Article 4

Article 4 (Payer son). v. Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. Voici l'origine de cette expression. Dans le temps où les compositeurs portaient l'épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d'exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. Ces exemplaires étaient vendus, et l'argent qu'on en retirait consacré à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L'article 4 de ce règlement, le seul qui soit par tradition resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, en parlant de l'article 4, les mots verset 20, qu'il faut traduire: « Versez vin. » — Dans le nord de la France on dit: payer ses quatre heures au lieu de payer son article 4.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Déménagement

Christian Laucou, a changé de local, il est parti au loin.
Qu’est-ce que cela donne lorsque qu’un Maître Imprimeur déménage son matériel ? La démonstration en images ci-dessous :

video


Si d’aventure vous ne connaissez pas Christian Laucou, on vous enjoint à réparer illico cette faute grossière en faisant un tour sur son site, qui vous exposera son catalogue, ses projets, ses créations et son esprit.
Et vous en saurez certainement plus sur son déménagement !

Amphibie

Amphibie, s. m. Ouvrier typographe qui est en même temps imprimeur ou correcteur.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

br. ou cart. ?

Les sites avec lesquels je travaille transmettent parfois des questions de clients à propos de l'état des ouvrages, ou bien sur le contenu. Les échanges sont souvent intéressants et pour peu que l'interlocuteur fasse preuve de courtoisie, cela devient un véritable plaisir. A ce moment là, il importe vraiment peu que l'ouvrage fasse 7,50 €, 75 € ou 750 €. Si je retranscris ici cet échange, c'est qu'il est parfois symptomatique d'une incompréhension entre le libraire d'occasion et sa clientèle éventuelle, et la nécessité pour le premier de toujours faire preuve de pédagogie...



Voici la question du client : Bonjour, l'exemplaire que je possède (en mauvais état), est relié et couverture rigide . Ce qui m'intéresse surtout, est l'état de la jaquette, celle-ci comporte en haut gauche SWIFT puis au dessous Voyages de Gulliver, en bas Editions R. Simon. ma question: cette jaquette est-elle en très bon état?
[...]
> Titre : Voyages de Gulliver
> Auteur : Swift (Jonathan)
> Éditeur : Editions R. Simon
> N° de référence : 03264
> Prix : EUR 7.5
> Description : Poids : moyen. in-12, 286 pp non coupées, br - bel ex. Précédés d'une notice biographique et littéraire par Ville.
Monsieur,

L'édition que je possède est brochée, ne comporte pas de jaquette et, à m'a connaissance ne devait pas en posséder comme votre édition cartonnée.
Je vous incite à explorer d'autres sites comme livre-rare-book ou Galaxidion qui peuvent présenter des livres qui ne se trouvent pas forcément sur Abebooks...
Sincèrement,

Yves Letort - Feuilles d'automne
Bonjour, mon livre qui a les mêmes caractéristiques que le votre, et dont j'ai collé la page de présentation et de "tranche" à l'intérieur m'a été offert il y a maintenant 50 ans, j'ai 63 ans. Il avait alors sa jaquette en état, et était aussi en parfait état; Il ne comporte aucune mention sur la couverture rigide (cartonnée) s'il en est de même pour le votre, je serai tenté de dire que c'est votre livre qui a perdu sa jaquette. De toute façons, c'est avant tout d'avoir une jaquette en état qui m'intéresse. Un très grand merci pour votre aimable et plus que complète réponse.
au revoir, cordialement H*** J***
Cher Monsieur,

