Les Mémoires de Nonnon Batisse


Les mémoires de Nonnon Batisse

Paris, Chez la plupart des libraires, 1888.

In-8 (11.5cm x 19cm), 520p. Broché, dos cossu, euh cousu.

Bon état malgré la couverture un peu défraîchie.

Tiré à 12 exemplaires sur vergé d’Arches.


Contient aussi : Inscriptions traduites de Sobriquets, prénoms et noms de famille patois d'un village vosgien (Uriménil, près d'Épinal) par Nicolas Haillant recueillies dans la ville de Gérardmer (Vosges) et aux environs, par le Dr. Vanony-Bey (8 pages). Nouvelle note sur un cachet inédit d'oculiste romain (Sex. Gunterivillus Vittellius, (13 pages). Scènes de chasse sur des vases lorrains inédits, par C. Houillon (10 pages). Les inscriptions métriques de la Vôge romaine, par Léon Vernier (12 pages).

Quelques illustrations n&b in-texte.


Extrait : « faisait pas ben clair, était tôt. Je lui avais laissé son bol de chicorée, comme tous les matins et j’suis partie arranger les bêtes. Quand j’suis revenue d’avoir arrangé les bêtes… le bol était froid ! Nonnon Batisse aussi ! Il était môrt ! Môrt tout seul, sans bruit, en s’cachant presque. Avec cette fierté de montagnard Vosgien, habitué à tout faire tout seul… même mourir. Il aurait eu nonante-huit ans ».


Il s’agit de la réédition d’une œuvre inclassable : Les mémoires de Nonnon Batisse, dont le dernier exemplaire a été retrouvé le 30 février dernier sous le pied d’un lit, par Claude, son arrière-petit-fils, alors qu’il cherchait un manuscrit que jamais il ne trouva.

Les traces de cet ouvrage, perdues entre le quadrilatère Richelieu, le triangle d’or du XIIIe et les 70 tonnes de papier nécessaires à l'édition des 70 volumes des œuvres complètes de Voltaire commandées par Beaumarchais aux papeteries d’Arches, surgissent en 1914, au col de la Chipotte, alors que la puissante Allemagne monte vers Epinal dans le but d’annexer l’imagerie, dans les mains d’Antoine Boussac, fils de Marcel, monté en lignes avec les casaque bleues (toques grises).

Il semble que l’ouvrage ait suscité nombre de bisbilles avec un certain Charles Nusse dans les années 50, une bête querelle à propos de cahiers piqués, brochés ou à reliure intégrale, de copies perforées, répertoires et agendas, en passant par des papiers bureautiques. Un dossier qui a défrayé les chroniques départementales sous le nom de « l’affaire Colomb » et qui a vu témoigner à la barre nombre d’astro-numéro-tenanciers, soucieux de rétablir la vérité : entre 1492 et 1942, il y avait de fortes chances pour que les écrits de Batisse, fils de Germaine Elloire et de Prosper Manant, qui grandit à l’ombre des sapins, finisse sur les pentes glacées de La Bresse, petit village situé aux confins du canton de Saulxures sur Moselotte, près Cornimont, Thiéfosse et Ventron.

345 Fausses

(Payables en pièces de 10 centimes 1815BB

frappées durant le siège de Strasbourg).



(Notice rédigée par Moons)



Oyez oyez ! Ceci est le 500e billet du blog et je suis particulièrement heureux qu'il revienne à un de ses collaborateurs occasionnels, comme un symbole de ce que j'ai toujours voulu ce que cet endroit soit : une cour de récréations entre amis.

Bouteille à l'encre

Bouteille à l'encre, s. f. Nom que l'on donne à l'imprimerie en général, à cause de la difficulté que présente la vérification des comptes, lorsque les corrections d'auteur sont nombreuses.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Réclame

Petite réclame tout à fait amicale. Je pensais cette revue disparue il y a quelques temps et je la redécouvre…


De temps en temps je viendrai vous parler de son contenu, au gré de notre intérêt. Signalons ici la biographie d’Alphonse Lemerre, article intéressant pour la vie des lettres de l’époque et les productions littéraires de cet ami des parnassiens. Bon, je sais, pas besoin de le dire, puisque ça se voit sur la couverture. Mais l'article est intéressant. Ça je peux tout de même le dire, ce n'est pas marqué.

