Hips !

Voici ce que j'ai trouvé ce soir dans un exemplaire de L'Atlantide, de Pierre Benoit :

Recto

et verso

Il faut signaler que la maison Nicolas avait coutume de soigner ses catalogues et diverses publications. On retrouve parfois en vente des exemplaires de Monseigneur Le Vin, illustrés par des artistes comme Carlègle, ou d'autres un peu moins connus.
Le dessin, ici, est signé Loupot, et non Draeger, comme je l'avais hâtivement indiqué auparavant...
Naturellement, la consommation abusive d'alcool, etc., etc.

Irène Autin

J'ai connu Irène Autin il y a huit ans en rejoignant une boîte basée à Paris qui faisait de la vente de livres sur Internet. Nous y avions le même emploi, à la différence que je me déplaçais dans toute la France et même à l'étranger alors qu'elle se promenait dans la région parisienne. Notre fréquentation était donc quelque peu épisodique, ponctuée par mes retours, moments où je retrouvais mon bureau contigu au sien.
Je dois dire qu'elle et moi avions redouté de nous rencontrer. Lorsque je suis arrivé dans ce boulot, elle avait pris quelques congés. J'avais le sentiment obscur que j'allais à son retour me retrouver dans une sorte de compétition comme j'en avais déjà rencontré par le passé, à essayer de se coincer sur quelques sottises ou points de détail. Je sus par la suite qu'elle redoutait la même chose. En fin de compte, ma surprise fut extrêmement heureuse lorsqu'elle arriva dans la même pièce que moi. J'espère qu'il en fut de même pour elle sur mon compte.
Je fis la connaissance d'une personne cultivée, alerte et faisant preuve d'une rare empathie, qualité qui, dans l'emploi qu'elle occupait, avait contribué à lui procurer pas mal de succès. En effet, notre travail consistait à 50% à se faire engueuler. Il fallait reconnaître d'ailleurs que c'était avec raison, bien que ce ne fut pas du fait de nos actions propres. Je crois qu'Irène par sa qualité d'écoute avait acquis un grand potentiel de sympathie et arrivait ainsi à fréquemment inverser les dispositions fâcheuses de ses interlocuteurs.
Je suis parti de ce boulot relativement rapidement. Non que je m'y ennuyais particulièrement, mais les raisons de perdurer à cet emploi avaient été obérées par de mauvaises prémices et également de fausses promesses. Avouons tout de même que ce passage nous permis de révolutionner notre manière de voir la vente par Internet, vision acquise sans que notre employeur de l'époque put en tirer un quelconque mérite. Irène en partit beaucoup plus tard, sans doute avec ce même sentiment d'inachèvement et en tout cas, d'après ce que je puis juger d'elle, par un grave sous emplois de ses capacités.
Car Irène Autin est une libraire. Nous avons en cela une carrière quelque peu parallèle et assez particulière puisque nous sommes venus au métier en travaillant chez ceux qui allaient devenir nos confrères. Le fait est rare, nombre de ceux-là ne peuvent avoir un salarié à leur côté. La règle du libraire d'occasion ou de bibliophilie est plutôt d'être seul dans sa boutique. Ainsi, nous avons eu la chance de nous former au métier chez d'autres personnes et non de bâtir notre métier de toutes pièces...
Ce départ d'Irène n'était d'ailleurs pas un drame mais plutôt une chance : en peu de temps elle reprit une librairie et continue actuellement son activité avec un certain bonheur.


Cette librairie se situe au 114 de la rue Blomet, dans le 15e arrondissement de Paris. Elle s'appelle La Lettre Écarlate. En face, vous y trouverez également un relieur. Ce n'est pas une grande librairie. Il s'agit d'une petite boutique telle que l'on est coutumier d'en rencontrer lors de pérégrinations parisiennes, de ces boutiques faites pour les flâneurs et les nonchalants. Le bobo en 4X4 ne pourra pas l'apercevoir à travers ses vitres fumées : cela va trop vite. Et, du reste, cet engeance lit-elle ? Je veux dire : lit-elle des vrais livres ?


