Petite note à propos des commentaires

Les tentations sont grandes actuellement de vouloir contrôler et légiférer sur le moindre de nos gestes. Le Tenancier, réprouvant ces tentations quelques peu totalitaires renonce à modérer les commentaires avant publication. Il faut savoir être en accord avec ses idées. En réalité, il n'eut qu'à modérer 2 fois depuis la création du blog : la première au nom de l'amitié et la seconde pour délire diffamatoire. Considérant que ses lecteurs sont adultes et responsables, le Tenancier a décidé de s'abstenir désormais d'avaliser ce qui vient au bas de ses billets. Il sera tout de même sourcilleux sur la nature des interventions et se réservera le droit de sucrer ce qui ne convient pas à la bienséance en matière.
Enfin, on est jamais trop prudent, le Tenancier se réserve également la possibilité de revenir à des dispositions antérieures...

Abréviations, la plaquette

Chose promise, chose due. Voici une série de pages que vous allez pouvoir imprimer, découper, assembler et agrafer et qui rassemblent la suite des abréviations rassemblées par le passé sur le présent blog. Pour confectionner cette petite plaquette, cliquez sur chacune des images. Elle apparaîtra à son format normal dans votre navigateur. Cliquez sur le bouton droit de votre souris pour enregistrer l'image sur votre ordinateur. Ensuite imprimez les images recto-verso, découpez-les selon les traits de coupe (qui se trouvent à chaque coins de la feuille,) assemblez les trois feuilles recto-verso (les pages ne sont pas numérotées, mais je présume que vous vous y retrouverez), agrafez et vous devriez avoir un bon résultat. On voudra bien excuser la piètre qualité de la mise en page, mais une nouvelle édition augmentée sera bien proposée un de ces jours. Ce sera alors une occasion de s'amender...
Feuille n°6 - pages 6 & 7
Feuille n° 5 - pages 8 & 5
Feuille n° 4 - pages 4 & 9
Feuille n° 3 - pages 10 & 3
Feuille n° 2 - pages 2 & 11
Feuille n° 1 - pages 12 & 1

On espère que ce petit document vous aidera dans l'exploration des sites de vente de livre d'occasion et des quelques catalogues qui sont encore publiés. N'hésitez pas à faire part de vos suggestions d'améliorations ou d'abréviations qui auraient été oubliées.
Une chose encore, pour ceux qui espèrent trouver la contribution de CLS, on leur conseillera la patience et de guetter de temps à autre le site de Fornax.

Le prix du livre neuf

Il y a quelque temps, certains lobbies tentaient de remettre en question la loi sur le prix du livre promulguée en 1981. Sous divers prétextes, il ne s'agissait rien moins que de revenir à des pratiques anciennes qui présidaient alors à la désertification des librairies de détail au profit des grands groupes. Le retour de cette dernière notion est incarné par l'apparition de mastodontes de la vente sur le net. Il va de soi que les récentes tentatives de remise en cause avaient cette provenance pour une bonne part. Ces timides manœuvres, gageons-le, reviendront avec force dès que "les incertitudes" économiques seront un peu éloignées. Là, le discours technocratique reviendra avec quelque force, insistant sur les bienfaits de la concurrence sur le lectorat. On l'a du reste vu chaque fois qu'un groupe d'édition ou de librairie atteignait une certaine taille, n'est-ce pas ?
Mais, qui connait cette loi, appelée improprement "la loi Lang", car des personnes autrement prestigieuses et plus impliquées dans le livre en furent également à l'origine, comme Jérôme Lindon, par exemple ? Durant le très grand nombre d'années où j'ai travaillé dans la librairie de neuf, il m'est souvent arrivé de rencontrer des clients ou même des proches ignorer le contenu de cette loi et, subséquemment, pour quelles raisons elle fut appliquée. Il serait fastidieux d'en énoncer les raisons ici. On le fera sans doute un de ces jours. Ce que je puis dire, c'est que cette loi a donné ses chances à la librairie de neuf traditionnelle. En revanche, si ce métier est exangue désormais, c'est que la corporation s'est endormie dans une espèce de béatitude malsaine en s'abstenant de développer ses potentialités : sa force de vente, ses réseaux, son implantation, etc. Là aussi, cela fera l'objet d'un autre billet. Une chose encore, j'ai fait mes débuts dans le métier avant cette loi, et je connais la situation avant et après sa promulgation. Je puis dire qu'elle a tout de même sauvé les meubles pendant un certain temps. Je suis pour qu'elle perdure. Je sais également de quoi je parle, ce qui n'est pas souvent le cas lorsque l'on évoque son abolition.
En attendant, voici la loi. Pour une fois que je vous tiens, vous allez finir par la connaître. Il serait temps.
Faites-en votre miel...