Merci pour votre appréciation. Il semble tout de même que nous ne possédons pas le même exemplaire. La faute à notre jargon. Lorsque j'indique qu'un ouvrage est broché, cela signifie qu'il a une couverture papier - généralement illustrée, ce qui est le cas ici - et que l'on a tendance à appeler "une couverture souple". Il semble que l'éditeur ait fait paraître deux types d'éditions, chose fort courante à l'époque, la cartonnée faisant figure d'édition un peu plus luxueuse, avec jaquette. Bien entendu, l'édition brochée n'avait nul besoin de jaquette et cela pour plusieurs raisons :
- La minceur du papier : enrouler une jaquette autour aurait posé des problèmes de tenue
- De redondance : la couverture de l'ouvrage broché étant déjà illustrée, aucun intérêt d'en remettre une autre par-dessus
- De moeurs éditoriales : la jaquette sur livre broché intervient sur des ouvrages qui font partie d'une collection et dont on veut en distinguer certains (par exemple, vers les années 70, les ouvrages de Yourcenar en collection Blanche ont tous reçu une jaquette)
- De coût de fabrication
A contrario, le recours à une jaquette pour un livre cartonné est évident.
En conclusion, il vous faut rechercher un ouvrage cartonné (j'utilise souvent l'abréviation "cart." dans mes descriptifs pour cartonné et "br." pour broché) et dont la jaquette est mentionnée. Cela donnerait à peu près ça dans le descriptif :
in-12, 286 pp, cart. sous jaquette illustrée de l'éditeur - bel ex. Précédés d'une notice biographique et littéraire par Ville.
Je n'ai pas vu cela dans le site d'Abebooks, les ouvrages de mes confrères semblent tous brochés. Il va falloir vous armer de patience...
Bien cordialement,

Yves Letort - feuilles d'automne


Comme on le voit, des termes qui tombent sous le sens pour un libraire le sont pas forcément pour un amateur. Ainsi, le terme "broché" a fait l'objet ici d'un quiproquo. Il n'est pas rare que l'on soit obligé de revenir sur les descriptifs de nos ouvrages. Mais que faire ? Le professionnel a besoin de faire preuve de rapidité et le recours aux abréviations et aux formules lapidaires sont autant de temps de gagné pour mettre un autre ouvrage en vente. Il existe bien des répertoires d'abréviations, nous y avions consacré un rubrique ici même. Nous en trouvons pléthore sur le net. Mais il faut bien constater que ces répertoires, listes et autres dictionnaires ne touchent que les personnes déjà concernées par le livre et non le chercheur occasionnel.
Répétons-le encore : cet échange plus haut fut un réel plaisir pour moi. Le partage d'une connaissance est toujours une joie. On demeure tout de même un peu déçu lorsqu'un élément de son métier est méconnu des autres personnes..

Aller en Germanie

Aller en Germanie, v. Remanier. Cette expression, d'allure si preste, s'applique pourtant, comme on voit, à une chose très désagréable pour le compositeur. Lorsqu'il qu'il a commis un bourdon ou un doublon et qu'il est forcé de remanier un long alinéa, on dit qu'il va en Germanie. Cette locution, récemment introduite dans quelques ateliers, vient-elle des nombreux remaniements que la Prusse a fait subir, depuis 1866, à la carte d'Allemagne, et même, hélas! à la carte de France ?
Un vieux typographe nous fait remarquer que cette locution: Aller en Germanie, dont on n'aperçoit pas distinctement l'origine, que nous venons tout à l'heure de chercher au delà du Rhin, est purement et simplement une corruption. Quand un compositeur a commis un bourdon, il s'écrie de mauvaise humeur: Allons ! bon! Il faut que je remanie. D'où aller en JE REMANIE, puis en Germanie.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Charogne