Irène possède de vrais livres dans sa librairie : littérature, beaux arts, et également pas mal d'ouvrages dont on sait qu'elle aimerait faire sa spécialité : les enfantina. On ne lui donnera pas tort : les ouvrages pour enfants ont toujours présenté un potentiel créatif que ne pouvait guère égaler la production courante, tant par la typographie, la mise en page et même les textes, servis par des auteurs prestigieux, parfois.


Mais ses autres rayons valent la peine d'un détour, pourvu que l'on ne vienne pas avec une idée préconçue. Le plaisir d'une librairie comme celle-ci réside dans la rencontre inopinée et non dans la liste de commissions à faire. C'est du reste ce que toute personne sensée devrait faire dans une librairie d'occasion ou de bibliophilie : se laisser porter par la rencontre avec son contenu et avec le libraire.


Ici, vous y trouverez peut être Irène Autin derrière son bureau, continuant le labeur quotidien qui consiste à cataloguer ses ouvrages pour Internet. N'ayez pas peur de la déranger et payez-vous le bonheur d'un conseil de sa part. Et puis, achetez-lui un livre, non parce que c'est une vile boutiquière - ceux-là ne tiennent pas longtemps - mais parce vous aurez su vous laisser convaincre que ce livre-là pouvait tout à fait vous convenir.
Peut-être y resterez-vous un quart d'heure, un heure... Sans doute y reviendrez-vous. C'est ce que l'on vous souhaite.


Irène Autin incarne pour moi une certaine rectitude professionnelle dans le sens où elle se montre capable de douter. La possibilité de remettre en question nos connaissances, la curiosité qui en est le corollaire sont inscrits génétiquement dans notre profession. La part de doute que nous pouvons montrer parfois ne peut être prise pour une faiblesse que pour les incultes et les crétins. Notez que c'est avec assurance que je vous le dis ! Cette disposition d'esprit lui permet de conserver intacte son sens du dialogue et son intuition professionnelle.
Profitez-en !

Chleuasmes et coquecigrues

Une petite remarque en passant : ce blog n'est ni destiné à parler de littérature ni de haute bibliophilie. Du moins pas systématiquement de ces sujets. Il serait en effet très facile d'en appeler à mes ressources bibliographiques et assommer mon lecteur de références dans lesquelles il finirait par se perdre. De même, il me serait également aisé de ne causer que de livres extrêmement rares réservés à des bibliophiles de haute volée. Il suffirait à cette fin de me plonger dans mes réserves de catalogues de confères. Et enfin, je ne vois pas pour quelle raison je me limiterais à un genre ou à une époque si je me trouve l'envie de m'en évader.
C'est pour cela que, dès le départ, je suis demeuré flou sur la "ligne éditoriale" : j'y parle de livres et je tente de faire de mon mieux.
Cette remarque est née du constat de la profusion de blogs émanant de professionnels et dont le contenu n'est en fait réservé qu'à des pairs. Alors, chers lecteurs, si je dérape, si je deviens abscons ou parfois trop technique (il en faut tout de même un peu...), merci de me le faire remarquer.
Veuillez considérer tout ceci comme des coquecigrues qui entraînent de toute façon bien des remords à son auteur, après coup.

En voiture, siouplaît !

Qui ne l'a pas fait ? Qui ne s'est pas servi de son ticket de métro ou de bus comme marque-page ?


Petit hommage à ceux qui ne cornent pas...

