L'Enfer c'est les autres (Nouvelles du Front - II)

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Mon ami,


Votre lettre empressée m'a conquise au plus haut point. Je suis reconnaissante au Ciel que l'offensive dernière vous ait épargné. Hélas, votre mot a accompli une longue pérégrination avant de me parvenir car je me suis désormais engagée dans le corps des infirmières. De cette manière, je peux dispenser quelques réconforts à ceux qui souffrent et fortifier l'espoir aux âmes défaillantes. Ainsi, il n'est pas rare que je reste après mon service afin de faire la lecture au chevet des moins atteints. A cette fin, j'ai emporté la belle bibliothèque portative que vous m'aviez offerte avant votre départ et dont l'abondante exploration me fit tant patienter et même encore à l'heure où je vous écris. De cette bibliothèque on me réclame d'abondance "La Flagellation Outre-Rhin" et puis encore "La Vie de Garçon dans les Hôtels-Garnis de la capitale". Ces livres français remportent un franc succès de par la grâce du théâtre d'ombres que j'ai mis en place avec quelques infirmiers et quelques patients en voie de guérison. Ces représentations remportent un vif succès et des volontaires enthousiastes. Je rends hommage mon cher William à votre génie de la traduction et au soin fiévreux dont vous fîtes preuve dans l'élaboration de ces ouvrages miniatures ainsi que de l'écrin qui les accueille. Il me tarde de voir le jour où nous pourrons retrouver le plaisir commun de ces lectures.
Voici la liste des titres que je produisis depuis mon engagement, en plus des deux cités plus haut :
- Histoire de Dom B... Portier des Chartreux
- Monumens du culte secret des Dames romaines
- Fredaines lubriques de J*** F*** Maury
- Débauche au pensionnat
- Le Parnasse satyrique du sieur Théophile
- L'École des biches, ou Mœurs des petites dames de ce temps
- L'Écho f...tromane ou recueil de quelques scène libres
- Les Reclusières de Vénus
- Le roman de la luxure
- Gamiani
- Débuts d'un Minet
- La Maison à plaisirs ou La passion de Gilberte
- Les Joueuses d'amour
- Josiane et son esclave
- Confession galante d'une femme du monde
Je regrette tellement que vous ne soyez pas en ma compagnie pour goûter l'exquis agrément que procurent ces textes ! Notre théâtre privé a un succès fou !
En attendant de vous revoir, j'exerce également mon intérêt pour ces jeunes gens aux membres amputés. J'y trouve une grande satisfaction et professe, si j'ose, l'espoir qu'une modeste blessure de ce type que vous eûtes pu recevoir me permette de vous retrouver et de me satisfaire de votre nouvel état. Puissent les gammes de ma vocation actuelle se concrétiser sur votre corps si peu défendant.
Je vous prie de trouver ici, mon ami, l'expression de mon plus fervent et énervé enthousiasme.



Annabella Smith

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Liste établie d'après Les livres de l'Enfer, de Pascal Pia

Abrév. - 5e part. (Version 1.2)

C'est là aussi la fin de la fête et la fin de mon innocence.
Remercions CLS qui, en immense pédagogue, ne s'est pas contenté d'un dictionnaire froid et déréalisé mais a rédigé une véritable encyclopédie portative de bibliophilie.

R


r. --- Les abréviations très courtes du type de celle-ci peuvent être sujettes à controverses. Ce r., suivant les auteurs, pourrait vouloir dire : raté, rapide, réglé, régulier ou rare. Nous ne citons ici que les mots qui reviennent le plus souvent sous la plume des spécialistes, de toutes périodes et de toutes spécialités confondues.
rac. --- racontar, ou recueil de fables. La Fontaine a publié 12 racontars.
réimp. --- réimpenne. Étymologiquement parlant : « à nouveau sans plume ». Se dit d'un auteur qui vient à nouveau de publier un ouvrage mal écrit.
réimpr. --- réimprécation, réimprécatoire. Désigne un ouvrage violent qui voue au malheur le sujet qu'il traite.
rem. --- remanié. Ouvrage revu, corrigé, augmenté ou diminué.
rép. --- répétitif. Les litanies sont rép. Ainsi que certaines formes poétiques comme le virelai ou les chansons à refrain.
reprod. --- reproductible. S'emploie surtout de façon négative : non reprod. ou n. reprod. Les ouvrages ainsi désignés ne peuvent pas être copiés via la photocopie, la photographie ou le scanner. Lors d'une telle tentative sur un ouvrage non reprod., les pages soumises à la copie deviennent instantanément vierges (non reprod. positif) ou noires (non reprod. négatif).
rest. --- restant, restante. Exemplaire intact d'un ouvrage dont le tirage a été pilonné. Les livres rest. sont peu nombreux, ce qui explique le prix prohibitif dont les affublent certains libraires âpres au gain.
rog. --- rognon. Se dit d'un auteur qui pisse la copie mais en la filtrant un peu. Frédéric Dard était un vrai rog.
romant. --- Cette abréviation n'en est pas une puisque nous avons affaire ici au mot entier. Les adjectifs romant et romand qualifient les ouvrages reliés en Suisse en fonction de la courbure des plats de leur couverture. Courbure concave : romant, courbure convexe : romand.
rouss. --- roussi. Ouvrage hérétique dans sa discipline, qu'elle soit religieuse, scientifique, historique ou politique.