Il est parfois des mauvaises nouvelles qui s’annoncent par une odeur douceâtre et un peu surie, s’installant dans notre incommodité, sachant, quant à nous, confusément, que celle-ci n’est point naturelle bien qu’elle tend à se prolonger, s’insinuer, s’installer, prendre ses aises dans les espaces où nous avons coutume d’évoluer, continuer encore de s’étendre et puis changer encore de registre, quitter la discrétion, devenir lourde et plombante, jusqu’à bloquer notre respiration, provoquer des spasmes et des nausées.
C’est communément à ce moment précis que l’on découvre la charogne.
Parfois, effectivement, cela commence par un rien, ou c’est tellement lointain que vous n’y prêtez pas trop attention. Les autres s’appellent Ko Siu Lan ou Larry Clark, vous respirez normalement, vous rangez les étranges événements qui se déroulent devant vos yeux sous le voile de l’anomie, et de l’indifférence préméditée par d’autres. Et puis arrive un nom plus connu et plus proche, Reiser, et tout à coup vous vous rendez compte que vous ne respirez plus si bien. Et puis encore vous reviennent quelques autres faits, qui concernent des contemporains que vous n’écoutiez pas forcément, sur France Inter. De toute façon, il est trop tard désormais pour le faire… c’est curieux, rétrospectivement vous suffoquez.
Alors, arrive cette très curieuse disparition d’un blog ami, disparition due aux étranges manœuvres d’intimidations, indirectes, d’un élu de la République, lequel n’a guère apprécié que l’on daube son Maître… La petitesse se loge également dans les détails, et dans les fumets. Vous vous dites : « Comme cette affaire est proche ! », survient comme une sorte de crise d’asthme. L’air ne passe plus. Sans doute ce même asthme qui atteignit Cioran, vous savez… le réel. Petites causes, drôles d’effets.
Nous vivons une période bizarre où d‘étranges odeurs flottent dans l’air. Que cela peut-il être ? On n’ose dire encore le mot. Les mots sont là pour désigner les choses. On sent seulement la douceâtre et surie odeur de charogne, confusément. On ne veut ou l’on ne peut la voir. On ne la nommera point encore car elle prend bien garde de se mêler au parfum de roses de la bienséance.
Avec un peu de chance, la prochaine fois, la charogne se trouvera au cœur d’un livre et enfin ce billet trouvera ici sa place…

(Encore une) note de service

Le Tenancier a eu de minimes déboires informatiques ces derniers jours et a perdu quelques images et textes envoyés par ses honorables lecteurs. Il incite donc tout ce beau monde à se remettre à l'ouvrage pour lui renvoyer tout cela pour qu'il en fasse bon usage.
Que cela n'empêche nullement les autres d'envoyer qui des billets, qui des images, bien sûr !




Photos de Corinne Dardé - Sols

Aller en Galilée

Aller en Galilée, v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque: «Aller en Galilée, dit-il, c'est faire des remaniements qui nécessitent le transport d'une page ou d'une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n'est rien, comparativement au guignon d'aller en Galilée.» Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Ordre moral





















Le Tenancier se souvient.
À cette époque lointaine, il n’était pas encore Tenancier mais simple apprenti dans une librairie-papeterie de Saint-Servan. Il avait quelques potes, dont un qui l’avait entraîné brièvement dans une aventure amusante : participer au premier festival de BD de Saint Malo, qui se passait plutôt à la MJC de Saint-Servan. Enthousiaste, j’avais incité mon boss de l’époque à ouvrir des tractations avec le représentant d’un distributeur – la CDE/SODIS – pour obtenir un dépôt des Humanoïdes Associés. Ainsi, je tins le stand de cette prestigieuse maison au cours de ma deuxième année d’apprentissage. Margerin fit un faux tatouage sur mon bras « Humanos fort et vert » et me fit des envois, dessinés, bien sûr, sur deux albums, Denis Sire en fit également autant, sur « La Menace Diabolique », dessin au crayon très sympa que je garde dans un coin de ma bibliothèque. Durant ce premier festival, le sort des élections fit que Fournier, enthousiaste, alla sur la place de Saint-Servan jouer L’Internationale, au bignou. Je revois encore deux ou trois choses comme cela, Rob’ Vel, de jeunes types, à peu près mon âge dont j’ai oublié le nom et même le visage. La vie a continué, je me suis quelque peu détourné de la BD. Restent une affiche – celle dessinée par Goutal que je crois posséder encore – et deux ou trois albums, rien de plus. Un moment amusé et amusant qu’il me plaît de me remémorer au gré des rencontres dans ma bibliothèque ou des entrelacs de la mémoire.
Comme c’est bizarre. On ne pense jamais qu’un moment de l’existence puisse être particulièrement libre ou du moins dénué de contraintes. Tout semblait facile : vous étiez un apprenti et vous rencontriez des dessinateurs, on vous laissait la responsabilité d’un stand, et vous ne pensiez même pas à vous accrocher à tout cela, parce que la vie vous entraînait ailleurs… On exposait, on vendait quelques albums, sans une quelconque crainte.
Le temps passe. Le temps a passé. Il semble qu’il soit défunt.
Trente après, ce festival existe toujours, il est parti chez les bourges, "dans les murs", on dirait. Je viens d’apprendre qu’une exposition consacrée à Reiser, y est actuellement interdite aux mineurs non accompagnés. Ce festival semble être devenu une grosse machine et non une idée de quelques animateurs de la MJC locale.
Tout à coup, ce qui nous faisait rigoler devient une chose grave. Les stands ne sont sans doute plus laissés aux apprentis. On devient las, soudain, à se dire que l’Ordre Moral vous revient comme une sorte de bâton merdeux que d’aucuns semblent enclins à saisir avec empressement.
On interdit d’accès aux mineurs les dessins de Reiser…
Connards.