Bourreur de lignes

Bourreur de lignes, s. m. Ouvrier qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. Se prend en bonne ou en mauvaise part. Un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. Dire d'un ouvrier qu'il n'est qu'un bourreur de lignes, c'est dire qu'il n'est propre qu'à ce genre de besogne, qu'il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d'autres travaux exigeant une parfaite connaissance du métier.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Perdita

Le Tenancier est un reclus qui ne cherche pas tant la compagnie de ses semblables que la reconnaissance de sa jeune chatte qui ne cesse de lui faire des mines de fille, aguicheuse, tigrée et cruelle. Ainsi, il ne se contente désormais que d’errer dans les couloirs à la poursuite de cette ombre fugace et puis de se consacrer à la lecture de vieux machins, ceci le réconfortant, du reste, de la désillusion procurée par ce mépris félin. Les vieux romans… non qu’il se prenne souvent à lire Tirant Le Blanc, Lazare de Tormès, ou Guzman d’Alfarache, l’haleine riche et l’odeur rance de cette contention fiévreuse au fin fond d’un vieux fauteuil, rêvant de plat à barbe ou de contemplation mériméenne de baigneuses... Mais, à tout prendre, ces romans obsidionaux, mozarabes ou wisigothiques valent mieux que les masures autofictionnelles des marchands de yaourt contemporains. Le Tenancier déchoit-il de ne point frayer, comme feue l’époque où il devait le faire par devoir ? Certes non, ce devoir-là est enterré, et le Tenancier a bien pris soin de tasser la terre ! De même, la lecture de littérature confessionnelle se fait-elle avec une parcimonie qui frôle l’étique : point de folie dans l’exploration des arcanes du métier. Le Tenancier y perd sans doute de la connaissance mais y gagne des coudées franches pour ses vaticinations, ses erreurs et le plaisir, parfois, de se voir rectifié par un interlocuteur un tant soit peu attentif.
Tout de même, de temps en temps, le Tenancier a des remords. Vivre sur un acquis, c’est comme un occupant qui ne vivrait que des rapines tout en tuant les habitants. La faim et la stérilité guettent.
Alors le Tenancier bouquine des ouvrages sur l’histoire du livre, sur les techniques et toutes ces sortes de choses qui savent le distraire de son ennui.
Mais l’ennui ne saurait être traité comme une chose négative. On aime par ici cette sorte de langueur mélancolique qui se perd en volutes au-dessus de soi comme une sorte de dissociation paranoïaque. Ennui, errance, soudainement contrariés par l’impératif sentiment que le Tenancier manquerait vraiment de classe s’il ne rectifiait un tant soit peu la position, comme une sorte de rectitude morale, de culpabilité – et que cela peut être un sentiment délicieux ! Ainsi, le Tenancier transmute ses sentiments apparemment négatifs en productions errantes et quelque peu désordonnées. Il continue d’errer dans les couloirs, défait et point rasé, et, comme échoué au fin fond de l’hyperborée, sur un récif, attend soit un commentaire à son billet, soit la commande d’un client, soit la roulade de cette garce de Perdita qui ne veut point se laisser approcher comme on le voudrait, chatte jusqu’au bout des griffes.
Mais, là, quand cela arrive, quelle récompense…
Et le Tenancier, alors, peut retourner aux chimères contenues dans ces papiers jaunis.

Bourdonniste

Bourdonniste, s. m. Celui qui fait habituellement des bourdons.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Le mauvais œil

Je vous vois venir d’où je suis : comment se fait-il qu’après le succès de la première notice imaginaire, concoctée par ArD et Mouton à Lunettes, l’on ne voit rien de neuf poindre dans nos ci-devant colonnes, mmhhhhh ? Mais c’est que la chose est difficile à réaliser, ce me semble et les candidats font preuve d’une prudence qui n’est guère explicable que par une supposée sévérité de ma part, alors que, loin d’être un grognon (un bœufier, selon Boutmy), je suis prompt à me réjouir de l’esprit de mes contemporains, surtout lorsqu’ils sont assidus à ce blog. Et puis, je suis bien aise de vous dire que j’ai reçu une autre notice, déjà, et qu’elle ne tardera pas à paraître. En attendant, voici l’amorce d’une autre rubrique, fort simple et quelque peu connexe au petit jeu que je vous ai proposé (pour ceux qui ne savent pas, allez voir).

