéfaits que leurs petites saletés ne tirent pas à cent mille exemplaires, comme dit le docteur Mardrus, la mévente du livre est un phénomène pénible mais incontestable.
Le Captain Cap que je ne manque jamais de consulter en telles circonstances, me fit à ce sujet une réponse qui dévoile chez cet économiste distingué autant de science approfondie que de solide bon sens :
« Un livre ne se vend bien qu’à la condition qu’il se présente beaucoup de clients pour en faire l’acquisition.
« Si le nombre de ces clients est médiocre, la vente du livre s’en ressentira, et le trafic en résultera d’autant plus faible que la quantité d’acheteurs sera moins dense. »
– Parfaitement raisonné, mais le remède ?
– Oh bien simple, le remède ! Accordez-moi quelque attention.
– Je suis tout ouïes.
La solution qu’offre le Captain entrera-t-elle bientôt dans la pratique, espérons-le sans nous en réjouir trop tôt :
A succès égal, une pièce représentée sur un théâtre rapporte infiniment plus d’argent qu’un roman publié en librairie.
Pourquoi ?
Parce que, si vous voulez voir plusieurs fois une pièce qui vous plaise, vous devez chaque fois payer une nouvelle place, tandis que l’exemplaire du bouquin une fois payé, vous pouvez le relire aussi fréquemment qu’il vous plaira.
Pis encore : Vous pouvez prêter ledit bouquin à des milliers de personnes, sans que cette pullulation de lecteurs mette un denier de plus dans l’escarcelle du pauvre auteur.
Un spectacle, vous ne pouvez pas le prêter à votre plus intime ami.
Le raconter ? Oui, mais cela n’est pas la même chose.
Saisissez-vous la différence pécuniaire de ces deux formes d’art ?
Pour le théâtre (si j’en excepte les billets de faveur), autant de michés que de spectateurs !
Pour le livre… Oh ! préférons ne pas évaluer, ce serait trop triste !
Il s’agissait donc de découvrir le joint qui pût remédier, vis-à-vis du livre, à un état d’infériorité aussi affligeant.
Je crois avoir trouvé.
L’expérience, d’ailleurs, parlera prochainement plus haut que la plus astucieuse des théories.
Apprenez donc ceci :
Quelques livres vont bientôt paraître, imprimés en « encre volatile ».
L’encre volatile est une encre qui, exposée à l’air, se volatilise – comme l’indique son nom – sans laisser la moindre trace perceptible.
De telle sorte – et vous voyez l’avantage, pour les librairies à la fois et les auteurs – que le même volume, ne pouvant servir qu’à un nombre très restreint de lecteurs, devra être renouvelé dès que ses pages seront devenues blanches comme la blanche hermine, c’est-à-dire à bref délai.
Cet ingénieux stratagème remédiera-t-il à la triste situation des littérateurs, c’est, encore une fois, ce qu’avenir prochain se chargera de nous apprendre.

Alphonse Allais, Le Captain Cap, ses aventures, ses idées, ses breuvages
U.G.E. - 10/18, 1963, p. 144-146.

Amoureusement retranscrit par SPiRitus

Épreuve

Épreuve, s. f. Première feuille imprimée destinée aux correcteurs ou aux auteurs, pour qu'ils y indiquent les fautes commises par les compositeurs. On distingue l'épreuve en première, la première d'auteur, le bon, la tierce et la révision.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (23e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Je vous avais promis une thématique surprenante pour cette nouvelle liste. Disons plutôt que l'idée qui a présidé à ce choix est plutôt inhabituelle, depuis que nous prenons l'habitude de suivre cette rubrique. JEA - qui apparaît ici et là dans les blogs que nous suivons - nous a expédié un texte plus éloquent que n'importe quelle glose de votre serviteur :

Ces quelques 10/18 sont les seuls rescapés de 1972… Les autres, majoritaires, disparurent dans des prêts à vraiment trop long terme…
1972 : cinquième année comme prof.
Allende nationalise dans un Chili où en coulisses s’aiguisent les couteaux d’une dictature militaire.
Bloody Sunday à Londondery, des soldats anglais confondent l’Irlande et la jungle.
Bokassa est « élu » président à vie (et ne doutant de rien) de la République Centrafricaine.
Carrière décroche le Goncourt pour son Epervier de Maheux mais dévisse aussi comme alpiniste-écrivain.
Casals pose son violoncelle.
Le charme discret de la bourgeoisie est sifflé par des réacs matamoresques.
Le Dernier Tango se danse à Paris.
Fellini et Roma ne font qu’un film.
Lapointe jette définitivement l’éponge des mots.
Modiano reçoit le grand prix du roman de l’Académie pour avoir accroché sa ceinture sur les boulevards.
Montherlant ne loupe pas son suicide.
A Munich, les Jeux Olympiques inaugurent une nouvelle discipline : le tir sur otages innocents.
L’Orange mécanique voit le public se presser devant les salles de cinéma.
Romains va rejoindre les morts de bonne volonté.
Le Sahel devient déjà synonyme de paysage hallucinant.
Au Viet-Nam les bombes ne font pas tapisserie.
Le Watergate va siffler à l’oreille de l’actualité.

Remontons le temps...

Boris Vian
Trouble dans les Andains
N° 497
1970 - 191 p.

Charles Tillon
La révolte vient de loin
N° 671
1972 - 446 p.

Boris Vian
Le loup-garou
suivi de douze autres nouvelles
Textes établis par Georges Arnaud
N° 676
1972 - 187 p.

Annie Kriegel
Le pain et les roses
Jalons pour une histoire des socialismes
N° 748
1973 - 433 p.

Jean-Louis Bory
Ombre vive
CINEMA III (année 1969 ; flashes-back sur le cinéma des années soixante)
n° 753
1973 - 312 p.

André Salmon
La terreur noire
Chronique du mouvement libertaire
tome I
N° 772
1973 - 315 p.
tome II
N° 773
1973 - 312 p.

Georges Brassens
La tour des miracles
N° 814
1973 - 182 p.

Jean-Louis Bory
L'écran fertile
CINEMA IV
Janvier 1970 - Juin 1971
N° 850
1974 - 317 p.

Signalons que ce jeu ne sarrêtera que pour deux raisons :
- L'extinction de ce blog
- Le manque de participants

Envoler (s')

Envoler (s'), v. pr. Quitter l'atelier, seul ou en compagnie, pour aller faire une balade.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les ardeurs du Soleil


L'une des préférées d'Eva Truffaut

Enquiller (s')

Enquiller (s'), v. pr. Être embauché.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 5

Jean Lorrain : Souvenir du 14 juillet
Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 5
Fornax, MMII

Embaucher

Embaucher, v. a. Admettre un compositeur dans un atelier.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883