
Nos 10/18 (6e partie)
Laissons la place à Grégory Haleux, qui est la moitié de la maison d'édition que nos habitués connaissent pour avoir vu leur série consacrée à Jarry dans notre rubrique bibliographique, Cynthia 3000 :
Le Ministère de la Com'
Il y a quelques billets, nous évoquions les nouvelles dispositions commerciales de PriceMinister vis à vis de ses vendeurs. De même nous évoquions le battage fait autour de la sortie de l'autobiographie de son créateur, Pierre Kosciusko-Morizet, et de l'empressement avec lequel cette "information" fut reprise ici et là, comme dans ce blog intitulé Geek, c'est chic. On nous livra à cette occasion un bel entretien chargé d'effluves conquérantes, et dont nous vous livrons la dernière phrase, tellement elle nous plaît :
"Il faut d'abord que les gens l'utilisent... et que ça soit vite rentable. [Rires]."Les rires sont aussi enregistrés à la source, nous ne les avons pas ajoutés en post-synchronisation. Ces rires nous plaisent également car nous songeons qu'ils étaient également destinés au journaliste, courroie de transmission utile à la "communication" de cette société. Nous ne sommes pas trop incertains quant à la nature de ces rires lorsque l'on connaît la suite.
De cette interview, le Tenancier s'était livré à une ou deux conjectures sur ces assertions :
"Pour quelques commentateurs - dont votre serviteur, il semble que cette communication recouvre quelques manœuvres commerciales quant ce ne sont pas de gesticulations pour agrandir le tour de table des actionnaires..."Et nous avions raison.
Voici, ci-dessous, le chapeau d'un article électronique du Monde en date du 17 juin :
Le leader japonais du e-commerce, Rakuten, a acheté la totalité du capital de Priceminister, dirigé par Pierre Kosciusko-Morizet, pour environ 200 millions d'euros, a annoncé jeudi dans un communiqué le groupe français, qui vient de fêter ses 10 ans.Rappelons la chronologie :
- Le billet du blog, signé Boris Manenti parait le 3 juin 2010
- Le lendemain, les vendeurs professionnels apprennent de la direction de PriceMinister qu'il devront régler une base forfaitaire de 20 € mensuels.
- L'annonce de la vente est dévoilée le 17 juin 2010
On ne vend pas une société en une quinzaine de jours.
Certes, la question de cette cession ne devrait pas m'empêcher de dormir. Seulement je songe que j'ai assisté à des manœuvres quelque peu dérangeantes dans le sens où l'on a essayé de m'endormir sur une chose : la nécessité de me faire payer des services chimériques alors que le but était simplement de faire augmenter le jackpot pour que l'investisseur mette le pognon sur la table. Dans ce cas là, c'est l'obscur qui allonge le fric, et le gros qui ramasse la mise.
Quelque chose me dit que j'aime bien être dans ma peau et m'être retiré de ce petit jeu où je ne pouvais être que perdant. En revanche, je n'aimerais pas du tout être à la place de ce garçon qui rédigea cet entretien quelque peu téléguidé.
Que conclure ?...
Oh... la vague impression qu'une fois de plus le double langage règne et que nous avons failli être les cocus d'une médiocre entreprise de désinformation. Tant mieux, nous n'aimons pas la petitesse.
Ceux qui restent auront de quoi réfléchir.
Il n'ira pas et il le regrette

Allez-y pour moi, je me languis un peu de ces quelques créations originales et émouvantes qui y sont parfois exposées.
Merci.
Les bébés sont décevants
« Quand vous allez sur une brocante, que cherchez-vous ? »
« Quelles sont les personnes décédées que vous ne souhaiteriez aucunement rencontrer ? »
Etc.
A la veille des grandes vacances, de pareils questionnaires font penser aux quizz des journaux pour mômes ou même à ceux des magazines que nos parents achetaient par lots soldés dans les boutiques des stations-service, au bord de la nationale bondée, dans l’ondoiement des capots en chaleur.
Il n’y a pas que les questions, Éric Poindron nous donne parfois quelques citations. L’une d’elle a retenu mon attention : « Vous pouvez jeter un livre du cinquième étage, vous le retrouverez plus ou moins complet en bas. Si vous jetez un e-book, il sera à coup sûr détruit. » Celle-ci est d’Umberto Eco, vraisemblablement tirée de son dernier ouvrage, N’espérez pas vous débarrasser de vos livres, ou alors d’un des multiples entretiens qui accompagnent la sortie de chacun de ses ouvrages…
Je ne veux certes pas entrer dans ce débat qui me paraît d’ores et déjà diablement frelaté tant il fut abordé dans la dernière décennie. Ce qui retient plutôt mon attention, c’est tout de même l’argument spécieux d’Eco : lancez en l’air votre Kindle / e-book / I-pad ou autre et voyez ce qui se passe. Á ce compte-là, et suivant le même raisonnement, les Assyriens auraient pu apporter également une appréciation négative sur le papyrus ou le papier. En effet, les tablettes d’argile résistent tout de même mieux au feu que le fonds de la bibliothèque d’Alexandrie (qui ne serait au bout du compte qu’un fantasme, mais fantasme pour fantasme…) Ce qui est assez surprenant, en somme, c’est l’inquiétude vis-à-vis d’un objet qui n’est qu’un outil banal, un développement à peine rusé de l’ordinateur portable, lui-même dérivé de notre bon vieil ordinateur de bureau. On voudrait dans l’affaire que tout le monde retrouve son sang froid et examine la situation sous un autre angle. Ces livres électroniques sont une aubaine pour votre serviteur qui, dans son travail de bibliographie, serait plutôt enchanté d’avoir un outil de référence peu encombrant au lieu des centaines d’ouvrages volumineux que l’on traîne derrière soi comme une ancre flottante. Mais à part cela, lirai-je dedans mes œuvres préférées ? Je ne le pense pas. Devrais-je pour autant obliger mes contemporains à s’en priver ? Et si nous laissions les choses évoluer ? Je le répète ici, je n’irai pas plus loin dans le débat, qui est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Mais si la citation d’Umberto Eco est bien de lui, on s’autorisera à regretter la faiblesse de l’argumentation, sa facilité.
