Bibliographie : Minilivres - n° 37


Xavier Forneret


Le Diamant
de l'herbe




Angers - Éditions Deleatur, 1999
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en janvier 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques passionnés.

Bibliographie : Minilivres - n° 36


Jacques Abeille



Le peintre défait
par son modèle




Angers - Éditions Deleatur, 1999
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en octobre 2002 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques amateurs

"En fait, je ne cherche qu'une modeste surprise"

Suite du petit jeu auquel je vous avais convié : voici le texte d'une personne qui visite de temps à autre notre blog et dont les commentaires ont souvent été stimulants. On sait par ailleurs que ce texte vient d'un amateur averti de tout ce qui touche au livre. Ce que nous découvrons ci-dessous le confirme... On en redemande, à l'avenir.
Le Tenancier
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J'avoue qu'un fois lancé le "Bonjour" d'usage en poussant la porte d'une librairie, je n'ai plus d'yeux que pour les rayonnages.
Première chose : repérer le classement : oui, la diversité des classements est chose étonnante !
Ensuite, je suis chez moi, l'inspection commence, avec une prédilection pour les recoins, les piles perchées tout en haut des étagères et celles qui sont planquées sous les tables; c'est souvent là que je trouve mes bonheurs.
Les tenanciers lassés d'avoir le nez sur leurs fiches, s'ils me regardent vaquer, peuvent être pris de doutes : titres et auteurs m'indiffèrent, je traque les imprimeurs, voire les éditeurs. Le parcours va du rayon 14-18 à celui des Beaux-arts, des métiers et techniques aux périodiques photo, je fais aussi mes provisions de cadeaux.
Devant les rangées de livres "anciens", un rapide examen visuel de la tranche supérieure me permet de détecter rapidement les époques qui m'intéressent et m'évite de sortir, — toujours soigneusement par les plats entre pouce et index au lieu d'arracher la coiffe — la majeure partie du rayonnage.


Et vient le temps des questions : " Vous cherchez quelque chose de précis, puis-je vous aider ?". Grand moment.
Par politesse, je donne quelques pistes en pâture au maître des lieux "histoire du livre, de l'imprimerie" ou bien "GLM, Kra, Draeger" le faisant, bien malgré moi, bégayer, désemparé.
En fait, je ne cherche qu'une modeste surprise.
L'idéal est qu'un autre chaland entre pour distraire le libraire "Vous avez des livres de cuisine ?", "Mon petit-fils est en CM2, je voudrais lui trouver quelque chose sur le football", etc.
Mon petit marché fait, je m'approche de la table derrière laquelle siège le possesseur des lieux, elle est systématiquement encombrée, il faut faire la place d'y écrire un chèque, l'usage de la carte bancaire étant quasi-inconnu dans ces lieux. Je ne tente d'avoir un rabais que si le montant dépasse la centaine d'euros en plusieurs ouvrages, généralement avec succès, surtout lorsque le libraire commente et apprécie mes choix.
Parfois il se contente d'encaisser sans un commentaire, comme pour des paquets de lessive, ce qui m'est toujours incompréhensible, j'ai alors la certitude que ces livres seront mieux chez moi que chez lui !
Je sens bien qu'il me manque un maillon dans la démarche qui mène à vendre ce que l'on aime...
Il m'arrive de sortir bredouille, mais jamais sans avoir appris ni découvert quelque chose.
Des années après, je finis toujours par retrouver ces lieux, alors que mon sens de l'orientation est nettement défaillant.


Mes bouquinistes réguliers sont plus souvent ceux qui déballent sur les brocantes qu'entre quatre murs : Ah, je ne vous ai pas vu dimanche à -tel endroit- ?
Eh, c'est qu'il y avait d'autres brocantes ailleurs... !

Mouton à lunettes.