Ici, l'on reproduit dans sa splendeur originelle une notice, histoire de nous faire saliver et sans doute d’en inspirer quelques uns. Ajoutons que nous nous contrefoutons allègrement de l’insigne bibliophilie des objets, nous concentrant plutôt sur la curiosité et l’humour indéniable de certaines notices.
Bref, vous verrez bien, après tout.
Commençons par une notice tirée d’un catalogue de Pierre Saunier en date de 1996…


Ajoutons que les catalogues de ce libraire sont truffés de véritables morceaux de bravoure érudite et d’excentricités. Le Tenancier en possède quelques uns et regrette amèrement de ne point les avoir tous !

Bourdon

Bourdon, s. m. Omission d'un mot, d'un membre de phrase ou d'une phrase. Ces omissions exigent souvent un grand travail pour être mises à leur place quand la feuille est en pages et imposée dans les châssis. V. Jacques (Aller à Saint-), Aller en Galilée, en Germanie
Le bourdon défigure toujours le mot ou la phrase d'une façon plus ou moins complète. On raconte que la guerre de Russie, en 1812, fut occasionnée par un bourdon. Le rédacteur du Journal de l'Empire, en parlant d'Alexandre et de Napoléon, avait écrit: « L'union des deux empereurs dominera l'Europe. » Les lettres ion furent omises et la phrase devint celle-ci: «L'un des deux empereurs dominera l'Europe. » L'autocrate russe ne voulut jamais croire à une faute typographique. Avouons-le tout bas, nous sommes de son avis; car trois lettres tombées au bout d'une ligne, c'est... phénoménal. L'exemple suivant n'est que comique : il montre que le bourdon peut donner lieu quelquefois à de risibles quiproquos; nous copions textuellement une lettre adressée au directeur du Grand Dictionnaire : « Monsieur, accoutumé à trouver dans votre encyclopédie tout ce que j'y cherche, je suis étonné de ne pas y voir figurer le mot matrat, qui est pourtant un mot français, puisqu'il se trouve dans le fragment de la Patrie que je joins à ma lettre. Agréez, etc. », Voici maintenant le passage du journal auquel il est fait allusion: « La cérémonie était imposante. Toutes les notabilités y assistaient; on y remarquait notamment des militaires, des membres du clergé, des matrats, des industriels, etc. » M. X*** ne s'était pas aperçu du bourdon d'une syllabe et s'était torturé l'esprit à chercher le sens de matrats, quand un peu de perspicacité lui eût permis de rétablir le mot si français de magistrats.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

10/18 à séries : au travail ! (redux)

Je ne sais pas pour vous, mais il y a un je ne sais quel orgueil à tirer du fait que l’un des intervenants réguliers du blog vous expédie des compléments aux billets déjà publiés céans. Ainsi, SPiRitus le fit il n’y pas longtemps et voici que George Weaver se présente lui aussi avec quelques rajouts à un précédent billet. Mais plutôt que de renvoyer fastidieusement le lecteur à un billet ancien, on a voulu ici présenter de nouveau le billet complété, pour votre plaisir, on le sait, car la série sur les 10/18 est la plus suivie de ce blog…



La collection 10/18 comprend aujourd’hui cinq séries : « Domaine étranger », « Domaine français », « Grands détectives », « Fait et cause » et « Bibliothèques 10/18 ».
C’est vers la fin des années 1980, me semble-t-il, que chaque volume publié s’est retrouvé estampillé sous l’une ou l’autre de ces séries (il en existait à l’époque une autre, excellente : « Nuits blêmes »). Tel n’était pas le cas au début de cette entreprise éditoriale : les volumes paraissaient sous la seule marque « 10/18 », sans autre indication particulière. Tout au plus pouvait-on constater que les premiers catalogues proposaient un classement thématique qui répartissait les volumes parus entre « Philosophie, essais et grands textes politiques », « Textes religieux », « Histoire et sciences sociales », « Sciences », « Textes classiques », « Romans et textes contemporains », « Documents et témoignages » et « Récits et romans d’action », mais il n’y avait nulle mention de sous-collection sur les couvertures.