« Vous pouvez jeter un chat d’un mètre de hauteur, vous le retrouverez plus ou moins complet en bas. Si vous jetez un bébé, il sera à coup sûr détruit. »
Je l’ai toujours pensé, les bébés sont très décevants.
Nos 10/18 (5e partie)
Vingt euros qui coûtent cher !
Je tournais tout de même dans mon esprit un billet furieusement torché lorsque je tombais par hasard sur le blog de Jean-Luc Tafforeau, par l'entremise d'un article qu'il cite également, ci-dessous. Après l'avoir lu, j'ai convenu que le Tenancier n'avait nul besoin de se casser le tronc. Tout y était ou peu s'en faut. Alors, avec l'accord de son auteur, le voici in extenso. Vous pouvez également le retrouver sur son blog et y ajouter des encouragements et des commentaires. Il les mérite.
PriceMinister : bingo… et merci !M. Kosciusko-Morizet fête le dixième anniversaire de PriceMinister, dont il est le fondateur. Son site est devenu le numéro 1 du commerce électronique en France. Cher Monsieur Kosciusko-Morizet,Je n'ai reçu aucune réponse à ce courrier. Je suppose qu'il s'est noyé dans l'océan des missives reçues par le P-DG. En revanche, j'ai pu échanger par mail et recevoir un appel téléphonique d'une chargée de clientèle, qui n'a malheureusement pu remédier à cette décision unilatérale mal calibrée. Relevons – et apprécions – qu'au moins il existe encore des êtres humains derrière la boutique virtuelle, et qu'ils soient autorisés à prendre le temps de s'occuper des demandes de leurs clients, aussi “minuscules” soient-ils ! Oui, en effet, comme le dit le P-DG, “toutes les entreprises ont été petites un jour”. Dommage de les “flinguer” avec des charges fixes qui compromettent leur démarrage ! Sans nul doute, PriceMinister a compté le nombre de vendeurs professionnels dans sa base de données, sorti la calculette et multiplié par 20 euros et par 12 mois. Bingo ! Oui, mais PriceMinister n'est pas un casino – à moins qu'il n'ait décidé d'en ouvrir un… en ligne ! ANNEXE Pour être exact et précis, ma (défunte) boutique professionnelle a encaissé depuis le 1er janvier, 266 euros, nets de la commission PriceMinister de 15%. Une moyenne de quelque 53 euros mensuels. Si les frais forfaitaires de 20 euros avaient été appliqués sur cette période, j'aurais dû amputer les 266 euros de 100 euros, soit près de 40%, venant s'ajouter aux 15%. Total : 55% Là, est-ce moi qui “exagère”… ou bien ? |
Ajoutons encore une chose : il est certain que pour ma part j'aurais pu tout à fait continuer à vendre mes livres par cet intermédiaire, mon chiffre d'affaire me le permettait aisément. Mais il y avait ici une aubaine pour lier mon éthique à mes propres intérêts, d'une part et le fait que, désormais, il était plus intéressant de quitter ce site qui n'est après tout qu'un bazar, fait qui pourrait à la longue porter préjudice à mon métier de libraire.
Bibliographie Minilivres : Trois questions
| — Au bout de 55 ouvrages (plus le volume élaboré «à façon» : Une nuit dans la Grande Bibliothèque), pourquoi avoir arrêté cette collection ? Est-ce lié au destin de Deleatur ? — Oui, tout à fait. L’expérience était à son terme. Je collaborais depuis quelques années à Ginkgo (j’y ai piloté une vingtaine d’ouvrages, dont trois romans de Jacques Abeille et un recueil de nouvelles de Deleatur). J’avais espéré un temps créer un «espace» Deleatur chez Ginkgo, avec une diffusion normale (Ginkgo est diffusé/distribué par Gallimard/Sodis). Cela n’a finalement pas été possible. J’ai réactivé Deleatur, mais pour un projet très particulier : « Sous la Cape », une collection mauvais genre (polars, érotisme, SF, fantastique…), avec une spécificité : tirage limité à 100 exemplaires de la version papier et téléchargement de la version numérique, avec contribution libre. — Bien que fort disparate en apparence, on a l'impression que la collection présente une sorte de constante pour la géographie imaginaire et pour un exotisme intérieur. Était-ce un choix déterminé ? — Ah oui, « géographie imaginaire » « exotisme intérieur », c’est bien vu ! Cette collection reflète mon éclectisme foncier… comme la Nouvelle postale avant elle (avec la complicité alors active de Jean Pallone) : hétéroclites, bizarreries, jeux de langage, faux-semblants… Plus l’érotisme, en « sous-collection » – il s’agit là typiquement de géographie et d’exotisme intérieurs – avec l’exigence de l’anonymat (auteur, illustrateur et… éditeur, les 6 volumes parus sont totalement clandestins !). — Qui auriez-vous bien aimé publier dans cette collection ? — J’ai fait la connaissance récemment de Sylvie Dubin, une nouvelliste virtuose. Peut-être un peu sage pour Deleatur, mais une de ses nouvelles aurait été en bonne compagnie dans cette collection ! |
Editions Deleatur
BP 12243
49022 Angers cedex 02
http//deleatur.free.fr
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Nous reviendrons plus tard - vous pensez bien ! - sur la bibliographie de la «sous collection» à laquelle faisait allusion Pierre Laurendeau.











