Coupé (Être)

Coupé (Être), v. Être sans argent.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pub personnelle
(Sur l'air de "Que je m'aimeuh !)


Votre Tenancier vient de voir un de ses textes publié dans la revue ci-dessus : joie, champagne, extase...

Coup de feu

Coup de feu, s. m. Ivresse commençante. v. Barbe.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

On s'éclate à la Bibliothèque !

Library at Immaculate Heart of Mary Academy
"Paul de Tharce c'est trop d'la balle" nous a confié Mary-Kate"

Photographie, lien et citation trouvés par Eva Truffaut.

Coule (Être à la)

Coule (Être à la), v. Être bien au fait d'un travail, être rompu aux us et coutumes de l'imprimerie. Cette locution a passé dans d'autres argots.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Avec quoi le Tenancier gagne sa croûte ?
(5e partie)

« Tonnerre ! », comme dirait George Weaver, ce qui ne marque pas un manque de caractère de ma part, mais le témoignage d’un amusement certain devant l’exclamation… Tonnerre, dis-je donc, nous en voici au cinquième chapitre de notre exposé sur la façon dont votre Tenancier gagne sa croûte et nous allons aborder ici les sites avec lesquels il se sent le plus en harmonie. Posez la question à quelques libraires d’occasion ou d’ancien, réfugiés au fond de leur bouclard au sujet des sites de ventes sur le net, la réponse sera sûrement variée mais se connotera toujours d’affect. C’est comme ça, votre dealer de livre est un affectif, surtout en affaires sur tout quand ça concerne ses propres affaires (parce que si vous espérez avoir une remise, Tintin !)
Assez souvent, les sites qui reçoivent les suffrages des confrères ont été conçus et entretenus par des libraires eux-mêmes. Ce n’est pas une question de corporatisme, mais de bon sens : rien de tel qu’un professionnel pour comprendre les besoins spécifiques d’un métier. Les trois que je vais vous citer à partire de maintenant sont dans ce cas. Leur mode de fonctionnement diffère un peu, leur utilisation également. Ils ont pourtant en commun la possibilité d’offrir un accès direct vers le libraire, ce que n’offraient pas toujours les sites que je vous ai cité antérieurement.
Continuons donc notre paragraphe consacré à…
Les spécialistes (2e partie) : Commençons par le site italien Maremagnum. Il peut sembler paradoxal qu’un libraire français mette son fonds à disposition sur un site de vente italien. On rétorquera que ce site-là a une vocation internationale et que – même indépendamment de Maremagnum – j’expédie très fréquemment des ouvrages en Italie, plus d’une douzaine d’ouvrages par mois, parfois. Les frais prélevés sont relativement modiques mais empêchent de présenter des ouvrages à petit prix, à cause d’une commission fixe. Ce site est particulièrement recommandé, ne serait-ce que pour aller visiter le fonds des libraires italiens. Par son nombre de ventes, le site reste tout de même assez mineur dans l’activité de la librairie.
Galaxidion, lui, est un site français animé par Laurent Delgal. Lorsque l’on arrive sur la page d’accueil, on comprend tout de suite que cela a été supervisé par un libraire, grâce à quelques rubriques judicieusement proposées et surtout une présentation des listes de livres plutôt agréable. Le client, comme le précédent, peut commander ces ouvrages en réglant par carte bancaire. Pour les libraires, les commissions sont relativement légères et peuvent aider ceux-ci à décider de vous faire une remise ou des conditions avantageuses pour l’achat d’un ouvrage. A ce propos, je voudrais tout de même que l’on s’extirpe l’idée que tout est négociable en matière de livre. Nombreux sont les libraires qui tirent une marge modeste de leurs ouvrages. Vouloir négocier le prix d’un livre coûtant 15 € (j’ai eu affaire à cela il n’y a pas longtemps, le client « me le proposait à 10 € ») est mesquin voire méprisant vis à vis du libraire. Galaxidion fut un moment accolé au site Alapage qui semble avoir disparu corps et bien. Il faut noter que le site eut toujours son autonomie vis-à-vis d’Alapage et que sa reprise désormais par une libraire brestoise ne semble pas avoir entamé sa politique assez indépendante. Il faut gager que l’épisode d’Alapage dût être assez désastreux. Appartenant à l’époque à France Télécom, donc dirigé par des personnes peut au fait des réalités du livres ancien et d’occasion, ou même du fonctionnement d’une boîte (de choses baroques : comme le responsable et son adjoint qui prennent leurs vacances en même temps), quelques libraires s’en sont détournés, pensant pactiser avec le Diable. C’est curieusement l’un des sites les moins connus sur la scène de la vente du livre par correspondance alors que le boulot qui y est accompli est on ne peut plus correct et qu’il est plutôt un ancien sur cette scène. Nombre de personne interrogées (clients, amis, etc.) ne le connaissent pas ou très peu. Certes, le site a ses défauts comme le fait que, après avoir commandé votre livre, il vous faille retourner un peu plus tard sur celui-ci pour valider le port proposé par le libraire. Pour ma part, je trouve cette disposition honnête quoiqu’un peu lourde : on évite assez les approximation ou les ports « forfaitaires » qui ne reflètent en aucun cas la réalité d’un envoi (comment faire un forfait sur une marchandise dont le poids peu osciller entre 250 grammes et 6 kilos, par exemple ?). Bref… je regrette assez que l’on ne vienne pas visiter plus souvent ce site lorsque l’on recherche des livres.
Allez, reportons notre exploration du troisième site à une prochaine fois. Cela fera encore deux chapitres à rédiger, comme ça…

Coquilles

Coquilles, s. f. pl. Lettres mises pour d'autres, par manque d'attention.
Voir. [en page spéciale], notre article spécial et un choix de coquilles célèbres ou curieuses.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 2

Charles Monselet : Le Capitaine Monistrol
Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 2
Fornax, MMI

Copie de Chapelle

Copie de chapelle, s. f. Exemplaire donné par l'auteur aux ouvriers. Ce mot est tombé en désuétude, les auteurs ne donnant plus d'exemplaire aux ouvriers, et les chapelles ayant cessé d'exister.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La preuve par l'image