Morose macération

Il est des jours où l’on aurait envie de tirer sur n’importe quel connard dans n’importe quelle jungle mal famée, histoire de changer de l’ordinaire. La première question qu’il faudrait alors se poser franchement serait du genre : le béret me va-t-il bien ? Ensuite, viendrait la question du cran de sûreté du AK-47, et celle de la pointure des grolles qu’on vous a distribuées. Les cieux sont cléments car ils ne nous autorisent que rarement ce genre de songe quelque peu odorant aux entournures. Ce n’est pas le pire de ce que l’on peut imaginer. On pourrait par exemple tenir un blog où les commentateurs viendraient exclusivement du pool des intervenants de chez Assouline (là, purée, je remets la modération !) ou alors on pourrait vivre ce cauchemar rétroactif et que je fis de temps à autre : être enfermé dans une pièce sans porte et devoir converser pendant des heures avec Jean Dutourd, Jean d’Ormesson et Jean Cau. Ecoutez, là, c’est le bouquet ! A ce moment là, ne prenez pas de gants, mettez carrément du Rachmaninov, pendant que vous y êtes ! Achevez moi…
N’empêche, vous vous imaginez ça, vous, endurer ces raseurs pendant un temps infini ? Une heure c’est déjà trop !
Ouais, eh bien, ça a dû sûrement vous arriver, à vous, avec l’émission Apostrophe. Ch’suis sûr, vous étiez devant ! Ouais, ouais, ne me sortez pas l’argument que vous attendiez le Cinéclub, c’était nettement plus tard...
Et moi ?
Quoi, « moi » ?

Ça va pas la tête ?
Parce que je suis libraire, vous vous imaginez que je vais m’amuser a supporter pendant une heure une émission littéraire... « Ben, c’est vot’ métier, nan ? » Ah ben oui, dame, que c’est mon métier. Et vous imaginez que les plombiers seraient intéressés par une émission sur la plomberie, eux ? Alors pourquoi moi ?
Si vous voulez savoir, la seule fois ou j’ai eu plaisir à regarder, c’était lors du passage de Bukowski, pour une fois que j’étais devant. Je devais pressentir…

Écoutez, vous m’énervez, là.
Je vais vous dire, la seule façon de supporter une émission littéraire, c’est de l’écouter. La radio c’est fait pour ça. Et parfois, il y a des émissions fort intéressantes.
Et parfois il n’y en a plus…
En attendant, je suis morose.


P.S. : Reconnaissons que les trois Jean ci-dessus sont tout de même plus buvables que les commentateurs de chez Assouline, ce n'est pas une performance, c'est dire. Autrement, je viens de me rendre compte que je viens à ma manière de répondre à Christophe Borhen...

Lectures épuisantes

On a toujours tendance à rejeter sur un proche les quelques infortunes qui nous assaillent au long de notre existence. Ainsi, je dus ma carrière de libraire à ma sœur qui me donna perversement le goût du livre et non forcément celui de la lecture, que je possédais avant, je présume.
Quoique.
On sait bien du reste que ces choses peuvent être dissociées allègrement. On laissera au lecteur le soin de récapituler lui-même les circonstances où il a pu vérifier la chose. Il est assez curieux par ailleurs que ce goût du livre pour lui-même ne fut point autant partagé par ma sœur. Libraire elle fut et grande lectrice elle reste encore, mais force est de constater que les livres qui ont suivi son existence quelque peu tourmentée se sont parfois retrouvés aussi chiffonnés que quelques amoureux que nous avons pu lui connaître. Précisons que cet état se vérifiait pour l’un et l’autre après lecture attentive, si je puis dire. Dans un autre sens, on peut affirmer que ces plaisirs ne furent point méprisés alors que l’on sait toutes sortes de lectures épuisantes.