Je ne vends pas de livres anciens

- "Bon, on s'résume : vous vendez des livres anciens ?
- Euh... non.
- Vous vendez des livres neufs alors ?
- Non plus. Je vends des livres modernes."
A ce stade, certains interlocuteurs ont déjà décroché. Pour la plupart, le livre ancien est une chose qui n'est plus disponible.
Un point, c'est tout.
Mais, ce genre de généralisation finit toujours par froisser quelqu'un, parce que vraiment pas conforme à la réalité du commerce de livres en France. Comme nous sommes emplis de cette longanimité qui fait les grands buveurs ou les grands mystiques, nous allons vous débroussailler un peu tout cela. Notons, pour les puristes, que nous allons travailler à la hache, instrument qui résoud les conflits dynastiques en Angleterre, les déviances trotskistes au Mexique et fait très bonne figure dans Shining. On le voit, c'est un outil dialectique puissant mais guère nuancé.
Charge, donc, à ces puristes de finir aux ciseaux de couture ce que nous aurons déjà essarté.
Qu'est-ce qu'un livre ancien ?
Eh bien, c'est un livre qui présente quelques singularités, dont la principale est d'avoir été imprimé avant la Révolution, ce qui représente tout de même une période extrêmement longue. Pour autant, on ne peut confondre les premiers livres imprimés (dénommés "incunables" pour tout ce qui précède 1500) et les oeuvres du Marquis de Saint Evremond publiées en 1714 à Londres, par exemple : différence de formats, de techniques et de contenus, bien évidemment. Et donc, différence de valeur. Le commerce de livres anciens ne s'improvise pas. Il faut une solide culture classique, la maîtrise du latin est la bienvenue. On travaille assez souvent sur des pièces plutôt exceptionnelles. La raison en incombe au temps qui décime les rangs des tirages, à ces mêmes tirages assez réduits (à raison de l'alphabétisation des époques concernées, et des techniques d’impression). Même dans le livre ancien, il existe des spécialités bien déterminées, liées aux périodes : incunables et un peu après, ouvrages du XVIIe et XVIIIe, ouvrages scientifiques (pensons à l'Encyclopédie, à Buffon, à Linné, etc., ouvrages souvent superbement illustrés, du reste !), ouvrages reliés "aux armes", etc.
Précisons brièvement que ces armes constituent en quelque sorte le blason que le propriétaire fait apposer sur ses ouvrages. A défaut de connaissances approfondies, le libraire concerné se devra de posséder nombre d'ouvrages d'héraldique pour identifier tel ou tel ouvrage. Du reste, certains de ces ouvrages ont un pedigree, une "traçabilité", pour parler comme les cadres de l'agroalimentaire, qui permet de retracer leur pérégrination de propriétaire en propriétaire. Souvent, devenus précieux - encore plus précieux qu'ils ne le furent à l'origine pour quelques-uns - ils ont figuré dans les inventaires d'héritages, de dispersions, dans les catalogues de vente. On devine donc le caractère chaque fois exceptionnel de ce type d'ouvrage et l’on comprend qu'il fasse l'objet de la plus grande attention des bibliophiles concernés, la valeur ajoutée étant dans ces cas précis le fait que ces ouvrages furent en possession de personnes connues, voire célèbres.
Il est tout de même encore possible d'accéder à des livres anciens à des prix raisonnables, à ces petits in-16° modestes et cependant curieux et attachants. L'état de ces livres, hélas, n'est pas souvent de la première fraîcheur. Il reste cette sensation du toucher du papier ancien, de la façon dont le livre même s'ouvre sous nos yeux, et le texte, cela va de soi !