Une preuve par l'image de la validité de la loi d'Yves Letort disant "qu'une bibliothèque déborde toujours" : un bout de ma chambre.
Julien Mannoni

Copie

Copie, s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression.
Au figuré, Faire de la copie sur quelqu'un, c'est dire du mal de lui, en médire.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Matérialité du livre

Parfois, l’histoire littéraire a tendance à négliger le contexte dans lequel certaines œuvres ont été rédigées. Certes, le biographe ou l’essayiste littéraire ne se fait pas faute de donner les éléments sociologiques ou culturels qui ont présidé à l’élaboration d’un texte, et parfois cela suffit à nous éclairer. Pourtant, rares sont ceux qui évoquent la corrélation qui peut exister avec le support. En effet, le livre lui-même, ou les conditions de sa production, peuvent être des éléments déterminants qui, reliés à d’autres observations historiques, peuvent parfois changer la donne. Ainsi, on serait en droit de se poser la question de la pérennité des écrivains populaires au XIXe siècle sans l’apparition de la presse et, par là même d’autres écrivains comme Balzac. Encore ces conditions ont-elles été étudiées largement par les historiens de la presse et du livre, études qui n’ont pas pu échapper aux histoires de la littérature. D’autres aspects de la production du livre vers cette époque ne manque pas de susciter quelques interrogations, comme cette transformations des mœurs du lectorat vis-à-vis du livre, dans son apparence matérielle. Vers la seconde partie de la première moitié du XIXe siècle apparaît le livre broché. Entendons-nous, on en trouve même dans le livre anciens, mais c’étaient généralement des ouvrages en attente de reliure. Ici, ce sont des livres qui ne sont plus destinés forcément à l’atelier du relieur, ils se dotent d’une couverture imprimée, plus tard d’une vignette illustrée, etc. Il va sans dire que l’acquisition d’un livre s’en trouve facilitée, sa lecture immédiate, sa « consommation » très différente de celui qu’on envoie chez le relieur avant de le lire confortablement. La lecture va donc s’en trouver en quelque sorte accélérée. Ce changement dans les habitudes de lectures, générées par une nouvelle mise en forme du livre, ne se répercute-t-elle pas également de l’autre côté, chez le littérateur ? L’abaissement du prix du livre va générer une classe de littérateurs, où se retrouvent pêle-mêle, publicistes et écrivains populaires, chansonniers et poètes plus ou moins maudits…
Mais par quel bout doit-on prendre ce phénomène : le livre broché est-il la conséquence du succès grandissant du livre ou bien cette pratique a-t-elle initié le phénomène ? Remarquons que la reliure industrielle existait déjà et produisait nombre de cartonnages à la même époque. On gage que le prix n’était guère plus élevé. Alors quoi ? Serait-ce le fait d’un éditeur qui ait rogné sur les coûts de fabrications ? Et puis, a-t-on réellement mesuré l’impact de la presse à vapeur – c'est-à-dire de l’apparition de la presse industrielle – dans la production éditoriale ? Si la chose paraît aller de soi (gros tirages = lectorat élargi) il manque tout de même quelques éléments appréciables. Ces premières presses, semble-t-il, étaient installées chez Mame, éditeur très catholique, pour ne pas dire ultramontain ? Comment cela a-t-il pu contribuer à la diffusion de la littérature populaire, par exemple (ce qui n’était pas la tasse de thé de cet éditeur) ? On sait par ailleurs que ces mêmes imprimeries existaient déjà pour la presse. Nous avons tous en tête l’exemple des entreprises d’Émile de Girardin… Mais il nous manque souvent les éléments qui nous permettent de percevoir le cheminement d’un texte de sa parution en feuilletons jusqu’à sa distribution en livres. Comment était-elle assurée ? Par colportage, en libraire ? Combien y avait-il de points de vente en France, comment était assurée la distribution d’un livre à l’époque ? On se doute que la littérature populaire fut le cheval de Troie pour tout le reste. Tout à coup, les tirages prirent des proportions vertigineuses, aidant ainsi à l’apparition d’une nouvelle classe de professionnels du livre : « Les Grands Éditeurs ». Il suffit de jeter quelques noms : Hachette, Hetzel, les Didot, Michel Lévy, etc. pour saisir à quel point la production et la diffusion de masse va changer même les conditions de sa production et cela grâce à de nouvelles techniques d’impression, de brochage, de vente. Ces grands éditeurs vont eux-mêmes influencer le contenu des ouvrages. En moins de quarante ans s’ouvre un abîme entre deux pratiques qui nous apparaissent presque antagonistes. Quelle différence entre Madame de Staël et Stendhal, c'est-à-dire dans la matérialité de leur présentation et puis dans leur vitesse de diffusion dans le public…
On a cité quelques exemple en ne rentrant point trop dans les détails pour ne pas user le lecteur. On reviendra peut être un jour à ce sujet au travers d’un fait divers, d’une histoire d’avortement, d’un sombre écrivain, d’une poignées de journalistes et sans doute avec l‘arrière plan imprévu du féminisme… et tout cela dans le même récit…
En attendant, nous sommes les témoins plus ou moins passifs d’un changement crucial : l’apparition du livre électronique. Reste à savoir quel impact cela aura sur la production littéraire et si cette invention n’ira pas aux oubliettes comme la stéréotypie ou le cartonnage polychrome…
On en espère également un débat objectif. Mais de cela, il ne faut peut être pas l’espérer dans l’immédiat.