Bibliographie : Minilivres - n° 35


René Troin


12
aventures
de Câline
et ses amis



Angers - Éditions Deleatur, 1999
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en juin 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques obsessionnels du rabat. (Dépôt légal ; mai 1999)

Bibliographie : Minilivres - n° 34


Yann Frioux


La planète
Moise
en 26 lettres




Angers - Éditions Deleatur, 1998
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en mars 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques Damoiselles et Damoiseaux. (Dépôt légal : mars 1999)

Moi aussi

Premier opus du petit jeu auquel je vous avais convié dans mon dernier billet rédigé. Je rappelle qu'il est question ici de nous raconter vos plaisirs et vos rencontres autour du livre. J'étais loin de me douter de ce que j'allais trouver en lisant ce texte d'Otto, qui fait quelque peu dans la subversion. J'ai beaucoup ri.
Le Tenancier
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Moi aussi, j'ai été libraire. Oh, il y a un bon paquet d'années de cela. Et pas bien longtemps, l'espace de quelques mois, pour tout dire. Qui plus est, dans une officine que bien peu ici auraient réellement qualifiée de librairie. En fait, l'endroit s'appelait à l'époque le Drugstore Saint-Lazare. Pour les parisiens, c'est le grand magasin qui se trouve tout en bas de la rue de Rome, à droite du parvis de la gare Saint-Lazare, quand on en sort. Il y a une pharmacie à cet endroit, maintenant, je crois.
A cette époque, au tout début des années 80, donc, il y avait là un "drugstore". Autrement dit, une grande surface découpée en plusieurs magasins "indépendants". On y trouvait une cafétaria, un marchand de journaux, un magasin de disques, un autre d'objets divers (cela allait des piles aux collants en passant par les mugs, par exemple), un supermarché alimentaire et, donc, une librairie.
Qui, en soi-même, n'avait pas grand-chose de remarquable. Si ce n'est l'étonnante population qui tenait lieu de vendeurs et de responsables – une "particularité" qui caractérisait, en fait, toutes les boutiques du drugstore. Pour résumer, l'ambiance tenait parfois plus de l'asile de fous que du magasin de grande consommation…
Lorsque je suis arrivé dans cette librairie, du haut de mes presque 20 ans, j'avais les cheveux jusqu'en bas du dos (ce qui ne manquerait pas d'étonner nombre de ceux qui connaissent ma calvitie actuelle…), souvent un bandeau et une queue de cheval pour tenter de domestiquer cette toison, des chemises grand-père, bref, un look tout à fait adapté à la vente, on en conviendra… J'ai atterri là parce que mon père connaissait l'une des responsables de l'endroit. Auparavant, j'avais travaillé comme dactylo en intérim (imaginez la tête des cadres sup' de l'époque, attendant une secrétaire accorte, et voyant débouler à la place un grand escogriffe aux cheveux longs et pas rasé qui, en plus, savait vraiment taper à la machine, ce que ces braves cadres arrivaient à concevoir uniquement après m'avoir observé pendant une bonne demi-journée, penchés au-dessus de mon épaule). Un peu las de ces expériences, et ayant conclu de mes premières tentatives que, si je souhaitais manger régulièrement, j'avais tout intérêt à me trouver un autre métier que celui d'écrivain auquel j'avais rêvé, mon paternel m'a proposé l'alternative de travailler dans un atelier de restauration de véhicules anciens ou de m'orienter vers la librairie. Après hésitations (si si, j'ai toujours un faible pour les voitures d'époque), j'ai donc opté pour la librairie.