La période révolutionnaire va bouleverser l’ancien monde et aussi apporter quelques changements au livre. On assiste aux premières tentatives d'impression à bon marché et en quantité avec des techniques telles que la stéréotypie. Les reliures vont changer d'aspect, les ornements et l'architecture des reliures va évoluer. Peut-on parler encore de livres anciens ? Pré-modernes ? « Anté-romantiques »? Voici une question à laquelle j'aimerais avoir un éclaircissement satisfaisant. Si quelqu'un parmi vous... Bien sûr, je répercuterai la réponse !
Pour brève que fut cette période intermédiaire, elle va être une période de mutations intenses : quelques dynasties de libraires (en ce temps-là, la notion d'éditeur n'existe pas vraiment, c'est le libraire qui se charge de la publication des livres) vont développer une véritable politique de production, telle la dynastie des Lebel pour des ouvrages religieux, par exemple.
En matière de livre, tout est pratiquement en place pour une révolution industrielle : essor de l'alphabétisation, mobilisation de capitaux importants pour des entreprises de presse ou d'édition et enfin la capacité technique sous la forme de presses à vapeur (Koenig et Bauer en 1813)
Ainsi, cet essor technique qui allait favoriser la presse populaire des deux côtés de l'océan (Greeley et Gordon Bennett à New York, Girardin à Paris) va provoquer la naissance de plusieurs phénomène éditoriaux :
La naissance du feuilleton dans la presse, bien sûr.
L'individuation (1) de la notion d'auteur - La société des gens de lettres est un paraphénomène de ce changement de statut.
L'apparition de dynasties d'éditeurs : Mame à Tour, Hachette, Firmin Didot à Paris, etc.
On abandonne la reliure en cuir traditionnelle pour l'emploi de cartonnages polychromes illustrés - souvent des récits édifiants pour ce qui concerne les ouvrages de chez Mame.
Cette période du Livre Romantique va également connaître les débuts ou la systématisation de nombreux procédés de reproductions graphiques : gravures sur acier, eaux-fortes, etc., favorisant ainsi la diffusion des images.
Arrive enfin le livre moderne. Datons sa naissance vers 1848. A ce moment, l'univers éditorial se met en place. Nous voyons la disparition progressive du libraire comme commanditaire d'édition, la notion de droit d'auteur est amplifiée, l'édition devient un métier à part entière. A côté de Didot et Hachette, l'on voit apparaître ou bien se confirmer des noms qui vont perdurer très longtemps : Hetzel, Calmann-Lévy, etc. Le livre se diversifie, l'ouvrage broché - avec une couverture papier - remplace de plus en plus la reliure destinée désormais aux ouvrages de luxe sur les étals de librairies.
Le livre moderne, sa disparité, son abondance, va aussi galvaniser la création littéraire. C'est l'impression en masse à un coût relativement réduit qui va favoriser l'essor de jeunes écoles littéraires et de créations marginales. C'est aussi cette production de masse qui va favoriser l'apparition du "Best Seller", de l'auteur comme "Monstre Sacré" et de son ombre, qu'est "l'Écrivain Maudit". C'est aussi l'essor de la production bibliophilique qui va créer des essais originaux qui perdurent avec quelque éclat de nos jours en matière de création de livres. Cette explosion du livre pourrait être, par analogie, comparée à l'explosion du Cambrien, commentée par Stephen Jay Gould...
Evidemment, dans le Livre Moderne, il n'est pratiquement pas de frein à celui qui voudrait se spécialiser : Histoire, Philosophie, Littérature, Sciences, Belles Lettres, Illustrés, etc.
Ces spécialités feront l'objet d'une autre blogueuse promenade.
On résume :
Livres Anciens : avant la Révolution
Livres Romantiques : Avant 1848
Livres Modernes : Après 1848.
Les amateurs éclairés constateront plusieurs lacunes et imprécisions. N'ayant en aucune manière prétention à tout connaître de son métier (2), le soussigné serait enchanté qu'on lui communique précisions et corrections.
En tout cas, je ne vends pas de livres anciens. Où alors, qu'exceptionnellement.
Vous voilà prévenus.