Conscience

Conscience, s. f. L'ensemble des ouvriers qui travaillent à la journée ou à l'heure, par opposition à ceux qui travaillent aux pièces.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Ça débordera toujours
(billet désabusé)

Décidément, cette bibliothèque ne nous lâche point. Sans avoir vraiment résolu notre problème de cladistique et notre prédilection pour la prolepse, nous ne pouvons nous empêcher de songer à ce qui pourrait advenir lorsque nous aurons résolu cela. Car, après avoir tranché au vif de notre indécision, il faudra réorganiser selon la règle nouvelle. Bye-bye l’ordre alphabétique, vive l’organisation à la Feuilly ou le classement à la ArD (*) ! Reste que la manœuvre va s’avérer délicate…
Posons le problème :
Comment réorganiser une bibliothèque qui déborde dans un nouveau classement ?
Deux solutions s’offrent à nous :
- Le bouleversement
- La défragmentation
Pour bien comprendre ce à quoi nous faisons allusions nous allons prendre le postulat que, désormais – et pour simplifier - notre bibliothèque sera divisée en trois catégories : Romans noirs, Littérature générale, Histoire (le rayon Curiosa a toujours été à part). Comment, donc, faire en sorte que ce tri soit efficace et économe sur le plan énergétique et pour le dos de votre Tenancier préféré ?
Prenons la première hypothèse, celle du bouleversement. Elle va consister à vider les rayons et transporter les ouvrages dans une autre pièce en commençant à les répartir selon les critères prédéfinis plus haut. Une fois ces tas répartis, il ne vous restera plus qu’à les remporter dans la bibliothèque et ranger de nouveau chaque rayon par ordre alphabétique…
Sur le papier, c’est formidable, tout baigne !
En réalité, il vous faudra déjà conquérir une autre pièce suffisamment grande pour contenir de piles de livres sur toute l’étendue du plancher et ne pas vous casser la figure dessus. Admettons que, pendant deux ou trois jours, vous soyez privé de votre salon. Vous aurez trimé au moins douze heures chaque fois pour accomplir ce vaillant déménagement, ne vous arrêtant que pour manger un peu et vous mettre dans votre plumard, fourbu et le dos en compote. Arrivera alors le moment de remettre les livres en rayon. Et là, vous allez vous apercevoir d’une chose terrible : tout ce qui arrivait à rentrer auparavant ne rentre plus ! Au bas mot un mètre de rayonnage vous narguera ou sera en déshérence à vos pieds. A ces moments, on en vient à se dire que les livres font dans la génération spontanée, que certains sont apparus dans la nuit, comme ça , ou alors par mitose, allez savoir. En tout cas il faut que vous le sachiez une bonne fois pour toute car c’est une loi inexorable : quelle que soit l’importance de votre bibliothèque, ça débordera toujours !
Toujours…
Toujours.
L’autre méthode qu’analogiquement je nomme « la défragmentation » consiste à vous placer au coin supérieur gauche de votre bibliothèque et de commencer à ranger les livres à même le rayon selon vos critères. Quelle ingéniosité ! Plus besoin de tout remettre par ordre alphabétique. Pratiquement, dans les « lettre A » vous mettrez d’abord les Romans noirs, ensuite, la Littérature, ensuite l’Histoire (Vous ai-je dit que le Curiosa était à part ?), on recommencera avec la lettre B en déplaçant tout simplement les livres vers la gauche à côté de ceux qui font partie de la même famille. Ah oui ? Cela ressemble à la défragmentation d’un ordinateur : on regroupe les données du même genre pour accélérer et favoriser leur accès ? Eh oui, comme quoi j’ai bien fait les choses en appelant ça comme ça, vous avouerez.
Je sais même rester modeste.
Alors oui, c’est une méthode géniale, vous en conviendrez, tout baigne !
Sauf que.
Avez-vous envisagé que c’est tout une bibliothèque qui vous attend ? Que vous allez rester des heures les bras en l’air, à vous ankyloser dans des poses inconfortables si ce n’est de vous abîmer de nouveau et le dos et les genoux ! Tout cela pour constater que certains livres ne pourront pas rester à l’endroit où ils se trouve : le rayonnage est trop petit pour ce format à cet endroit précis du rangement… et impossible de tout changer car c’est à lettre V que cela vous arrive. Tant pis vous ferez une exception, elle ira rejoindre la vingtaine de bouquins dans le même cas rencontrés auparavant, comme vous n’êtes pas encore à la fin de votre classement, on peut augurer que vous atteindrez pratiquement le métrage des livres que de toute façon vous ne pourrez pas mettre faute de place.
Il y aurait bien une autre méthode. Ma foi, elle est enthousiasmante quoique dispendieuse. Il suffit de tout brûler. Après vous rachetez, c’est pas mal non plus.


(*) Commentateurs dans un précédent billet.

Compositrice

Compositrice, s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l'avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu'à l'atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu'il en soit, il existe des compositrices; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s'initiant tant bien que mal à l'art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l'atelier et de devenir sous ce rapport dé vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L'argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle; mais il en est de l'argot comme de l'ivrognerie: ce qui n'est qu'un défaut chez l'homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d'un inconvénient. L'anecdote suivante en fournit un exemple : Un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n'était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l'escalier: « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s'arrêtant; vous êtes bien pressée.— Je file mon noeud ce matin, répondit-elle ; c'est aujourd'hui le batiau, et mon metteur goberait son boeuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l'amoureux, qui vient d'épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français.
Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes moeurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu'ils n'ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu'on ne nomme pas. L'un d'eux, frappé de l'embonpoint plantureux d'une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri: « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l'observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.)
L'admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux: elle a fait dégénérer l'art en métier. Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La mort à l'œuvre


Vingt-cinq ans se sont écoulés. Je revois votre visage de vieux morse éploré, vos larmes, votre épuisement de n’avoir jamais été reconnu et lu de votre vivant. Faut-il que ce soit la mort qui consacre les auteurs tels que vous ? Oui, bien sûr. Et vous le saviez. Après sa mort, il arrive qu’on attende encore un siècle. Parfois plus. Pour vous ce sera moins. Je peux vous dire qu’une partie de votre œuvre a été publiée, commentée, annotée. Les lettres. Les inédits. Les fonds de tiroirs. Quantité de thèses et de livres ont été écrits sur vos ouvrages et sur votre vie. La mort a toujours gagné. C’est elle l’auteur des livres de ces écrivains maudits – je pense aussi à Louis Calaferte – qu’on méprisait de leur vivant. Lorsque la mort paraît, l’œuvre du défunt est applaudie à grands cris. On en parle en tout cas. Durant une semaine, le nom de l’auteur est sur toutes les lèvres. La mort est une convention de plus. Assez souvent, elle autorise une manière de consécration. Autant dire un passeport pour le néant. […]

Françoise Lefèvre : Les larmes d’André Hardellet
Éditions du Rocher, 1998

Compagnon

Compagnon, s. m. Camarade de rang. Dans les ateliers, les rangs sont disposés pour deux compositeurs; chacun des deux est le compagnon de l'autre : Dis donc, mon compagnon, prête-moi ta pointe.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (19e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son blog. Allez donc vous en rendre compte ici.