S

s. --- sec. Ouvrage bref à la prose aride.
s.d. --- signature déterminée. Ouvrage pourvu d'une dédicace dont on a réussi à déterminer les noms de l'auteur et du dédicataire.
s.l. --- signature lisible.
s.l.n.d. --- signature lisible non déterminée. Ouvrage anonyme pourvu d'une dédicace lisible mais ne correspondant à aucun auteur connu.
s.n. --- signature nominale. Signature dépourvue de prénom.
sup. --- superficiel, superflu. Ouvrage dont la lecture est facultative.
suppl. --- supplice. Ouvrage difficile à comprendre, à aborder, à lire, tant pour la complexité du contenu que par celle du contenant (format non courant, mise en page confuse).


T

t. --- taché.
T., tom. --- tombeau. Deux acceptions : 1. ouvrage hommage à un défunt récent. 2. ouvrage ennuyeux et réfrigérant.
tabl. généal. --- Reliure de mauvaise toile, plus généralement : reliure modeste. Cette expression abrégée est de lecture complexe, non immédiate. Elle nous est léguée par un passé professionnel quelque peu oublié. L'abréviation tabl. veut évidemment dire tablier. Plus difficile est la compréhension de généal. qu'il faut décomposer en : gen. & al. qu'on doit lire « génequin et alter », autement dit pour les non latinistes « génequin et autres ». On rapelle que le génequin est un mauvais fil de coton tissé, de qualité inférieure, qui ne permet la réalisation que de toiles de médiocre qualité. Tabliers de génequin désignait, dans les ateliers de reliure des siècles passés, les mauvaises reliures courantes.
tir. --- tirant. Terme à fort degré de subjectivité qui désigne l'attirance qu'un lecteur peut avoir vers un texte. Le tir. d'un même texte varie d'un lecteur à l'autre.
tit. gr. --- petite griffure. Que ce soit au sujet d'une reliure ou d'un livre broché, se méfier de cette mention. La tit. gr. de la notice de libraire peut se révéler être une épidermure totale ou une lacération complète.
tr. --- truculent ou tragique. Les abréviations sont ainsi faites qu'elles peuvent signifier une chose et son contraire. Le contexte seul permet de déterminer le sens réel.
trag. --- tragus. Livre sonore (cassette, CD, DVD, etc.) qui prend son nom de la partie triangulaire de l'oreille externe.
trad. --- traditeur. Désigne un ouvrage où l'auteur renie sa croyance ou ses opinions antérieures pour sauvegarder son existence ou son statut social. Il est très courant de trouver des trad. dans la littérature politique.
typ. --- typique. Ouvrage qui est marqué par son époque et qui en donne un aperçu en manière de lieu commun. La littérature à trous ou sans ponctuation est typ. des années 1970.


V

v. --- Abréviation à significations multiples : vague, vain(e), verbeux(se), vide, etc. en ce qui concerne le texte et ver (traces de) en ce qui concerne l'objet.
vél. --- véloce. Ouvrage court, léger, habile et agréable.
vign. --- vigneronne. Littérature bachique.
vol. --- volé. Ouvrage qui porte les traces d'une possession antérieure douteuse : décollage ou effaçage de l'ex-libris ou de l'ex-dono, grattage des cachets, arrachage de page de garde porteuse d'envoi révélateur, etc.


CLS

Si vous avez manqué le début :

Abrév. - 1ere part.
Abrév. - 2e part.
Abrév. - 3e part.
Abrév. - 4e part.
Abrév. - 5e part.