(1) - Ce terme est utilisé notamment par Sartre à propos de Baudelaire...
(2) - Pour corriger toutes les sottises que j'ai pu proférer, le lecteur qui voudra en savoir plus et qui a du temps devant lui consultera avec bonheur l'Histoire de l'édition française en quatre volumes publiée par Fayard et le Cercle de la Librairie. Il existe d'autres ouvrages plus spécialisés et plus précis encore. On les citera à l'occasion.

Beaux poches et poches momoches

Il arrive que, lorsque l'on fait l'acquisition d'une bibliothèque, la profusion des ouvrages ne permet pas de discerner correctement des opuscules ou des productions marginales. Il se trouve également que l'oeil, habitué à certaines récurrences de formes exerce une sorte de dissonance cognitive vis à vis de formats exotiques, ou en-dehors du brouet ordinaire des imprimés contemporains à large diffusion. Il arrive encore que, tout simplement, l'on arrive point à concevoir qu'un livre d'une collection de poche puisse être soigné au point de devenir un objet bibliophilique.
Certes, la bibliophilie s'exerce dans les recoins des pauquettes (1). Exemple : La Chandelle Verte, de Jarry, est l'édition originale collective de divers articles. Le poche est momoche (s'cusez : je me désaltère d'allitérations) et n'a pas vraiment d'attraits à part sa particularité éditoriale, perceptible seulement par les amateurs de 'Pataphysique, de Jarry et par le libraire qui veut sortir sa science. On le voit, peu de monde, donc, surtout dans la dernière catégorie...
Et on le constate accessoirement : pour la modestie, je ne crains personne.
Mais la bibliophilie, c'est aussi et d'abord l'émotion. C'est le contact charnel avec le livre. Bien sûr, la sensualité du toucher du livre ne saurait se comparer à celle de la soie, quoiqu'il y ait autant de prétextes à l'érotisme dans le livre que dans les étoffes...
Donc...
Il y peu, j'ai fait l'acquisition d'une assez importante quantité de livres : romantiques, post-romantiques, poésie, philosophie, théâtre, etc. Tout ceci fut emballé et stocké et est ressorti au fur et à mesure du catalogage des ouvrages. Opération relativement lente car nombre de ces articles méritent une vérification, un "recollement", pour parler en bibliothécaire. Ainsi, ces ouvrages ne sont véritablement découverts que lors de l'ouverture des cartons. C'est un moment particulièrement plaisant, une chose dont je ne me lasse jamais depuis trente ans que je fais ce métier. Il faut alors regarder de plus près les ouvrages, trier le bon grain (pour le whisky single malt) et la patate à vodka russe. Dans le cas présent, nous sommes dans de jolis lots, promettant quelques ivresses...
Hier, j'ai ouvert un de ces cartons et j'y ai découvert trois ouvrages de poche en langue anglaise publiés récemment. Soudainement, j'ai eu envie de posséder ces livres. Pure coincidence, au premier abord, que les auteurs soient intéressants. Ce qui m'a impressionné, c'était le soin apporté à l'élaboration des couvertures : papier à grain, ni ciré, ni pelliculé, gaufré pour faire ressortir le décor ou les éléments typographiques (2).


Ainsi, le triple et le double filet qui encadre le titre du Hazlitt est légèrement creusé, chaque lettre bénéficie du même traitement. Là ou l'édition commune et sans imagination nous collerait une énième reproduction d'une toile, les maquettistes ont choisi la sobriété d'une présentation typographique que je trouve pour ma part extrêment harmonieuse et évocatrice !


Et que dire du Ruskin, dont les entrelacs de ce rouge si caractéristique constituent un rappel efficace de la période Préraphaëlite, de ces revues comme The Yellow Book où l'on découvrait les dessins de Beardsley.


Si le Thorstein Veblen semble un peu en décalage avec sa couverture, il demeure tout de même attrayant. Le manque d'appréciation en incombe à ma méconnaissance de cet auteur.
Le papier intérieur est correct, l'impression est "Set in Monotype Dante"- typographie agréable pour des essais un peu anciens, bien que ces catactères ne furent crées qu'en 1950.
Et tout ceci, Messieur-Dames, se trouve dans une collection de poche, oui oui ! En somme "l'émotion bibliophilique" peut également se ressentir sur ce type d'ouvrage, parce que l'on ne trouve qu'exceptionnellement ce genre de soin apporté à une production importante. Certes, la collection Penguin Books - Great Ideas ne doit pas être une collection de best sellers. Il n'en demeure pas moins qu'un éditeur de grande diffusion a choisi un classicisme paradoxalement audacieux car en désaccord avec la vulgate qui est apparemment en vigueur dans les sections marketing et "artistiques" de nombre d'éditeurs de livres de poche.
Il est des courages payants.
Celui de faire des beaux livres - même en poche - en fait partie.

(1) - A ne pas confondre avec les "Poquettes volantes" qui est une collection de l'éditeur Daily Bull.
(2) - On excusera d'ailleurs l'aspect tremblé de la couverture de l'ouvrage de Hazlitt, le scanner a également enregistré ce gaufrage. Le photographe n'avait donc pas picolé pour cette fois.

Niouzes of zeu blog'z - 3

Les articles de l'Alamblog arrivent à la cadence d'une mitrailleuse. Je n'ai même pas eu le temps de mentionner le résultat du concours estival. A vous de chercher, donc, qui était le mystérieux personnage de la photographie présentée tout au long de l'été. Auteur diablement intéressant, remis en mémoire grâce au Préfet Maritime, qu'il en soit remercié ici. Le dernier article en date traite d'un ouvrage commis par Pierre Daix sur les Lettres Françaises. Tout cela ne rehausse point l'opinion que nous avions sur ce personnage...