La vogue des séries en 10/18 atteint son apogée dans la deuxième moitié des années 1970. En 1978, outre les actes des colloques de Cerisy-la-Salle, les
Cahiers Jussieu et les anthologies de la Revue d’esthétique, d’Arguments et de Socialisme ou barbarie, on en comptait pas moins de quatorze, plus ou moins fournies :

— « esthétique », dirigée par Mikel Dufrenne
— « l’appel de la vie », dirigée par Francis Lacassin (intégrale de Jack London, mais aussi du Kipling et Constantin-Weyer)
— « l’aventure insensée », dirigée par Francis Lacassin (Le Rouge, Conan Doyle, Stevenson)
— « bibliothèque asiatique », dirigée par René Viénet
— « féminin futur », dirigée par Catherine B. Clément et Hélène Cixous
— « fins de siècles », dirigée par Hubert Juin
— « s », dirigée par Bernard Lamarche-Vadel (ouvrages de philosophie contemporaine, d’esthétique et de critique littéraire)
— « 7 », dirigée par Robert Jaulin (anthropologie, ethnologie)
— « rouge », dirigée par Jean-François Godchau et Alain Brossat
— « noir et rouge », dirigée par Max Chaleil
— « la voix des autres », dirigée par Stanislas Adotevi et Robert Jaulin (textes francophones d’auteurs africains)
— « cause commune », dirigée par Jean Duvignaud (revue publiée en 10/18)
— « la nation en question », dirigée par Alain Le Guyader et Riwanon Jaffrès
— « Jules Verne inattendu », dirigée par Francis Lacassin

Mais les premières séries, très éphémères, virent le jour dès le milieu des années 60. Ce furent, par ordre chronologique, « L’inédit 10/18 » (romans contemporains plutôt expérimentaux), « Bibliothèque 10/18 » (classiques plus ou moins oubliés), à ne pas confondre avec l’actuelle série « Bibliothèques 10/18 », et « Unesco 10/18 », consacrée au patrimoine artistique mondial. En 1969, seuls subsistaient encore quelques titres de la série « Bibliothèque 10/18 », avant une brève résurgence de celle-ci quelque temps plus tard (cf. infra).
Cette série avait fait l’objet d’un soin particulier : les ouvrages étaient cousus, le papier de bonne qualité (les exemplaires qu’on trouve de nos jours ne présentent presque aucune trace de vieillissement), les couvertures étaient sobres, avec une discrète illustration sur fond blanc. En voici la liste numérique :

— 261-262 : Abbé Prévost : Histoire d’une Grecque moderne. Présentation par Robert Mauzi
— 263 : Hölderlin : Remarques sur Œdipe / Remarques sur Antigone. Présentation par Jean Beaufret
— 264 : Sainte-Beuve : Mes poisons. Présentation par Henri Guillemin
— 265 : Jean Cocteau : Entretiens avec André Fraigneau
— 272-273-274 : Senancour : Oberman. Présentation par Georges Borgeaud
— 281-282 : Amiel : Journal de l’année 1857. Texte édité et présenté par Georges Poulet
— 293-294-295 : Louvet de Couvray : Les Amours du Chevalier de Faublas. Présentation par Michel Crouzet
— 308-309 : Joseph Joubert : Pensées. Présentation par Georges Poulet
— 321-322-323 : Le Romantisme allemand. Études publiées sous la direction d’Albert Béguin
— 331-332 : Madame de Staël : Dix années d’exil. Présentation par Emmanuel d’Astier
— 337-338 : Fontenelle : Histoire des oracles. Présentation par Willy de Spens
— 348 : Léon Chestov : L’homme pris au piège. Présentation par Boris de Schloezer
— 368 : Edmond Dujardin : Les lauriers sont coupés. Introduction par Olivier de Magny. Préface de Valery Larbaud
— 373-374 : Novalis : Henri d’Ofterdingen. Présentation par Julien Gracq
— 375-376 : Jean-Paul : Vie de Fibel. Traduction et présentation par R. Kopp et Claude Pichois
— 391-392 : Lamarck : Physiologie zoologique. Présentation par Jean-Paul Aron
— 403-404 : D.-H. Lawrence : Homme d’abord. Essais choisis et présentés par Marcel Marnat. Traduction par Thérèse Aubray
(À partir de ce numéro, je ne dispose plus de précisions sur les préfaciers)
— 405-406-407 : Stendhal : Romans abandonnés
— 414-415-416 : Hölderlin : Hypérion ou l’ermite de Grèce
— 419 : Nikos Kazantzaki : Ascèse