... et bien sûr les corrections apportées par CLS qui valent tout de même mieux que cette triste liste (bien pratique cependant, non ?) :

Abrév., 1ere part. (version 1.2)
Abrév. - 2e part. (version 1.2)
Abrév. - 3e part. (Version 1.2)
Abrév. - 4e part. (Version 1.2)

Abrév. - 5e part.

Il était prévu, au terme de cet exercice, de donner un prolongement sous forme de dictionnaire permanent des termes de bibliophilie. Si cette idée sera effectivement mise en exercice dans les pages de ce blog, on se défendra tout de même de donner dans la systématisation. Disons que nous viendrons de temps en temps éclaircir ou préciser certains aspects des termes techniques du livre, sans pour autant en faire un pensum pour le lecteur. Pour celui qui se prendrait l'envie de se confronter à la chose encyclopédique, on ne saurait trop lui conseiller le site voué au vocabulaire codicologique. On continuera ici de s'adonner à la procrastination et à quelques billets qui se voudront éclairés en la matière. Du moins ferons-nous notre possible. Cela devra également obliger le lecteur à farfouiller dans notre antre bloguesque...
Voici la suite et la fin de notre dictionnaire des abréviations. On rassemblera tout cela un jour en un petit fichier téléchargeable et complété de frais.



R


r. --- recto
rac. --- raciné
réimp. --- réimposé
réimpr. --- réimpression / réimprimé
rem. --- remarque
rép. - réparé
reprod. --- reproduction
rest. --- restauration / restauré
rog. --- rogné
romant. --- romantique
rouss. --- rousseurs


S

s. --- siècle
s.d. --- sans date
s.l. --- sans lieu
s.l.n.d. --- sans lieu ni date
s.n. --- sans nom
sup. --- supérieur
suppl. --- supplément


T

t. --- toile
T., tom. --- tome
tabl. généal. --- tableau généalogique
tir. --- tiré / tirage
tit. gr. --- titre gravé
tr. --- tranche
trag. --- tragédie
trad. --- traduit (e)
typ. --- typographié


V

v. --- voir
v. --- veau
v. --- verso
vél. --- vélin
vign. --- vignette
vol. --- volume



Si vous avez manqué le début :

Abrév. - 1ere part.
Abrév. - 2e part.
Abrév. - 3e part.
Abrév. - 4e part.

... et bien sûr les corrections apportées par CLS qui valent tout de même mieux que cette triste liste (bien pratique cependant, non ?) :


Abrév., 1ere part. (version 1.2)
Abrév. - 2e part. (version 1.2)
Abrév. - 3e part. (Version 1.2)
Abrév. - 4e part. (Version 1.2)