Et je suis arrivé, tout timide, dans ce lieu où j'ai eu l'impression de côtoyer une bande d'extra-terrestres sous acide. Comment dire… Pas un des membres du personnel ne pouvait être qualifié d'autrement que d'excentrique. Prenons par exemple le kiosque à journaux : il était tenu par un homosexuel espagnol éminemment sympathique, d'une cinquantaine d'années, un peu "folle", balançant régulièrement (et très ingénument) des énormités qu'aggravait encore son français parfois sommaire ; il n'aurait pas dépareillé dans "La cage aux folles". Son assistante était une ravissante jeune femme un peu évaporée qui, elle, passait son temps à tomber amoureuse tous les quatre matins et se faire arnaquer tout aussi vite. Le disquaire, pour sa part, était un toxicomane qui disparaissait parfois en pleine journée pour aller chercher sa dose. J'avais dans ces cas-là charge de le remplacer, tâche pas toujours drôle, quoiqu'il y ait eu des épisodes amusants : dans cette boutique en contrebas, il fallait descendre 3-4 marches à côté d'une rembarde de protection pour accéder aux rayons. Sauf que notre disquaire, rentrant un jour dans un état très "avancé", est passé directement par-dessus la rembarde : il avait tout simplement raté l'escalier… L'endroit valait aussi par sa clientèle. Il y avait une bande de rockers (banane, santiags, blousons, toute la panoplie) qui traînait régulièrement dans le drugstore : pas bien méchants, surtout si l'on parlait avec eux et si on leur passait leur Johnny adoré. Il leur arrivait même de pleurer à l'écoute de certains morceaux ! Plus étonnant (pour l'esprit naïf que j'étais à l'époque), j'ai été dragué par un homme tenant un peu de la motte de beurre sur pattes, qui se prétendait ancien manager de Claude François et qui m'aurait très bien vu avec une veste à franges (et rien dessous je suppose…) à la fête qu'il organisait et à laquelle il m'invitait. Suite à cette première approche, je me cachais dans la réserve de la librairie à chaque fois qu'il passait la porte du drugstore, à la grande hilarité de mes collègues.
Le rayon "bric à brac" et le supermarché étaient gérés par une lesbienne dont l'amie travaillait à ce même rayon bazar et les scènes de ménage liées à la jalousie de la première étaient quotidiennes. Quant à l'autre employée du rayon, j'en suis tombé follement amoureux et… bref, c'est une autre histoire…
Revenons à la librairie, donc. La femme qui la dirigeait avait tout du glaçon, une femme blonde d'âge moyen, habillée de manière très impersonnelle, toujours économe de ses gestes et de ses expressions, coupante comme du verre dans ses remarques. J'ai vite compris le pourquoi de son attitude : son mari, jaloux maladif, passait ses journées devant l'entrée de la librairie et venait la harceler dès qu'elle avait eu le malheur de parler à un client… Elle avait deux assistantes. La première, dame très bourgeoise d'un certain âge, très distinguée, très prude et très "bonne famille", mais capable de sortir elle aussi des réflexions qui auraient fait rougir un charretier, notamment lorsqu'elle entamait son hilarant numéro de duettistes avec l'homosexuel espagnol du kiosque à journaux. L'autre, tout petit bout de femme à l'énergie incroyable (elle a fini par mourir de fatigue …), très "cul serré", revêche en apparence mais très attentionnée lorsqu'elle se découvrait, m'avait pris sous son aile, me confiant même la responsabilité du rayon science-fiction (un genre que j'adulais à l'époque) de la librairie. J'y reviendrais. Auparavant, je n'oublierai certainement pas de parler de J., le responsable de la réserve et du rayon BD. D'abord parce qu'il figure toujours parmi mes amis les plus proches. Mais aussi parce que, à l'époque, il incarnait de manière ahurissante Gaston Lagaffe (il déteste cette comparaison). J. habitait à 500 mètres à pied du drugstore mais je ne l'ai jamais vu arriver avec moins de deux heures de retard le matin. Responsable de la réserve, il