Le catalogue de l’automne 1975 mentionne en outre sept autres titres, non numérotés, qui étaient déjà annoncés comme étant parus en 1973, selon la liste que j’ai trouvée dans le n°760, La contre-révolution bureaucratique. La collection est alors dirigée par Olivier de Magny.*

— Maurice Scève : Œuvres poétiques complètes (2 tomes)
— Custine : Aloys. Précédé de : « Un martyr du romantisme : Custine », par Philippe Senart
— Balzac, Baudelaire, Barbey d’Aurevilly : Sur le dandysme. Présentation par Roger Kempf
— Georg Büchner : Lenz, Le messager hessois, Caton d’Utique, Correspondance. Traduit de l'allemand par Henri-Alexis Baatsch. Préface de Jean-Christophe Bailly
— Diderot : Essai sur les règnes de Claude et de Néron (2 tomes). Présenté par Roger Lewinter
— Saint Ignace de Loyola : Les exercices spirituels. Préface de Roland Barthes
— Louis-Claude de Saint-Martin : L’homme de désir. Édition établie et présentée par Robert Amadou

Dans le catalogue qui clôt la réédition du n°663 (The favourite game de Leonard Cohen, 1ère éd. dans la collection en 1972) imprimée le 20 mai 1976, un titre supplémentaire complète cette liste, sans numéro lui non plus :

— Gerard-Manley Hopkins : Carnets – Journal - Lettres. Traduits et présentés par Hélène Bokanowski et Louis-René des Forêts**

Dans le catalogue suivant que je possède, daté du 31 décembre 1977, plus aucun de ces titres n’apparaît et la collection n’est même pas mentionnée.


Note du 11 mars 2011 :

* Merci à Adria Cheno, qui par ses commentaires a permis de préciser des noms de préfaciers ou traducteurs.
** Merci à Francis Ester d’avoir reproduit la couverture
de ce volume dans sa propre sélection — Nos 10/18 (14e partie) —, ce qui nous a permis de préciser les responsables de cette édition.

Boulotter

Boulotter, v. intr. Manger.
Aller boulotter, c'est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d'autres argots.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Chez un librairie italien - IV (et dernier)


Je ne crois pas qu'on le réimprime.
Credo di no.
C'est un livre d'une grande utilité.
Eppure è un libro utilissimo.
Je me trompais ; il est maintenant sous presse ; mais on ne sait pas quand il paraîtra.
M'ingannava, è sotto i torchi, ma non si sa quando uscirà.
En ce cas, j'aime mieux m'assurer de l'exemplaire que vous avez.
In questo caso, prenderó ma copia ch'elle ha.
Combien en voulez-vous ?
Di grazia quanto vuole ?
Je vous le passerai à cinquante francs.
Mi darà cinquanta franchi.
C'est plus qu'il n'a coûté neuf.
E più cara che non si vendeva nuova.
Il devient si rare que le prix augmente de jour en jour.
Diventa cosi rara che aumenta tutti i giorni di prezzo
Ne pouvez-vous pas me le donner à moins ?
Non puó darmela a meno ?
Non, monsieur ; cet exemplaire est assurément bon marché.
Signor no ; questa copia è certamente a buon mercato.
Mettez-le de côté, et envoyez-le moi avec la facture ; je le paierai au porteur.
La metta da parte, e me la mandi col conto ; la pagheró al fattorino.

Guide de la conversation Français-Italien à l'usage des Voyageurs et des Étudiants,
par A. Ronna
Paris, Charles Hingray, Éditeur - 1853.

Bouler

Bouler, v. a. Refuser, mal accueillir, repousser.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Boulage

Boulage, s. m. Rebuffade, refus.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Étranges exotismes et petites manies

