Je sors de ma tanière où la honte m'avait poussé à me reclure pour enfin vous dévoiler ce fameux épisode 4 du Mystère (
voir ici, pour les précédents épisodes). Et, je vous le garantis, c'est le plus alambiqué de tous, les doigts dans le nez et les mains dans les poches (une posture intéressante mais quelque peu ridicule, au demeurant).
Or donc, le mystérieux Expéditeur a encore frappé ! J'ai reçu il y a quelques jours un envoi qui vaut son pesant d'intrigues.
Le recto de l'enveloppe, tout d'abord : mon adresse, manuscrite de la même manière que la carte postale de Ramona Mirador. Ensuite, une plaque entière de timbres célébrant une expo de voitures anciennes, "Philexjeunes 2000 – Annecy". Le tout cacheté à Ussac Pays de Brive – DCIS, 19. En sus, trois tampons encrés : l'un indiquant simplement la date 1955, les deux autres représentant les sigles de deux marques automobiles, Opel et Volvo.
L'enveloppe elle-même, ensuite : un format A5 environ, des œillets rivetés pour clôre l'envoi (je n'avais jamais vu cela, personnellement, sur une enveloppe) et, tamponné ou imprimé au verso, je ne sais, le logo (du moins j'imagine) d'un magasin nommé Int. Papyrus Center situé à Giza (Gizeh par chez nous) en Égypte !
De quoi déjà se poser pas mal de questions, isn't it ? Mais le plus beau est à venir.
A l'intérieur de l'enveloppe, une protection écologique semblable à celle utilisée dans l'envoi précédent, à la différence que celui-ci est replié et scotché, alors que trois dessins d'interrupteurs on-off ornent ce morceau de scotch…
Mon Expéditeur aimant probablement les poupées russes, sous cette protection figurait un emballage. Et pas n'importe lequel. Ficelé comme un rosbif, un objet de format 15 x 11 recouvert d'un papier d'emballage à l'effigie de James Dean (un rapport avec le 1955 de l'enveloppe ?). En fait une sorte de mini-poster produit par Jean Card & Gift Co., le verso de ce papier au format cahier étant une page de notes.
Après avoir coupé les deux ficelles et déplié James Dean, j'ai enfin pu accéder au contenu de cet envoi : il s'agit d'un petit opus signé Jean Clair (que l'on ne vous fera pas l'injure de présenter) et intitulé (cramponnez-vous) : "De l'invention simultanée de la Pénicilline & de l'Action Painting, et de son sens", ouvrage publié dans la collection Envois par L'Échoppe. Un petit livre non coupé d'une vingtaine de pages au contenu éminemment instructif, où il est question, bien sûr, de pénicilline et d'Action Painting, mais également de champignons (comestibles ou non), de Baudelaire, de transsubstantiation, de pain et de pâtes italiennes, le tout bien évidemment interconnecté de manière très talentueuse. En outre, surprise, deux passages de l'œuvre sont mis en avant par l'Expéditeur au moyen d'un point d'exclamation, tous deux portant sur les pâtes italiennes, tegole, orecchiette et taglierini pour le premier, ripieni pour le second. A en perdre son latin…
Ah ! J'allais oublier. Glissé dans l'ouvrage se trouvait également une carte postale, éditée par les Editions WPS de Marseille. Au recto, un dessin fort priapique d'Elliot Baldovich superposé à un poème en vers intitulé Les pipeaux (et, d'après ce que j'ai pu voir sur le site des Editions WPS, issu de Maldoror…). Au verso, une citation imprimée d'Héraclite, en rapport avec le dessin : "À l'arc le nom du bandeur mais son œuvre est la mort" (avec le o de oe rajouté à la main). En dessous, le message manuscrit (la même écriture que sur les cartes précédentes) indiquant "C'est pas du pipeau !" et signé "Stéphanie de Warchouf". Signature palimpseste, une première version écrite de ce nom ayant été gommée car, on le suppose, masquant mal l'écriture réelle de l'auteur. Quant à ce nom, Stéphanie de Warchouf, il n'est pas sans intérêt, comme le montre l'extrait de ce texte de Bertrand Galimard Flavigny, "
Pour apprendre aux dames le calcul et l'orthographe…" : "Il (Pierre-Guillaume Galimard, avec un seul l, note d'Otto) avait, curieusement prit soin de l’ajouter à un autre titre,
Vélocifère grammatical, ou
La Langue française et l’orthographe apprises en chantant, ouvrage très élémentaire, unique en son genre, mis en vaudevilles et dédié aux demoiselles, signé Mlle Stéphanie de Warchouf «
âgée de 15 ans, élève de M. Galimard ». Cette charmante demoiselle, du moins nous le supposons, et pour le moins précoce, n’aurait en fait jamais existé et dissimulerait notre professeur. C’est du moins Julien Tell qui l’affirme dans son ouvrage
Les Grammairiens français depuis l’origine de la grammaire en France jusqu’aux dernières oeuvres connues [1520-1874] ; ouvrage servant d’introduction à l’étude générale des langues, paru chez Didot en 1874. Pierre-Guillaume Galimard aurait-il voulu faire un coup commercial en prenant ce pseudonyme féminin ?"
En tous cas, nous voilà donc avec une belle collection d'éléments variés :

- des timbres sur l'automobile ancienne
- un tampon 1955
- des tampons sur l'auto (Opel et Volvo, américano-allemand et suédois donc)

- une enveloppe parlant de papyrus, Giza (Gizeh chez nous) et d'Egypte

- un emballage écolo
- un morceau de scotch avec des dessins d'interrupteurs on-off


- un objet ficelé comme un rosbif


- un emballage James Dean


- un livre de Jean Clair, assez surréaliste (et volontairement)

- une carte postale surréaliste aussi, avec Lautréamont et Baldovich plus Héraclite

- une Stéphanie de Warchouf qui serait soit une gamine surdouée du XIXè siècle, soit le pseudo d'un Galimard et de toutes façons aurait écrit un ouvrage sur l'orthographe en chantant
- un texte "c'est pas du pipeau" qui doit vouloir dire quelque chose...
Comme tout le reste. Mais quoi ???
Juste comme ça, m'est venu à l'idée cette chose : Warchouf aurait donc été un pseudo, en son temps. Et il/elle signe aujourd'hui un texte disant "c'est pas du pipeau !". Ce qui semble nous faire quelque peu revenir au "Je peux mentir" du martien de Fredric Brown.
Certes. Mais où cela nous mène-t-il ? J'avoue ne pas en avoir la moindre idée.
Si quelqu'un en a une, d'idée, je suis preneur.
En attendant, un nouveau grand merci à l'Expéditeur pour cet ouvrage fort intéressant et cette énigme… énigmatique !
Mais bon, un de ces jours, j'aimerais bien savoir de qui il s'agit…
Otto Naumme