La loi n° 81-766 du 10 août 1981 relative au prix du livre (modifiée par la loi n° 85-500 du 13 mai 1985)

L'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Art. 1er - Toute personne physique ou morale qui édite ou importe des livres est tenue de fixer, pour les livres qu'elle édite ou qu'elle importe, un prix de vente au public.

Ce prix est porté à la connaissance du public. Un décret précisera, notamment, les conditions dans lesquelles il sera indiqué sur le livre et déterminera également les obligations de l'éditeur ou de l'importateur en ce qui concerne les mentions permettant l'identification du livre et le calcul des délais prévus par la présente loi.

Tout détaillant doit offrir le service gratuit de commande à l'unité. Toutefois, et dans ce seul cas, le détaillant peut ajouter au prix effectif de vente au public qu'il pratique les frais ou rémunérations correspondant à des prestations supplémentaires exceptionnelles expressément réclamées par l'acheteur et dont le coût a fait l'objet d'un accord préalable.

Les détaillants doivent pratiquer un prix effectif de vente au public compris entre 95 % et 100 % du prix fixé par l'éditeur ou l'importateur.

Dans le cas où l'importation concerne des livres édités en France, le prix de vente au public fixé par l'importateur est au moins égal à celui qui a été fixé par l'éditeur.

[Loi du n° 85-500 du 13 mai 1985] "Les dispositions de l'alinéa précédent ne sont pas applicables aux livres importés en provenance d'un État membre de la Communauté économique européenne, sauf si des éléments objectifs, notamment l'absence de commercialisation effective dans cet État, établissent que l'opération a eu pour objet de soustraire la vente au public aux dispositions du quatrième alinéa du présent article."

Art. 2 - Par dérogation aux dispositions de l'article 37 (1°) de la loi n° 73-1193 du 27 décembre 1973 modifiée, les conditions de vente établies par l'éditeur ou l'importateur, en appliquant un barème d'écart sur le prix de vente au public hors taxes, prennent en compte la qualité des services rendus par les détaillants en faveur de la diffusion du livre. Les remises correspondantes doivent être supérieures à celles résultant de l'importance des quantités acquises par les détaillants.

Art. 3 - Les dispositions du quatrième alinéa de l'article 1er ci-dessus ne sont pas applicables aux associations facilitant l'acquisition des livres scolaires pour leurs membres.

Elles ne sont pas non plus applicables au prix de vente des livres facturés pour leurs besoins propres, excluant la revente, à l'État, aux collectivités locales, aux établissements d'enseignement, de formation professionnelle ou de recherche, aux syndicats représentatifs, aux comités d'entreprise, aux bibliothèques accueillant du public pour la lecture ou pour le prêt, notamment celles des associations régies par la loi du 1er juillet 1901.

Art. 4 - Toute personne qui publie un livre en vue de sa diffusion par courtage, abonnement ou par correspondance moins de neuf mois après la mise en vente de la première édition fixe, pour ce livre, un prix de vente au public au moins égal à celui de cette première édition.

Art. 5 - Les détaillants peuvent pratiquer des prix inférieurs au prix de vente au public mentionné à l'article 1er sur les livres édités ou importés depuis plus de deux ans, et dont le dernier approvisionnement remonte à plus de six mois.

Art. 6 - Les ventes à prime ne sont autorisées, sous réserve des dispositions de la loi n° 51-356 du 20 mars 1951 modifiée et de la loi n° 73-1193 du 27 décembre 1973 modifiée, que si elles sont proposées, par l'éditeur ou l'importateur, simultanément et dans les mêmes conditions à l'ensemble des détaillants ou si elles portent sur des livres faisant l'objet d'une édition exclusivement réservée à la vente par courtage, par abonnement ou par correspondance.