Hop ! Une présentation plus lapidaire, puisque le message que l'on a reçu (il y a un certain temps, mais il faut savoir être patient quand on veut participer) avec les couvertures est le suivant :

Bonjour,

Cela fait un petit moment que je suis votre blog et que j'avais envie de vous partager mes 10/18, alors voilà !
Cordialement,

Vélik Dubeau

On espère en savoir plus sous peu, tout de même. On se réserve une petite place ici au cas où...
Présentation lapidaire, disions-nous, et choix raccourci. Mais ce dernier aspect reçoit l'approbation unanime et sans réserve du Tenancier !


Husmans : A rebours / Le drageoir aux épices,
no 975
AI le 15 février 1978

Lehning, Arthur : Michel Bakounine et les autres
no 1051
AI le 7 septembre 1976

Lorrain, Jean : M. de Bougrelon - M. de Phocas
no 881
AI le 5 septembre 1974

Mirbeau, Octave : Sébastien Roch
no1133
AI 2ème trimestre 1977

Sade : Les prospérités du vice
no 446
AI 1er trimestre 1970

Souvestre & Allain : Le Rour
no 872
AI le 10 juillet 1974

Stevenson : Les nouvelles mille et une nuits - 1. Le club du suicide
no 1040
AI le 5 février 1976

Stevenson : Les nouvelles mille et une nuits - 2. Le dynamiteur
no 1041
AI le 1er trimestre 1976

Stevenson : Les nouvelles mille et une nuits - 3. Le pavillon sur les dunes
no1141
AI le 2ème trimestre 1977

Signalons que ce jeu ne sarrêtera que pour deux raisons :
- L'extinction de ce blog
- Le manque de participants

Commandite

Commandite, s. f. Association d'ouvriers pour la composition d'un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d'exceptions près, tous faits en commandite.
Il existe dans le public, à propos de la commandite typographique, une erreur qu'il importe de rectifier. Pour les uns, c'est le partage des bénéfices entre le patron et les ouvriers qu'il emploie; pour d'autres, c'est l'annihilation même du patron, qui ne serait plus alors qu'un simple bailleur de fonds. La commandite n'est pas du tout cela. Un client apporte au bureau un journal quotidien à imprimer, par exemple; le prix est débattu et fixé entre celui-ci et le maître imprimeur, ou plus ordinairement son prote, ce qui revient au même. Ce dernier désigne alors un certain nombre d'ouvriers pour exécuter le travail, seize à vingt pour les grands journaux, ou bien il charge l'un d'eux de réunir l'équipe nécessaire. Ces ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d'après le Tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. Voilà la commandite. Il y en a de deux sortes: la commandite autoritaire et égalitaire est celle au sein de laquelle chaque associé est obligé de faire un minimum de lignes déterminé, la somme gagnée étant ensuite partagée également entre tous les associés; et la commandite au prorata, dans laquelle chacun touche d'après le travail qu'il a fait. C'est la plus juste des deux et la plus humaine: les jeunes gens et les vieillards peuvent y trouver place; les hommes dans la force de l'âge et de l'habileté n'y perdent rien.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 1

Pierre Larousse : L'Absinthe

Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 1
Fornax, MMI

Coloquinte (Avoir une araignée dans la)

Coloquinte (Avoir une araignée dans la), v. Avoir le cerveau fêlé. V. Hanneton.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Pense-bête - II

Se demander si, sur une liseuse électronique, une signature numérique vaut pour un envoi autographe signé pour un livre en papier.

Clous (Petits)

Clous (Petits), s. m. pl. Caractères d'imprimerie.
Lever les petits clous, c'est être typographe, paquetier.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La Téloche du Tenancier



Typographics
Réalisé et animé par
Boca & Ryan Uhrich

Cliché

Cliché, e. m. Réplique ou propos qui est toujours le même.
Tirer son cliché, c'est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Avec quoi le Tenancier gagne sa croûte ?
(4e partie)

Que dire de la suite de notre inventaire, sinon que nous allons progressivement investir les sites professionnels de sites de livres d’occasion ou d’ancien ? Non que celui cité dans notre chapitre précédent n’en fit partie, mais il faut bien signaler qu’à l’origine Chapitre.com n’était pas destiné à cela et devait plutôt concurrencer la FNAC, par exemple. Ce ne fut que par une aubaine (le rachat d’un fichier de libraire spécialisé dans la recherche de livre) et le succès de celle-ci que nous entendons encore parler de ce site. Du reste, ce site continue de proposer des livres neufs et a même, par le passé, mis des vidéos lorsque cela se vendait encore. C’est donc un site qui fut à vocation généraliste qui sut percer grâce aux livres d’occasion, grâce– on l’a vu précédemment – à une politique commerciale assez agressive, également.
Cette diversification n’existe pas dans les sites dont nous allons parler.
Les spécialistes : Commençons par le mastodonte de la profession qui est abebooks.com. Ce site d’origine canadienne a été racheté par Amazon mais a gardé une complète autonomie vis-à-vis de sa maison mère, semble-t-il, du moins pour son fonctionnement avec les libraires. Le succès d’origine fut, parait-il, redevable à un algorithme dont l’application dans une base de données de livres était particulièrement efficace. Pourquoi pas ? Il faut dire que ce site est efficace pour ce qui concerne la vente des livres. Peu de libraires se montrent satisfaits de ce site, mais vous en trouverez encore moins pour se décider à le quitter. La chose s’explique par le fait que les conditions sont assez onéreuses : le libraire doit s’acquitter d’une somme indexée sur le nombre d’ouvrages mis en ligne (prélevée sur ce qui a été vendu), d’un pourcentage sur chaque vente et de frais de transaction. La tentation est très grande chez beaucoup de libraires de compenser cette somme par une augmentation du prix du livre. D’autres - et j’en fais partie - après maintes tentations, préfèrent garder le même prix qu’ailleurs et tabler sur une rotation rapide de leur fonds proposé. Il faut avouer que les livres se vendent très bien par le biais de ce site : son exposition dans les moteurs de recherche, sa visibilité dans le monde entier concourent à des ventes accrues. Ainsi, il m’est arrivé d’expédier des ouvrages à Macao et je ne désespère pas un jour de le faire pour Oulan-Bator. Nous sommes de nombreux libraires à dépendre de ce site pour une grande partie de notre chiffre d’affaires. Je ne surprendrai personne en déclarant que cette présence hégémonique est assez pernicieuse car, exclu pour une raison ou pour une autre de ce site, le libraire risque de se trouver dans quelques difficultés pécuniaires. Que faire, alors ? Pas grand-chose sinon que vous dire ici qu’il existe également d’autres sites.
Certes, je ne travaille pas avec les sites du monde entier et il y a certains où je n’aurai rien à y faire, comme ceux consacrés à la haute bibliophilie. Je me permettrai tout de même de les citer dans mon futur et final chapitre (c’est pas encore tout de suite). Déjà, je vous ai cité trois sites en évoquant en même temps d’autres avec lesquels j’aurais pu aussi travailler. Ces trois-là présentent quelques défauts regrettables mais demeurent malgré tout indispensable pour nous car ils apportent un chiffre d’affaires qui a remplacé celui procuré par la clientèle de plus en plus rare en boutique ou pour ceux qui n’ont justement pas de magasin, sinon que virtuel.
Qu’on finisse ici et provisoirement ce bout de chapitre et réservons-nous pour les sites agréés par le Tenancier et que l’on aimerait bien vous voir visiter plus souvent au prochain numéro.
Affaire à suivre…