Nouvelles du Front

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Chère Mademoiselle,


Je vous remercie pour la charmante lettre que vous avez jointe au colis. Comme il est de coutume ici, j'ai partagé les provisions que vous avez bien voulu glisser dans celui-ci, avec la paire de mitaines que je vous avais commandée et que j'ai gardée pour mon usage. Mes camarades de tranchée ont beaucoup apprécié le chocolat et nous attendons notre retour en cantonnement pour déguster l'appétissant pudding de Noël. Le froid n'est pas trop mordant dans ce bout de la Somme où nous sommes stationnés. Nous n'avons que peu de contacts avec la population car elle s'est réfugiée en arrière. Le peu que nous puissions en connaître se trouve dans les fermes abandonnées à la hâte et qui sont désormais complètement vidées de leur contenu quand elles ne sont pas bombardées, même par notre propre artillerie. En effet, on ne voudrait pas que celles-ci servent d'abris à l'ennemi. C'est tout de même une grande pitié de voir ces ruines. Le front est calme et, comme vous me l'aviez recommandé dans vos dernières lettres, je me contente des corvées ordinaires en songeant vivement à vous revoir et espérant de nouveau vous tenir la main.
Je tiens vivement à vous remercier encore pour les lectures que vous avez eu la bonté de me faire parvenir. Je réserve celles-ci pour notre cantonnement en arrière car, ici, la lecture n'est point facile et exige trop de concentration. J'espère pouvoir les lire dans mes quelques moments de repos car les corvées ne disparaissent pas par enchantement de notre quotidien, même loin de nos ennemis. Cependant j'ai lu quelques extraits qui me sont parus très attrayants et qui me permettent de penser à vous, ainsi ce passage qui n'est pas sans me rappeler notre dernière conversation :
« Dans sa molle résistance, ma main ne put se défendre de sentir ce qu'elle aurait vainement essayé d'étreindre : une colonne du plus blanc ivoire, élégamment sillonnée de veines bleues, avec, au sommet, entièrement découverte, une tête du vermillon le plus vif : la corne ne pouvait être plus dure ni plus raide, et le velours, cependant, plus doux ni plus moelleux au toucher. Il guida ensuite ma main un peu plus bas, à cet endroit où la nature et le plaisir tiennent de concert leurs magasins, si convenablement attachés et suspendus à la racine de leur principal instrument, de leur premier ministre, qu'on pourrait aussi l'appeler, non sans justesse, leur porteur de bourse : là, il me fit distinctement sentir, à travers leur tendre enveloppe, le contenu : une paire de boules arrondies qui semblaient s'y jouer, éludant toute pression extérieure quelque peu sensible. »
Cela, chère Mademoiselle, me servira de viatique pour le jour où nous pourrons nous revoir enfin. Je ne puis que louer votre ingénieuse inventivité qui vous fit dissimuler ces romans sous la couverture de romans de Kipling, jugeant fort justement que les censeurs ne penseraient pas un seul moment que l'on profanerait ainsi l'immortel thuriféraire de l'Empire. Vous avez bien fait.
Il est de coutume de clore une lettre en avouant ses projets. Ils sont de vous revoir, adorable Mademoiselle. A cette fin, j'appuie ce vœu avec un passage de l'un des autres romans que vous m'avez fait parvenir.
« Madame Florence jugeant au train que prenaient les choses, que la présence d'un tiers devenait inutile, se retira secrètement, et nous laissa seuls. Aussi-tôt Mr. le Président, sans déroger à la majesté de son état, m'étendit sur le canapé ; et s'étant récréé quelques momens à considérer et à palper mes appas les plus secrets, il se mit dans une attitude toute opposée à celle que je m'étais habituée de tenir avec Pierrot. On m'avait recommandé d'être complaisante : je ne le fus que trop. Le traître me fit ce que les libertins se font entre eux. Je perdis mon autre pucelage. Les contorsions que j'avais faites dans cette anti-naturelle opération, jointes à quelques cris qui m'étaient échappés malgré moi, firent comprendre à Mr. le Président que je n'avais nullement partagé ses plaisirs. Aussi, pour me récompenser et me faire oublier mes souffrances, il me glissa deux louis dans la main. "Ceci, dit-il, est de surérogation ; n'en parlez point à la Florence ; je lui payerai en outre ses épices et les vôtres. Adieu, petite Reine, que je baise auparavant cette charmante fossette : ça, j'espère un jour que nous nous reverrons l'un de ces jours. Oui, nous nous reverrons ; je suis très content de vous et de vos bonnes manières." »
J'ose, chère Mademoiselle, émettre le même désir.
Votre,


Private W.W. Jones.

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Textes tirés respectivement de :
John Cleland : Mémoires de Fanny Hill
Fougeret de Monbron : Margot la Ravaudeuse

Épluchage de bibliothèque

Un grand événement en matière de littérature vient de se dérouler il y a peu en France. En effet un aréopage de spécialistes s'est réuni autour d'une bibliothèque d'importance moyenne - Cinq mille volumes, tout de même - et en a entrepris la recension méticuleuse. De ce décorticage vigilant, ces spécialistes ont tenté de déterminer, sans doute par la "génétique textuelle", si le propriétaire d'icelle a pu rédiger une certaine œuvre. Pour notre part, nous admirons cette large tentative de reconstitution, qui ne peut laisser indifférents les chercheurs en littérature et en paléographie, par ailleurs. Ou alors, ce serait vraiment désespérer du monde universitaire bien que ce groupe n'en soit pas issu. De ce chantier de recollement - sans doute pour les besoins de la démonstration - ces intellectuels ont extrait vingt-sept ouvrages susceptibles de jeter les bases dialectiques qui permirent la rédaction de ce fameux livre. Ne sous-estimons pas ce genre de travail qui dure déjà depuis plusieurs mois et qui a dû mobiliser nombre de ressources et de personnes, des moyens financiers en rapport et requérir des lectures attentives. Le tri ne fut certainement pas aisé, considérant la très grande confidentialité de ces textes, bien que nous n'ayons qu'une vision parcellaire de l'ensemble. Pour l'instant, nos chercheurs en sont sans doute encore au dépouillement des résultats. Pour les besoins de cette démonstration des capacités de déduction, de raisonnement et de ductilité de la cognition de ce groupe, on a pris soin d'isoler l'auteur concerné afin qu'il n'influe pas sur le résultat de cette recherche.
Sans doute le convoquera-t-on un jour pour qu'il nous éclaire sur sa façon de composer un texte, le cheminement de sa pensée qui excite tant actuellement notre groupe de travail et, enfin, s'il peut réitérer l'expérience avec d'autres matériaux. Mais rien ne presse, aux dires des instances supérieures qui mirent en œuvre cette entreprise.
Il serait question à l'avenir - au jour des protocoles développés dans cette recherche - de savoir si à partir de la bibliothèque(1) d'un mostrophiliste(2) de luxe, on peut reconstituer La Princesse de Clèves. Humblement et ne voulant pas me substituer à ces sourcilleux chercheurs, je me permets d'en douter.
Ce n'est pas assez moderne.