Art. 7 - Toute publicité annonçant des prix inférieurs au prix de vente au public mentionné à l'article 1er (alinéa 1er) est interdite hors des lieux de vente.

Art. 8 - En cas d'infraction aux dispositions de la présente loi, les actions en cessation ou en réparation peuvent être engagées, notamment par tout concurrent, association agréée de défense des consommateurs ou syndicat des professionnels de l'édition ou de la diffusion de livres ainsi que par l'auteur ou toute organisation de défense des auteurs.

Art. 9 - Les dispositions de la présente loi ne font pas obstacle à l'application, le cas échéant, de l'ordonnance n° 45-1483 du 30 juin 1945 modifiée relative aux prix, à l'exception toutefois des premier et deuxième alinéas du 4° de l'article 37 de ladite ordonnance.

Art. 10 - Un décret détermine les modalités d'application de la présente loi aux départements d'outre-mer compte tenu des sujétions dues à l'éloignement de ces départements.

[Loi du n° 85-500 du 13 mai 1985] Art. 10 bis - "Un décret en Conseil d'État déterminera les peines d'amendes contraventionnelles applicables en cas d'infraction aux dispositions de la présente loi."

Art. 11 - La présente loi entrera en vigueur à la date du 1er janvier 1982, y compris pour l'ensemble des livres édités ou importés antérieurement à cette date.

Le Gouvernement présentera au Parlement, avant le 1er juin 1983, un rapport sur l'application de la loi ainsi que sur les mesures prises en faveur du livre et de la lecture publique.
La présente loi sera exécutée comme loi de l'État.
Fait à Paris, le 10 août 1981.
Journal Officiel (11 août 1981 ; 14 mai 1985)

Une description

Voici un échange qui s'est déroulé par mail hier :

__________

Référence : 08684 - en vente a Librairie Feuilles d'automne - Avon, FR


Carre (Michel) / Augier (Emile) - Gounod (Charles) : Mireille / Sapho
2 vol in-12, 60 & 52 pp, cart en 1 vol 1/2 percaline turquoise a coins, p de titre rouge au dos, couv cons. pour ''Sapho'' - cartonnage taché en plusieurs endroits, rousseurs
Mireille, opera en cinq actes, tiré du poème provençal de Frédéric Mistral par Michel Carre, musique de Charles Gounod - Nouvelle édition / Sapho, opera en quatre actes, cinq tableaux, paroles de Émile Augier, musique de Charles Gounod - Nouvelle édition conforme a la représentation
Paris : Calmann-Lévy, 1889 / 1884 - Prix : 10.00 euro


Bonjour,

Je viens de recevoir ce mail et je suis intéressée mais j'ai des questions :

Est-ce qu'il s'agit bien des deux opéras Mireille et Sapho de Gounod ?
Que veut dire "2 vol in-12, 60 & 52 pp, cart en 1 vol 1/2 percaline turquoise a coins, p de titre rouge au dos, couv cons." ?
Sont-ils en entier ?
Sont-ils piano + chant ?
Les paroles sont-elles bien en français ?
Pouvez-vous l'envoyer en province ?

Merci,

E*** G***

__________

Madame,

Voici l'explication en clair : deux volumes, l'un de 60 pages, l'autre de 52 pages d'un format un peu plus grand que le format poche, reliés ensembles et formant un ouvrage relié en partie recouvert de percaline turquoise (une sorte de toile marouflée utilisée en reliure), comportant une pièce de titre - une étiquette - sur le dos (ce que beaucoup pensent être la tranche !), les couvertures des ouvrages ont été conservées et reliées avec le reste des ouvrages. Ces ouvrages sont entiers, bien sûr, puisque je n'ai pas constaté de manque et que ce ne serait guère vendable dans ce cas. Je vous signale tout de même les rousseurs et les taches mentionnées dans le descriptif. Etant donné le format de l'ouvrage, il n'y a pas de partition, naturellement : 60 pages en format assez réduit pour Mireille, il faudrait une bonne loupe pour déchiffrer... ou une musique quelque peu minimaliste. Les paroles sont en français ("tiré du poème provencal de Frederic Mistral par Michel Carré"). Je peux vous envoyer ce volume en Province. Le port serait de 5,00 €
N'hésitez pas à me demander des précisions encore...
Très cordialement :

Yves Letort - Feuilles d'automne

__________

On aimerait beaucoup mieux faire des descriptions de ce tonneau, plus évocatrices et plus chaleureuses...