Claquer

Claquer, v. int. Mourir. Ce mot n'est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l'attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu'aux faubourgs.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Guerre électronique

On sait que le livre électronique n’est guère la préoccupation de ce blog. C’est à grand peine si on a pu aborder le sujet une dizaine de fois ici (sur presque 600 billets, désormais) et rarement pour critiquer le phénomène en soi mais bien pour s’interroger sur les possibles complications et dérives que cela pouvait procurer. Bref, nous ne sommes pas technophobes, mais simplement sceptiques et observateurs. En réalité, l’arrivée de ce nouveau support a fait supposer à quelques personnes que cela allait entraîner de nouvelles pratiques, plus directes, plus conviviales voire plus honnêtes par rapport à ce qui se disait des éditeurs « papier », comme si nous allions, grâce à la magie high-tech nous élever de notre condition mercantile pour évoluer dans la haute atmosphère de l’altruisme, du désintéressement et de l’altérité. On sait pourtant depuis longtemps qu’il existe un décalage perpétuel entre les nouvelles pratiques induites par la technologie et nos mentalités ou nos cultures. On se dégage à peine du néandertalien et on voudrait que nous dépassions déjà le stade d’homo faber.
De notre modeste position de Tenancier, nous disons : « A quoi bon ? » Commençons d’abord à tenir à ce que nous ne devrions jamais renoncer d’être. Ce serait déjà cela.
Illustrons notre propos par des choses bien concrètes, mais pas ici, sur un blog ami. On ne vous en dit pas plus, on vous laisse découvrir la suite de ce billet et les commentaires sur le blog L’exil des Mots.


Voici la liste des billets à consulter dans l’ordre (la lecture des commentaires est fortement recommandée) :
- Auteurs, balancez donc un coup de pied dans la fourmilière !
- Désillusions numériques, analyse succincte et résolutions anciennement nouvelles
- Publie.net : un kolkhoze dans la pure tradition stalinienne
- En guise de synthèse ouverte
- A propos de l’insoutenable médiocrité morale des auteurs de chez qui vous savez et d’ailleurs
- Publie.net : des lecteurs prennent la parole
On gage volontiers que ces billets auront une suite... Quant à nos diverses appréciations sur le livre électronique, on ne se fera pas faute d’y revenir de temps à autre ici même. D’ailleurs on s’est laissé dire qu’il y avait un billet en préparation, déjà.

Chouflic

Chouflic, s. m. Mauvais ouvrier. Expression employée dans d'autres argots.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Sibylline, la cousine à Séraphine

Cher Tenancier, En janvier, vous initiâtes un Petit jeu entre amis dont le succès fut bordé par quelques rédacteurs de notices sur des livres imaginaires. Tout récemment, dans un commentaire, vous avez glissé « je ne me fais plus d'illusions sur le sujet de ces notices. Je suis un Tenancier abandonné...» Je sais que la règle stipule qu'il ne devra y avoir qu'une notice par personne, mais voyez-vous Tenancier, vos illusions défaites m'ont été droit au cœur et ont électrisé mon imaginaire. Je vous avoue que la recension que vous avez promise aux rédacteurs sous forme de petit catalogue nominatif cousu main au bout de la dixième notice, me laisse languir. Alors, je vous prie, vu nos circonstances atténuantes respectives, vos désillusions, mes espoirs, de bien vouloir faire exception à la règle en publiant une seconde notice de ma part. Recevez mes salutations courtoises, gratinées par le fumet de la reconnaissance.
ArD

Barthe, Léo : Impair et manque

Éditions Le Cadran ligné, 2010
Imprimé en 150 ex., à Saint-Clément, en Corrèze et sans humour
Exemplaire de tête n° 8 (traduit de l’italien)
In-4 sur papier vergé à vergétures en organza, et à verges prestigieuses. Couverture-corset de même nature avec rabats intérieurs sans baleines, mobile et amovible sans coutures.
Sans gardes, ni d’avant, ni d’après. Un seul feuillet recroquevillé en quatre sous l’effet d’un pli féérique intérieur ; des rousseurs falotes caractéristiques de la typologie de Saint-Pol-.
Prix : à débattre

L’entropie nous permet de mesurer le degré d’incertitude de la nature d’un message donné à partir de messages qui le précèdent. L’entropie est nulle quand il n’existe pas d’incertitude. Or dans le cas de cet ouvrage, la probabilité associée à l’apparition de l’événement est forte, nous avons affaire à une entropie caractérisée de type voltairien, degré XI.
En effet, lisez l’intégralité de cet ouvrage que constitue ce petit poème imprimé sur un huitième du feuillet que je vous reproduis :
«
— Oui, Monsieur, j'expectore.
Parfaitement.
Une rage séculaire me soulève jusqu'à cette lumière, le fugace éclair du vol d'un loriot, et le tapis des orties, si drues par ici, m'offre un gîte acceptable.