(1) - Nous avons conscience que le terme est audacieux, car ce n'est pas parce que l'on se fait photographier avec un drapeau devant des reliures que cela fait de n'importe qui un lecteur et a fortiori un écrivain. Du reste, ces rangées de livres ont l'air d'avoir été acquises "au mètre".
(2) - Alors que l'objet de la recherche actuelle est issu de l'ingéniosité d'un ferrovipathe (supposé).

Oracle

La lecture de livres d'occasion est parfois balisée de signes plus ou moins ténus. Ainsi, taches, cornes, rousseurs viennent dégrader progressivement l'ouvrage jusqu'à ce qu'il tombe dans la main attentionnée du libraire, lequel fera ce qu'il pourra pour améliorer les choses, c'est à dire peu. En effet, revenir sur une rousseur ou une pliure est une gageure. Et puis il y a ces objets épars, évidents ou incongrus, tels les marques-pages, les coupures de presse, des coupes-papier (nous avons eu le cas), des bouts de papier-toilette de différentes qualités sans doute pêchés à la hâte lors d'une lecture dans les lieux, des bouts d'allumettes, des tickets de métro, des photographies, autant de signes de l'activité ou de la situation plus ou moins soigneuse dans laquelle le lecteur se trouvait avant de refermer définitivement le livre et avant qu'il se retrouve sous l'attention du professionnel. Il faut alors être impavide et éliminer la plupart de ces artefacts, facteurs de dégradation. De ces traces, l'on ne fait quasiment rien, sinon que de les destiner à la poubelle ou à la boîte aux marques-pages. Ces vestiges ne signifient pas grand chose, hormis les coupures de presse. Celles-ci sont soigneusement rangées à la fin des ouvrages à une place ou la brunissure du papier ne risque pas de contaminer le coeur de l'ouvrage.
Mais il est d'autres signes plus parlant : dessins d'enfant, lettres de recommandation, d'amour ou cartes-postales estivales, etc. Il y a alors un déchirement à jeter cette intimité-là. On voudrait la rendre à leur propriétaire.
Enfin, il est une apparition fugace, trois en plus de dix ans qui, j'en suis certain, m'avertit de quelque chose... mais de quoi ?
Je ne me rappelle plus ou j'ai trouvé les deux premières. La troisième vient d'être trouvée il y a quelque jours dans un numéro des "Temps Modernes". Ce sont des cartes rassurantes, pas méchantes...


Mais dois-je m'inquiéter ?
Car si le Pique arrive, dois-je préparer ma couche, réunir mes enfants et mes amis ?


On n'en voudra pas au signataire de ce billet de se payer le luxe d'une petite superstition de temps à autre. Manie qui tourne court devant l'ignorance de la signification de ces cartes distillées au long du temps. Suis-je à la fin du tirage ou dois-je encore attendre ? A quoi cela se rapporte-t-il ? Dois-je lancer des conjectures sur les fortunes de la librairie ou alors sont-ce des avertissements à titre individuel ?


On est dubitatif.

...