Accumulation


Les collections populaires regorgent d'images saisissantes et parfois très stylées. Du reste nombre de ces images font l'objet de convoitise de la part des amateurs. Eh bien tant pis pour vous, les potes, vous n'aurez pas celui-ci, nananère ! Ce marque-page a été trouvé dans une acquisition récente, un exemplaire assez propre du premier tome des Contemporains de Jules Lemaître. On le voit, aucun rapport avec le sujet. Mais ces télescopages ne sont pas rares.
La question va finir par se poser. Est-on libraire parce que l'on accumule ces milliers de petits bouts de papiers : tickets de métro, de cinéma, marque-pages, étiquettes de toutes sortes, affiches de librairie, de cinéma, de concert, etc ?
Ou bien est-ce par vice que l'on fait ce métier ?
Ou encore, l'accumulation est-elle un vice complémentaire ?

Tiré à Part

Sans être concierge, on peut avoir l'esprit d'escalier. Ainsi, l'évocation de l'émission Apostrophe au dernier billet, évoqua irrésistiblement à mon esprit, et par comparaison, la remarquable série d'émissions Un Siècle d'Écrivains, de Bernard Rapp. De cette remembrance je tirai le nom de son inspirateur et le fait qu'il fit quelques films qui eurent une réception parfois mitigée mais cependant point dégradante. De cette petite production, le libraire ne saurait s'abstenir de rappeler que Rapp fit Tiré à Part, histoire d'une machination autour d'un livre, fabriqué à partir d'un faux authentique, à moins que ce ne soit l'inverse. On y voit Terence Stamp incarner un ex agent de renseignement gagnant sa vie dans l'édition et rendre parfois service à ses anciens collègues (court passage où l'on évoque la fabrication d'un faux texte de Lawrence, par exemple). L'on voit également la composition d'une ouvrage sur une linotype. On se passera ici d'une description détaillée du fonctionnement de la machine. On poussera le curieux à se reporter au film pour cela, même si l'on sera privé d'une explication technique.

Cette histoire de machination pour perdre un écrivain ayant commis un crime trente ans auparavant ne doit pas nous faire oublier que le rôle principal est tenu par le livre, également moteur de l'action. Rapp continuait ici d'exprimer sa passion pour ce monde qui, à mon avis le lui rendit bien mal. En tout cas, la nouvelle de sa disparition ne fut guère reçue comme il l'aurait fallu, tant par ses collègues journalistes, que par le monde du livre. Ce billet est une contribution brève et modeste au souvenir d'un amoureux du livre qui sut souvent me faire plaisir à travers les émissions qu'il produisit et par ce film que je revois de temps en temps avec quelque plaisir.

Souvenirs

Souvenir : A l'époque où je commençais le métier de libraire, dans le neuf, la librairie où j'étais salarié tenait une Table Apostrophe. Ainsi, le client, le lendemain de l'émission était assuré de retrouver les ouvrages dont il avait été question. Je ne regardais que rarement l'émission. Moi, j'attendais le ciné-club, après. Qui a envie qu'on lui parle boulot une fois rentré à la maison ?

Souvenir : J'étais tout de même devant la téloche le soir où Bukowski est passé. J'attends toujours qu'il repasse. C'était le meilleur moment. Est-ce à partir de ce soir-là que je me suis mis à ne pas aimer Cavanna ?

Souvenir : A la même époque, Désert, de Le Clézio était la meilleure vente, information authentifiée par cette publication déprimante et anxiogène qu'était Livres-Hebdo. Quelles sont les "meilleures ventes", actuellement ?