Vous savez ce que c’est, un libraire comme le Tenancier n’a pas les moyens de se payer des vacances lointaines. Il s’adonne donc à des exotismes un peu étranges comme d’aller voir de temps à autre ce qu’ont à dire les mutants de la quatrième dimension, sur le site Numerama. En général, il se contente d’enregistrer ce qui s’y dit. Le moyen de faire autrement ? On aurait tôt fait de se moquer de lui s’il lui prenait l’étrange manie de vouloir y apposer un commentaire à son tour. Ou du moins quelque commisération, justifiée. En tout cas que l’on sache que le signataire de céans éprouve une sensation presque « persane » à parcourir ce site spécialisé dans l’univers numérique On ne vous fera pas outre mesure de la publicité pour ce site – le mot publicité étant entaché de mercantilisme – et l’on vous incitera tout benoîtement à aller voir de quoi il retourne. Après tout, il n’y a pas que le livre dans la vie.
Quoique.
On a beau vouloir s’abstraire, parfois, les faits vous rattrapent toujours. Ainsi, le 7 mars 2011 paraissait un petit article assez amusant qui s’intitulait :

Gallimard ne prend soin ni de Twitter ni de ses fans.

Reproduisons-en le chapeau :
Lorsqu’un fan crée gracieusement une communauté autour d’une marque et propose à celle-ci de reprendre le flambeau, la moindre des choses est de le remercier. Mais pour Gallimard, la politesse ne va même pas jusqu’à répondre à celui qui a fédéré 1500 amateurs de l’éditeur sur Twitter, et qui proposait à Gallimard de reprendre l’usage à son compte.
Suivait l’article qui en développait le propos, jusqu’à une tentative infructueuse de Guillaume Champeau, le journaliste, pour contacter La Prestigieuse Maison…
Quant à nous, nous déclarons tout net qu’une telle réaction n’est point pour nous surprendre. S’il est somme toute superfétatoire de vouloir se mêler de la politique de communication de la Prestigieuse Maison, restait néanmoins une question assez intéressante pour votre Tenancier, non pas soulevée par l’auteur de l’article, mais un de ses commentateurs :
[…} Mais comment peut-on se déclarer fan de Gallimard ? C’est d’une crétinerie sans nom. A la limite, on peut se dire fan de tel auteur ou de tel autre (je dis bien à la limite que tous les livres d’un auteur soient dignes d’admiration – sinon, c’est juste du fanatisme). Mais comment peut-on se dire fan d’un éditeur ? Chez Gallimard, ils éditent de bons auteurs (à mon sens), de mauvais auteurs (à mon sens), des auteurs moyens (à mon sens) et d’autres dont je n’ai jamais entendu parler. Mais c’est la même chose chez Plon, Chez Actes Sud, Chez Robert Laffont […]
(Stacato, le 7/03 à 13h48)
Monsieur Stacato, je vous donne entièrement raison pour la teneur de votre raisonnement, mais je vous donne tort par les faits et par un paramètre que vous avez oublié de prendre en compte, sûrement parce que vous n’avez pas les qualités requises.
En effet pour apprécier cet étrange affectation il faut soit être snob (enfin, c’est une façon de parler) et être un bourgeois (et même là…)
Il m’a parfois été donné de visiter des bibliothèques presque entièrement composées d’ouvrages de la Collection Blanche de chez Gallimard. Les libraires de neuf connaissent également les quelques déceptions de voir un écrivain comme Jean d’Ormesson changer d’éditeur de la part de certains clients. Enfin, on connaît quelques bibliophiles qui ne tolèrent que des beaux papiers de la Prestigieuse Maison (même s’il s’avère que, désormais, ce n’est guère qu’un bête tirage offset sur un papier pas trop moche…)
Les textes ne manquent pas à qui voudrait approfondir le sujet de la genèse de la NRF et de l’histoire de la maison Gallimard. Ainsi, le texte de Jacques Rivière, « Le roman d’aventure », (Éditions des Syrtes) peut même figurer comme une sorte de manifeste un peu tardif. Levons accessoirement l’ambiguïté sur le terme de « roman d’aventure » qui est, sous la plume de l’auteur un « roman qui s’avance à coup de nouveauté ». Sans être révolutionnaire, la Grande Maison allait tout de même occuper sa place – importante – dans l’histoire des lettres contemporaines. Le catalogue est éloquent à cet égard. Pour autant, comment peut-on être fan ? On touche là un aspect qui n’a plus grand rapport avec la littérature mais à la représentation de la collection Blanche dans l’imaginaire petit-bourgeois. Voir son nom figurer sur l’un de ces volumes procure une sorte d’accomplissement social, un système qui mélange la méritocratie et la phantasmatique de la littérature, on pourrait même parler de lithérathure… « Être fan » participe également de cette fascination. Au bout du compte, être à la tête d’une série de volume de cette fameuse collection Blanche, c’est détenir un ensemble de signes exposés d’une façon plus ou moins ostentatoire dans le salon ou la bibliothèque. Signes particuliers – une collection – dans un ensemble extrêmement engagé sur le plan de la représentation sociale (la bibliothèque est l’un de éléments les plus parlants de la représentation bourgeoise, du moins jusqu’à récemment), nous avons ici affaire à la valeur fantasmée d’une collection et non aux qualités intrinsèques de chaque volume. Tout est en somme dans la valeur ajoutée.
Il existe certes des collections qui valent la peine d’être rassemblées, car elles sont liées à la personnalité de son directeur, à l’objectif éditorial, aux rumeurs et aux humeurs de l’époque. Notre blog s’en fait l’écho, parfois ; le plus emblématique, dans ces parages, se trouvant dans notre feuilleton consacré aux 10/18. Il faut tout de même se rendre à l’évidence : aucune autre collection de littérature ne recèle autant de signifiants extralittéraires que la Collection Blanche.
L’imaginaire y convoque cette sorte de sérénité confortable de l’institution littéraire, se portant soit dans « le choix des élus » (nous avons été en rapport avec une personne qui se vantait d’y avoir « un manuscrit en lecture », élément non négligeable de ses affabulations) ou dans l’alignement mis en scène des dos crème au monogramme de la NRF dans un rayonnage, Drieu La Rochelle côtoyant Camus, accolé à Céline, se frottant à Sollers adossé à Guy Debord… De cette dernière vision, précise et vécue, on ne peut s’empêcher d’y apposer une autre vision, celle du jeune homme qui possédait tous les Que sais-je ? dans le film Tchao Pantin. Au fond, à ce moment tout prenait sens et se rejoignait.
Et Gallimard dans tout cela ? Eh bien, la Grande et Prestigieuse Maison, fête son anniversaire, ne possède pas de compte Twitter et continue de naviguer majestueuse et superbe dans les salons de la vie littéraire.
Le commerce tourne toujours et la production littéraire dans presque son intégralité passera à la trappe. Et l’on continuera à acheter les livres pour leurs couvertures.
Rien de neuf, donc.