Pourquoi pas ?

Pourquoi n'aurais-je pas droit à mon lopin ?

Moi aussi, je cherche des os blanchis d’hivers dans l'humus purulent où mes mains s'égarent et mieux que quiconque je sais.

Je sais que tout est perdu.

»
Ce « tout est perdu », tel le fourreau d’une confession, d’une confidence, d’un aveu, d’un repentir que vous révèlera l’achevé d’imprimer, à moins que… n’opèrent les fééries.

Texte : Armelle Domenach
avec la participation de son iconographe.


Note tardive du Tenancier : Nombre de commentaires qui suivent font allusion à une affaire qui préoccupe les lecteurs réguliers de ce blog au sujet d'un Mystérieux Expéditeur. On a pensé au lecteur néophyte, en décidant d'ajouter dans les libellés ci-dessous celui qui s'intitule "Envois mystérieux" afin de l'aider à comprendre toute la conversation qui suit... En cliquant dessus, il trouvera tous les billets qui s'y rapportent.

Choux (Être dans les)

Choux (Être dans les). Se dit, dans les journaux, par les compagnons qui, pour une cause ou pour une autre, craignent de ne pas arriver à faire leur pige ; dans les maisons de labeur, lorsque, le jour du batiau approchant, on craint de ne pouvoir arriver à faire une banque moyenne.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 0

Renouons avec nos bibliographies.
L’exposition de cette série vous dira forcément quelque chose. On en avait montré déjà deux volumes par le passé. Hélas, l’écrin qui leur avait été réservé s'était avéré très compliqué et assez instable à mettre en œuvre et l'on avait été contraint d'abandonner. Il y avait donc une injustice à réparer envers ces livres là. On en a donc corrigé l'enthousiasme et la mise en page.
On recommence donc ici plus sobrement, se disant que tant en amour qu'en amitié ou que dans nos besognes, il faut savoir finir ce que l’on a commencé.



Verre-Vert : L'heure Verte

Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 0
Fornax, MM

Chou pour chou (Aller)

Chou pour chou (Aller), v. Suivre exactement la copie imprimée. C'est l'équivalent de Kif-kif.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (Euh...)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "

C'est malin, ça... comment appeler ce billet qui est un suite ? Lui coller le numéro 19, le 18 bis, faire le mariolle ? Marquer "suite de la dix-huitième partie" ? Mais c'est que, attendez, il était bien arrêté que ces listes ne devaient marcher que par dix exemplaires représentés, au maximum. Or si nous considérons celui-ci comme une suite, nous égratignerions notre contrat moral. Pas bien, cela, Tenancier. Mais on ne peut considérer ce présent billet comme isolé par rapport à son prédécesseur dans cette série. Alors, le Tenancier a fait ce qu'il a pu avec le titre.
L'univers de votre serviteur se divise en deux types de relations bloguesques : les-soupes-au-lait et les compliqués. J'ai tendance à croire qu'Adria fait partie de la deuxième tendance. Celle-ci me divertie et me plaît autant que l'autre. Mais c'est comme ça qu'on se retrouve à se creuser la tête en public. Tant pis, tant mieux, le Tenancier s'en félicite.
Pour le blog d'Adria Cheno, c'est ici ! Pour tout ce qui concerne les 10/18 et notamment les second plats et les dos de la série ci-dessous, c'est !

Série Le Monde en 10/18, encore...

#148
Achevé d'imprimer le 19 novembre 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1963
© 1963, S. P. A. D. E. M.
© 1946 Librairie Gallimard
Couverture : Paul KLEE, L'Acteur (Détail) Collection Félix Klee - Bevue.
Photo : SKIRA


#186/187
Achevé d'imprimer le 20 mai 1964 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 2e trimestre 1964
© 1953 et 1964 Librairie Plon
Couverture : Photo PIC


#210/211
Achevé d'imprimer le 21 novembre 1964 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1964
© 1964 Union Générale d'Editions
Couverture : Gabrielle d'Estrée au bain (Détail)


#333/334
Achevé d'imprimer le 5 mai 1966 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 2e trimestre 1966
© Union Générale d'Editions, 1966
Couverture : Dessin de Philippe MITSCHKE


#351/352
Achevé d'imprimer le 10 octobre 1966 surles presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1966
©Union Générale d'Editions, 1966
Couverture : Photo Prensa Latina



D'autres couvertures vont arriver assez rapidement, ma foi...

Chiquer des sortes

Chiquer des sortes, v. Synonyme de Fricoter.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La Téloche du Tenancier

Pour changer vos idées sur les bibliothécaires.

video

Chiper

Chiper, v. a. Prendre de la lettre, des sortes ou des espaces à son camarade. On dit aussi Fricoter.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Cultivons notre goût de la prolepse