Souvenir : A mes débuts, vers 19 ans, j'ai lu tout ce que j'ai pu trouver de William Burroughs parce que j'avais trouvé un exemplaire qui traînait depuis pas mal de temps dans le tourniquet de la librairie. J'ai encore quelques titres :
- Nova express
- Les derniers mots de Dutch Schultz
- Exterminateur !
- Le ticket qui explosa
- La machine molle
Tous en 10/18. Ça fait longtemps que je n'ai pas acheté de livres dans cette collection. Pourquoi donc ? Ce soir, je vais peut être relire La machine molle, pourquoi pas...

Souvenir : Le petit marquis qui présidait aux destinées du pays se flattait de lire du Maupassant et d'avoir écrit un récit, euh... érotique. Un peu plus tard, nous eûmes un Président de la République qui lisait Pieyre de Mandiargues et en possédait quelques éditions sur beau papier. A propos de lui, on parlait de Machiavel. Sous son règne on édifia aussi Disneyland, mais je n'ai point souvenir qu'il eut usé de ses attractions où qu'il y resta plus que la décence l'y autorisa. Cela ne mérite pas une interrogation en retour.

Souvenir : A cette époque aussi, je décidais de délaisser Jules Verne. J'avais lu mon premier en texte intégral à neuf ans. J'y suis revenu. J'ai toujours le livre : Voyage au centre de la Terre. Le dos est creusé, les coins émoussés. Combien de fois l'ai-je lu ?

Souvenir : Il y a dix ans, dans un autre Verne, je retrouvais un petit mot destiné à celle que j'aimais à l'époque. Un mot parvenu à destination, c'est à dire à moi-même, comme un viatique contre les jours froids. Le mot s'est envolé. Le Verne est toujours là. Le souvenir de cet amour lointain également. Plus besoin de ce petit billet plié en quatre entre les pages d'un livre. J'ai encore ce mot au bord des lèvres.

Souvenir : Mon premier Pléiade fut Théâtre, récits et nouvelle, d'Albert Camus.

Souvenir : au début des années 80, une nouveauté pouvait rester six mois en exposition. Désormais... quinze jours, si elle n'est pas renvoyée tout de suite ?

Souvenir : On ne parlait pas de littératures de l'imaginaire ou de paralittérature, on disait : "allez voir sur le tourniquet, là-bas..." Et il y avait déjà Dick, par exemple, qui subit alors le même sort que j'avais réservé à Burroughs.

Souvenir : Une fille de passage a embarqué quelques BD à mon insu, après une nuit passé ensemble. Nuit lamentable. Bien fait. Ne jamais s'intéresser aux filles qui s'intéressent au livres, surtout quand il ne s'agit pas du contenu (pensez-donc, un Druillet assez rare, avec un envoi). Détail sordide, elle avait gardé ses chaussettes.

Souvenir : Je n'avais pas vingt ans. Je rêvais d'avoir ma librairie.

Point vernal

Il est parfois des moments de grâce dans la vie d'un libraire. Celui on l'on rencontre un client qui vous énumérera les merveilles de sa bibliothèque et dont vous ne ressentirez nulle jalousie ou nul dépit. Simplement parce que cette personne passionnée vous parlera avec sincérité du plaisir de vivre en compagnie de cette reliure ou de cette exemplaire un peu rare. Il y a aussi les fois où l'on ouvre une caisse, ou lorsque l'on fait l'acquisition d'un livre qui charme tout de suite, parce qu'on l'attendait depuis longtemps sans le savoir, ou parce qu'il manquait dans votre bibliothèque, un manque de nature presque stupéfiante. Du reste, les deux hypothèses se valent puisque c'est là l'assouvissement d'un désir, de toute façon. D'autres ouvrages se laissent désirer. Telle vilaine reliure, tel méchant livre en apparence devient tout à coup un trésor parce que vous n'aviez pas réalisé qui se cachait derrière le nom du poète, ou derrière ce texte. Sans doute aussi parce que vous l'ignoriez, car le métier de libraire est fait d'ignorance. Le livre a pu demeurer dix ans à côté de vous, jusqu’à ce jour.