Bonnet

Bonnet, s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d'abord, et, s'il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c'est une peste tenace.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (14e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "

Mais qui donc est Francis Ester ? Est-ce ce musicien de jazz que l'on peut retrouver et écouter ici et qui m'envoya fort laconiquement ses fichiers d'image. Hélas - et tant mieux, d'une certaine manière, car, vous allez voir... - malgré un petit mot pour l'en prier, il ne se livra pas au travail d'épluchage des volumes représentés. Me voici donc contraint de vous les livrer brutes et de vous convier à un autre petit jeu : trouvez-nous donc ces achevés d'imprimer et la numérotation de ces volumes. En tout cas, si c'est bien ce Francis Ester, ce billet a été préparé en écoutant sa musique et nous l'en remercions fort chaleureusement ! Sinon, s'il s'agit de Francis Ester, un autre, nous le remercions de nous avoir procuré l'occasion d'écouter son homonyme et le remercions tout aussi chaleureusement de la communication de ses couvertures.
Car le Tenancier est plutôt nature et pas bêcheur.
(Notons que notre honorable correspondant en avait choisi 11. J'ai donc omis de mettre le Perlès : "Mon ami Henry Miller", que je lui tiens au chaud si la velléité de récidiver lui prend.)
__________

Poche scriptum : on avait raison de faire confiance aux anges gardiens de ce blog, qui ont pas mal complété nos lacunes en matière de dates et de numérotation... Les noms des contributeurs se trouvent dans les commentaires.


Ludovic Janvier : Pour Samuel Beckett
1973 - n° 796

Gilbert Pesturau : Boris Vian, les amerlauds et les godons
Janvier 1978 - n° 1253

René Ehni : Babylone vous y étiez parmi les bananiers
1973 - n° 761

Arroyo : Trente cinq ans après
1974 - n° 866

Roland Topor : Four roses for Lucienne
1978 (ou 1979) - n° 1213

Jim Morrison : Seigneurs et nouvelles créatures
n° 219

Sarah Kofman : Nietsche et la scène philosophique
n° 1349

Jorge-Luis Borges : Essai sur les anciennes littératures germaniques
n° 507

Gérard Manley Hopkins : Carnets-journal-lettres
1976 - (Pas de numérotation)

Denis Roche : «Louve basse»
1980 - n° 1362

Il est toujours temps d'envoyer votre propre liste... mais soyez patients.