Henri Lhéritier fait ses vendanges. Cela ne l'empêche pas de lire. Le dernier ouvrage chroniqué est un livre d'Abel Hermant. Il émane une sorte de bonheur paisible de la lecture de ce blog, à déguster en même temps qu'une bouteille en provenance de la propriété du susdit.

Je ne fréquente que très rarement le blog de Pierre Assouline car certains systématismes me rasent. De même, j'estime que la chose devrait rester une pratique amateur, ce qui n'est pas le cas de ce blog qui, si l'on ne prend pas les bonnes dispositions électroniques, finirait par ressembler à un maillot du Tour de France. On le fréquentera exceptionnellement en soutien au tenancier, poursuivi par la veuve de Borges. Si l'on veut en connaître quelques détails supplémentaires, on se reportera aux archives du dit blog.

Enfin, ceci n'est pas un blog, mais un fort joli site, consacré à Gus Bofa. Nous le recommandons chaudement !


Les sanglots de Tarzan




Je viens d'apprendre la nouvelle du décès de Francis Lacassin.
Un simple hommage, au passage, à une personne sans laquelle je n'aurais pas eu quelques joies de lectures en compagnie de Gustave Le Rouge, de Fantômas, de London...
Merci.

Vince et les albums de la Pléiade

La manie de la collection provoque parfois d'étranges symptômes chez celui qui est atteint de cette affection chronique. Ainsi, votre serviteur, collectionneur de Vince, ne peut s'empêcher de se rêver au fond du décor, à l'instar de son idole, comme une Norton, mécanique dérivant dans les ruelles humides et obscures, feutrée et féline et en un mot : classe.
Mais ce n'est pas de Vince Taylor dont je veux parler ici.
La bizarre affection dont je veux vous entretenir est cette suspension de la critique dès qu'il s'agit de l'objet de la passion, en matière de livres. Passe encore la recherche compulsionnelle de toutes les oeuvres produites sous le nom d'un auteur, autour d'un thème ou même de la production d'un éditeur. Mais que penser de la collection... d'une collection ? Il est certes assez logique de trouver une cohérence, de vouloir trouver un ordre dans le chaos. En ce sens, le collectionneur tente de donner un sens et un cadre à son existence de collecteur. Mais... pourquoi cette chose si peu subtile : toutes ces mêmes couvertures, ces mêmes pages, ces mêmes dos ? Pourquoi cet alignement quasi militaire qui fait ressembler une bibliothèque à une caserne après la dégustation du bromure de nos grand-pères ?
Ainsi, les albums de la Pléiade représentent pour moi le paroxysme de cet ordre militaire, de cette sorte de fixation du mètre linéaire sous la domination d'une chaine d'arpenteur pour archiviste dépressif et indifférent. Car, c'est devenu une conviction, l'album de la Pléiade ne se lit pas, pour le collectionneur. Qui, parmi ceux-là sont réellement intéressés à la fois par Pascal, Faulkner ou les écrivains de la Révolution ? Et qui alors serait satisfait de la lecture de certains de ces albums ? Certes, certains biographes sont plus inspirés que d'autres, certes l'intérêt iconographique est souvent au rendez-vous... mais à ce compte il est plus économique et intéressant d'acquérir un volume de la collection "Ecrivains de toujours", rédigé par un spécialiste qu'un album de la Pléiade rédigé par un écrivain maison, à n'en pas douter honorable mais guère en rapport avec la forme apparemment pérenne de l'objet. Car c'est à cet endroit que cela gêne aux entournures.

Exemple éloquent : si la qualité de l'ouvrage est irréprochable sur le plan de l'iconographie, on préfèrera le petit bouquin ci-dessous, tout de même plus complet...

... et ce complément plaisant, ce petit ouvrage ci-dessous, à recommander également. Il suffit de voir le nom des photographes...