Je crois me souvenir que dans L'Île mystérieuse, de Verne, Harbert s'exclame : « Quel grand livre ferait-on avec tout ce que l'on sait ! » et Cyrus Smith de répondre : « Et quel plus grand livre encore ferait-on avec ce que l'on ne sait pas ! ». La citation est approximative et l'on m'en excusera. Mais le métier de libraire c'est cela, c'est remplir encore et encore le grand livre de l'ignorance et essayer de tenir à jour tant bien que mal, au jour le jour le calepin de ce que l'on sait. Chaque personne qui lit un peu connaît cela : chaque livre découvert en amène d'autres qui, eux-mêmes, en apportent encore comme un champ de possibles qu'il ne sera humainement pas accessible dans sa totalité. Et puis, il y a soudainement le moment où, tout libraire ignare que vous êtes, vous atteignez une sorte de plénitude : on vous demande ce que vous savez, votre intuition vous fait conseiller le bon livre, votre patron – lorsque vous êtes salarié – arrête de parler tout seul pendant une petite heure, vous rencontrez une femme dans la librairie que vous allez aimer et avec laquelle vous aurez des enfants, vous vous y faites des amis et ceux-ci vous emportent plus loin que vous n'osiez l'espérer. Et puis il fait beau dehors et ce que vous faites au quotidien vous paraît à ce moment moins terne, moins banal. Et alors on se dit que l'on a bien fait, un jour de laisser tomber ce pourquoi on avait été programmé, c'est à dire à rien. On se dit également que ce métier-là fait accéder à une certaine dignité, pour peu que l'on se respecte et que l'on respecte les autres. On se dit encore que ce métier est un perpétuel apprentissage et que la somme de ce que l'on sait pèse peu dans la balance face au savoir des autres. Mais, tant qu'à faire, autant demeurer un livre ouvert pour espérer la réciproque. Tout se conjugue pour cette sorte de félicité tranquille, ce point vernal de la quiétude qui vous rend assuré de vos amis et de vos proches, vous tranquillise sur vos doutes quant à ce que vous croyez savoir.
Sans doute parce que vous voulez savoir, toujours, encore et que seule la fosse saura vous déprendre de cette passion. Sans doute encore que vous avez décidé de remiser vos certitudes et de ne point vous gonfler de votre expérience. Sans doute parce que l'humilité est une sorte d'orgueil. Sans doute enfin que vous êtes en paix avec vous-même.
Et on espère alors que ce savoir ne sera pas perdu, et que le gage de sa survie est de perpétuellement le remettre en question.
En attendant, cette sorte de grâce est parfois accordée : vous êtes vivant et c'est grâce à vous seul.
Nos jours sont hélas comptés. Il faut alors en profiter.

Où le Tenancier persiste et signe dans ses mauvaises habitudes et où il rencontre un renfort inattendu qui le conforte dans son bon droit !

Eh oui !
Grâce à notre très aimable confrère, Julien Mannoni de la Librairie Des Livres Autour, nous pouvons désormais répliquer à CLS que nous sommes dans la règle lorsque nous écrivons "in-12°", car il existe un terme qui correspond tout à fait à ses exigences.

Il s'agit de Duodecimo.

On modèrera notre satisfaction car les arguments du maître pourraient nous surprendre dans notre extase. Il n'empêche que le terme est employé pour ce type de format et que son abréviation correspond idéalement...

Ma soeur

Ma soeur a une voix si douce que, lorsqu'elle était libraire, on se demande si elle arrivait à se faire entendre des clients et si elle arrivait à vendre des livres.