Bonhomme (Faire)

Bonhomme (Faire) , V. Se dit, au jeu des cadratins, quand l'un d'eux, par un hasard inouï, reste debout. Ce coup merveilleux annule le coup de blèche..

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Il n'ira pas

Oh et puis crotte, non, il n’ira pas, c’est tout. Après tout, se frayer un chemin entre les commerciaux en costard et les enseignants à la sclérotique désabusée commence à le faire tartir. Non c’est vrai, ça doit bien faire une vingtaine d’années qu’il y va tous les ans pour y rencontrer de moins en moins de monde. Et ceux qui restent, il peut les voir ailleurs, au calme et pas autour d’un café dégueu surpayé ou du champagne qui donnes des putains d’aigreur, dans l’odeur de vache – ce qui n’est pas désagréable – ou de l’aisselle mal déodorisées – ce qui est absolument dégueulasse.
Et pour voir quoi ?
Il se dit que ce n’est plus son monde, qu’il a mieux à faire que de marcher entre deux stands mornes, où des vendeurs errent dans l’ennui d’une journée professionnelle, assaillis par des bibliothécaires en mal de catalogue et des libraires en mal d’engueulade de commercial, celui-là même qui s’est tiré vite fait au séminaire du premier étage ou qui est parti avec le gros client, là, peut être qu’il va revenir. De toute façon, rien à battre de tout cela, cela fait plus de dix ans qu’il n’est plus concerné. (*) Il n’y a que de la poussière de papier et de drôles de remugles, une fin de règne, un naufrage hypocrite avec un personnel, sur le pont, qui a perdu l’usage des rames. Des gros éditeurs toujours absents des journées professionnelles et des petits qui ne peuvent même pas vous vendre des livres pour renflouer le budget élyséen de leur stand.
Pas souvent de beaux livres. Ils ne sont pas là. Beaucoup n’en n’ont jamais vu, certains doivent ignorer que cela existe.
Une sorte de torpeur, un lundi après-midi, sur la moquette qui chauffe les pieds et cette assommante succession de riens. La nuit tombe tout doucement. Ailleurs, le crépuscule s’éternise un peu plus.
Il croit qu’il va rester à la lumière…

C’est décidé.
Il n’ira plus au Salon du Livre de Paris.



(*) - Dix ans qu’il n’est plus dans le neuf, purée ! Dix ans qu’il continue d’y aller pour d'improbables amitiés, des souvenirs et voir toujours cette même tête de con devant la collection qu’il a contribué à couler, sorte de Bazaine - qu’il a fini par aimer haïr à date fixe – qui ne doit même pas savoir qu’il campe encore devant son Metz.. On en fera un billet, un de ces jours.

Bon (Avoir du)

Bon (Avoir du), V. Avoir de la composition non portée sur son bordereau, et qu'on garde pour la compter à la prochaine banque. C'est le contraire du salé.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Cours, cours, camarade...!


Bon

Bon, s. m. Épreuve sur laquelle l'auteur a écrit : Bon à tirer, c'est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l'auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Un homme consciencieux

Il y a plusieurs mois d’ici, nous avions eu le plaisir de parcourir les bibliographies de deux collections, établies par notre ami SPiRitus :
L’une chez Losfeld (Le Désordre)
Et l’autre qui s’intitulait « L’Écart absolu »
Or, il y a peu, je recevais de sa part des compléments à ces deux enquêtes. On ne peut ici que vous inciter à retourner illico à ces deux billets - liens ci-dessus - pour y découvrir ces apports. Comme le Tenancier est empli de mansuétude (cela lui arrive, parfois, après une journée de boulot assez fatigante), il vous mâche ici le travail en reproduisant les images associées à cette mise à jour.




Et il en profite ici pour le féliciter de sa ténacité et de sa patience qui est la marque du véritable bibliophile. S’il quitte un jour son métier, qu’il sache qu’il n’aura point trop de difficultés à frotter sa haute sagacité et sa culture à celui de libraire. Beaucoup, même pourraient s’en montrer ennuyés, à commencer par votre serviteur, qui aurait un rude concurrent de plus !