était chargé de réceptionner les colis, de pointer leur contenu et de ranger les livres en rayons. En règle générale, du lundi au jeudi (la librairie était ouverte 7 jours sur 7), les cartons s'empilaient dans la réserve, J. passant son temps à lire des BD ou… à dormir dans la réserve. Puis, arrivé le vendredi, il s'attaquait à l'ouvrage et tout était réalisé dans la journée. Son comportement était parfaitement toléré par les responsables de la librairie, qui avaient vite compris qu'il ne servait à rien de râler après lui : qu'un client lui pose une question alors qu'il lisait une BD ou qu'un "chef" tente de lui remonter les bretelles, il regardait son interlocuteur et rigolait. Désarmant… Et comme le travail était fait…
Pour ma part, j'ouvrais de grands yeux à contempler tous ces étranges personnages autour de moi et je travaillais. Tout d'abord comme caissier-vendeur. Assis derrière ma caisse, je me contentais de faire les additions et de rendre la monnaie, voire de faire des emballages cadeau (j'ai même fini par en réaliser quelques-uns potables, pas beaucoup…). Tâches guère épanouissantes. Heureusement, comme dit précédemment, l'une des responsables, D., me confia le rayon SF puisque je lui avais avoué être fan du genre et que personne ne connaissait trop ce domaine dans la librairie. Ce qui fut une "révolution" pour la boutique ! En effet, en quelques semaines, j'avais commandé suffisamment de livres de mon genre préféré pour remplir un énorme rayon (j'avais sans scrupule poussé ou mis en réserve les ouvrages qui encombraient l'espace que je convoitais). Et j'avais parsemé la boutique des affiches promotionnelles des divers éditeurs du genre, sur les murs, pendant du plafond, sur les présentoirs, par terre ! Et, il y a prescription…, j'en avais également profité pour largement enrichir ma bibliothèque personnelle (je commandais deux exemplaires de chaque livre qui m'intéressait, un pour la boutique, un pour moi – je ne faisais là rien de plus que mes collègues, il faut le préciser…). En tous cas, ma méthode a eu du succès puisque je me suis rapidement trouvé à voir des habitués venir régulièrement chercher toutes les nouveautés du secteur, passer des commandes et parler avec moi. Ce qui me changeait agréablement des petites dames âgées qui, elles, n'apparaissaient qu'à chaque nouvelle parution dans la collection Harlequin : ces dames prenaient systématiquement les 5 ou 6 titres nouveaux, sans même regarder résumé ou titre, payaient et repartaient sans mot dire…
J'ai donc passé assez peu de temps dans cette boutique, principalement parce que le drugstore a fermé ses portes (il semblerait que la direction ne brillait pas par ses compétences de gestionnaire…). Ce qui donnait lieu à des scènes assez cocasses, tout le personnel, prévenu de la prochaine cessation de ses activités, fonctionnant alors en roue libre. Le soir, c'est dans d'énormes sacs plastiques que chacun embarquait les livres qu'il convoitait. Et je me souviens également d'un jour où J. revint du bout du magasin, plié de rire, en annonçant qu'un client était en train de voler un livre… Ce qui a provoqué l'hilarité générale sous le regard ahuri du voleur, qui ne savait plus trop quoi faire (il est vite parti, son bouquin sous le manteau…).
Je n'ai pas la prétention, à la lumière de cette expérience, de me prendre pour un véritable libraire, loin s'en faut. Cela n'a pas duré bien longtemps, et les conditions étaient tout de même assez particulières. Mais j'ai vécu là une tranche de vie marquante, qui m'a permis de connaître quelques crises de rire assez mémorables, de vivre un amour (très) malheureux et de nouer une amitié qui dure encore, trente ans plus tard. Ce qui est finalement un résultat plutôt positif…