[...] "Prendre la place d'un bonhomme dont on ignore les motifs de son déplacement, requiert infiniment de prudence, et un don très poussé du point de suspension. Fort t'heureusement, je suis un suspensionniste spontané. Dès que l'on m'enseigna, à l'école, les règles mouvantes de la ponctuation, je reconnus le point suspensif ! Il était déjà en moi ! A travers le fourmillement des virgules, des points-virgules, et autres points en tout genre, je fus subjugué par ces trois petites crottes de mouche en ligne. Cet élan n'avait rien de maçonnique. Il procédait d'un besoin de me blottir. C'est le refuge de l'inexprimable ! Le point de suspension, c'est ce qui vous reste à dire quand vous avez tout dit, donc l'essentiel ! Une manière d'en finir avec sa pensée ! Et aussi de la préserver. On peut s'y réfugier à tout instant de la conversation. Il est toujours disponible, d'une efficacité constante. Je crois que s'il n'avait pas existé, Georges Simenon l'aurait inventé ! Il est simultanément évasif et précis puisqu'il permet au lecteur d'emboîter sa pensée à celle de l'auteur. Moi, c'est bien simple : si un gouvernement totalitaire venait à proscrire le point de suspension, je n'écrirais plus qu'en braille !"
San Antonio
Ça ne s'invente pas
(1972)

Cent-unième billet de ce blog, le sujet était donc tout indiqué.

Lard-Frit

Revenons doucement aux affaires.
Cette période de méditation forcée m'a tenu quelque peu éloigné d'internet, du moins de la contemplation de ce que font mes petits camarades. Dans un sens, c'est tant mieux.
On a donc pioché dans ce que l'on aime.
Citons pour cette rentrée dans l'atmosphère une production pas blogueuse pour un rond mais qui ravira les papivores qui sommeillent en nous. Il s'agit du site personnel de Jean-Louis Le Breton.
On laissera aux quelques curieux le soin d'approfondir les détails de la carrière(1) du personnage, lequel est aussi intéressant et, je le parie, aussi chaleureux qu'il le fut à l'époque ou je le croisais à Paris. Mézalormedirévou, pourquoi mentionnez-vous ce site ? C'est que Jean-Louis Le Breton fut l'immortel créateur de la revue Lard Frit(2) et qu'il la propose de nouveau sur ce site au format PDF et de telle manière que vous pourrez reconstituer la série avec un petit coup de massicot ou de cutter, des agrafes, etc. En effet, les numéros sont présentés sous leur forme imposée ce qui signifie que les pages ont été distribuées de telle manière que vous pourrez reconstituer la succession des pages une fois imprimées et le cahier assemblé(3).

Voici donc une manière sympathique de s'initier aux joies de l'imposition de pages en commençant simplement et en enrichissant sa bibliothèque. Le soussigné Tenancier en est fort satisfait car il ne possède que quelques numéros originaux et dans un piteux état. Il faut certes aimer l'umour (oui, je l'ai bien écrit) Fluide Glacial car nombre d'illustrateurs et d'auteurs en sont issus : Ucciani, Carali, Leandri, Tignous...

Ces propos bien pesés et enveloppés, le soussigné retourne au découpage du n°9 de Lard Frit, c'est dire qu'il n'a pas encore fini(4), car il y a encore les numéros spéciaux à faire.
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(1) - Tour à tour et dans le désordre : libraire, musicien, journaliste, écrivain, directeur de revue et immortel auteur de cet aphorisme : "Qui Bogdanoff Bogdabœuf" - on en oublie sûrement.
(2) - Lien sur le site lui-même.
(3) - On parlera de l'Imposition un peu après la notion de Justification... c'est à dire dans quelques temps, pour ne pas trop se mouiller.
(4) - Euh... non, pour rien, parce que c'est rigolo de faire des notes de bas de page.

Album de la Pléiade

Non non !
Je ne vais pas parler des albums de la Pléiade. Je l'ai déjà fait. Mais ce qui est très amusant, c'est que c'est l'article le plus consulté dans ce blog alors que je ne dis pas du bien de la collectionnite qui en découle.
Alors, pourquoi s'embêter ? J'en profite pour relancer la fréquentation de ces colonnes à peu de frais en en remettant une couche... même si c'est pour décevoir en fin de compte. On louera donc la docilité des moteurs de recherche et l'assiduité de ces amateurs qui enrichissent mes statistiques de fréquentation.

(Le Tenancier maintient son préavis de reprise de bavardage vers le 18 avril, qui est la Saint Parfait, c'est du reste un saint qui lui sied bien)

Pause

Ce blog va faire une pause de quelques jours.
Profitez-en pour revoir les anciens billets.
A bientôt !

Un roman pour les guichetières

Cliquez sur l'image ci-dessous.


Oui, un roman pour les guichetières. Nous les estimons plus que certains personnages, lesquels semblent ne savoir que lire l'heure et de préférence sur de grosses montres.