Revenons à ce qu'est l'Album de La Pléiade.
Ce volume est offert par le libraire pour tout achat de trois ouvrages de la Pléiade. Cette opération promotionnelle se répète depuis 1960. Lorsque j'écris que l'album est offert par le libraire, ce n'est point une vue de l'esprit car ils sont bel et bien facturés par l'éditeur. L'album ressemble à un volume de la collection en nettemment plus mince. Cela avoisine les 250 pages, la plupart du temps. La reliure reprend la même apparence que la collection : curir souple s'apparentant au chagrin, de couleur marron (la même que pour la série du XXe siècle), étui cartonné qui deviendra illustré par la suite... bref : totalement superposable à la série mère. Lors de la Quinzaine de la Pléiade et bien que la plupart des libraires s'en défendent - et que la majorité est sincère, du reste - ces albums sont vendus, et non distribués avec 3 volumes de la Pléiade. La chose ne devrait empêcher personne de dormir. Cette ruée absurde sur l'album de la Pléiade concourre à la notoriété de la collection mère qui le mérite. Je l'apprécie pour sa compacité, son exhaustivité, etc. Moins pour son aspect bibliophilique. Ce n'est d'ailleurs pas ce que je lui demande.
Cette ruée éfrénée vers l'album, tous les ans, a attisé un mécanisme pervers : la collection absurde. Le libraire que je suis se satisfait toujours que l'on veuille posséder un livre, que l'on veuille même en posséder une série, même si, comme je le disais plus haut, je suis intrigué par ce systématisme. Je vends volontiers ceux que j'ai réussi à acquérir par ailleurs (rarement, et uniquement chez des particuliers !). Cependant je me refuse à participer à l'escalade des prix à laquelle nous avons assisté ces dernières années.
Que l'on en juge :
1960 - Dictionnaire des auteurs de la Pléiade - 400,00 €
1962 - Album Balzac : 450,00 €
1963 - Album Zola : 450,00 €
1964 - Album Hugo : 380,00 €
...
2002 - Album Queneau : 50,00 €
2003 -Album Simenon : 35,00 €
etc.
Ces prix ont été relevés sur un site de vente professionnel et ne sont même pas les plus élevés. Disons également que les derniers prix sont raisonnables.

Une soixantaine d'euros pour cet album chez les confrères... Pas la peine de me le demander, toutes ces images proviennent de ma bibliothèque et non du fonds de la libraire.

Ces albums n'ont jamais fait l'objet d'un tirage réduit, même si la Quinzaine de la Pléiade était, semble-t-il, plutôt confidentielle à ses débuts. En tout cas, si le tirage de ces ouvrages ne fut pas très grand, il n'atteint jamais les tirages bibliophiliques. Alors, pourquoi ces prix absurdes ? Pourquoi 450,00 € pour une biographie de Balzac par Jean Ducourneau dans une reliure industrielle, et dont la rareté est vraiment relative ? En effet, j'en ai croisé au moins trois en deux minutes, sur Internet.
Les sommes proposées sont, à mon avis, hors de propos et ne relèvent même plus de la fantasmatique mais bien du cabanon. A qui faut-il jeter la pierre ? Au libraire ? Au collectionneur ? A la vente sur internet ? Dédouanons les sites de vente : le phénomène fut initié avant le début du commerce électronique des livres.
Accusons alors le mauvais goût qui fait prendre les livres de la Pléiade pour des livres de luxe. Accusons les libraires de neuf qui partagent ce mauvais goût avec les éditeurs parce que la tradition du livre s'est délitée depuis bien longtemps. Accusons-nous nous même, puisque nous avons tous l'envie d'écouler à bon compte et le plus facilement possible des choses qui ne nécessitent point trop d'efforts.
Et moi, entre la roulette de l'enfer et les trompettes de la mort, j'enfile mon habit de nuit , mes gants noirs et je vais tourner au-dessus de la ville à la recherche d'un lot à acheter...

Au Marquis de la dèche

Dans la série des bouts de papiers que l'on peut trouver dans les livres, en voici un découvert entre les pages d'un roman de Ponson du Terrail, il y a quelques années :


Cela se passerait de commentaires... mais j'aimerais tout de même que l'on me dise la différence entre une "Chaussète russe" et une "Chaussete française".
J'ai considéré cette rencontre comme un moment particulier de poésie odorante.