Otto Naumme

Bibliographie : Minilivres - n° 33


René Troin



Vingt
palindromes




Angers - Éditions Deleatur, 1998
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en mars 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques amateurs.

Bibliographie : Minilivres - n° 32


Philippe Curval

La vie est courte,
la nature hostile,
et l'homme ridicule

PHOTOMONTAGE
DE L'AUTEUR


Angers - Éditions Deleatur, 1998
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 32 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en octobre 1998 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques baigneurs prudents. - Une première édition a paru aux éditions du Pigeonnier en 1997

Plaisir de s'offrir, joie de se revoir (annonce non libidineuse)

Comment Le Tenancier trouve-t-il donc ses livres ? Vous vous en doutez, il les achète. Par le passé, on vous avait déjà conté une visite chez Emmaüs où l'on trouve parfois des bouquins plaisants. On se défiera toutefois de la quête désespérée du "Chopin", du genre : édition originale en tirage de tête avec envoi dans ces lieux. Peine inutile, espoir vite fatigué. Mais pour ce qui concerne quelques titres, de ces chevau-légers du libraire, vendables, on pourrait éventuellement se laisser aller à quelques dépenses. On s'autorisera également à flâner ça et là dans les brocantes et "vide grenier" à voir ce que nous proposent les faux particuliers qui ont établis leur prix en louchant - parfois très mal - sur les prix du net. Peu importe du reste si l'état du livre proposé ne correspond pas du tout à l'arrivée à celui dont on avait vu le prix ailleurs. "Je vous le fait à 10% du prix sur le site machin-chouette.com ! 20 %, 30 % !", c'est la grande valse des prix. Aucun ne correspond. Rien à voir. On passe son chemin, laissant la place à qui veut y croire. On s'aventure parfois dans les rayonnages du confrère, au cas où celui-ci posséderait le tome qui vous manque, ou même à prendre un ou deux livres dont on se dit qu'ils feraient moins moches dans ses propres rayons. Pas de discussion de marchand de tapis à ce moment, mais de cette méfiance feutrée qui fait douter que l'on a bien mis cet ouvrage au prix qui convenait et de cet étrange regret qui saisit le vendeur et du remords qui vous prend tout à coup en sortant de cette librairie-là. Ce que le Tenancier préfère, c'est encore de faire l'achat de livres chez un particulier. "Faire une adresse", comme disent les broc' et notre cher, très cher ami Éric. Certes, il est des rencontres lamentables, de ces montées interminables par l'escalier qui ne vous mène qu'à la petite secousse, sans le lave-mains. Et puis il y a ces rencontres pharamineuses, extatiques : une personne aimable, cultivée et dont la conversation vous fait découvrir qu'en fin de compte vous n'étiez pas le seul à avoir ce genre de lecture, après tout et qu’en fin de compte le métier de libraire peut avoir un intérêt autre que le décourageant enfermement entre quatre murs, à regarder les gens passer dans la rue sans un regard pour votre vitrine. Chacune de ces rencontres est une surprise. Bonne ou mauvaise mais rarement morne. On aimerait être plus riche pour faire souvent ces visites-là.
L’achat de livre n’est plus qu'une seconde nature du libraire, au bout du compte, un habitus dont la dimension de plaisir est souvent déportée, faussée par rapport à l'acquisition d'un ouvrage par une personne dont ce n’est pas la profession. Il faut se l'avouer : le libraire devient parfois blasé.
Tout cela parce que Le Tenancier ne peut pas vivre une chose : la rencontre avec un libraire, vue par son client ordinaire. Parce que Le Tenancier ne peut plus être un client ordinaire. Et cela le chagrine de temps en temps.
C'est la raison pour laquelle on aimerait ici que vous parliez - lecteurs de ce blog - de vos plaisirs lorsque vous entrez dans une librairie, que vous nous parliez de votre libraire, de votre façon de choisir un livre... Le Tenancier vous laisse la place.
Envoyez vos textes et vos illustrations par le lien qui se trouve sur la colonne de droite de ce présent blog.
Quant au Tenancier, il surnagera au milieu des folios déchaînés pour donner de ses nouvelles très bientôt.