Qu’est-ce que nous avons eu comme succès avec le mot « Cladistique » ! C’est que le Tenancier, ne renonçant jamais à essayer de comprendre, s’adonne de temps à autre à la lecture de revues scientifiques telles que La Recherche et Pour La Science, pourvoyeuse de concepts et de notions propres à combattre la pensée magique qui est tenace chez votre serviteur. Et puis il y a les mots, cette étrange saveur que l’on mâche pensivement, s’évaporant ou jouant les berniques dans la mémoire. Et s’il n’y avait que ces revues-là…
Bref, le billet eut du succès, introduit qu’il était par un mot exotique et l’on ne se fera pas faute de recommencer.
Il n’empêche, le problème du rangement de cette bibliothèque est toujours en suspens, mais nous avons avancé grâce à l’intervention d’ArD dans les commentaires. Charitable, le Tenancier vous la reproduit ici (ne me remerciez pas, bien que ce soit le fruit d’une vie de sacrifices) :
« Pas compliqué, Tenancier : pour les livres poly-classifications à caractères non homologues, procurez-vous les en double!
Mais sachez qu'une bonne cladistique se veut être le corollaire de la parcimonie : moins vous aurez de livres à critères différentiels de classification, au mieux votre clade se portera.
La cladistique n'est peut-être pas la bonne méthode finalement. Rangez-les donc par format, par couleur,...
ArD »
Ah, ArD, le fameux rangement par format, qui fait penser à la vanne mythique qui se raconte dans le métier sur le garçon qui fit un classement des livres par hauteur… C’est la « Clef du champs de tir » à nous, notre « Fouet à tourner le vent » ! Mais à la réflexion, que donnerait donc un rangement autre que la subdivision classique d’une bibliothèque particulière : Littérature d’un côté, Essais de l’autre avec des subdivision, etc., etc.
Oui…
Triste, n’est-ce pas.
On songe au premiers temps du livre où ceux qui étaient chargés de les classer et les entretenir ne comptaient que sur leur érudition pour ranger tel ou tel ouvrage en tel lieu et à côté de tel autre ouvrage. On me verrait longuement errer dans mes rayonnages, récitant d’étranges mantras pour retrouver le fil de mon pauvre intellect… voyons… mettrais-je Bataille à côté d’un traité de jeux de cartes, dites-moi, ou est-ce un peu trop capillotracté ? Et « Courir », de Jean Echenoz à côté de « La solitude du gardien de but au moment du penalty », FX Toole à côté de London (mais pas tout London) ?
Compliqué tout, cela, assurément et ce n’est pas en double, selon les bons conseils de notre commentatrice, mais en triple, en quadruple, en quintuple que je devrais compenser ma mémoire défaillante. Et puis que faire des livres qu’on n’a pas encore lus ? Se contenter du titre et se débrouiller pour les classer ?
Alors pourquoi ne pas essayer l’autre méthode : le rangement par couleur et par format ? Au moins ce serait « propre en ordre » et l’on pourrait tenter quelques essais chromatiques encourageants. Pas de problèmes pour certains auteurs de polars ou pour les Pléiade. Cela sera nettement plus difficile pour « Le tour du jour en 80 mondes » de Cortazar… mais on saurait mieux se débrouiller que le classement érudit.


Reste une autre solution : couvrir tous les livres d’un même papier teinté (à votre choix) et ne plus être préoccupé que par le format. Quel luxe ! On ne s’y retrouvera pas plus surtout si l’on a omis d’étiqueter le dos des livres ! Mais quel panard – si vous me permettez l’expression – de contempler l’alignement de tous ces dos en vergé teinté crème, classés en format croissant, ou faisant de majestueuses vagues le long des rayonnages !
De quoi se flinguer, non ?
Perfectionnons notre goût du suicide en cultivant notre amour de la prolepse, massicotons, rognons au PPCD (Plus Petit Commun Dénominateur) les ouvrages de cette bibliothèque. Choisissons le format in-douze, jetons les volumes qui auront le malheur d’être d’un format un chouïa inférieur.
Certains livres deviendront illisibles ? La Belle affaire puisque, de toute façon, tel un fantôme décati, votre Tenancier préféré déambulera devant ses rayons, ne retrouvant rien, la mémoire flanchant de plus en plus, plus très loin de bavocher sur ses charentaises et se disant que c’était le bon temps, quand il sortait le mot, euh... cladistique, à son public ébahi. D’ailleurs, lire… à quoi bon lire…
Désormais, ce serait la dèche morale, l’hospice, la foire au Toupourien, dans le bac à deux balles.
Je le savais : cette ArD me veut du mal !

Chier dans le cassetin aux apostrophes

Chier dans le cassetin aux apostrophes, v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (18e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "

Il était enfin temps de laisser la place à Adria Cheno et sa liste de 10/18. Disons-le tout net : avec le travail de compilation qu'elle accomplit récemment à propos de notre série et sur son blog, elle est la personne la plus méritante ! Voici donc un des compilateurs - bibliomane, sûrement - que l'on peu rencontrer dans le monde du livre, personne précieuse et dont quelques aspects un peu fantasques parachèvent le plaisir de visiter souvent les productions. La liste qu'elle nous présente est la plus détaillée et l'une des plus originales.
Pour son blog, c'est ici ! Pour tout ce qui concerne les 10/18 et notamment les second plats et les dos de la série ci-dessous, c'est !

Série Le Monde en 10/18, donc :

Pour la petite histoire, Mao, Lovecraft, Diderot sont pelliculés. (Note d'Adria Cheno)

#44
Préface de Robert Mandrou
Achevé d'imprimer le 7 décembre 1962 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1962
Nouveau tirage 1962
© 1955, by Editions Sociales
Couverture : Défilé à Pékin pour le 10e anniversaire de la République


# 57/58
Achevé d'imprimer le 25 octobre 1965 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1962
Nouveau tirage octobre 1965
Couverture : Vierge, Pierre-Paul PRUD'HON. Musée de Dijon


# 62/63
Préface de Michel Hérubel
Achevé d'imprimer le 20 novembre 1962 apr l'imprimerie Bussière, St-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1962
Couverture : Portrait de Diderot par Van Loo


#72
traduction de Bernard Noël
Achevé d'imprimer le 17 décembre 1962 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 1er trimestre 1963
© 1955 Editions des Deux-Rives
Couverture d'Alain MEYLAN


#73
textes présentés et choisis par Claude Soalhat
Achevé d'imprimer le 27 septembre 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 1er trimestre 1963
Nouveau tirage 1963
© 1963 union Générale d'Editions
Couverture : Alphonse ALLAIS, photographie (Bibliothèque de l'Arsenal)


#98
Achevé d'imprimer le 18 mars 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 1er trimeste 1963
© 1963 Union Générale d'Editions
Couverture : Document appartenant à la Bibliothèque Nationale


#130
Achevé d'imprimer le 15 juillet 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 3e trimestre 1963
© 1963 Union Générale d'Editions
Couverture : Gravure tirée de "UR SCHEPPERS LAPONIA"


#137/138
Achevé d'imprimer le 24 septembre 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1963
©1963, Union Générale d'Editions
Couverture : Dessin d'Alain LE FOLL