In-12°

Il y a quelques temps, notre ami CLS m’interpellait dans les commentaires pour une faute commise dans l’orthographe d’une abréviation d’un format de livre. Voici le contenu de son poulet :
« […] Le petit rond disponible directement sur le clavier du PC (peut-être du Mac, j'ai la flemme de me lever et d'aller vérifier sur celui qui traîne chez moi sous une couche de poussière de plusieurs mètres), le petit rond, donc, est le symbole du degré (d'angle). C'est donc à tort qu'il est utilisé dans un grand nombre d'abréviations par une foultitude de gens. Ce n'est pas parce qu'une foultitude de gens écrivent des conneries (ce qui n'est pas nouveau et pas seulement dans le domaine des abréviations) que vous, Tenancier de mon cœur, devez emboîter le pas comme à l'armée que vous aimez tant ou comme chez les ovins du copain de Pantagruel.
Par ailleurs, recentrons sur les formats de livre, seuls les formats dont le nom complet se termine par un «o» (folio, quarto, octavo, etc.) ou d'autres mots se terminant par «o» (numéro) peuvent s'abréger en utilisant un «o» supérieur. In-six, in-douze, in-dix-huit, in-vingt-quatre, etc. ne se terminent pas par un «o» et donc ne peuvent pas s'abréger en utilisant un «o» supérieur et encore moins un degré.
Il n'est absolument pas une faute d'abréger in-octavo (prononcer ine-octavo) en utilisant un 8 suivi d'un «o» supérieur. Il n'est absolument pas une faute d'écrire in-8 pour la même abréviation mais il faut alors prononcer ain-huit. Deux versions de l'écriture du même format l'une latinisante, l'autre francisée.
Pardonnez-moi de ne pas avoir été chiant plus tôt sur votre blog, j'essaierai de l'être plus souvent dans l'avenir.
Votre bien dévoué,
cls. »
Il faudrait ici s’arrêter longuement sur la signification de ces formats, ce qu’est un in-octavo, un in-douze, etc. On sera bien forcé d’y revenir un de ces jours. En attendant et trop brièvement, ces appellations sont en rapport avec le pliage de la feuille imprimée pour former un cahier. Ainsi, l’indication du format de la feuille originelle (Aigle, Jésus, Raisin, par exemple) suivi du nombre de fois ou celle-ci a été pliée (in-4°, in-8°, etc.), donne une idée du format final du livre. En réalité, la chose est plus floue et plus compliquée. Réservons-nous pour quelques explications supplémentaires ultérieurement et contentons-nous de cela pour le moment.
Alors, certes, selon le raisonnement de CLS, j’ai tout à fait tort d’écrire in-douze comme cela : « in-12° » au lieu de « in-12 ». Il a raison. Sa démonstration est imparable. Mais on voudrait tout de même ici se réclamer d’une certaine license qui fait que l’exercice du catalogage n’est pas forcément un exercice scientifique mais la production des propres idiosyncrasies d’un libraire, parfois. Cette façon d’abrévier les « in-douze » remonte tout benoîtement à l’époque ou le soussigné effectuait son deuxième apprentissage à la Librairie Max Ph. Delatte. – "Deuxième apprentissage" signifie ici que cela allait passer de boulot, job à métier, ce qui vous fait basculer dans une manière de vivre et non un pis aller… Cher CLS, vous connaissez la somme d’érudition et le savoir de cet homme. Il semble bien que ce fut lui qui me transmit cette façon d’écrire cette abréviation. Peut être pas, la mémoire est faillible. Néanmoins, cela est lié profondément à ce moment où je redécouvrais la librairie et où je m’y enferrais définitivement.
Mon CLS, il serait déshonnête de ne point vous rendre justice, mais je crois qu’il serait déloyal de renoncer à ma façon de faire cette abréviation au nom d’une pressante et sévère scientificité. Le prix de la fidélité à soi-même, celui de la reconnaissance et du plaisir, celui de la mémoire, peut parfois se payer d’une petite erreur.
Je règle volontiers ma dette avec cette menue monnaie chaque jour que je décris un livre de ce format.

Bientôt, le retour !

La librairie va bientôt reprendre son activité ordinaire. Une petite nouveauté, cependant, qui pourra peut être intéresser les bibliophiles et les curieux : ce blog a désormais un frère jumeau consacré à l'exposition du fonds de livres neufs de la librairie. Il n'y a certes pas énormément de titres disponibles car ce n'est pas la première activité de Feuilles d'automne. Néanmoins, il est toujours plaisant de pouvoir présenter des livres curieux et disponibles en plusieurs exemplaires, parfois. Pour le moment, vous ne trouverez que quelques maigres références, le blog étant encore en cours de rédaction On espère que cela s'étoffera un peu avec le temps.
Pour s'y rendre, cliquez ici

Niou Louque

Le Tenancier, atteint de frivolité, a changé les couleurs du blog. Il sent confusément que ça ne va pas plaire. Tant pis.

Pause

A faire pour la librairie et un peu de fatigue. On se retrouve dans peu de temps.

Patience.
Retour à la mi-juin.