Bibliographie : Minilivres - n° 31


Karl Marx



Éloge
du crime




Angers - Éditions Deleatur, 1998
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en avril 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques délinquants amateurs. - Réédition (Dépôt Légal : 1998)

Bibliographie : Minilivres - n° 30


Jean-Pierre Brisset



Le Latin
est artificiel




Angers - Éditions Deleatur, 1998
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en mars 2004 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques latinistes. - Réédition (Dépôt Légal : 1998) - Extrait de La Grammaire logique Résolvant toutes les difficultés Et faisant connaître Par l'analyse de la parole La formation des langues et Celle du genre humain, par Pierre Brisset, Ancien Professeur de Langues vivantes. Extrait de l'édition originale parue chez Ernest Leroux, Paris 1883

Ma Sœur

Il y a donc dans la bibliothèque de ma sœur des livres qui ont soit inspiré ma vocation de libraire, soit aidé à la formation du modeste lecteur que je demeure encore. Et puis il existe une autre catégorie de livres, comme cette Histoire de la Pègre aux États-Unis, in-12, dans un cartonnage en skyvertex véritable et néanmoins noirâtre, publié chez Famot, je pense, vers les années 70 ou 80, peu importe du reste, tant ces livres se ressemblent d’un sujet et d’une année à l’autre. Bigre : un tel livre dans la bibliothèque de ma sœur… Allons, qui de vous, lecteurs de ce blog, ne possède pas au moins un livre, un disque, un film qu’il juge inavouable et que, comme par hasard un tiers découvre quasiment en premier dans vos rayonnage ? La chose est banale, c’est une sorte d’aimant à importuns, sauf que les importuns en question ont souvent la couleur des intimes.
C’est comme cela.
A bien regarder, du reste, le livre n’est pas si déshonorant et raconte d’une façon plutôt divertissante les frasques de Bonnie & Clyde, Baby Face Nelson, la chasse de Dillinger par les G-men, l’inévitable Al Capone, etc.
Je n’ai jamais demandé comment ce livre a pu atterrir dans sa bibliothèque et quels sont ses sentiments vis-à-vis de celui-ci. Mais, en somme, la confrontation avec Krishnamurti et Romain Rolland me paraît baroque et néanmoins apaisante pour l’étranger de passage devant cette bibliothèque.

Ma Sœur vue par Sa Maman

Il va de soi que l’usage de cet ouvrage se pare d’évidence. On pourrait même l’affubler de l’étiquette « d’utilitaire » tant sa destination et son usage vont de pair : la lecture dans les toilettes. Ainsi, le visiteur peu concerné par le contenu de la bibliothèque de ma sœur peut toujours vaincre cette angoisse de la solitude des édicules en compagnie de ce petit ouvrage ni passionnant ni tout à fait nul. On peut déclarer, du reste, qu’à ce stade, l’ouvrage est providentiel, car comment envisager cette brève claustration en compagnie d’un traité de bouddhisme zen ou de « Jean-Christophe », de Romain Rolland, ces lectures ne s’accommodant que peu d’une approche fugace.
En libraire avisé, on recommandera donc à ses lecteurs l’obtention de ce type d’ouvrage : chronique de la pègre, petites histoires amoureuses de la Grande Histoire, biographies de starlettes… On évitera cependant les chroniques autour de la Seconde Guerre Mondiale et autres écrits de cette nature graveleuse, ainsi que les écrits exaltant les vertus militaires, ceux-ci risquant de provoquer quelques troubles guère propices, même dans les édicules destinés à les recevoir. L’hôte soucieux du bien-être de ses invités ferait bien d’y songer.
Certes, nombre de personnes ont déjà prévu une bibliothèque spéciale à cet endroit. Mais il faut songer que le sujet principal de ce billet est ma sœur. Or, celle-ci semble avoir adopté le point de vue d’Henry Miller – autre auteur favori - à propos de la lecture dans les toilettes. On lui saura donc gré de faire preuve d’une certaine tolérance – même si son expression en est inconsciente, vis-à-vis des personnes de passage en passant par-dessus sa réprobation.