@139
Achevé d'imprimer le 20 octobre 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1963
© 1963 Union Générale d'Editions
Couverture : "La mort apparaissant comme un voiturier" Gravure de J. Callot (Albertina, Vienne)


#147
Achevé d'imprimer le 14 novembre 1963 sur les presses de l'imprimerie Bussière, Saint-Amand (Cher)
Dépôt légal : 4e trimestre 1963
©1958 Editions Mermod
©1957 Pierre Horay
©1925 Editions Victor Attinger
Couverture : Dessin d'Alain LE FOLL


Hééé ! Mais il manque des couverture et la liste n'est pas complète !!! C'est qu'Adria ne m'a envoyé que neuf copies de couvertures en tout et pour tout et que, par ailleurs, on a volontairement limité chaque billet à dix entrées (mêmes les cinés de quartier ne faisaient pas ça, alors ne vous plaignez pas). Cela signifie donc qu'il y aura une suite à ce billet, bien sûr, heureux mortels, car il en faut une et que d'ici là, cette présente liste sera complétée puisqu'Adria m'aura envoyé les couvertures manquantes...

Chose accomplie le lendemain, billet complété : joie, félicité, mousse et pampre...

Chiens perdus ou bien chiens noyés

Chiens perdus ou bien Chiens noyés, s. m. pl. C'est ainsi que les journalistes désignent les nouvelles diverses. Le metteur en pages a besoin d'un chien perdu pour boucher un trou, quand les rédacteurs n'ont pas fourni assez de copie.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (Intermède cinématographique)

Les quelques rares lecteurs qui nous restent se souviennent de la contribution intéressante de Pierre Audoux dans la 12e partie de notre série sur "nos 10/18". Voici ce que je reçus le 1er mai dernier :

« Cher Yves, cher George,

Pour vous, le Romantisme allemand (« 10/18 », numéros 321-323, 1966) dans les mains d'Haydée la « collectionneuse ».

Cordialement,
Pierre Audoux »





Suivait un lien qui nous faisait aboutir ici :




Merci, Pierre !

Chien

Chien, s. m. Lettre tombée d'une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l'on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu'il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Médiocratie éditoriale

L’apparition de la notion d’édition numérique ne cesse de susciter l’enthousiasme parmi les écrivains et même certains éditeurs. Si l’on peut se poser d’ores et déjà des questions sur la pérennité des ressources utiles à la production de lecteurs électroniques, il faut bien constater que la production sans support papier conduira à une inflation de titre et surtout du nombre de pages virtuelles. En effet, ce qui a toujours réfréné la production d’œuvres monumentales était le facteur matériel. L’édition d’un fort volume était contrainte par le coût de production du papier, de l’impression, etc. Avec le virtuel, rien de tel, le texte redevient une information sans support fixe, étirable a volonté. Pas sûr que l’on y gagne dans le sens où l’abondance n’est pas synonyme de qualité en matière de littérature. Nous risquons d’arriver à un phénomène d’altération qui sévit déjà pour la littérature de plage : le délitement du récit dans des sagas informes, avec des suites interminables. Inaugurée dans les paralittératures assez tôt, le phénomène est en train de s’investir dans les autres sphères littéraires en se Potternisant au passage. On peut craindre que ce phénomène s’accentue une fois qu’il s’installe dans l’édition électronique puisque le coût de fabrication en est considérablement allégé. Mine de rien, cette contrainte matérielle a été un facteur de la création littéraire et n’est paradoxal que pour qui prend le livre comme un support neutre, dégagé de toutes contingences. Si l’on examine bien la nouveauté dite « littéraire » (qui l’est souvent si peu, du reste) qui a cours chez les « Goncourables » le rédacteur doit se plier à la loi de l’ouvrage in-octavo de 192 / 256 pages en corps 10 ou 12 selon la typo choisie. Ce calibrage n’est pas innocent du tout, il correspond à des modèles économiques de production. Dans un autre registre, les amateurs se souviendront que Jean-Patrick Manchette révéla en son temps (*) que nombre de classiques de la Série Noire avaient été coupés pour rentrer dans ces in-douze de 252 pages. Si ces pratiques citées ci-dessus sont quelque peu blâmables, l’excès inverse qui consiste à produire des pavés de 750 à 800 pages n’est guère plus recommandable. Il se trouve cependant que ce genre de production trouve également sa clientèle, peu littéraire, elle, forte consommatrice de ces livres où l’on s’installe comme dans une sorte de torpeur.
Il ne s’agit pas de critiquer ici ce genre de littérature, non par tolérance mais parce que cela nous assomme d’avance. Cet accroissement du nombre de signe ne vient de toute façon pas de l’audace de l’éditeur ou du génie de l’écrivain. Il se trouve qu’il y a eu un abaissement du coût de production du livre et que l’on peut monter à ce nombre de pages à un coût à peu près similaire à un ouvrage de 300 pages il y a encore peu de temps. Cela pose donc un problème assez inquiétant pour ces volumes : existe-t-il donc un éditeur – ou un directeur de collection – capable de dire à ces auteurs qu’ils sont trop longs de 400 pages, parfois ? A lire certains ouvrages, on en doute sincèrement. On se dit que, abolissant métier ou sens critique (ou ne les ayant jamais possédés) ils se contentent d’éditer en roue libre des livres de genres. On s’en doute l’innovation et la qualité s’amenuisent au fur et à mesure que ces habitudes s’installent dans le milieu éditorial.
Qu’augurer avec la montée en puissance de l’édition dite électronique ? Il faut bien admettre alors que les contraintes de longueur seront abolies. Les conclusions, pour désagréables qu’elles sont, apparaissent inéluctables : il semble bien que – à moins d’un éditeur s’emparant de la chose – tout un pan d’une certaine littérature est voué à la médiocrité.
Il faudra encore un certain temps – désolé – rechercher la qualité dans la contrainte, celle qui fait place à l’imaginaire par sa concision et sa force poétique. Dans le livre papier ?



(*) - Pratique que Manchette justifie magistralement - comme d'habitude - dans le même article (" Trahison sur Commande", in : Charlie Mensuel n° 133, février 1980, repris in : Chroniques, Ed. Rivages, 1996, p. 94)