Tout Tenancier que nous sommes, nous ne pouvons nous résoudre à l’approximation de l’état de nos spécimens de bibliothèque. Il en est qui cornent et d’autres qui marquent leur pages. Serait-il paradoxal que marquant nos pages, nous en soyons chiffonnés ?
Est une loi réflexive ou transitive ?
Si ma sœur n’aimait pas forcément les livres pour leur matérialité qu’en était-il de ces pauvres humains, objets de ses lectures ?
Nous voici à conclure provisoirement qu’une liaison avec un typographe n’eût posé guère de problème dans le sens où nous aurions su à quel corps elle se vouait.
Il faudrait de toute façon poser la question aux anciens amoureux de ma sœur…

(Merci à Henri Roger pour nous avoir communiqué l'illustration ci-dessus)

Les Mystères de l'Atelier - Chapitre XI




Sur les quais (mais sans Brando)

La disposition d’esprit habituelle du Tenancier ne le porte guère à porter crédit à l’angélisme en matière de politique. Aussi, l’accumulation de certaines informations accolées les unes aux autres le pousse parfois à certaines interrogations, ainsi :

- Vers la fin août, on nous annonçait que la Mairie de Paris tapait du poing à l’encontre de quelques bouquinistes des quais de la Seine qui se livraient au commerce de souvenirs au lieu de se consacrer à la vente traditionnelle des livres. Si l’on ne peut qu’approuver le fond de l’annonce on s’étonne de revoir celle-ci, alors que le problème avait déjà été posé par la même voie de presse il y a une dizaine d’années et dans les mêmes termes.
Il n’est pas réputé facile d’accéder à ces boîtes qui sont fort convoitées bien qu’après coup nombre de ses occupants se plaignent du faible chiffre d’affaires qui résulte de son exploitation (rappelons cependant que les charges sont assez minimes par rapport à un confrère qui tient boutique). L’accession à ces boîtes passe par une commission qui est chargée d’avaliser les candidatures. Il semble que celle-ci surveille en permanence le commerce et la nature de la marchandise vendue sur ces dits quais. On s’étonne alors que la commission en question n’ait pas fait son boulot depuis l’annonce il y a une dizaine d’années. Par ailleurs, l’on évoque à l'envi l’existence de cette dite commission et du règlement très strict lié au commerce du livre sur le bord de Seine…
Le règlement est simple et très clair, on peut le consulter ici.
Non que l’on défende ici les marchands de souvenirs made in China. Le Tenancier préfèrerait nettement qu’un touriste fasse connaissance d’un parisien atrabilaire (et éventuellement en adopte un) plutôt que d’acquérir une saloperie en plastique. On s’étonne seulement de cet étrange laxisme et le vibrant rappel de la municipalité aux principes qui régissent la bouquinerie de bord de Seine.


(Photographie : Eugène Atget)

- On s’étonne un peu moins lorsque l’on découvre que la même municipalité, quelques mois auparavant (le 14 avril pour être précis), dévoilait son projet d’aménagement des bords de Seine. Il est assez curieux de constater que les quelques images reproduites ça et là ne représentent que les berges à des endroits où ne résident pas vraiment les bouquinistes. On se pose alors une question : ce projet de rénovation des berges ne touche-t-il que ces zones où les bouquinistes sont absents ou bien s’est-on gardé de les y représenter car l’on sait par avance que l’on va les en exclure ?
A ce moment-là, le roulement de mécanique de la municipalité de Paris prendrait tout son sens, appliquant une stratégie de diabolisation d’une partie de la corporation des bouquinistes, stigmatisant une pratique sommes toute marginale (quelques boîtes ça et là sont remplies de ces saloperies, mais ce n’est pas une pratique générale…)
Verrait-on alors les prémisses d’un grand chamboulement des boîtes, voire une disparition d’une partie de celles-ci ?

Le Tenancier n’est pas au parfum des projets détaillés de la mairie, il se peut qu’il se mette le doigt dans l’œil. Mais il va rester vigilant.